Cul pis Don

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Passion (1 de 6)

20:05, 9-nov-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien
Luc avait finalement réussi à apprendre de façon fort opportune le nom de sa prétendue, cette magnifique jeune fille au regard rêveur près de laquelle il se plaisait à fréquenter le parc rempli de secrétaires en pause de diner.

S'il avait été le moindrement attentif, il aurait pu en apprendre un peu plus long sur elle et éviter les évènements tragiques qui allaient découler de sa distraction. Lorsqu'elle avait répondu à son téléphone, par une journée merveilleusement ensoleillée d'un été tardif, son regard s'était illuminé de telle façon que même l'astre solaire parut pâlir devant elle. Elle taquina doucement son interlocuteur: «Geneviève? Qui ça Geneviève? Je ne connais pas de Geneviève! Ben oui, c'est moi!»

Luc ne pût en entendre plus longtemps, ses pas la portant déjà plus loin, mais cet éclair d'amour soudain qui avait envahi la place toute entière demeura gravé au fond de son être, marqué au fer rouge d'un amour grandissant devenu obscessif.

Il rêvait la nuit d'un être de lumière qui le prenait doucement dans ses bras et posait ses yeux grandioses sur lui. Il sentait à ce moment toute la richesse et la satisfaction de se sentir véritablement aimé pour ce qu'il était, pour ce qu'il devenait. Son pas se faisait de jour en jour plus léger d'avoir dormi dans les bras de cet être fabuleux qui le berçait d'un amour infini. Il regagnait le peu de confiance qu'il avait autrefois et se surprit à en gagner considérablement, affirmant avec facilité des opinions qu'il aurait autrement tus, proposant des idées qu'il n'avait jamais osé avancer. À sa grande surprise, son entourage personnel et professionnel accueillait avec enthousiasme sa nouvelle détermination, ce qui le poussait encore plus dans sa démarche.

Il savait toutefois, non sans crainte, que toute cette histoire demeurait à sens unique. Il ne lui avait jamais encore parlé, à Geneviève! Il se disait par contre qu'avec cette belle assurance qu'il dévelloppait grâce à elle, il pourrait finalement l'approcher bientôt. Il s'amusait même de ce paradoxe: son espoir de lui parler et de la connaître avait fait naitre en lui l'assurance de faire les premiers pas. Il lui suffisait de trouver le bon moyen de l'approcher!

À suivre...



Retrouvailles

01:50, 26-oct-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pierre ignorait toujours pourquoi Paul l'avait appellé. Il y devait y avoir des années qu'il n'avait pas eu de nouvelles de son ancien compagnon de chambre en résidence au cégep; ils s'étaient totalement perdu de vue depuis. Il se rappellait aujourd'hui comment le hasard avait fait les choses à l'époque pour qu'il se retrouve avec lui. Il se souvenait aussi qu'il avait toujours eu la furtive impression que Paul n'avait pas été étranger à la suite des choses. Le garçon, déjà à l'époque, obtenait tout ce qu'il voulait, quand il le voulait. Formidable opportuniste, il profitait de chaque occasion pour les tourner à son avantage.
Aujourd'hui, il était là. Il l'avait appellé au bureau pour l'inviter à un 5 à 7.
Ils venaient de terminer les banalités d'usage lorsqu'un silence se glissa entre eux.
Pierre ignorait toujours pourquoi Paul l'avait appellé.

Plus tard dans la soirée

-Ça fait cinq ans dans une couple de semaines... ça va vite en crisse, mon gars!
-Pourquoi t'as d'l'air triste en disant ça, man?
-Voyons donc, qu'est-ce tu veux dire, triste?
-Ben, triste, tabarnak! Tu connais tu ben des définitions au mot, toi? Triste, calisse, comme quand tu regrettes les années pis le poids qu'elles t'ont laissé sur les épaules!
Un silence se glissa entre eux.
Pierre ignorait toujours pourquoi Paul l'avait appellé.

Plus tard

Pierre demande: «Qu'est-ce qui est pire dans le fond? Que j'oublie sa fête ou que j'oublie que ça fait six mois aujourd'hui qu'elle a perdu le bébé?»
Paul de répondre: «Ce qui est pire, c'est quand tu te souviens même plus la dernière fois que t'as baisé!»
Pierre s'esclaffe: «Ben, c'est ben ça que j'me disais!!!»

Tard

Le trottoir. La tête entre les jambes. Les larmes qui gèlent sur les joues. Caroline. Les jours qui passent comme des secondes. Les secondes qui passent comme des jours.
Pourquoi Paul l'avait-il appellé, exactement? Fallait-il y voir un autre signe de ce qu'il commençait à peine à accepter comme une idée potientiellement réalisable? En était-il à ce point où il se devait finir de se convaincre... avant de convaincre l'autre du bien-fondé de sa démarche?
En passant la nuit avec son vieil ami, il avait senti en lui renaître un vieille flamme familière, comme une amie oubliée dans les cendres du temps, un souffle qui lui chauffait le coeur et le ventre d'un vent plus doux encore que les brises printanières.
Le matin dévoila ses aurores et celles des autres. Les larmes sur ses joues souriaient aux lueurs de l'horizon.



Sommeil

01:47, 15-oct-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 3 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Tomas avait proposé à Karyne de passer la nuit à son appartement. Il était complètement divisé sur ses actions, si bien qu'il ne savait plus quoi lui offrir, son lit ou le divan. Il affirma d'une voix ferme et convaincue qu'il dormirait sur le divan, sachant que son dos le ferait souffrir le lendemain, mais conscient qu'une nuit à ses côtés serait plus pénible encore.

Elle refusa, apparemment sans réfléchir, et lui proposa de dormir dans le même lit, étant donné la grandeur de ce dernier et leur capacité évidente de faire la part des choses.

Malgré lui, Tomas savait que ses sentiments pour Karyne se reflétaient dans ses actions. Il avait insisté pour qu'elle prenne un verre de plus, lui avait offert de partager un taxi pour finalement l'inviter à prendre un verre chez lui en avançant l'argent pour le reste de la couse, s'il y avait lieu.

