19-mar-2009
Au ciel avec son chien
 

Au ciel avec son chien - Marjolaine Jolicoeur

Le Mahabharata est un long poème épique de l’Inde ancienne dont la Bhagavad-Gita, le livre sacré de l’hindouisme, est tirée. On y trouve ce récit émouvant. Un jour, le roi Yudhi décide de renoncer à l’illusion de son royaume et  de ce monde matériel. Il part en pèlerinage, de lieux saints en lieux saints. Son but ultime: le sommet des l’Himalayas. Ses frères et son épouse l’accompagnent dans le périple.

Alors qu’ils marchent en cortège dans la forêt profonde, un chien vient se joindre à eux. Ils gravissent ensuite une montagne gigantesque et mythique, le Meru, séjour des dieux. Le voyage devient de plus en plus difficile, l’ascension est une dure épreuve. Un par un, les membres de la famille royale tombent et meurent d’épuisement. Le roi poursuit son chemin. Il n’a plus pour compagnon que le chien qui le suit pas à pas. Puis il arrive devant la porte du ciel. Indra, le gardien des lieux, rassure Yudhi. Il retrouvera ses frères et son épouse. Quant à lui, il a obtenu de monter au ciel avec son enveloppe physique. Mais Indra refuse l’entrée au chien, ordonnant au roi de l’abandonner.

Le roi répond qu’il est impossible  « d’abandonner un être qui vous est si fidèle », que cela serait un méfait aussi grand que de   «trahir un ami ». Indra lui répète, qu’après cette porte, il n’y a pas de place pour des humains avec des chiens. Il faut qu’il laisse derrière lui l’animal. Calmement, mais avec fermeté, le roi reste sur sa position. Il est tout à fait impossible d’abandonner ce chien pour la seule atteinte de son propre bonheur. 

 Indra tente de le convaincre une dernière fois en lui répétant que s’il abandonne le chien, il obtiendra la libération en entrant au ciel.  Le roi refuse une fois de plus. A ce moment, le chien se révèle sous sa véritable forme. Il est le grand chien Dharma, dieu des principes moraux et de l’ordre cosmique. Le chien Dharma félicite le roi Yudhi pour sa droiture et l’informe qu’il a réussi l’épreuve finale. Il a préservé l'intégrité de sa conscience, ouvert son coeur à toutes les entités vivantes et peut dès à présent franchir la porte du ciel ... avec son chien.

 

écrit par marjolainejolicoeur à 01:20 | dans:
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19-mar-2009
Guérrir les animaux

Lorsque le Dalai Lama reçut le prix Nobel de la paix en l989, dix-huit moines tibétains de son entourage célébrèrent l’événement en chantant auprès d’un groupe de dauphins. Les ondes sonores produites par les chants monastiques tibétains ont semblé beaucoup plaire aux dauphins. Certains se maintenaient la tête hors de l’eau alors que d’autres se penchaient la tête sur le côté pour mieux entendre. Qui était les guides et les disciples, les dauphins ou les moines tibétains?                              

Les humains ont cette idée étrange que les animaux sont inférieurs à eux. Qu’ils peuvent les dominer, les exploiter, les chasser, les torturer, manger leur chair et se comporter envers eux comme d’arrogants maîtres face à leurs esclaves. Pourtant à bien des égards les animaux surpassent les humains. Les dauphins, par exemple, ont une perception auditive de 150 000 HZ, alors que celle de l’humain est d’à peine 20 000 HZ. Les animaux perçoivent des énergies qui nous sont totalement inconnues.       

Mystiques, thérapeutes, guérisseurs et chamans enseignent que l’univers entier est vibrant et que chaque chose, chaque entité vivante génère sa propre fréquence, laquelle est unique. Toute chose a aussi un son qui entre en résonance avec un autre son. Tous les sons pénètrent notre structure énergétique et y laissent des traces. Ce phénomène peut engendrer une grande puissance de guérison et de transmission de messages puisque la totalité du cosmos est interrelié et ne fait qu’Un.    

Il y a plusieurs années j’ai rencontré une clairvoyante qui a énormément changé ma perception énergétique des animaux. Elle m’a démontré que le système des chakras (ou roues d’énergie) est essentiellement le même chez les animaux que chez les humains. Et que nous sommes dans une interaction vibratoire constante. Nous pouvons guérir les animaux comme les animaux peuvent nous guérir.

L’animal est tout comme l’humain de nature vibratoire et spirituelle. Le dauphin aurait développé ses plus hauts chakras, particulièrement son chakra du 3e oeil et serait capable d’avoir une influence très forte sur le chakra du coeur de l’humain. Les vibrations sonores et les tonalités des chants des cétacés serviraient à activer certains codes énergétiques, activant les chakras des humains, contrebalançant ainsi les fréquences vibratoires inharmonieuses. Le ventre étant lié aux deuxième chakra, il entre facilement en résonance avec les musiques fluides et aquatiques. Les chants de baleines et de dauphins fait vibrer la structure énergétique de cette région. Cette connexion est importante car elle permet de se re-centrer. (Notons que les sons de flûte active le chakra du coeur et que c’est pour cette raison que Krishna est souvent représenté avec cet instrument.)

A Hawaii, il m’est arrivée de nager en voyant au loin de joyeux  dauphins sautant hors de l’eau. Des messagers venus m’apprendre à lâcher prise et à vivre l’instant présent?

ÉQUILIBRE ET AJUSTEMENT

Puisqu’ils vivent dans l’amour inconditionnel, les animaux s’avèrent particulièrement réceptifs aux traitements énergétiques. Par une transmission d’énergie, il est possible de guérir les animaux de maladies physiques ou de troubles de la personnalité. De plus, en équilibrant les chakras de notre chien, chat ou cheval, nous équilibrons aussi nos propres chakras.

Chez l’animal, les 7 chakras principaux se trouvent sur le devant du corps. Tout comme chez les humains, certains animaux auront des chakras plus développés que d’autres. Ce ne sont pas tous les animaux dont le chakra du coeur est ouvert ou celui du troisième oeil. Pour tous les animaux cependant, les trois chakras de base sont ouverts à la naissance. La compassion venant des humains est un facteur d’ouverture énergétique pour les animaux. Car toutes les créatures conscientes - humaines comme animales - ont le même but : Expérimenter la vie, apprendre et évoluer grâce à l’amour.

Pour balancer les chakras des animaux selon Carol Komitor créatrice du "Healing Touch for animals". On commence le travail énergétique en massant tranquillement chaque chakra de l’animal en partant du chakra de la racine (à la base, sur le dos de la queue) pour remonter vers la tête. Par de petits gestes doux et circulaires on masse l’animal, on relaxe et nos énergies se mettent au diapason. Il y a plusieurs points et ouvertures énergétiques au bout des pattes, à l’ouverture des oreilles et en haut du nez. Puis on met une main sur le chakra du coeur de l’animal puis l’autre sur le chakra de la gorge. Pendant que l’énergie coule dans les chakras, on envoie doucement notre message à l’animal : "Il faut que tu arrêtes de japper sans raison ou de tout démolir pendant mon absence..Ton nouveau travail est de garder la maison pendant que je suis partie, d’en être le gardien"...Tu es aimé et supporté dans ce nouveau travail". Après 5 ou 10 minutes, Carol Komitor explique que l’on sent l’amour inconditionnel du coeur se fondre avec la créativité du chakra du la gorge. On peut aussi méditer avec son chien ou son chat.  Masser le ventre de l’animal alors que l’on respire consciemment le calme  - et nous calme aussi! - tout en nous libérant de nos peurs respectives. 

ANIMAL SPIRITUEL

Paul Watson est un activiste contre la chasse aux baleines. En 1975, au large des côtes californiennes, alors qu’il file à bord d'un Zodiac, il s'interpose entre un baleinier soviétique et un cachalot. Le navire tire son harpon à tête explosive juste au-dessus de sa tête, frappant la baleine: «Le cachalot criait et le son ressemblait à celui d'un être humain. Et ce que j'ai vu a changé ma vie pour toujours. Alors que la baleine sortait sa tête, au milieu d'une mare de sang, j'ai vu de la compréhension dans son regard. La baleine, qui devait peser 60 tonnes, aurait pu réduire en miettes notre petit bateau, mais elle a compris que le harpon ne venait pas de nous et elle a évité notre bateau. Je me suis toujours senti redevable à cette baleine, qui a épargné ma vie. Alors, j'ai décidé de consacrer ma vie à protéger les cétacés

Tout comme nous l'animal est un être spirituel, conscient. Le comprendre implique nécessairement une plus grande compassion pour ce compagnon d'évolution.

