Cul pis Don

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Mutisme

01:37, 4-sep-2008 .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Le téléphone sonnait. Encore. Quelques minutes passaient et la vibration de l'appareil le déconcentrait une autre fois. Il tentait de se vider l'esprit, d'oublier le monde qui existait alentour, de n'être plus qu'une seule perception de lui-même et non pas celle que les autres avaient de lui, mais il continuait à en être incapable. Le monde autour se rassemblait pour lui rappeller qu'il existait. Il semblait que tous les partys de la ville souhaitaient sa présence, tous les bars voulaient ses hanches sur le plancher de danse, toutes les femmes désiraient sa présence dans leur lit. Le téléphone sonna encore.
En une heure de bonne volonté et d'un désir absolu de solitude, il avait reçu 28 appels. Mathieu n'en pouvait plus. Dans le silence de son appartement, le mode vibration était un vacarme sans merci.
Il tentait de se souvenir la dernière fois où il avait passé une soirée seul, tranquille à regarder un film plate à TVA, mais il en était incapable. Pourquoi fallait-il toujours faire quelque chose, voir quelqu'un, aller quelque part? Il avait cette étrange impression de toujours courir pour un tout et un rien, de fuir une réalité qu'il ne voulait pas regarder en face, d'éviter le silence et la solitude parce qu'ils lui rappellaient sans cesse ce qu'il tentait d'oublier.
Il se rendait bien compte qu'il n'y avait rien de bon à TVA ce soir-là, mais il laissait catégoriquement la télécommande sur la table du salon, près du téléphone qui vibrait encore. Par principe. La télé en mode silencieux envoyait des images mornes de gens malheureux.
Malgré son désir de tout faire taire ce soir, il entendait encore le tumulte de la ville qui l'appellait. Si seulement il pouvait mettre sa tête en mode silencieux.



Fenêtre

09:25, 22-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pierre tentait de réfléchir depuis de longues minutes à la dernière fois où ils avaient fait l'amour. Non seulement il ne pouvait se souvenir d'une date, mais il oubliait également les circonstances qui les y avaient mené et le plaisir qu'il en avait éprouvé. Il se résigna tristement en assumant qu'il ne dût pas en avoir. Comme d'habitude.
Il pouvait toutefois se souvenir de ces instants de romance magique qui avaient fondé leur relation il y avait plusieurs années: leur rencontre opportune, la séduction latente, les première longues marches dans la vallée au chalet, les soirées à écouter de la musique étendus tous les deux sur le lit.
Il se souvenait que leur premier baiser s'était échangé sur un malentendu. Dès les premières notes de Even better than the real thing de U2, ils s'étaient tous deux relevés brusquement pour se retrouver nez à nez... et s'embrasser tendrement. Ils s'avouèrent par la suite qu'elle avait voulu changer de toune parce qu'elle détestait cette pièce tandis que lui l'avait mépris pour Hold me, thrill me, kiss me, kill me du même groupe. S'ils s'étaient échangé leur premier baiser sur un malentendu, c'était sans surprise qu'ils en étaient rendus où ils en étaient!
Assis dans la chaise berçante qu'ils avaient acheté dans un de leur dernier bonheur commun, alors qu'ils attendaient un enfant qui ne viendrait jamais, Pierre se demanda s'il n'avait pas des troubles de mémoire à court terme. Il réussissait à se souvenir d'évènements d'une banalité assourdissante datant de plusieurs années, mais il oubliait des choses apparemment importante qui s'étaient déroulées dans les dernière semaines.
Il soupira profondemment en fixant la fenêtre, sans voir ce qu'il y avait de l'autre côté. Il voyait les taches et les coulisses de la dernière pluie, les résidus de mouches écrasées contre la vitre et les rayures de l'usage, mais il ne voyait pas combien le soleil brillait dehors.