Sur la commode, la photo de Madeleine lui souriait, dents blanches et cheveux défaits. Il repensa à son amour défunt et aux derniers mots qu'elle lui avait soufflé sur son lit de mort. Il savait que la vie continuait et qu'il devrait éventuellement trouver quelqu'un d'autre pour lui indiquer le chemin du bonheur, mais était-il seulement prêt? Il ressentait pour Karyne les mêmes sentiments qu'il avait développé pour Madeleine lors de leur rencontre, et ce, malgré les titres et les promotions.

Il était son supérieur immédiat, lui donnait des ordres à longueur de journée, signait ses chèques de paye, mais il ressentait toujours un pincement, une sournoise hypocrisie du bas ventre en sa présence; il ne s'excitait pas de sa supériorité, mais bien de sa présence.

E c'est présicément ce qu'il sentait à ce moment précis. Sa chair et son odeur si près! Ses cheveux contre son visage, son désir contre le sien. Il savait la chaleur entre ses cuisses, l'espoir en son coeur. Il savait ses chances de retrouver la moiteur d'une nuit torride dans les bras d'une femme qui s'abandonne, le désir qui exulte, les cris dans la nuit qui s'éteint. Et il était incapable de tout mouvement...

Dehors, la nuit courait sur les heures qui s'égrénaient. La lune disparaissait doucement à l'horizon, les secondes coulaient sur l'horloge. Tous deux sommeillaient doucement dans le désir d'un mouvement de l'autre qui ne venait pas. La nuit pesait ses lourdes conséquences sur les âmes qui ne devaient pas en avoir, les coeurs balançaient les pour contre les contres qui n'existaient pas, mais ne se convainquaient pas de contrevenir à leur propre règlement.

Le matin vit deux visages épuisés de s'être convaincus du contraire de leur bien fondé s'extirper d'un cauchemar qu'ils s'étaient façonnés contre leur gré. Ils se regardèrent de cet air hébété de celui qui ne comprend pas ce qui s'est passé et comprirent qu'ils s'étaient compris...



Démission

03:17, 29-sep-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Minable! Voilà bien ce qu'il était. Minable! Il était totalement incapable, irrémédiablement incompétent et sans contredit inutile!
Luc était arrivé au travail en totale confiance ce matin-là. Il savait ce qui l'attendait, connaissait les enjeux et s'était même préparé d'avance afin de parer aux éventualités désastreuses qui pouvaient se présenter. Il savait que Marie était chef de projet, qu'elle le connaissait à peine et qu'il avait tout à lui prouver. Il s'était créé un fantasme confortable dans lequel il faisait si bien ce qu'on lui demandait qu'il surpasserait ses attentes et qu'elle remarquerait enfin son existence. Il se voyait déjà face à elle dans un café branché en train de sirroter un double allongé tandis qu'elle s'amusait de ses remarques cinglantes...
Puis, il avait tout foiré!
Rien de ce qu'il avait préparé n'était ce qu'on attendait de lui, tout ce qu'il prévoyait ne s'était pas produit comme tel; en somme, il avait tout foiré!
Il demeurait assis à son poste, les bras ballants le long de sa chaise, le coeur dans un étau, le ventre en décomposition. Il se sentait malade et malgré qu'il sût être à la fois la maladie et le remède à son mal, il ne pouvait réagir autrement qu'en s'écrasant de tout le poids de sa culpabilité.
Minable! C'était le seul mot qui lui venait à l'esprit. Minable!
Il s'imaginait déjà en train de donner sa démission et le sourire satisfait de Marie tandis qu'elle accepterait, soulagée de voir son équipe allégée de sa présence. Il se demandait ce qu'il allait faire, se proposant quelques possibilités de rechange intéressantes.
Marie entra en trombe dans son bureau et il s'imagina le pire. Il se redressa sur son siège. Elle lui tendit quelques papiers, le convoqua à un rendez-vous important le lendemain, 9 heures, et quitta aussi vite qu'elle était venue.
Minable! Il n'avait même pas eu le courage de lui offrir le plaisir de sa démission au bon moment. Minable!
Il recommencerait donc sans faute le lendemain...



Ensemble (Troisième partie)

13:17, 27-sep-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

La maison était chaleureuse malgré le manque total de cohésion entre les pièces. C'était un fouilli de corridor et de chambres les unes après les autres. Elle semblait ne pas avoir de fin. La rouquine, nommée Marie-Josée, l'embrassait en lui passant la main dans les cheveux. Il sentit que Joëlle, la petite grosse au visage angélique, passait près d'eux. Il lacha la première et embrassa la seconde. Un instant d'indignation passa, mais il saisit les deux à bras le corps et échangea de son mieux. Les filles embarquèrent dans le jeu.
Au salon, les filles dansaient. Malgré ses deux conquêtes, Paul commençait à se rendre compte que les jeux n'étaient pas faits. Il avait senti un ou deux regards choqués alors qu'il avait glissé d'une paire de bras à l'autre, mais son idée demeurait toujours la même: chacune d'entre elle ne faisait pas l'affaire, mais les six ensemble créaient une créature parfaite! Et puis, le jeu en valait la chandelle.
L'heure avançait. Le jour allait bientôt montrer ses premiers rayons et il remarquait quelques yeux bouffis par la soirée qui s'éteignait avec le jour naissant. Il savait maintenant que ses seuls pouvoirs séducteurs ne suffiraient plus pour atteindre ses fins. Il fallait employer les grands moyens.
-Une dernière tournée, clama-t'il en se dégageant de ses conquêtes.
Il se dirigea vers la cuisine et mit son plan en action. Afin de s'assurer que toutes finissent leur verre sans rechigner, il coupa les vodka avec beaucoup de jus de canneberge et un peu de soda. S'assurant que personne ne pouvait le voir, il sortit de sa poche un minuscule flacon contenant un liquide inodore, incolore et insipide. Quelques gouttes suffiraient.
À son heureuse surprise, une des filles avait remis de la musique au salon et la meute semblait en bonne disposition pour cette dernière tournée. On trinqua avec force invectives et les sourires eurent vite fait de se transformer en moues allechantes. Les rideaux se fermèrent pour oublier le jour naissant. Certaines commencèrent à s'embrasser entre elles, les autres se relayaient pour le toucher tendrement. Une des filles vomit dans un coin du salon en riant. Le groupe se déplaça vers la chambre, les vêtements couvraient le sol et la nudité couvrait les corps.
Paul était déçu de ne pas avoir gagné son pari sans cacher des cartes dans ses manches, mais content de pouvoir jouir de ce moment exceptionnel. Il demeura sensuel et affectueux, sachant qu'il gagnait à conserver cette atmosphère doucereuse. Il se disait finalement que ce n'est pas parce qu'on force les choses qu'il faut forcer les gens pour autant.