écrit par marjolainejolicoeur à 01:19 | dans:
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8-déc-2008
L'alimentation éclairée (Doreen Virtue)

L’ALIMENTATION ÉCLAIRÉE: Comment passer au végétarisme dans son cheminement spirituel -Doreen Virtue, Becky Prelitz, Editions ADA, 2008

Pour Doreen Virtue, une psychologue ayant travaillé dans diverses cliniques psychiatriques et maintenant auteure de livres sur la « thérapie par les anges », ce n’est pas seulement les gras ou les protéines qui comptent lorsqu’on fait des choix alimentaires mais aussi la qualité spirituelle et vibratoire des aliments. Ce que nous consommons a un effet sur ces centres d’énergie nommés chakras. Les aliments denses, avec une faible énergie vitale (viande, poisson et autres produits animaux) ont tendance à fermer les chakras, tandis que les aliments avec un niveau d’énergie vitale plus important (fruits, légumes) les ouvrent.

Un jour, en méditation, l’auteure demande conseil à ses Guides sur la façon d’augmenter sa clairvoyance. Immédiatement elle voit en esprit des morceaux de poulet. Elle pense alors que ses Guides ont mal compris sa question et elle l’a répète encore une fois. A nouveau, l’image de viande de poulet s’impose à son esprit. « Tu entraves ta clairvoyance en mangeant du poulet, puisque tu absorbes l’énergie de la souffrance quand tu le manges », lui ont répondu ses Guides. Depuis ce temps, elle a adopté une alimentation végétalienne et dit-elle « ma clairvoyance a considérablement augmenté et je me sens merveilleusement bien. Dans mes ateliers, j’aide les membres du public à prêter l’oreille à leurs anges. Une des questions qu’ils posent à leurs anges est la suivante: Comment puis-je améliorer ma capacité à vous voir et à vous entendre? Environ une fois sur deux, les anges répondent: « Vous mangez trop de fromage (ou de lait, ou d’un autre produit laitier)». Les anges expliquent que les produits laitiers obstruent les sens psychiques. Un excès de produits laitiers déteint sur l’aura, apparaissant comme un nuage laiteux entourant la personne, avec une texture poisseuse. Puisque les produits animaux contiennent peu d’énergie vitale, ils ralentissent les chakras. Une augmentation des facultés psychiques et intuitives est l’un des nombreux bienfaits d’une alimentation végétarienne ».Dans cette traduction française de Eating in the light l’auteure s’est associée à la nutritionniste Becky Prelitz pour les aspects pratiques, nutritionnels et environnementaux. On y trouve de nombreux conseils pour les débutants en végétarisme, pour ceux qui veulent abandonner tous les produits animaux ainsi que des choix de menus.

Positif: Aborde un aspect du végétalisme qu’on retrouve rarement dans d’autres livres.  - Négatif: Conseille pour ceux en transition de manger de la viande bio, un non sens puisque la chair animale est toujours vibrante de souffrance qu’elle soit bio ou non.

écrit par marjolainejolicoeur à 14:57 | dans: Végétalisme spirituel
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5-déc-2008
Tolstoi: un végétarien pacifiste|Marjolaine Jolicoeur

Toilstoi et son cheval Delire

Un jour l’écrivain russe Leon Tolstoï (1828-1910) est à table avec ses nombreux enfants, sa femme Sophie ainsi que des invités. Sa tante s’approche pour dîner. La vieille dame trouve sur sa chaise un poulet vivant et un couteau. Devant son étonnement Tolstoï lui fait remarquer, non sans humour : «Nous savions que vous vouliez manger du poulet mais personne n’a oser le tuer.»

Tolstoï avait raison. Le refus de la chair animale serait bien plus répandu si tous les humains devaient tuer de leur propres mains leur morceau de poulet ou de boeuf. Égorger un animal en le regardant dans les yeux,le découper, tremper ses doigts dans son sang, toujours de sales besognes que beaucoup d’adeptes de la viande préfèrent oublier. Comme si les poulets et les cochons entraient dans les abattoirs en dansant et en chantant, dans la joie et la gratitude. De la la  viande heureuse ça n'existe tout simplement pas!

Tolstoï voyait dans la brutalité envers les animaux un facteur pouvant endurcir le coeur des bouchers mais aussi des soldats. Et assez curieusement on retrouve cette idée de violence inter-espèces dans le droit anglais qui, dans le passé, ne permettait pas aux bouchers d’être jurés lors de procès: «Pour mener à bien leur travail ils ont dû parvenir à une accoutumance et à un endurcissement tels que les cris et les souffrances physiques leur deviennent chose familière.»(Bernard Mandeville).

Les massacres perpétrés par les bouchers ou les soldats s’inscrivent dans la même violence, la même interdépendance. «Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille »,disait Tolstoï le chrétien anarchiste, pour qui le premier commandement biblique tu ne tueras point devait s’adresser à tous les êtres vivants, sans exception.

Dans la préface de l’édition russe d’un livre d’Howard Williams The Ethics of Diet  publié en 1892, Tolstoi s’explique sur son refus du  «régime du sang » . Il relate une conversation qu’il eu avec un boucher, ancien soldat. Ce dernier, après quelques hésitations, avoue qu’en effet c’est terrible de tuer des animaux, « tout spécialement quand le bétail est silencieux et docile. Ils viennent vers vous, les pauvres choses, vous faisant confiance. C’est pitoyable. » Puis Tolstoï raconte qu’en revenant de Moscou à pied, on lui a offert de monter dans une charrette à côté d’un homme robuste et saoul. En entrant dans un village, les deux virent soudain un  «cochon bien nourri, nu et rose qui était amené pour être abattu. Il criait avec une voix terrible, ressemblant au cri perçant d’un homme. Juste pendant que nous passions, ils ont commencé à le tuer. Un homme a entaillé sa gorge avec un couteau. Le cochon cria encore plus fort et se sauva des hommes, courant plein de sang. Étant un peu loin, je n’ai pu voir tous les détails. J’ai seulement vu la peau rose du cochon ressemblant à celui d’un humain et entendu ses cris désespérés: mais mon voisin avait vu tous les détails et observé attentivement. Ils rattrapèrent le cochon, l’assommèrent et lui coupèrent la gorge. Quand ses cris cessèrent, mon voisin me dit: Est-ce que les hommes ne doivent pas répondre pour de telles choses?».

Tolstoï  fut végétarien pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie.  Dans une lettre écrite à l’automne 1910 à Gandhi, Tolstoi explique sa vision  de son pacifisme  envers les humains mais aussi les animaux : «Vous n’êtes pas libres parce que vous ne vous libérez pas ... Il n’y a qu’une solution, celle de la reconnaissance de la loi d’amour et du refus de toute violence"»

Et cette solution non-violente passe par notre refus de mettre de la souffrance dans notre assiette, de faire la paix  avec les animaux.

écrit par marjolainejolicoeur à 09:50 | dans: Viande et violence
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3-déc-2008
Visite chez un yogi|MarjolaineJolicoeur

Un livre peut nous marquer profondément, changer notre vie, notre relation au monde. Surtout s'il est découvert très jeune. Autobiographie d’un yogi de Paramahansa Yogananda (1893-1952), lu à l’âge de 15 ans, est un de ceux-là. Ce grand classique de la littérature spirituelle raconte les aventures initiatiques d’un yogi de l’Inde venu enseigner aux Etats-Unis dans les années 20. Végétarien convaincu, Yogananda n’hésitait pas à déclarer aux américains carnivores: «La viande, qui retient les vibrations de douleur, de peur et de colère de l’animal tué, est un irritant psychologique et de plus il dérange l’équilibre de l’esprit.» En 1927 il fut le premier swami indien à être reçu à la Maison Blanche. Le Washington Post donna un compte-rendu de sa visite en publiant le menu végétarien que Yogananda conseillait au président Coolidge afin qu’il puisse, avec sagesse, gouverner le pays. Le matin du jus d’orange, des noix moulus et des muffins de blé. Le midi  des salades de fruits et des légumes crus. Le  soir des légumes cuits, du riz, un pain de noix et du pudding aux dattes.