Ensemble (Seconde partie)

01:41, 16-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Paul avait réussi à envahir le groupe de filles «correctes» de la table voisine avec succès. Chacune d'entre elles présentant un intérêt particulier sur leur physionomie, il était déterminé à les avoir toutes à la fois. Il n'avait pas établi de stratégie avant de les aborder, préférant jouer la carte de l'improvisation pour les séduire.
Il apparut qu'il était tombé sur une réunion d'amies du secondaire se rencontrant une fois l'an afin de se remémorer les bonnes années en se défonçant la gueule à la vodka, comme dans le temps. Prenant conscience que la nostalgie était leur plus grande faiblesse, il les encourageait à raconter des souvenirs d'enfance avec un intérêt apparent. Ce faisant, il continuait d'aligner les shooters et les drinks aussi vite qu'elles pouvaient les avaler.
Il finit presque par être accepté par les filles comme l'«un» d'entre elles et elles s'ouvraient de plus en plus à son charme discret: il avait en effet la capacité étonnante de rendre tout le monde en confiance, comme si, après quelques minutes, ses interlocuteurs avaient la curieuse impression de le connaître depuis toujours.
Cette fois-ci, il aurait cru qu'au moins une d'entre elles aurait été réticente à le recevoir parmi elle, mais l'entrée s'était faite tout en subtilité. Il en comptait maintenant deux qui lui rendaient des sourires plus que sympatiques et une troisième qui avait carrément la main sur sa cuisse. Son rire franc devenait contagieux, même lorsqu'elles racontaient des histoires qu'elles connaissaient par coeur; les yeux pesaient lourds l'alcool; la nuit courrait ses doigts duveteux sur les échines et les gonflait de chair de poule chaleureuse lorsque les regards se croisaient. Il passa à l'action.
-Mesdames, le last call approche et je serais grandement déçu de me priver de votre compagnie... qu'est-ce qu'on fait?
-Mes parents m'ont laissé leur maison pour la fin de semaine... on avait prévu passer la nuit là-bas toute en gang...
Un malaise parcouru lentement la table: «on avait prévu» signifiait bien entendu la seule présence du groupe en question et il demeurait tout de même un étranger. Patientant un instant, il joua le tout pour le tout. Dans le pire des cas, il avait tout de même ajouté quatre numéros de téléphone à sa liste.
-Je comprends votre hésitation... j'ai passé d'agréables moments avec vous! À la prochaine.
En se retournant, il vit du coin de l'oeil la confusion autour de la table tandis que ses premiers acquis se précipitaient sur les autres pour les convaincre de le prendre avec elles. La réponse ne se fit pas attendre.



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01:37, 16-aoû-2008 .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pour ceux qui l'ignorent, je me lance dans une nouvelle aventure bloguesque (sic). Cette incursion dans les méandres de la création littéraire s'intitule Ce blogue ne vous concerne pas. Je vous invite donc à l'ignorer au www.lesblogues.com/paspourvous

