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Déjeuner

12:13, 27-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Ève ne s'était pas éveillée lorsqu'il avait sauté en bas du lit, frais et fringuant malgré, ou grâce, à une longue nuit d'échange extraordinaire avec la femme qu'il aimait. Quelle nuit! Il avait réellement ressenti une communion, un partage, un accord des sens... c'était magnifique! Il lui avait fait l'amour tendrement en la regardant profondemment dans le clair des yeux... Il avait partagé avec elle les élans romantiques qui se pavanent dans nos rêves les plus fous et les formidables envolées vénièles que nous fournissent parfois nos rages d'adolescents latents.
Tandis qu'elle dormait, Judaël avait mis le café à chauffer, avait coupé quelques oranges, des tomates et de la laitue. Il avait enfourné les croissants et préparé le mélange à crèpe que lui avait légué son paternel. Le mélange à oeufs pour son omelette spéciale était particulièrement réussi et il s'en félicitait lorsqu'il entendit le plancher craquer derrière lui. Ève le regardait tendrement, enroulée dans un drap bleu, ses petits yeux pesants de fatigue. Il lui sourit en l'embrassant, caressant doucement ses cheveux. Les souvenirs de la veille les poussaient l'un contre l'autre et son désir grandissant faillit lui faire oublier le déjeuner.
Lorsqu'elle lui proposa de l'aider, il refusa catégoriquement, prétextant qu'il n'y avait presque plus rien à faire et que de toutes façons, c'est lui qui invitait!
Ils mangèrent près de la fenêtre durant presque deux heures, buvant leur café à courte rasade dans le soleil du matin qui illuminait leurs yeux presque autant que leur amour le faisait. Mais ni le temps, ni la lumière n'avait réellement d'influence sur eux: ils en étaient à ce stade merveilleux de l'amour où tout a encore une valeur symbolique puissante pour la suite des choses; où les moments passés sans l'autre sont une torture profonde pour l'âme et le coeur; où le moindre pli sur la peau d'un sourire, le moindre ride au creux de l'oeil, le moindre mouvement, gracieux ou non, devient un prétexte pour cet élan indomptable qui nous pousse dans les bras de l'autre.
Tandis que l'astre solaire courait vers son zénith, eux l'avaient atteint ce matin-là, perdus l'un dans l'autre, rien d'autre n'existait de plus haut, de plus beau. Quiquonque en eut été témoin l'eut confirmé, mais comme personne d'autre n'existait en ce moment qu'eux-mêmes... et puis, ces moments d'amour profond ne sont pas ceux dont un garçon ira se vanter à ses chums: il le garderait en lui, silencieusement, éternellement. Et chaque fois qu'il verrait dans les yeux d'un autre couple ce bonheur partagé, il ressentirait en son bas ventre cette impression d'intensité passive qui le berçait ce matin-là, dans le soleil de son amour.


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13:13, 29-jun-2008 .. Écrit par
oui, en son bas ventre

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