Générations

23:19, 17-sep-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Prima lui racontait que sa mère l'avait baptisé ainsi parce qu'elle était la première fille de la famille.
-Toutes ses soeurs et tous ses frères n'ont eu que des garçons dans cette génération.
-As-tu d'autres frères et soeurs, toi?
-Non. Ma mère était très jeune quand elle m'a eu et comme elle n'avait pas fini ses études, elle a décidé de se concentrer sur moi...
Simon n'avait pas l'habitude de sortir avec des filles plus jeunes, mais celle-là avait quelque chose de spécial. Dans les yeux, probablement. Elle avait une telle intensité, une telle fougue, tellement de vie qu'il se sentait regénéré par sa présence. Mais elle était vraiment très jeune et les conversations avec elle finissaient toujours par l'ennuyer. Alors, il l'emmenait dans la chambre.
Elle avait insisté pour lui présenter sa mère, qui habitait seule. Son premier réflexe avait été de refuser. Il considérait la chose comme beaucoup trop subite, voire inutile. Puis il s'était ravisé, à sa propre surprise. Quelque chose lui disait que le jeu en valait la chandelle.
Assis au restaurant, patientant du retard maternel, il l'écoutait lui raconter ses histoires de famille et prétendait un intérêt amusé lorsqu'il la vit entrer. Il sut tout de suite qu'il avait affaire à elle: copie conforme de sa fille alliée d'une grace et d'une maturité flamboyante. Elle était saisissante de beauté. Des images frappantes de vérité lui venaient à l'esprit qu'il avait vu défiler sur son ordinateur durant sa dernière période creuse... la mère et la fille à la fois!?
Il tenta poliment de mettre de côté ces images excitantes afin de participer à la conversation sans baver sur la nappe, mais plus il la regardait discuter vivement avec sa fille, plus il savait pertinemment que cette dernière ne ferait jamais que faiblement la compétition à sa mère. Elle était honnête, naturelle, plantureuse et féminine. Elle était d'une telle richesse qu'il ne savait plus comment l'aborder, comment lui faire sentir son désir sans que l'autre ne s'en rende compte.
Parfois, elle lui souriait de façon très professionnelle, comme une secrétaire sympatique qui désire conserver une distance avec un client entreprenant.
Lorsque Prima se leva pour aller aux toilettes, elle demeura silencieuse un instant avant de le regarder dans les yeux, comme une louve protectrice de sa progéniture. Elle fût directe et concise:
-Je ne veux plus que tu la vois!
-D'accord! Est-ce que je peux avoir ton numéro?
-C'est hors de question! Des salauds comme toi, j'en ai trop connu! Disparais!
Le silence se fit. Il ne trouva pas de réplique avant que Prima ne revienne. De toutes façons, il savait fort bien qu'elle ne l'aurait pas laissé faire. Finalement, il savait également qu'il trouverait son numéro dans le cellullaire de sa fille. La soirée fût brève et agréable et ce soir-là, il fit violemment l'amour à la fille en pensant tendrement à la mère.



Débat

02:31, 12-sep-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

-Tu l'aimes-tu, cette fille-là?
-Ben, je l'sais pas... le sexe est bon en crisse!
-C'est pas ça la question! Je veux savoir si tu veux passer ben du temps avec elle!
-Ben du temps! Ben du temps! C'est dur à dire... on a du fun ensemble... c'est pas mal ça!
-Faque tu te vois pas avec elle dans cinq ans, genre?
-Dans cinq ans! Je ne me vois même pas tout seul dans cinq ans, comment veux-tu que je me vois avec quelqu'un?!
-Donc, t'es pas prêt à faire ce genre d'engagement?
-Qui parle d'engagement?
-Personne, je veux juste savoir c'est quoi tes intentions dans le futur.
-J'en ai même pas avec moi-même, je viens de te le dire!
-T'es bien avec elle, le sexe est bon, vous avez du fun, c'est pas mal ça?
-Ouais!
-Quand tu penses à elle, à quoi tu penses?
-Ben... mettons que... ça ferait chier de m'en passer!
-Ben, crisse, le gros! Fourres la jusqu'à temps que tu te tannes d'abord!



Fenêtre

09:25, 22-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pierre tentait de réfléchir depuis de longues minutes à la dernière fois où ils avaient fait l'amour. Non seulement il ne pouvait se souvenir d'une date, mais il oubliait également les circonstances qui les y avaient mené et le plaisir qu'il en avait éprouvé. Il se résigna tristement en assumant qu'il ne dût pas en avoir. Comme d'habitude.
Il pouvait toutefois se souvenir de ces instants de romance magique qui avaient fondé leur relation il y avait plusieurs années: leur rencontre opportune, la séduction latente, les première longues marches dans la vallée au chalet, les soirées à écouter de la musique étendus tous les deux sur le lit.
Il se souvenait que leur premier baiser s'était échangé sur un malentendu. Dès les premières notes de Even better than the real thing de U2, ils s'étaient tous deux relevés brusquement pour se retrouver nez à nez... et s'embrasser tendrement. Ils s'avouèrent par la suite qu'elle avait voulu changer de toune parce qu'elle détestait cette pièce tandis que lui l'avait mépris pour Hold me, thrill me, kiss me, kill me du même groupe. S'ils s'étaient échangé leur premier baiser sur un malentendu, c'était sans surprise qu'ils en étaient rendus où ils en étaient!
Assis dans la chaise berçante qu'ils avaient acheté dans un de leur dernier bonheur commun, alors qu'ils attendaient un enfant qui ne viendrait jamais, Pierre se demanda s'il n'avait pas des troubles de mémoire à court terme. Il réussissait à se souvenir d'évènements d'une banalité assourdissante datant de plusieurs années, mais il oubliait des choses apparemment importante qui s'étaient déroulées dans les dernière semaines.
Il soupira profondemment en fixant la fenêtre, sans voir ce qu'il y avait de l'autre côté. Il voyait les taches et les coulisses de la dernière pluie, les résidus de mouches écrasées contre la vitre et les rayures de l'usage, mais il ne voyait pas combien le soleil brillait dehors.