Au plaisir

tibo



Chaton

19:50, 11-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

De toutes les éventualités, celle-là était la plus improbable! Jacques avait pris un cours de danse sociale afin de s'assurer quelques rencontres opportunes et générer quelque chose dans sa vie amoureuse.
À la fin du cours, l'enseignant, ayant ressenti une telle cohésion dans le groupe, décida qu'un échange de cadeau ne pourrait que le consolider tel qu'il était.
Jacques s'était figuré un échange banal, sans véritable affection, comme tous les autres qu'il avait connu. Rien ne l'apprêtait à ce qui l'attendait.
La jeune femme qui avait pigé son nom avait décidé qu'il requérait une attention supplémentaire dans sa vie et lui avait acheté un chaton!
Un chat!
Il avait tout fait depuis de nombreuses années afin d'éviter cette espèce, qu'il considérait en voie de disparition, jusqu'à ce qu'il rencontre celle qui allait devenir Augustina.
Selon Saint Augustin,  l'homme s'est détourné de Dieu en commettant le péché et attend le sauveur. Mais dans le premier concile de Braga (autour de 560 après notre ère), le mal a été défini comme une privation volontaire de Dieu (selon Wikipedia). Il a aussi défini que tout ce qui est corporel est bon, puisque créé par Dieu.
Augustina entrait certainement dans ces deux descriptions: elle refusait systématiquement toute nourriture autre que celle que son maître ingurgitait, dormait sur la poitrine de ce dernier en considérant l'endroit comme "lieu privilégié" et demandait sans cesse la porte sans vraiment désirer la traverser. Une véritable déesse du "ici" et "maintenant"!
Le garçon était totalement dépassé par cette demande subite d'attention, mais sentait que dans sa malchance, il retrouvait quelque chose de son enfance qu'il avait oublié. Vieillit-on si vite qu'on finit par oublier ces fondations qui forment les premières bases de notre personalité? Il lui revint en souvenir cet épisode de sa vie où sa mère venait lui présenter SES chats avant de les envoyer à l'abattoir parce qu'ils avaient des puces. Il avait déterminé à ce moment précis l'utilisation dans son vocabulaire du mot: «excessif»!
Il se fit alors un défi personnel de conserver ce chat en bon état afin de s'assurer qu'il ne prenne pas le même chemin.
Quel travail!
L'attention qu'on porte à un chat qui en demande est amplifié par le besoin qu'il finit par en ressentir. Après quelques semaines, il se rendit compte qu'il passait plus de temps à entretenir son chat qu'à dévellopper de nouvelles relations avec des femelles qui pourraient le lui rendre.
Il se rendit compte en même temps que ce même chat qui lui volait tout son temps finissait par le combler à sa manière. Combien d'heures volatilisées par l'alcool finissait-il en caressant langoureusement la fourrure du félin? Combien de frustration avait été exultée par la présence de cette boule de poil salvatrice dans la pénombre de son âme torturée?
L'habitude s'installa en lui comme une seconde nature et il se surprit un soir à refuser une soirée en des bras chaleureux parce qu'il devait rentrer nourrir son chat. Augustina saurait-elle un jour les heureux sacrifices qu'il finissait par faire pour elle?
Il en doutait profondémment. Alors il passait ses longs doigts dans sa fourrure... et ses idées noires s'illuminaient un peu, en ronronnant doucement.



Diner

13:54, 7-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Le soleil laissait briller les sourires de la place grouillante. C'était une de ces journées dont la brise tiède et le matin frisquet portaient en eux les premiers signes de l'été qui se fane comme les fruits qu'il a muri. Luc rentrait les épaules dans son cou. Il s'assit à la même place qu'à son habitude, le dos contre un arbre, un peu à l'écart de la foule qui se massait pour diner. Tous les midis, beaucoup des travailleurs du coin venaient manger sur cette rare place verte au milieu de la Cité Internationale. Elle y était venu presque à tous les jours depuis le début du beau temps.
La neige continuait encore à s'accrocher à la terre la première fois qu'il l'avait aperçu, bravant les éléments sous un chaud soleil de mars. Première à se réveiller après ce long hiver, elle étendait ses jambes sur une butte de neige alors que la plupart des gens se camouflaient encore dans les cafétérias bondés. Il s'était demandé si ce n'était pas elle qui réchauffait ainsi l'air et le soleil qui émanaient de partout.
Et tous les midis, il était revenu à la même place, confiant de l'y retrouver. Généralement, elle était seule, lisant ou fixant le vide de ses yeux clairs, perdus dans des pensées qui semblaient la transporter ailleurs.
Il ressentait que, comme lui, elle n'était pas à sa place au milieu de cette foule. Il ressentait que, lorsqu'elle perdait son regard dans le vide, ce n'était pas pour combler celui dans sa vie, mais pour en créer un autour d'elle. Comme lui.
Puis elle rentrait, presqu'à la course parce qu'elle avait dépassé son heure de diner. Et il la suivait nonchalemment, de loin, jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans un gratte-ciel menaçant.
Luc savait que les impressions qu'il avait de cette jeune femme étaient probablement fausses; qu'elle ne fixait peut-être pas le vide, mais se concentrait surement sur un problème quelquonque; qu'elle n'avait peut-être pas de vide à combler, ni n'en créait; qu'il ne s'agissait là que des fantasmes de sa projection. Il s'en foutait.
En elle, il avait trouvé un refuge confortable et régulier. Il ne souhaitait pas l'aborder ou la connaître. Il s'était fait d'elle une image idéalisée et il s'y raccrochait comme à une bouée. Pour éviter de se noyer. Encore.
Il rentra les épaules dans son cou et retourna au travail.