On retrouve beaucoup de  célébrités  autour de Yogananda : l'actrice Greta Garbo, l’horticulteur Luther Burbank, la cantatrice Amelita Galli-Curci, l’inventeur de la caméra Kodak, George Eastman et le comte Ilya Tolstoi, fils de Leon Tolstoi. Elvis Presley, dans les années 60, développa un sincère intérêt  pour les enseignements de Yogananda. Pendant douze ans il se lia d'amitié avec celle qui lui succéda au centre de Los Angeles, Daya Mata. Elvis l’appelait  «mother»  car elle lui faisait penser à sa défunte mère bien-aimée. Quant à George Harrison des Beatles, il distribuait à ses amis Autobiographie d’un yogi en leur affirmant que ce livre avait été le déclic dans sa recherche spirituelle et ses voyages indiens. Sur la pochette de Sergeant Peppers Lonely Heart Club Band, on peut reconnaître la silouette ronde et les longs cheveux noirs de Yogananda.

Yogananda a été un de mes guides dans ma prise de conscience sur la violence faite aux animaux, sur l'horreur de la viande. Mais surtout sur cette idée fondamentale qu'il faut commencer par se transformer soi-même de l’intérieur, si nous voulons que l’extérieur se transforme aussi.

Depuis mon adolescence je rêvais d’aller à Puri, à l’endroit même où Yogananda avait vécu en tant que jeune disciple de son maître Yukteswar. Je me suis donc un jour retrouvée sous la lumière dorée de  cette station balnéaire non loin de Calcutta.  Dans le jardin tropical de l’ashram, du tulasi - basilic rouge considéré comme sacré et dédié à Krishna - poussait aussi grand que des arbres. Yukteswar avait été enterré dans une structure sobre et dénudée, seulement décoré d’un lingam de Shiva. Je touchais les pierres blanches de ce petit temple avec émotion.

Un swami du nom d’Hariharananda officiait dans les lieux, vieil homme barbu aux cheveux blancs, le ventre rebondi, une constante chez plusieurs yogis. En questionnant un disciple sur ce fait, ce dernier me répondit qu’il s’agissait là d’une accumulation de la «force de vie dans le centre du ventre.» Grande tentation de dire à la blague qu’il s’agissait peut-être d’une accumulation de prasadam (nourriture bénie puis distribuée aux disciples) mais ce genre d’humour ne fait pas beaucoup rire en Inde.

Un matin ce disciple de Yogananda nous reçu dans sa chambre. Pendant de longues heures ce fut un défilé incessant devant le yogi couché sur son lit. Des visiteurs lui apportaient des noix de coco, des bananes, des gâteaux, tout en se prosternant devant lui. Certains lui touchaient les pieds dans une pieuse soumission. Pour les remercier Hariharananda leur donnait de vigoureuses tapes dans le dos, sur le dessus du crâne. S’adressant directement à moi  - peut-être parce que j'étais accompagnée de mon fils de onze ans - il me parla longuement de sa mère en me désignant sa photo sur le mur, très vieille dame au visage émacié, un rosaire de rudraska autour du cou. Ses yeux s’emplirent de larmes à l’évocation de ses souvenirs d’enfance près de sa maman.

Malgré son statut de moine, beaucoup d’énergie féminine tourbillonnait autour du swami. Deux jeunes femmes indiennes lui donnaient des massages, mettaient en purée sa nourriture car il n’avait plus beaucoup de dents. Il venait de subir une opération, sur une table près de son lit des dizaines de boîtes de médicaments s’empilaient. Cela heurta mes croyances de l’époque. Même le yoga et le végétarisme ne peuvent apporter de façon certaine la santé au corps physique, pas plus les yogis que les gourous n’échappent à la maladie? De nombreux guides spirituels même en étant végétariens avaient souffert de maladies graves, étaient morts du cancer, assumant ainsi, selon certains, le karma de leurs disciples. Je me rappelais ces mots de Yogananda: «Un corps malade n’indique pas plus que le guru n’a pu atteindre le contact divin qu’une santé de fer n’est le signe de l’illumination.» En d'autres mots, ne pas juger le karma des autres.

Au coucher du soleil quelques disciples se retrouvèrent dans une salle aménagée dans une bâtisse tout en long où des dizaines de photos de Yogananda ornaient les murs. Hariharananda assis sur une estrade, devant une immense représentation du signe OM, chantait des mantras en claquant des mains, nous invitant à répondre à choeur. Il donnait des exercices de respiration, de contrôle du souffle et des asanas à exécuter. Des vieilles femmes très souples, assises en tailleur par terre, touchaient le sol avec leur tête. Exercice à première vue simple mais plutôt acrobatique pour nous les Occidentaux à la colonne vertébrale plutôt raide pour ne pas dire bloquée. Le yogi se servait d’un carton sur lequel les chakras étaient dessinés. Puis il nous expliquait leur fonction, leur lien avec cette lumineuse déesse enroulée au creux des reins, la puissante Shakti qui fait voyager dans le cosmos intérieur et que tout yogi doit éveiller afin d’atteindre la libération.

Les yeux d’Hariharananda pétillaient de malice, de dévotion, à d’autres moments il élevait la voix, presqu’en colère contre son auditoire. Qui était-il vraiment, un maître réalisé? Que signifiait connaître l’illumination dans la réalité physique de tous les jours? Les tribulations à la recherche d’un gourou demeurent un thème récurrent dans le folklore et les légendes indiennes, mais dans cet âge du Kali-Yuga aux dérives sectaires si nombreuses, aux guerres de religions sanglantes, l’obéissance et la soumission totale du disciple sont-elles encore possibles et même souhaitables? Le guide ultime n’est-il pas avant tout notre âme?

Puis ce fut le silence, la méditation.

Quand tout fut terminé, en nous regardant profondément dans les yeux, le swami distribua à chacun d’entre nous une boulette de céréales et de fruits, très sucrée En la croquant je sentis un tourbillon d’énergie dans ma tête. Je fus contrainte de m’assoir car tout tournait autour de moi. Démonstration des pouvoirs psychiques d’un yogi, transmission d’énergie, fatigue tropicale ou simplement du sacré bon prasadam? Comme souvent dans la vie, le mystère resta entier.

écrit par marjolainejolicoeur à 11:54 | dans: Végétalisme spirituel
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28-nov-2008
Entrevue avec Jules le Jain

Journal AHIMSA, printemps 2006
Propos recueillis par Marjolaine Jolicoeur

Comme son nom l'indique Jules le Jain, est un jeune français qui suit la voie de l'ahimsa et du jaïnisme. Végétarien depuis son enfance, il nous parle de ses séjours dans des familles jaïnas en Inde et comment il met en pratique, dans son quotidien d'occidental, les principes éthiques de l'ahimsa.

Vous êtes végétarien. Qu'est-ce qui vous a amené à cesser de manger de la viande, du poisson ?
- Je suis végétarien depuis l'âge de 5 ans, en tous cas, c'est à cet âge que j'ai décidé de le devenir en l'imposant à ma famille. De 5 à 7 ans, ma mère et ma grand-mère, qui ont toujours respecté ce choix m'ont néanmoins fait avaler des raviolis à la viande prétendant qu'il n'y avait que des légumes à l'intérieur. Elles étaient conditionnées par la civilisation occidentale qui préconise de donner de la viande à ses enfants pour qu'ils grandissent. À partir du moment où j'ai su lire, j'ai détaillé la composition de toutes les conserves et de tous les surgelés qu'on me proposait de manger. Depuis l'âge de 7 ans environ, je n'ai plus jamais mangé de viande et de poisson. Je fais également très attention à ne pas manger de bonbons contenant de la graisse animale, à ne pas prendre ces traitements homéopathiques contenant des produits animaux. Attention aussi à ne me soigner qu'avec des médicaments non testés sur les animaux. Je pense qu'être végétarien c'est beaucoup plus que de ne pas manger de viande, de poisson et de crustacés, c'est être vigilant à la composition de tout ce que l'on avale. J'irai même plus loin : être végétarien devrait aller de pair avec le fait de ne pas tuer pour se vêtir (cuir, fourrure, etc...). Être végétarien c'est bien plus que ne pas vouloir tuer pour se nourrir, c'est ne pas tuer tout court : pour se nourrir, pour se vêtir, pour se soigner, pour s'éviter la nuisance de certains insectes. Je vois le végétarisme comme une forme de conscience, de compassion envers tous les êtres vivants et non comme le principe restrictif de ne pas manger certains aliments.