Ensemble (Seconde partie)

01:41, 16-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Paul avait réussi à envahir le groupe de filles «correctes» de la table voisine avec succès. Chacune d'entre elles présentant un intérêt particulier sur leur physionomie, il était déterminé à les avoir toutes à la fois. Il n'avait pas établi de stratégie avant de les aborder, préférant jouer la carte de l'improvisation pour les séduire.
Il apparut qu'il était tombé sur une réunion d'amies du secondaire se rencontrant une fois l'an afin de se remémorer les bonnes années en se défonçant la gueule à la vodka, comme dans le temps. Prenant conscience que la nostalgie était leur plus grande faiblesse, il les encourageait à raconter des souvenirs d'enfance avec un intérêt apparent. Ce faisant, il continuait d'aligner les shooters et les drinks aussi vite qu'elles pouvaient les avaler.
Il finit presque par être accepté par les filles comme l'«un» d'entre elles et elles s'ouvraient de plus en plus à son charme discret: il avait en effet la capacité étonnante de rendre tout le monde en confiance, comme si, après quelques minutes, ses interlocuteurs avaient la curieuse impression de le connaître depuis toujours.
Cette fois-ci, il aurait cru qu'au moins une d'entre elles aurait été réticente à le recevoir parmi elle, mais l'entrée s'était faite tout en subtilité. Il en comptait maintenant deux qui lui rendaient des sourires plus que sympatiques et une troisième qui avait carrément la main sur sa cuisse. Son rire franc devenait contagieux, même lorsqu'elles racontaient des histoires qu'elles connaissaient par coeur; les yeux pesaient lourds l'alcool; la nuit courrait ses doigts duveteux sur les échines et les gonflait de chair de poule chaleureuse lorsque les regards se croisaient. Il passa à l'action.
-Mesdames, le last call approche et je serais grandement déçu de me priver de votre compagnie... qu'est-ce qu'on fait?
-Mes parents m'ont laissé leur maison pour la fin de semaine... on avait prévu passer la nuit là-bas toute en gang...
Un malaise parcouru lentement la table: «on avait prévu» signifiait bien entendu la seule présence du groupe en question et il demeurait tout de même un étranger. Patientant un instant, il joua le tout pour le tout. Dans le pire des cas, il avait tout de même ajouté quatre numéros de téléphone à sa liste.
-Je comprends votre hésitation... j'ai passé d'agréables moments avec vous! À la prochaine.
En se retournant, il vit du coin de l'oeil la confusion autour de la table tandis que ses premiers acquis se précipitaient sur les autres pour les convaincre de le prendre avec elles. La réponse ne se fit pas attendre.



Chaton

19:50, 11-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

De toutes les éventualités, celle-là était la plus improbable! Jacques avait pris un cours de danse sociale afin de s'assurer quelques rencontres opportunes et générer quelque chose dans sa vie amoureuse.
À la fin du cours, l'enseignant, ayant ressenti une telle cohésion dans le groupe, décida qu'un échange de cadeau ne pourrait que le consolider tel qu'il était.
Jacques s'était figuré un échange banal, sans véritable affection, comme tous les autres qu'il avait connu. Rien ne l'apprêtait à ce qui l'attendait.
La jeune femme qui avait pigé son nom avait décidé qu'il requérait une attention supplémentaire dans sa vie et lui avait acheté un chaton!
Un chat!
Il avait tout fait depuis de nombreuses années afin d'éviter cette espèce, qu'il considérait en voie de disparition, jusqu'à ce qu'il rencontre celle qui allait devenir Augustina.
Selon Saint Augustin,  l'homme s'est détourné de Dieu en commettant le péché et attend le sauveur. Mais dans le premier concile de Braga (autour de 560 après notre ère), le mal a été défini comme une privation volontaire de Dieu (selon Wikipedia). Il a aussi défini que tout ce qui est corporel est bon, puisque créé par Dieu.
Augustina entrait certainement dans ces deux descriptions: elle refusait systématiquement toute nourriture autre que celle que son maître ingurgitait, dormait sur la poitrine de ce dernier en considérant l'endroit comme "lieu privilégié" et demandait sans cesse la porte sans vraiment désirer la traverser. Une véritable déesse du "ici" et "maintenant"!
Le garçon était totalement dépassé par cette demande subite d'attention, mais sentait que dans sa malchance, il retrouvait quelque chose de son enfance qu'il avait oublié. Vieillit-on si vite qu'on finit par oublier ces fondations qui forment les premières bases de notre personalité? Il lui revint en souvenir cet épisode de sa vie où sa mère venait lui présenter SES chats avant de les envoyer à l'abattoir parce qu'ils avaient des puces. Il avait déterminé à ce moment précis l'utilisation dans son vocabulaire du mot: «excessif»!
Il se fit alors un défi personnel de conserver ce chat en bon état afin de s'assurer qu'il ne prenne pas le même chemin.
Quel travail!
L'attention qu'on porte à un chat qui en demande est amplifié par le besoin qu'il finit par en ressentir. Après quelques semaines, il se rendit compte qu'il passait plus de temps à entretenir son chat qu'à dévellopper de nouvelles relations avec des femelles qui pourraient le lui rendre.
Il se rendit compte en même temps que ce même chat qui lui volait tout son temps finissait par le combler à sa manière. Combien d'heures volatilisées par l'alcool finissait-il en caressant langoureusement la fourrure du félin? Combien de frustration avait été exultée par la présence de cette boule de poil salvatrice dans la pénombre de son âme torturée?
L'habitude s'installa en lui comme une seconde nature et il se surprit un soir à refuser une soirée en des bras chaleureux parce qu'il devait rentrer nourrir son chat. Augustina saurait-elle un jour les heureux sacrifices qu'il finissait par faire pour elle?
Il en doutait profondémment. Alors il passait ses longs doigts dans sa fourrure... et ses idées noires s'illuminaient un peu, en ronronnant doucement.