Détonation

10:50, 2-aoû-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

La nuit était bien avancée et André retournait lentement chez lui lorsque la voiture de police s'arrêta à sa hauteur. Il s'approcha.
-Excuse moi de te déranger, dit le policier sans même le regarder dans les yeux, as-tu entendu des coups de feu il y quelques minutes?
Il venait à peine de sortir du métro, située à quelques pas de chez lui, et n'était pas présent à cet endroit il y a quelques minutes: bien sur que non il n'avait pas entendu de coups de feu! C'est exactement ce qu'il lui répondit, une question aux bords des lèvres avant même que l'officier le remercie et se retourne vers les pas qui se faisaient entendre près de lui. André sursauta et entendit comme dans un nuage la même question posée à la jeune fille derrière lui.
Lui ayant répondu sensiblement la même chose que lui, elle continua son chemin. Nerveusement, il rit à contre-coeur.
-Ce n'est pas tout à fait le genre de chose encourageante à entendre dans son quartier!
-Je croyais que ce quartier était plutôt tranquille... elle était brune et ordinaire, mais André ne voulait pas la laisser partir. Il sentait qu'une présence, quoique féminine, était déjà rassurante dans la situation actuelle.
-J'ai entendu dire que la rue St-Hubert était étonnament troublée la nuit, par rapport au jour... mais de là à entendre des coups de feu...
-Je ne savais pas ça.
Il accéléra le pas en même temps qu'elle, ne voulant pas la laisser partir aussi vite. Il regarda derrière lui, cherchant un agresseur potentiel, qu'il ne trouva pas.
-Tu habites loin d'ici? lui demanda-t'il encore.
-Non, je suis rendue... bonne chance!
Elle tourna au coin de la rue suivante. Il était seul. Malgré toute ses bonnes manières, il ne songea pas un instant à lui proposer de la raccompagner chez elle, ce qui aurait été la chose à faire: il aurait plutôt espéré qu'elle le raccompage chez lui. La nuit semblait soudainement plus lourde et sombre. Il marqua une pause et se déçida enfin à continuer. Décidemment, les gens ne pensaient qu'à eux!



Ensemble (Première partie)

09:23, 29-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 2 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Assis à la table voisine étaient six filles. Aucune d'entre elles n'était réellement belle, mais aucune n'était véritablement repoussante. Elles étaient comme on dit en anglais «fair». Il n'y a pas vraiment de mot en français pour exprimer cet état d'apparence, pensa Paul tandis qu'il les observait: «neutre» n'avait pas la même valeur fondamentale, «ordinaire» non plus; «normale» ou «commune» semblaient presque péjoratifs, tandis que «charmante» et «mignonnes» apparaissaient trop flatteurs. Il se dit finalement que «correcte» s'apparentait le plus à ce qu'elles étaient.
Il prit toutefois conscience que si l'on joignait les différents traits les plus séduisants sur chacune d'entre elles, on obtiendrait un résultat des plus convaincant. Il garderait tout d'abord la longue crinière sauvage de la rouquine par principe; le visage de la petite grosse était d'une pureté et d'une finesse féline totalement exquise; les épaules et les seins de l'athlétique étaient une merveille architecturale; les fesses de la blonde défiaient les lois de la gravité et les jambes de sa voisine perdaient leurs racines dans les profondeurs lointaines de la terre. La dernière apparaissait comme sans attribut particulier: elle était une «correcte» générale obtenant à peine la note de passage. Il se dit qu'elle devait être plus intelligente que les autres.
Finalement, aucune d'entre elle ne pouvait être une bonne partie pour un soir... mais toutes ensembles?