Comme avez-vous découvert le jaïnisme?
- Mon histoire risque de paraître farfelu à certains. J'ai été tellement bègue quand j'étais petit que j'en étais devenu presque muet et je me suis volontairement coupé du monde, ne pouvant pas communiquer avec les autres. Je réfléchissais et mes réflexions, avec le recul, n'étaient pas celles d'un petit gamin de 5 ans. Je pense que je continuais un état méditatif que j'avais dû abandonner avant, dans une vie antérieure…Je pense que mon bégaiement et ce retrait du monde étaient liés à un besoin de finir une méditation commencée une vie plus tôt. En tous cas, à l'âge de 5 ans, j'ai réuni mes forces pour dire à ma famille que je ne voulais plus manger de viande ni de poisson. Je leur faisait un cirque infernal quand il s'agissait d'enfiler un blouson de cuir. J'ai continué mes réflexions jusqu'à l'âge de 12 ans où, du jour au lendemain, je n'ai plus bégayé. J'ai perdu la mémoire de toutes ces précieuses réflexions, je me suis ouvert au monde dans lequel je vivais, mais je gardais toujours en mémoire les principes de ma jeune enfance. C'était comme une deuxième naissance avec un vague souvenir de cette ancienne vie de 0 à 12 ans.
Jusqu'à l'âge de 26 ans, j'ai toujours respecté ce principe de ne pas tuer. Mes réflexions d'enfance ne me préoccupaient plus et je n'avais jamais cherché à savoir et à comprendre pourquoi j'avais été comme ça, et pourquoi ces principes m'étaient venus à l'esprit. J'avais eu l'occasion d'aller dans des pays asiatiques bouddhistes et, bien que l'iconographie bouddhiste m'attirait, le fait de voir tous ces       « bouddhistes » manger de la viande, du poisson et des insectes ne m'amena pas à penser que la clé de mon « passé » était dans la religion.
Et puis à 26 ans lors d'un reportage sur l'Inde, 2 minutes furent consacrées au jaïns. Et là, un grand frisson me parcourut en entier. Je reconnaissais sans savoir pourquoi toute cette iconographie propre aux jaïns. Les silhouettes des moines et des nonnes me semblaient très familières. J'ai compris tout de suite que je pouvais mettre un nom sur ce que je devais être : je devais être jaïn. Internet n'avait encore pas tout à fait explosé alors j'allai dans une librairie spécialisée pour acheter tout ce qui concernait le jaïnisme. En lisant ces livres, rien ne m'était étranger. Je retrouvais même la trace de réflexions que j'avais étant enfant et que j'avais oubliée. La question n'était plus de savoir pourquoi j'avais toujours été végétarien mais pourquoi j'avais toujours été jaïn sans le savoir.

- Outre cette expérience de vie passée, qu'est-ce qui vous a attiré particulièrement vers cette tradition spirituelle ?
Dans le catéchisme de l'église catholique écrit en 1986 par Jean Paul II et par celui qui allait devenir Benoît 16, il est dit: « il est légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection de vêtements » et « les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement acceptables ». Tout ça parce que « Dieu a confié à l'homme (créature au sommet de la création) la responsabilité de soumettre la terre et les êtres qui y vivent et de les dominer ». Comment croire en ce Dieu là tout en étant végétarien ? Le bouddhisme est différent dans ses textes bien sûr, mais la pratique est tout autre. Des rescapés du récent tsunami au Sri Lanka se disent bouddhistes tout en réclamant des bateaux de pêche pour aller tuer des poissons. Des thaïlandais vont prier Bouddha avec une brochette de viande à la main. Des moines bouddhistes s'autorisent à accepter de la viande si il n'y a rien d'autre à manger. Tout ce monde bouddhiste me parait guère respectueux de l'Ahimsa.

Il est vrai que l'attitude des bouddhistes envers le végétarisme peut sembler parfois assez ambïgu. Mais il y a un livre extraordinaire sur le sujet "Shabkar:Food of Boddhisatvas, Buddhist teachings on Abstaining from Meat" qui parle de  tous les textes bouddhiques sur l'abstention obligatoire de viande pour les bouddhistes. Shabkar est mort en 1851 et il est en quelque sorte le St-François d'Assises des bouddhistes. Il avait une grande compassion pour les animaux.
- Non, malheureusement je n'ai pas lu ce livre. Il y a toujours un fossé entre les textes religieux et les pratiques des fidèles et ce n'est pas pour prêcher pour ma paroisse mais seulement les jaïns suivent à la lettre les principes de leur textes sacrés. Ils sont très rigoureux. Ayant passé du temps en Asie du sud-est dans les pays bouddhistes, les moines là-bas n'inculquent guère la notion d'Ahimsa aux fidèles car eux mêmes ne la suivent pas souvent. La plupart des bouddhistes asiatiques ne savent même pas parfois qui est Bouddha. Est-ce un dieu ou simplement un homme éveillé? Était-il indien ou asiatique? Quel était son discours? Voilà quelques questions auxquelles les hommes de la rue ne savent pas répondre. Les réponses fusent par contre quand il s'agit de savoir le cours du dollar.

Pourtant n'est-il pas vrai que les enseignements du Bouddha sont très proches de ceux de Mahavira?
- Mahavira et Bouddha étaient contemporains et ils vivaient dans la même région en Inde. Ils étaient tous deux issus d'une famille noble. On les a longtemps confondus. D'après les dernières recherches Bouddha et Mahavira ne se sont jamais rencontrés mais il semblerait qu'ils connaissaient mutuellement le parcours de l'autre. La famille de Bouddha était proche des idées de Parshvanatha le 23e Tirthankara qui vécu environ 800 ans avant J.C aux alentours de Bénarès et ses idées ont inflencé le Bouddha. Il y avait ce grand mouvement des sramanes, ces ascètes anti-brahmanistes, dont sont issus Mahavira, Bouddha mais aussi d'autres comme Gosala le fondateur des Ajivikas. Bouddha a essayé pendant les premières années de son ascèse les principes dictés par Parshvanatha puis opta pour une autre voie tout en adoptant certains éléments de l'iconographie jaïna.

Le principe de l'Ahimsa est une notion centrale dans le jaïnisme. Comment de façon générale l'appliquer dans notre quotidien ?
- Le jaïnisme applique la triple non-violence : ne pas tuer, ne pas faire tuer et ne pas accepter qu'on tue. Les moines sont toujours végétariens. Le principe de l'Ahimsa est LA notion centrale du jaïnisme, toutes les autres notions ou principes sont directement liés à l' Ahimsa. La triple non- violence doit s'appliquer en parole, en volonté et en acte. Le jaïnisme a cependant quatre différentes classification de la violence: violence volontaire, violence non volontaire et violence nécessaire. Marcher par exemple est une violence qui cause la mort de petits organismes, mais il est nécessaire de marcher pour nous les humains. C'est aussi pour cela que moines et nonnes jaïns balayent le sol en se déplaçant.Le principe de l' Ahimsa est évidemment lié au végétarisme, mais va encore bien au-delà du fait de ne pas tuer pour se nourrir. Dans le quotidien, il s'agit de faire très attention à ne pas tuer par inadvertance de la vie, si petite soit-elle. Moi, par exemple je marche jamais dans l'herbe car le risque est trop grand d'écraser des insectes. Je n'utilise jamais d'insecticide et je fais très attention, en été surtout, que des moucherons n'entrent dans mes poubelles et ne se retrouvent prisonniers des déchets alimentaires. Je ne nettoierai pas mon petit bout de balcon à l'eau claire si ma colonie de fourmis, qui a investi un pot de lierre sur mon balcon, décide de s'y promener. Je fais attention à ne pas laisser un arrosoir plein d'eau à l'intérieur pour éviter que des insectes ne s'y noient. Je fais aussi très attention quand j'achète des chaussures afin qu'elle n'est pas, ne serait-ce qu'un millimètre de cuir, même si malheureusement ce n'est pas le modèle à la mode. Je trie mes poubelles pour ne pas polluer encore plus cette planète qui abritent toutes ces vies innocentes, etc. Mais je ne fais pas plus que ce que tout le monde devrait faire.