Diner

13:54, 7-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Le soleil laissait briller les sourires de la place grouillante. C'était une de ces journées dont la brise tiède et le matin frisquet portaient en eux les premiers signes de l'été qui se fane comme les fruits qu'il a muri. Luc rentrait les épaules dans son cou. Il s'assit à la même place qu'à son habitude, le dos contre un arbre, un peu à l'écart de la foule qui se massait pour diner. Tous les midis, beaucoup des travailleurs du coin venaient manger sur cette rare place verte au milieu de la Cité Internationale. Elle y était venu presque à tous les jours depuis le début du beau temps.
La neige continuait encore à s'accrocher à la terre la première fois qu'il l'avait aperçu, bravant les éléments sous un chaud soleil de mars. Première à se réveiller après ce long hiver, elle étendait ses jambes sur une butte de neige alors que la plupart des gens se camouflaient encore dans les cafétérias bondés. Il s'était demandé si ce n'était pas elle qui réchauffait ainsi l'air et le soleil qui émanaient de partout.
Et tous les midis, il était revenu à la même place, confiant de l'y retrouver. Généralement, elle était seule, lisant ou fixant le vide de ses yeux clairs, perdus dans des pensées qui semblaient la transporter ailleurs.
Il ressentait que, comme lui, elle n'était pas à sa place au milieu de cette foule. Il ressentait que, lorsqu'elle perdait son regard dans le vide, ce n'était pas pour combler celui dans sa vie, mais pour en créer un autour d'elle. Comme lui.
Puis elle rentrait, presqu'à la course parce qu'elle avait dépassé son heure de diner. Et il la suivait nonchalemment, de loin, jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans un gratte-ciel menaçant.
Luc savait que les impressions qu'il avait de cette jeune femme étaient probablement fausses; qu'elle ne fixait peut-être pas le vide, mais se concentrait surement sur un problème quelquonque; qu'elle n'avait peut-être pas de vide à combler, ni n'en créait; qu'il ne s'agissait là que des fantasmes de sa projection. Il s'en foutait.
En elle, il avait trouvé un refuge confortable et régulier. Il ne souhaitait pas l'aborder ou la connaître. Il s'était fait d'elle une image idéalisée et il s'y raccrochait comme à une bouée. Pour éviter de se noyer. Encore.
Il rentra les épaules dans son cou et retourna au travail.



Détonation

10:50, 2-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

La nuit était bien avancée et André retournait lentement chez lui lorsque la voiture de police s'arrêta à sa hauteur. Il s'approcha.
-Excuse moi de te déranger, dit le policier sans même le regarder dans les yeux, as-tu entendu des coups de feu il y quelques minutes?
Il venait à peine de sortir du métro, située à quelques pas de chez lui, et n'était pas présent à cet endroit il y a quelques minutes: bien sur que non il n'avait pas entendu de coups de feu! C'est exactement ce qu'il lui répondit, une question aux bords des lèvres avant même que l'officier le remercie et se retourne vers les pas qui se faisaient entendre près de lui. André sursauta et entendit comme dans un nuage la même question posée à la jeune fille derrière lui.
Lui ayant répondu sensiblement la même chose que lui, elle continua son chemin. Nerveusement, il rit à contre-coeur.
-Ce n'est pas tout à fait le genre de chose encourageante à entendre dans son quartier!
-Je croyais que ce quartier était plutôt tranquille... elle était brune et ordinaire, mais André ne voulait pas la laisser partir. Il sentait qu'une présence, quoique féminine, était déjà rassurante dans la situation actuelle.
-J'ai entendu dire que la rue St-Hubert était étonnament troublée la nuit, par rapport au jour... mais de là à entendre des coups de feu...
-Je ne savais pas ça.
Il accéléra le pas en même temps qu'elle, ne voulant pas la laisser partir aussi vite. Il regarda derrière lui, cherchant un agresseur potentiel, qu'il ne trouva pas.
-Tu habites loin d'ici? lui demanda-t'il encore.
-Non, je suis rendue... bonne chance!
Elle tourna au coin de la rue suivante. Il était seul. Malgré toute ses bonnes manières, il ne songea pas un instant à lui proposer de la raccompagner chez elle, ce qui aurait été la chose à faire: il aurait plutôt espéré qu'elle le raccompage chez lui. La nuit semblait soudainement plus lourde et sombre. Il marqua une pause et se déçida enfin à continuer. Décidemment, les gens ne pensaient qu'à eux!



Ensemble (Première partie)

09:23, 29-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 2 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Assis à la table voisine étaient six filles. Aucune d'entre elles n'était réellement belle, mais aucune n'était véritablement repoussante. Elles étaient comme on dit en anglais «fair». Il n'y a pas vraiment de mot en français pour exprimer cet état d'apparence, pensa Paul tandis qu'il les observait: «neutre» n'avait pas la même valeur fondamentale, «ordinaire» non plus; «normale» ou «commune» semblaient presque péjoratifs, tandis que «charmante» et «mignonnes» apparaissaient trop flatteurs. Il se dit finalement que «correcte» s'apparentait le plus à ce qu'elles étaient.
Il prit toutefois conscience que si l'on joignait les différents traits les plus séduisants sur chacune d'entre elles, on obtiendrait un résultat des plus convaincant. Il garderait tout d'abord la longue crinière sauvage de la rouquine par principe; le visage de la petite grosse était d'une pureté et d'une finesse féline totalement exquise; les épaules et les seins de l'athlétique étaient une merveille architecturale; les fesses de la blonde défiaient les lois de la gravité et les jambes de sa voisine perdaient leurs racines dans les profondeurs lointaines de la terre. La dernière apparaissait comme sans attribut particulier: elle était une «correcte» générale obtenant à peine la note de passage. Il se dit qu'elle devait être plus intelligente que les autres.
Finalement, aucune d'entre elle ne pouvait être une bonne partie pour un soir... mais toutes ensembles?



Génération

20:28, 23-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

La jeune fille ne devait pas avoir plus de quinze ans. Seize, tout au plus. Pourtant, lorsqu'il la vit se lever pour se diriger vers les vagues de la Méditéranée, Tomas savait d'instinct qu'elle paierait cher son désir de plaire. Peut-être pas demain, peut-être pas dans cinq ans, mais bien lorsqu'elle prendrait conscience que l'amour qu'elle recevrait dans sa vie ne serait jamais vrai, tout simplement parce qu'elle-même ne le serait jamais.
Elle marcha langoureusement sur le sable en laissant couler ses courbes sous le soleil ardent. Elle entra doucement dans l'eau et s'amusa quelques instants avec sa copine, beaucoup plus volumineuse qu'elle, l'aspergeant en riant de ses dents blanches. Elle s'arrêta un instant et fit mine de replacer son maillot: ployant l'échine vers les hommes qui l'observaient, elle pointa le buste vers le ciel et ses fesses s'arrondirent.
Elle n'alla pas plus loin dans l'eau, mais entreprit de marcher le long de la côte, voluptueusement, sous les regards et les désirs lancés vers elle. Tomas la perdit de vue durant plusieurs minutes, s'imaginant qu'elle continuait son manège jusqu'au bout de la plage.
Combien de manque d'amour devait-elle combler pour chercher dans le regard des désespérés une réponse à son propre désespoir? Elle cherchait tellement à être une femme maintenant et tout de suite qu'elle semblait prête à n'importe quoi pour combler son désir, jusqu'à offrir celui des autres en paiement d'avance sur une féminité qu'elle regretterait un jour ou l'autre puisqu'elle ne serait jamais mûre, cherchant ailleurs ce qu'elle avait au fond d'elle-même.
Tandis qu'il aperçut au loin sa silhouette doucereuse se dandiner vers son point de départ, il se dit qu'il était probablement complètement dépassé par cette nouvelle génération de séductrice et que son jugement était naturellement erroné, puisque généré de façon subjective.
Il remit de la crème solaire, ses lunettes sur son nez et ses idées à leur place avant se s'allonger. Après tout, il était ici pour relaxer.



Annonce

11:47, 18-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Simon avait organisé toute la soirée en fonction de l'annonce qu'il voulait lui faire. Il avait hésité quelques instants avant de se donner tout ce trouble, considérant qu'elle ne demeurait qu'une relation passagère. Pourtant, après avoir exploré les options de ceux à qui il pouvait l'annoncer et obtenir la réaction qu'il désirait, il s'était bien rendu compte que cette annonce n'avait d'importance que pour lui et, peut-être, quelqu'un qui, sans travailler dans son département, au moins partageait le même patron.
La sonnette retentit.
Invitant Sabryna à passer au salon, il lui souriait de toute son assurance et la jeune femme lui rendait un regard de soupçon: la confiance n'était pas la base sur laquelle ils avaient bâti leur relation et elle semblait s'attendre au pire. Simon profita de ses hésitations, jeta à l'eau tout son plan de la soirée, lui avoua d'un coup qu'il avait postulé pour le poste de directeur des ventes et lui fit comprendre que son nom se retrouvait au haut de la liste des postulants. Il n'obtint finalement pas le résultat escompté et regretta de ne pas s'en être tenu à son plan.
-Je suis très contente pour toi... mais tu ne te souviens pas qu'on m'avait promis le poste si personne à l'interne ne postulait? Maintenant, c'est sur que je l'aurais pas!
-Ah! oui, je me souviens maintenant...
Le silence oppressa la pièce. Sabryna regardait par terre, les yeux perdus dans ses pensées. Simon ne savait plus quoi dire. Il sentit une coupure physique se faire entre eux, une faille trop large pour jamais être comblée. Il tenta de s'excuser, mais les mots se tordirent dans sa gorge, incapables d'être honnêtes.
La jeune femme leva finalement la tête et lui sourit tendrement. Elle semblait avoir eu toute une conversation en elle-même, car elle lui dit sans introduction:
-Tu as raison, c'est égoïste de ma part de penser comme ça sachant que je pars pour l'Australie dans six mois et que je ne l'aurais même pas gardé ce poste. Il faut d'abord que tu penses à ta carrière: c'est le bon «move» pour toi! Félicitations!
Simon sourit de toutes ses dents: il l'avait eu finalement, la réaction désirée! Ou presque.
Sabryna passa la soirée avec lui en conservant une bonne humeur relative teintée d'une tendre mélancolie qu'il ignora de son mieux en arborant son attitude habituelle. Il avait compris qu'elle avait fait son deuil de cette relation et qu'il s'agissait ici de leur soirée d'adieu. Ils ne firent pas l'amour et elle quitta en l'embrassa sur la joue. À l'ordinaire, Simon aurait déjà commencé à évaluer ses nouvelles options, pourtant, ce soir-là, étendu sur le dos de son lit, il fût incapable de fermer l'oeil.
Il revoyait les yeux humides de Sabryna et son sourire indulgent; il ressentait l'air qui se déchirait entre eux, lui laissant une plaie béante au flanc; il sentait que cette fois-ci, son plan avait une faiblesse. Il aurait préféré une bonne dispute violente à cette compassion attérée qu'elle lui avait offert comme un ultime cadeau. Un sentiment nouveau naissait en lui qu'il ne connaissait pas encore, mais cet acide qui le rongeait par en-dedans, il ne pouvait que le nommer remords.