Si l'ahimsa est une voie parfois ardue dans nos actes quotidiens, il l'est aussi dans la maitrise de nos pensées, surtout envers ceux qui commettent tant de violences envers les animaux?
- Il est vrai que que le principe de l'Ahimsa c'est aussi la non-violence en pensée et là, je dois l'avouer, c'est nettement plus dur pour moi. Comment toujours éprouver de l'amour pour tous les êtres vivants quand des hommes tuent sans cesse pour leur plaisir, pour leur soit disant besoin et surtout quand ils le revendiquent haut et fort. La haine naît parfois en moi contre ces chasseurs, ces bouchers et même contre ces médecins qui nous font croire qu'il faut manger tous les jours de la viande pour être en forme ou encore même contre ces stylistes qui ne peuvent s'empêcher d'utiliser de la fourrure de lapin ou de d'autres pauvres animaux pour en faire des manteaux.

Est-ce difficile d'être végétarien et jaïn en France ?
- Non, pas très difficile. Un peu plus compliqué peut-être qu'en Angleterre où l'immigration indienne a aidé le développement d'une certaine conscience ainsi que l'ouverture de nombreux restaurants végétariens. Presque tous les restaurants proposent des salades végétariennes ou des plats végétarien. Il suffit de leur demander un plat sans viande et généralement ils essayent toujours de faire quelque chose de bien. Dans les supermarchés, on trouve de plus en plus de repas cuisinés végétariens ou de plat surgelés avec l'étiquette « convient aux végétariens ». Le problème est qu'il faut toujours prévoir sa nourriture quand on est amené à voyager en train par exemple où le choix se réduit à sandwich jambon-beurre ou sandwich au thon. Être végétarien est aussi de mieux en mieux accepté dans les vieilles mentalités françaises. Dans les grandes villes, être végétarien ne relève plus de la psychiatrie. Les choses changent petit à petit dans les campagnes où la « bidoche » (la viande) est reine. Être jaïn en France est, par ailleurs, plus difficile. Mais finalement il est partout difficile d'être jaïn. Il faut par exemple se battre avec sa propriétaire quand elle veut effectuer une désinsectisation sans pouvoir lui expliquer pourquoi, de peur qu'elle n'appelle l'hôpital psychiatrique! Plus sérieusement, le jaïnisme est très mal connu en France voire même inconnu et donc il fait peur. Avec notre sacro-sainte  « laïcité » française, la marge de manœuvre pour faire accepter ses idées religieuses est très étroite. Le spectre de la secte n'est jamais très loin. Alors être jaïn en France c'est essayer de mener une petite vie contre les violences de toutes sortes et d'avoir un temple chez soi. Nous ne pouvons être aussi qu'un fidèle et ne pas espérer devenir moine ou nonne car il n'existe pas de temples. Et si un jour on en construisait un, quelle serait la réaction des gens dans la rue face à des moines nus?

Est-ce qu'on peut se "convertir" au jaïnisme, comme il est possible de le faire dans le bouddhisme ou le christianisme? Vous-même vous avez déjà été tenté de devenir moine?
- On ne se convertit pas au jaïnisme, on est jaïn si on naît jaïn. Voilà malheureusement le discours souvent entendu. Ce qui, en fait, est contraire à la volonté de Mahavira. Pour les jaïns, il n'y a pas d'étapes particulières, comme le baptême pour les chrétiens par exemple. Mais les enfants jaïns vont tous les jours au temple et suivent les discours des Acharyas ou des moines errants quand ils viennent dans leurs temples. Car dans le jaïnisme, il n'y a pas de monastères, les moines et les nonnes errent sans cesse durant la saison sèche et se réfugient dans l'enceinte des temples durant la mousson. Je suis parti à 30 ans - il y a deux ans - pendant 6 mois en Inde dans l'optique de voir si je pouvais abandonner tout et essayer de travailler sur la destruction de mes karmas en devenant ascète. Je n'en avais parlé à personne. Je me suis rendu compte que ce n'était pas possible. Je ne parle pas hindi, je ne viens pas d'une famille jaïne, je ne suis "affilié" à aucune secte même si je me sens proche des svetambaras, et surtout je ne suis qu'un blanc bec aux yeux de certains jaïns! J'ai compris aussi que ce n'était pas ma voie dans cette vie. Je crois qu'il faut être conditionné dans un environnement bien particulier et ce depuis son enfance pour arriver à réussir son ascèse en Inde.

Etre un ascète à notre époque, pas évident n'est-ce pas?
- Dans l'ascèse jaïne, il y a cette notion d'équanimité poussée à l'extrème qui est magnifique mais que je suis loin d'avoir atteint. J'ai beau me répéter que les chasseurs sont des êtres vivants dont l'âme s'est obscurcie par de mauvais karmas dus à leur actions passées et qu'il faut avoir à leur égard ni amour ni haine...en vain. Je crois que je préfère accumuler quelques mauvais karmas en me révoltant contre tous ceux qui tuent pour le plaisir plutôt que de me réfugier dans une attitude de non-action.

Vous avez vécu avec les jaïns en Inde. Quelles sont vos impressions, ce fut facile de vous y intégrer ?
- J'ai vécu avec des jaïns dans des familles du Bengale et du Rajasthan. Je ne vivais jamais très longtemps dans la même famille, cela variait d'une soirée à trois semaines. Certaines de ces familles indiennes ont subi le poids de la culture musulmane pendant plusieurs siècles, culture qui a fait beaucoup de tort à mon avis à la culture hindoue et à la culture jaïne. Elles sont effectivement végétariennes et toutes respectent la non-violence. Il a été souvent difficile de m'intégrer complètement. Heureusement, j'ai le corps couvert de tatouages avec des mantras jaïns ou des images de guides spirituels jaïns ce qui m'a servi souvent de passeport, en quelque sorte.

Quels endroits vous ont le plus marqué lors de vos séjours indiens?
- J'ai été touché par Palitana qui est une petite bourgade au sud du Gujarat où se trouve Shatrunjaya, la montagne jaïne aux 863 temples de marbre tous plus beaux les uns que les autres. La dévotion y est très forte et l'énergie d'amour accumulée pendant tous ces siècles sur ce site laisse une empreinte indélébile. C'est pour moi le lieu jaïn par excellence. Par Ranakpur aussi qui est un magnifique et énorme temple à 1h30 de route au nord d'Udaipur dans le Rajasthan, perdu dans la nature. Le temple en entier est une vraie dentelle de marbre et certaines sculptures font frémir par leur vérité d'expression. Finalement, par Udaipur qui est une petite ville située elle aussi dans le Rajasthan et qui est très belle. Elle a comme particularité d'avoir le plus haut taux de jaïns par rapport à la population. Il y a 90 temples dispersés dans la ville représentant toutes les différentes sectes, sensibilités et époques. J'ai surtout eu la chance de voyager beaucoup en voiture dans le nord de l'Inde et mes plus beaux souvenirs sont ces petits temples inconnus que l'on repère au coin des chemins. Ceux là m'ont inondé d'énergie et m'ont submergé d'émotions.

Ce fut facile de manger végétarien en Inde?
- Oui, absolument Et il est même facile de manger d'une façon jaïn quand les communautés jaïnes sont très implantées à quelque part. Dans le Gujarat en particulier, on peut trouver des pizzas ou des bonbons jaïns car le terme JAIN est écrit sur l'emballage des produits. Le terme figure aussi sur le menu des restaurants. En général, la famille jaïne mange la même chose qu'une famille indienne végétarienne. Certaines, plus religieuses, éviteront pommes de terre, oignons et carottes car déterrer des légumes peut nuire à la vie des organismes vivants sous la terre.

Et maintenant, en tant que végétarien et jaïn, comment voyez-vous votre avenir?
- Je veux bien sûr avancer sur mon chemin spirituel mais aussi m'investir de plus en plus pour le végétarisme et contre toutes les souffrances animales.