Devoir

12:34, 13-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Le soleil brillait par la fenêtre et réchauffait le coin du bureau d'André. Le regard du jeune homme était fixé sur une jeune femme qui traversait la rue avec une amie en gesticulant une histoire qui amusait vraisemblablement beaucoup. Le vert des arbres présentait cette maturité euphorisante de juillet et, malgré l'air climatisé, on sentait la chaleur dans l'air, omniprésente, puissante et caressante. Des enfants jouaient sur un coin de rue en s'aspergeant de fusils à l'eau. Un chien courait sans lesse, s'arrêtait brusquement, reniflait, levait la patte et disparaissait dans une ruelle. Sur la piste cyclable, un homme suait abondamment en joggant.
Par la fenêtre, le soleil brillait et réchauffait le coeur d'André. Il ne pouvait croire qu'il avait pris cette classe d'été. Faire des devoirs au mois de juillet est la pire torture qu'on puisse s'infliger.
Il se rassit devant l'écran et tenta d'effacer ces images chaleureuses de son esprit pour revenir à son ouvrage. Comme il était absurde de s'enfermer ainsi par une telle journée! Mais il devait remettre ce travail pour le lendemain, sinon, c'était l'échec. Il se convainquit que s'il lui fallait justifier cette journée perdue, il ne pouvait se permettre d'échouer et se remit au travail malgré lui.
Comme il était absurde de s'enfermer par une telle journée!



Conception

12:21, 6-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Dans la chambre bondée, les volutes de fumée virevoletaient quelques instants dans un langoureux ballet avant de se perdre dans l'épais nuage étourdissant qui envahissait lentement chaque coin de la pièce et des esprits. Certains étaient étendus, les autres assis. La musique de Pink Floyd coulait sur les mots balbutiés des convives, abrutissant à son tour les dernières cellules actives dans le fumoir improvisé.
Mellissandre commençait à être plus qu'étourdie; en fait, elle se sentait vaguement prisonnière et la présence de tous ces gens autour l'oppressait. La panique montait en vagues succéssives au rythme des bouffées soufflées à son visage. Elle n'avait accepté de participer seulement parce qu'elle souhaitait passer du temps avec Marc, qui finalement s'occupait très peu d'elle. Elle perdait patience.
Assis près d'elle, le garçon était en grande conversation animée avec ce copain dont elle ignorait le nom, puisque tous les gars s'appellaient «le gros» entre eux. Marc affirmait qu'il avait eu une idée pour un jeu de Aki, le hockey-aki! Il expliquait que sur un terrain délimité, trois joueurs de chaque côté devaient se faire deux passes avant de pouvoir tirer au but. Seul le gardien avait le droit d'utiliser ses mains et on ne pouvait pas dépasser une ligne centrale afin de ne pas nuire aux passes.
-Ouin, mais au hockey, on peut voler la passe de l'autre équipe, ça marche pas ton affaire! répliquait le gros.
-O.k. d'abord, après les deux passes, on peut envahir le territoire ennemi pour couper les passes.
-Oui, pis on n'a pas le droit d'enlever le Aki à quelqu'un, on a juste le droit de couper les passes, sinon c'est trop violent.
-C'est bon, man, il faut essayer demain dans le parc!
Les deux garçons étaient manifestement excités par la perspective de pousser plus loin leur hobby, mais la jeune fille, agacée et complètement défoncée, trouvait le tout véritablement puéril et idiot.
-C'est quoi au juste le but de votre jeu?
Les deux gars se retournèrent comme s'il la découvrait pour la première fois.
-Ben, c'est de faire cinq buts avant l'autre équipe.
-O.k., mais c'est quoi le but?
-D'essayer quelque chose de nouveau, j'pense.
-Vous pensez pas qu'avec tout le monde qui joue au Aki dans le monde, il n'y a personne qui a eu cette idée-là avant vous?
-Je pense pas; j'ai vu du monde jouer au volley-aki, mais jamais au hockey-aki. Pis même si c'est pas nouveau, nous on a des règlements différents.
-Vos estie de règlements changent rien au fait que votre jeu n'a pas de but, pis que ça a l'air vraiment plate!
La totale incompréhension et le mépris manifeste dans les yeux de Marc firent finalement déborder le vase de sa patience. Elle se leva brusquement, étourdie de plus bel par son mouvement rapide, et tenta de se diriger vers la porte. Elle entendait les gens autour d'elle essayer de la convaincre de rester, de ne pas gâcher le «hotbox», de ne pas ouvrir la porte, mais elle n'était déjà plus là. Comment pouvait-on s'emmouracher d'un garçon aussi stupide et immature? Pourquoi n'avait-il pas remarqué qu'elle s'était déplacé uniquement pour lui? Qu'est-ce qu'il fallait qu'elle fasse de plus pour attirer son attention? Elle ouvrit la porte sous les vociférations de tous et disparut.
Les deux garçons se regardèrent, l'air hébêté et se demandèrent presque simultanément:
-Eyh, le gros, c'est quoi son problème à elle?