Jules le jain avec prêtre du temple de Sarnath

Jules le Jain à Sarnath: http://www.jainisme.com/jainisme/le_jainisme/index.html

écrit par marjolainejolicoeur à 20:08 | dans: Végétalisme spirituel
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27-nov-2008
GANDHI: UN VÉGÉTARIEN NON-VIOLENT
Marjolaine Jolicoeur, Journal AHIMSA, automne 2006

Dans sa vision de la non-violence, Gandhi (1869-1948) englobait autant la libération des humains que celle des animaux. Surtout connu pour sa courageuse lutte contre le colonialisme britannique, très peu est révélé cependant sur son refus de la chair animale. Dans le film Gandhi , réalisé en l982 par R.Attenborough, curieusement rien n’est dit sur son végétarisme. Pourtant c’est une part essentielle de sa pensée et de ses actions. Pour Gandhi la non-violence et le végétarisme sont intimement liés car on ne peut se dire non-violent et continuer à exploiter et à tuer des animaux.

Comme tant de végétariens, Gandhi a vécu des « expériences de vérité » face à son végétarisme. Questionnements, dilemmes moraux, incompréhension de la part de son entourage, moqueries, sentiment d’impuissance devant les massacres, Gandhi s’est aussi donné le droit de désobéir aux lois injustes. Il a résisté en son âme et conscience contre tout ce qui heurtait ses convictions les plus profondes. Même s’il est mort depuis plus de cinquante ans et semble pour certains une figure exotique ou dépassée, sa vie de végétarien militant pour une non-violence active ressemble à ce que beaucoup de végétariens expérimentent encore de nos jours. Gandhi vivait lui aussi dans un monde violent, déchiré par les guerres et les holocaustes. Comment ne pas céder à la colère devant toute cette violence qui déferle encore et toujours sur la planète? « Commencer par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous » , nous répond Gandhi.

GANDHI MANGE DE LA VIANDE

A la maison familiale de Gandhi on ne mange pas de viande pour des raisons religieuses. Mais lorsqu’il est adolescent, à son collège, Gandhi se lie d’amitié avec un musulman, Sheik Mehtab. Dans son autobiographie Gandhi raconte cet événement qu’il considère comme la «tragédie » de sa vie. Mehtab lui conseille, dans un long plaidoyer en faveur de l’alimentation carnée, de manger de la viande afin d’être aussi fort que les Anglais: « Nous sommes un peuple faible, parce que nous ne mangeons pas de viande. Si les Anglais peuvent nous régir, c’est qu’ils sont carnivores. Tu sais combien je suis résistant et comme je cours bien. C’est parce que je suis carnivore. Les carnivores n’ont pas de furoncles ni de tumeurs; s’il leur arrive d’en avoir, ils guérissent rapidement. Ceux de nos maîtres qui, comme certaines gens distinguées, mangent de la viande, ne sont pas des idiots. Ils connaissent les vertus de cet aliment. Tu devrais agir de même. »

Les exploits sportifs de Mehtab, qui a réussi à convaincre son frère aîné, suscitent chez Gandhi un vif désir de lui ressembler. Très vite l’idée grandit en lui qu’il est bon de manger de la viande, qu’elle donne de la force et de l’audace. Si toute l’Inde se met à être carnivore, l’Anglais n’en sera plus le maître, pense-t-il. En cachette de ses parents, dans un coin solitaire, Gandhi voit pour la première fois de sa vie un morceau de viande apportée par Mehtab. La viande de chèvre qu’il goûte est dure comme du cuir. Gandhi passe par la suite une nuit épouvantable hanté par un horrible cauchemar: « Chaque fois que je m’assoupissais, il me semblait qu’une chèvre vivante se mettait à gémir en moi, et je sursautais, plein de remords. »

 Methab ne renonce pas à faire de Gandhi un carnivore. Il l’amène dans un restaurant et avec la complicité du chef cuisinier lui présente une variété de mets préparés avec de la viande. L’appât était bon, écrit Gandhi: « Je reniai ma pitié pour les chèvres et devins gourmand de plats à base de viande, sinon de la viande même. Cela dura environ une année. Mais mes réjouissances carnées ne dépassèrent pas une demi-douzaine de festins. » Tourmenté par la honte et les remords -ses parents seraient mortifiés d’apprendre que deux de leurs fils sont devenus carnivores- Gandhi prend la décision de s’abstenir de manger de la viande, aussi longtemps que ses parents seront en vie. En 1888, après avoir promis solennellement à sa mère de ne pas toucher à l’alcool et la viande (et aux oeufs aussi considérés par sa mère comme de la viande), Gandhi part en Angleterre pour y étudier le droit pendant trois ans. Il a alors dix-neuf ans  Sur le bateau, il ne mange pas avec les autres voyageurs, trop gêné de demander s’il y a au menu des plats sans viande. Il se nourrit essentiellement de « douceurs et de fruits » apportés de l’Inde. Un passager anglais se moque de son entêtement à renier la viande et lui conseille d’en manger:   « Il fait si froid en Angleterre qu’il est littéralement impossible de s’y passer de viande pour vivre. Personne, à ma connaissance, ne vit dans ce pays en se passant de viande. »

Lors de son arrivée en  Angleterre, la nourriture végétarienne  semble insuffisante à Gandhi, il a toujours faim. Ses hôtes ne savent pas cuisiner sans viande, on lui sert des légumes bouillis sans assaisonnements ni épices, des épinards insipides et quelques tranches de pain. Le voeu fait à sa mère de ne pas toucher à la viande lui est difficile à tenir, ses amis tentent de le persuader d’en manger. Pour le convaincre, l’un d’entre eux lui fait lire des passages de l’Utilitarisme du philosophe Bentham. « Ces théories me dépassent », répond Gandhi. La faim continue à le tourmenter. N’en pouvant plus, il se lance à la recherche d’un restaurant végétarien et au cours de ses pérégrinations, le hasard le conduit à un restaurant végétarien dans le centre de Londres:  « Cette découverte m’emplit d’une joie comparable à celle de l’enfant qui voit enfin son rêve le plus cher se réaliser . »

Dans ce restaurant végétarien, il prend son premier vrai repas depuis son arrivée en Angleterre. Il y achète aussi A Plea for Vegetarianism and other essays - Un Plaidoyer pour le végétarisme de Henry S. Salt (1851-1939). Cet auteur prolifique a  écrit quarante livres sur des sujets aussi divers que l’alimentation sans viande, les droits des animaux, contre la chasse, pour la réforme des prisons et des conditions de vie des prisonniers et des enfants. Pour Salt le végétarisme doit d’abord être vécu pour des raisons éthiques, afin de soustraire les animaux aux « horreurs de l’abattoir. » En tant qu’humaniste Salt milita pour la suppression de la violence envers les humains mais aussi les animaux, pour la reconnaissance des droits de tous les êtres vivants:« Notre principe fondamental est maintenant clair. Si les "droits" existent et le sentiment, comme l’expérience, prouvent qu’ils existent, on ne peut logiquement les attribuer à l’homme et les refuser à l’animal, puisque l’un comme l’autre, ils sont la manifestation d’un même sentiment de justice et de compassion. » Salt a aussi écrit une biographie de Henry David Thoreau, alors inconnu en Angleterre. Grâce à ce livre le public mais aussi Gandhi prennent connaissance de la désobéissance civile. Pour Thoreau tous nos actes doivent avant tout être dictés par notre conscience: «La seule obligation qui m’incombe à juste titre consiste à agir en tout moment en conformité de l’idée que je me fais du bien . »

TOUT CHANGE GRÂCE À UN LIVRE

Gandhi associera cette désobéissance civile à sa pratique de la non-violence et s’en servira pour s’opposer aux lois discriminatoires. Salt fut donc pour lui une grande inspiration autant pour ses prises de positions politiques que pour son végétarisme. Car la lecture du Plaidoyer pour le végétarisme est pour Gandhi la base de sa décision d’être végétarien, non pas à cause du voeu fait à sa mère, de sa caste ou sa religion, mais par choix: « Depuis le jour où j'ai lu ce livre, je peux dire que je suis devenu végétarien par conviction. J'ai béni le jour où j'ai promis à ma mère de ne pas manger de viande. Depuis toutes ces années, je ne m'étais pas nourri de chair pour demeurer fidèle à ma promesse, tout en souhaitant que les Indiens puissent devenir carnivores, moi y compris. Dorénavant, j'étais végétarien par choix, et je décidais de devenir un missionnaire du végétarisme. » Il se met par la suite à lire un grand nombre d’ouvrages sur le sujet, notamment ceux de Howard Williams et d’Anna Kingsford et pendant les années de son séjour anglais rencontre d’autres végétariens, participant comme membre exécutif à des sociétés végétariennes. Lorsqu’il retourne en Inde, Gandhi forme et préside une Association pan-indienne pour la protection de la vache: « Je considère la question de la protection de la vache comme non moins importante - et même sous certains aspects beaucoup plus importante - que la question de l’indépendance (svaraj). Même le terme svaraj perdrait toute signification tant que nous n’aurions pas trouvé le moyen de sauver la vache. »

LA DÉESSE-MÈRE INCARNÉE DANS LES VACHES

Certains croient à tort que les vaches indiennes font l’objet d’un culte d’adoration. En fait elles représentent l’énergie féminine, l’incarnation de la déesse qu’on doit respecter, à l’image de notre mère. Il est intéressant de noter que les sociétés pratiquant le culte archaique de la déesse-mère étaient pacifiques, égalitaires et parfois même végétariennes. C’est ce que soutient l’archéologue James Mellaart alors qu’il commente ses fouilles, en Turquie, à Catal Huyuk, une cité vieille de     6 000 ans av. J.-C: « Il existait un schéma ordonné de la société. Nul sacrifice humain ou animal n’était pratiqué. Le végétarisme dominait car les animaux domestiques étaient gardés pour leur lait ou leur laine, non pour leur viande. Et surtout, la divinité suprême de tous les temples était une déesse ». Les ruines de l’antique cité ne révélèrent pas de fortification, aucun objet glorifiant la guerre ou la conquête. Pas d’esclaves dans cette société égalitaire, les affamés se voyaient offrir de la nourriture venant de magasins publics ou des jardins de la déesse. En Inde,  de récentes découvertes archéologiques découvrirent des sociétés semblables vieilles de plus de l0 000 ans et qui vénéraient elles aussi la déesse-mère. 

Les musulmans (mais aussi les chrétiens) ne sont pas reconnus pour être des disciples de l’énergie féminine. Cette vénération de la déesse dans ses innombrables formes, dans le corps des vaches comme dans celle de tous les autres animaux, provoqua des massacres et des profanations de la part des musulmans puis des britanniques lors de leur domination de l’Inde. Pour l’islam, tout comme pour les chrétiens anglais, cela s’inscrivait dans une guerre sainte contre la superstition, l’idolâtrie des païens et des Infidèles. Au cours de l’histoire les hindous furent encouragés à manger de la viande de boeuf par les conquérants puisqu’ainsi ils devenaient hors caste et se voyaient dans l’obligation de se tourner vers la religion d’Allah ou de Jésus.

Tout au long de l'histoire de l'Inde, les empires musulmans se caractérisent par la barbarie, les massacres et des populations entières réduites à l’esclavage. Lorsque l’islam déferla pendant plusieurs siècles sur ce continent, son passage se solda par des destructions et des pillages Selon l’historien K.S. Lal, dans La croissance de la population musulmane en Inde, entre les seules années 1000 à 1525, 80 millions d’hindous - et adeptes d’autres religions-  furent tués directement ou indirectement par les musulmans, suite aux famines et autres calamités découlant des guerres. Partout dans le pays les conquérants musulmans détruisirent bibliothèques, monuments, monastères bouddhistes ou jains, statues, toute forme d’art religieux ou autre, recontruisant des mosquées sur les ruines des temples détruits. S’ajoute à toute cette désolation le fait que les musulmans tuent les vaches. Ils amenaient les pauvres animaux dans l’enceinte des temples et les tuaient sous l’oeil horrifié des hindous ou des jains végétariens. Puis ils mangeaient leur chair, indifférents à la souffrance des animaux comme à celle des humains.

Ali Mian, politicien musulman respecté, influent et considéré comme modéré, n’hésita pas à cautionner les tueries de vaches au nom de l’islam, en l987 devant le Congregation of Indian and Pakistani Muslims.  Selon lui, si les musulmans ne tuent pas les vaches, les générations futures commenceront aussi à regarder les vaches avec vénération et les musulmans perdront leur identité face aux hindous.

Gandhi tenta courageusement et sans relâche d’unir hindous et musulmans sur la question de l’abattage des vaches, convaincu cependant que cette question d’unité allait mettre son « ahimsa le plus rudement à l’épreuve ». Son dernier jeûne avant sa mort en janvier 1948, sera d’ailleurs entrepris afin de calmer les émeutes sanglantes entre hindous et musulmans. Sa tentative de réconciliation fut un échec.  

VÉGÉTARISME ÉTHIQUE

Tout au long de son existence, les « expériences diététiques » de Gandhi ont pris une grande place. Parfois il ne mange que du pain et des fruits, à d’autres occasions il coupe tout amidon ou se nourrit essentiellement de noix et de fruits. Ces expériences lui enseignent « que le véritable siège du goût n’est pas la langue, mais l’esprit . » En Angleterre un végétarien tenta de lui démontrer que les oeufs ne sont pas de la viande et que l’on ne porte pas préjudice à une être vivant en les consommant. Mais son épisode de végétarisme avec oeufs ne dura pas longtemps. Gandhi renonca aux gâteaux et aux puddings cuisinés avec des oeufs, même s’ils étaient servis dans un restaurant végétarien. Lorsqu’il se rendit à Paris pour l’Exposition universelle de 1890, il ne mangea qu’à un restaurant végétarien de la ville et y loua même une chambre pendant plusieurs jours. Plus tard, à son retour en Inde, plusieurs tenteront de le convaincre de consommer des oeufs ou du bouillon de viande pour reprendre des forces après ses jeûnes. Certains de ses refus lui causeront de terribles cas de conscience, surtout ceux visant ses enfants. Un jour son jeune fils Manilal, en proie à une forte fièvre, se vit dire par le médecin de prendre des oeufs et un consommé de poulet. Angoissé, sous le poids de la culpabilité - et si son fils mourrait?- Gandhi décida plutôt de lui donner des bains tièdes et des jus de fruits. La fièvre tomba, l’enfant fut sauvé malgré l’avis contraire du médecin.

Dans une allocution donnée à la « London Vegetarian Society » le 20 novembre 1931, Gandhi confirma son adhésion à son végétarisme éthique : « Pour rester végétarien, l’homme a besoin de base morale. » Pour Gandhi, ceux qui abandonnent avant tout la viande par souci de santé physique sont aussi ceux qui le plus souvent mangent à nouveau de la viande: « Si un végétarien devient malade et qu’un médecin lui prescrit du bouillon de boeuf et qu’il l’accepte, alors je ne le considère pas comme un véritable végétarien( ...) La base de mon végétarisme n’est pas physique mais moral. Si quelqu’un dit que je mourrais si je ne prends pas de bouillon de boeuf ou de mouton, alors malgré l’avis médical, je préfère mourir. Voilà la base de mon végétarisme. »

 

 

écrit par marjolainejolicoeur à 16:19 | dans: Végétalisme spirituel
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16-nov-2008
Droits des animaux et jainisme|Marjolaine Jolicoeur

Gary L. Francione, avocat et professeur, a déclaré que la base de ses idées à propos des droits des animaux venait de l’ahimsa, ajoutant qu’il était très intéressé par le jaïnisme. Arne Naess, reconnu pour son écologie profonde, a exprimé lui aussi sa sympathie pour la jaïnisme. Dans son écosophie, Naess s’identifie avec toutes les formes de vie alors que pour Francione il existe une égalité de droits pour tous les êtres vivants. Pas de hiérarchie, tous ont une valeur intrinsèque, indépendamment des fins et des perceptions humaines. Le jaïnisme dit en substance la même chose. Guère étonnant que beaucoup de militants pour les droits des animaux se sentent proches de cette tradition spirituelle, étant eux-mêmes sans le savoir des sortes de jaïns. L’étude du jaïnisme peut apporter un équilibre bien nécessaire dans une démarche militante « qui ne peut se nourrir exclusivement de l’énergie de la révolte », comme le souligne Daniel Caradec, un végétalien militant pour les animaux.