Déjeuner

12:13, 27-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Ève ne s'était pas éveillée lorsqu'il avait sauté en bas du lit, frais et fringuant malgré, ou grâce, à une longue nuit d'échange extraordinaire avec la femme qu'il aimait. Quelle nuit! Il avait réellement ressenti une communion, un partage, un accord des sens... c'était magnifique! Il lui avait fait l'amour tendrement en la regardant profondemment dans le clair des yeux... Il avait partagé avec elle les élans romantiques qui se pavanent dans nos rêves les plus fous et les formidables envolées vénièles que nous fournissent parfois nos rages d'adolescents latents.
Tandis qu'elle dormait, Judaël avait mis le café à chauffer, avait coupé quelques oranges, des tomates et de la laitue. Il avait enfourné les croissants et préparé le mélange à crèpe que lui avait légué son paternel. Le mélange à oeufs pour son omelette spéciale était particulièrement réussi et il s'en félicitait lorsqu'il entendit le plancher craquer derrière lui. Ève le regardait tendrement, enroulée dans un drap bleu, ses petits yeux pesants de fatigue. Il lui sourit en l'embrassant, caressant doucement ses cheveux. Les souvenirs de la veille les poussaient l'un contre l'autre et son désir grandissant faillit lui faire oublier le déjeuner.
Lorsqu'elle lui proposa de l'aider, il refusa catégoriquement, prétextant qu'il n'y avait presque plus rien à faire et que de toutes façons, c'est lui qui invitait!
Ils mangèrent près de la fenêtre durant presque deux heures, buvant leur café à courte rasade dans le soleil du matin qui illuminait leurs yeux presque autant que leur amour le faisait. Mais ni le temps, ni la lumière n'avait réellement d'influence sur eux: ils en étaient à ce stade merveilleux de l'amour où tout a encore une valeur symbolique puissante pour la suite des choses; où les moments passés sans l'autre sont une torture profonde pour l'âme et le coeur; où le moindre pli sur la peau d'un sourire, le moindre ride au creux de l'oeil, le moindre mouvement, gracieux ou non, devient un prétexte pour cet élan indomptable qui nous pousse dans les bras de l'autre.
Tandis que l'astre solaire courait vers son zénith, eux l'avaient atteint ce matin-là, perdus l'un dans l'autre, rien d'autre n'existait de plus haut, de plus beau. Quiquonque en eut été témoin l'eut confirmé, mais comme personne d'autre n'existait en ce moment qu'eux-mêmes... et puis, ces moments d'amour profond ne sont pas ceux dont un garçon ira se vanter à ses chums: il le garderait en lui, silencieusement, éternellement. Et chaque fois qu'il verrait dans les yeux d'un autre couple ce bonheur partagé, il ressentirait en son bas ventre cette impression d'intensité passive qui le berçait ce matin-là, dans le soleil de son amour.



Assurance

14:36, 24-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Par un hasard incroyable, heureux ou pas, Philippe était tombé sur deux vieux amis qu'il n'avait pas croisé depuis des années. Après la première surprise passée, ils s'étaient échangé les banalités d'usage, à savoir leur parcours respectif, les études et les femmes, la situation actuelle et celle future. Tout ça les mena à leur troisième bière.
Les deux amis étaient un duo déjà inséparable à l'époque: Dave et Florent. Le premier avait cru être peintre durant un temps, mais avait déterminé que la carrière d'entrepreneur général que lui offrait l'entreprise de son paternel était franchement plus louable pour règler les factures. Il venait d'acheter sa première maison la journée même, quelque part à Laval.
Le second était père de quatres enfants et de trois faillites. Il avait, semblait-il, passé son temps à ouvrir et fermer différentes entreprises à un endroit ou un autre, dans un domaine ou un autre.
Lorsque sa troisième bière fût terminé, Philippe commença à se tordre sur son tabouret. Dave racontait qu'il voulait s'acheter un nouveau truck. Il savait qu'il allait vendre le sien à perte, mais il n'avait apparemment pas le choix. En effet, il voulait des enfants avec sa blonde et ne pourrait jamais transporter tout ce beau monde dans son véhicule actuel. Florent lui répondait que lui avait eu un King cab dans le passé et qu'il n'avait eu aucun problème à voyager tout le monde. Dave lui demanda alors si ça lui avait couté cher d'assurance. Bien sur que oui lui répondait Florent, mais moins qu'un char sport...
Philippe n'avait rien à voir dans la conversation. Il aurait très bien pu ne pas être là et on n'aurait vu aucune différence. Des trucks, des bébés, des assurances! Mais qu'est-ce  qu'il foutait bien là?!?
Prétextant la fatigue et le boulot du lendemain, il réussit à s'eclipser poliment, non sans avoir été obligé d'échanger numéros de téléphone et promesses qu'on allait se revoir bientôt. Il se dirigea d'un pas hâtif vers son bar favori avec la ferme intention de se trouver un beau petit bébé qu'il aurait l'assurance d'amener dans son King size.



Adaptation

11:47, 19-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Comme à son habitude les mardi soirs, André se rendait au centre communautaire pour offrir son aide dans un programme d'accompagnement pour les adultes retournant aux études. Il s'était retrouvé en pair avec Rebecca, une rescapée de la première vague punk qui avait refusé de vieillir. Il la jugea du premier regard: dans la jeune quarantaine, évachée sur sa chaise, aucunement arrangée, les yeux dans le vide... il se dit que la soirée allait être longue.
Pourtant, lorsqu'elle se présenta, ses manières étaient correctes et sympatiques et elle semblait véritablement intéressée à apprendre. Il lui demanda alors pourquoi elle ne travaillait pas à son âge.
-Bof, tu sais ce que Nietzsche disait du travail: qu'il "constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance." Je pense que c'était dans Aurores...
André était abasourdi. Elle citait Nietzsche comme ça, légèrement, d'un ouvrage qu'il ne connaissait même pas.
-Mais es-tu heureuse dans ta situation?
-C'est quoi vraiment le bonheur, ou le malheur? C'est juste une idée que tu te fais de ce que tu devrais chercher, dans le fond. Moi je vois ça comme la nécessité de réagir à une situation.
-Qu'est-ce que tu veux dire?
-Ben, t'sais, toute forme de vie sur la planète est faite pour s'adapter à son environnement. Comme on n'a plus besoin de s'adapter à une réalité physique, puisqu'on la contrôle, on doit s'adapter à notre réalité psychique. Donc notre corps réagit d'une façon ou d'une autre à notre réalité immédiate, tu me suis-tu? Si il vit du malheur, il va s'adapter pour lui survivre, parce qu'on a l'a convaincu que le malheur n'est pas son état normal. Si il vit du bonheur, qui est un état éphémère, il va essayer de se convaincre de demeurer dans cet état en le réinventant constamment. Le bonheur ou le malheur ne sont pas une question de perception, mais une question d'adaptation...
-Quel philosophe a dit ça?
-Aucun, je pense, c'est moi qui te dit ça!
-Qu'est-ce que tu fais à l'école aux adultes?
-Je viens refaire mes maths 436, j'ai toujours été pourrie en math!
André dût se rendre à l'évidence qu'il avait mal jugé du premier coup d'oeil et qu'il allait avoir à s'adapter à la situation.



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