Le jaïnisme est pratiqué de nos jours par près de 10 millions d’adeptes en Inde mais aussi en Amérique du Nord et en Europe. Certains de ses concepts ont des correspondances dans l’hindouisme et le bouddhisme, chez plusieurs philosophes de la Grèce antique ainsi que dans des sectes gnostiques comme les Cathares ou les Manichéens. Comme si toutes les traditions spirituelles avaient un fond commun de vérité, des principes qui se rejoignent sur l’essentiel. Le premier et l’ultime de ces principes est l’ahimsa ou non-violence en sanskrit. A la fois radical et idéaliste, ce voeu pour le respect des êtres vivants doit s’incarner dans tous nos actes. Plus facile à dire qu’à faire dans notre univers de cruautés, d’holocaustes et de matérialisme. L’ahimsa n’a jamais été une voie facile. Loin derrière nous dans le temps, les jains se sont posés les mêmes questions éthiques en tant que végétariens et défenseurs des animaux, dans un environnement souvent hostile.

La souffrance de ce monde est immense et de cette souffrance vient une grande compassion. Les humains comme les animaux marchent dans le même labyrinthe, tournent sur la même roue, emprisonnés dans la matière. Pour le philosophe végétarien Plotinus qui vécut de 204 à 270 : «Tous les êtres sont des centres unis sur un même point central ». Dans cette vision d’unité toutes les vies se doivent respect et une mutuelle assistance, liées entre elles par le fil du vivant, comme les équivalents de notre propre soi. Nous devrions nous sentir concernés non seulement pour les membres de notre famille proche ou  ceux de notre propre espèce, mais pour l’écosphère en entier. Faire du mal aux animaux, ou à la planète selon l’écologiste Naess, revient en quelque sorte à se couper un doigt. Quand Francione dit que la « révolution qu’il souhaite est celle du coeur», il exprime le même concept véhiculé par toutes les traditions spirituelles pour qui « la voie c’est le coeur

VÉGÉTALISME ÉTHIQUE

La véritable non-violence implique nécessairement l’abstention de chair animale puisque chaque être vivant à sa dignité propre. Les jaïns croient en l’existence de l’âme (nommée atman ou jiva). Qu’elle habite dans un corps humain ou animal, l’âme voyage dans un processus évolutif. Afin que les animaux mais aussi les humains puissent atteindre la libération, le refus de la viande - et du poisson - demeure une priorité absolue. Et dans une vision juste, l’unique intention de l’humain dans ses contacts avec les autres êtres, c’est le désir de leur libération finale.

Nous sommes loin ici de l’impérialisme anthropocentrique de certaines religions qui s’estiment supérieures aux animaux, autorisant du même coup leur exploitation et leur domination. Malheureusement, leur  « tu ne tueras point » ne s’adresse pas à l’animal, pourtant lui aussi notre prochain

Pour les jaïns (et pour tous les végétalien-nes à vrai dire) les métiers de tanneurs et de bouchers sont exclus, ainsi que la chasse et la pêche. Ils ne consomment pas de viande, de poisson, d’oeufs, de miel et d’alcool. Ne portent pas de soie ou de fourrure. Il est strictement interdit d’entrer dans les temples avec un objet en cuir. Dans la mesure du possible, il ne faut pas tuer les insectes. A propos des produits laitiers, un grand nombre de jaïns ont abandonné leur consommation afin de ne pas être complices de la violence faite aux vaches et à leurs veaux. Plusieurs temples d’Amérique du Nord n’utilisent plus de lait pour les rituels.

En Inde, les moines se nourrissent d’un plat nommé  «amil » n’ayant ni beurre, lait ou épices. Pour eux c’est l’ultime repas sattvique, le plus pur qui soit. Les règles alimentaires s'avèrent plus exigeantes pour les moines : ils ne mangent pas avant le lever ou après le coucher du soleil. Mais pour tous les jaïns, sans exception, la chair animale est interdite

Dans nos sociétés occidentales où une alimentation sans chair animale est très souvent dénigrée parce qu’étant une source potentielle de carences - en particulier chez les enfants - il est intéressant de constater que les jaïns jouissent d’une bonne santé physique malgré leur abstention de viande depuis plusieurs générations, voire plusieurs millénaires.

REFUGES POUR ANIMAUX

Si l’ahimsa consiste à ne pas tuer, détruire, frapper, heurter, faire du mal et nuire, ce n’est pas seulement une attitude négative. C’est aussi une disposition à la compassion et à une bienveillance actives. Pour vivre cette éthique au quotidien, les jaïns soignent les animaux malades, vieux ou âgés. Partout sur le continent indien mais surtout dans les villes et villages du Rajesthan et du Gujarat, on peut trouver des pinjarapole, sortes d’hôpitaux pour cochons, chèvres, vaches, oiseaux et même insectes. Un hôpital -refuge pour oiseaux situé à Delhi sur l’emplacement d’un ancien temple jaïn est célèbre. Dans la grande majorité des cas les animaux guérissent mais ceux trop vieux pour quitter l’endroit reçoivent réconfort et nourriture. Quand ils meurent ils sont incinérés sur les berges de la Yamuna, tout comme on le fait pour les humains.

Dans les marchés les jaïns achètent des animaux destinés à la boucherie afin de les sauver de l’abattoir. Ils vont aussi dans les abattoirs, pratiques dangereuses puisque c’est surtout la communauté musulmane qui y travaille, contrôlant ainsi l’industrie du cuir. Beaucoup de chrétiens aussi dans les abattoirs et les tanneries. Dans les quartiers à forte majorité chrétienne, les bouchers découpent la viande à même le trottoir, en plein soleil, des carcasses de chair animale tourbillonnantes de mouches accrochées au-dessus de leur tête. Pour les jaïns (et pour certains hindous et bouddhistes) pareil comportement est inconcevable, impur et même criminel.

Dans le jaïnisme il n’y a pas de Dieu créateur. Le Divin n’est pas extérieur mais en soi. On retrouve cependant la vénération de Guides spirituels, les Tirthankaras, dont l’origine remonte selon la tradition à des milliers d’années. Le plus récent, Mahavira, vivait au 6e siècle avant J.C. Tout comme Bouddha - et Pythagore lui aussi de la même époque - il s’insurgait contre les sacrifices d’animaux et toutes formes d’esclavage. Son illumination eut lieu sous un arbre. L’alimentation de Mahavira était frugale et végétalienne, ne comportant que du riz et des pois chiches bouillis, sans épices. Le jeûne englobait aussi son ascétisme. Mahavira est représenté dans les temples nu, méditant les yeux ouverts, délivré de la matière. 

Dans la plus lointaine mythologie de toutes les civilisations, il est toujours question d’un parcours initiatique, d’une quête. Ces héros et ces héroïnes sont les archétypes d’une aventure intérieure vers l’éveil. Après bien des obstacles et des combats, ces figures mythiques trouvent leur essence profonde et un sens à leur vie. Pour les jaïns, ces êtres deviennent un Jina ayant atteint la Réalité suprême. En prennant contact avec son âme, le Jina trouve la  « gnose du coeur ».

Cette connaissance est une expérience, on n’y parvient pas par la foi, les dogmes ou les doctrines. II n’y a pas de soumission à une hiérarchie ou une autorité. Pour les jaïns, le premier guide spirituel est avant tout notre âme. A l’image du « connais-toi toi-même» figurant au fronton du temple Delphes en Grèce et enseigné par Socrate, nous trouvons le Divin en nous trouvant nous-mêmes, pour reprendre la formule des gnostiques. Personne ne viendra nous sauver, nous sommes maîtres de notre destin. Et tous les voyageurs de ce monde éphémère devront, un jour ou l’autre, répondre de leurs actes

Sur cette planète où plus rien n’est sacré, où l’on assomme de jeunes phoques devant leur mère, sépare la vache de son veau, massacre des milliards de dindes pour fêter la naissance d’un messager de la paix, sacrifie des moutons pour plaire à un Dieu sanguinaire et cruel, ignore le désespoir des boeufs menés à l’abattoir, torture des singes dans les laboratoires, chasse des animaux pour le plaisir de tuer, violente les plus faibles et les plus vulnérables, le message millénaire des jaïns est plus que jamais d’actualité : en ouvrant son coeur, on libère son âme mais aussi celle des animaux. - Marjolaine Jolicoeur

 

écrit par marjolainejolicoeur à 14:18 | dans: Végétalisme spirituel
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