Génération

20:28, 23-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

La jeune fille ne devait pas avoir plus de quinze ans. Seize, tout au plus. Pourtant, lorsqu'il la vit se lever pour se diriger vers les vagues de la Méditéranée, Tomas savait d'instinct qu'elle paierait cher son désir de plaire. Peut-être pas demain, peut-être pas dans cinq ans, mais bien lorsqu'elle prendrait conscience que l'amour qu'elle recevrait dans sa vie ne serait jamais vrai, tout simplement parce qu'elle-même ne le serait jamais.
Elle marcha langoureusement sur le sable en laissant couler ses courbes sous le soleil ardent. Elle entra doucement dans l'eau et s'amusa quelques instants avec sa copine, beaucoup plus volumineuse qu'elle, l'aspergeant en riant de ses dents blanches. Elle s'arrêta un instant et fit mine de replacer son maillot: ployant l'échine vers les hommes qui l'observaient, elle pointa le buste vers le ciel et ses fesses s'arrondirent.
Elle n'alla pas plus loin dans l'eau, mais entreprit de marcher le long de la côte, voluptueusement, sous les regards et les désirs lancés vers elle. Tomas la perdit de vue durant plusieurs minutes, s'imaginant qu'elle continuait son manège jusqu'au bout de la plage.
Combien de manque d'amour devait-elle combler pour chercher dans le regard des désespérés une réponse à son propre désespoir? Elle cherchait tellement à être une femme maintenant et tout de suite qu'elle semblait prête à n'importe quoi pour combler son désir, jusqu'à offrir celui des autres en paiement d'avance sur une féminité qu'elle regretterait un jour ou l'autre puisqu'elle ne serait jamais mûre, cherchant ailleurs ce qu'elle avait au fond d'elle-même.
Tandis qu'il aperçut au loin sa silhouette doucereuse se dandiner vers son point de départ, il se dit qu'il était probablement complètement dépassé par cette nouvelle génération de séductrice et que son jugement était naturellement erroné, puisque généré de façon subjective.
Il remit de la crème solaire, ses lunettes sur son nez et ses idées à leur place avant se s'allonger. Après tout, il était ici pour relaxer.



Annonce

11:47, 18-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Simon avait organisé toute la soirée en fonction de l'annonce qu'il voulait lui faire. Il avait hésité quelques instants avant de se donner tout ce trouble, considérant qu'elle ne demeurait qu'une relation passagère. Pourtant, après avoir exploré les options de ceux à qui il pouvait l'annoncer et obtenir la réaction qu'il désirait, il s'était bien rendu compte que cette annonce n'avait d'importance que pour lui et, peut-être, quelqu'un qui, sans travailler dans son département, au moins partageait le même patron.
La sonnette retentit.
Invitant Sabryna à passer au salon, il lui souriait de toute son assurance et la jeune femme lui rendait un regard de soupçon: la confiance n'était pas la base sur laquelle ils avaient bâti leur relation et elle semblait s'attendre au pire. Simon profita de ses hésitations, jeta à l'eau tout son plan de la soirée, lui avoua d'un coup qu'il avait postulé pour le poste de directeur des ventes et lui fit comprendre que son nom se retrouvait au haut de la liste des postulants. Il n'obtint finalement pas le résultat escompté et regretta de ne pas s'en être tenu à son plan.
-Je suis très contente pour toi... mais tu ne te souviens pas qu'on m'avait promis le poste si personne à l'interne ne postulait? Maintenant, c'est sur que je l'aurais pas!
-Ah! oui, je me souviens maintenant...
Le silence oppressa la pièce. Sabryna regardait par terre, les yeux perdus dans ses pensées. Simon ne savait plus quoi dire. Il sentit une coupure physique se faire entre eux, une faille trop large pour jamais être comblée. Il tenta de s'excuser, mais les mots se tordirent dans sa gorge, incapables d'être honnêtes.
La jeune femme leva finalement la tête et lui sourit tendrement. Elle semblait avoir eu toute une conversation en elle-même, car elle lui dit sans introduction:
-Tu as raison, c'est égoïste de ma part de penser comme ça sachant que je pars pour l'Australie dans six mois et que je ne l'aurais même pas gardé ce poste. Il faut d'abord que tu penses à ta carrière: c'est le bon «move» pour toi! Félicitations!
Simon sourit de toutes ses dents: il l'avait eu finalement, la réaction désirée! Ou presque.
Sabryna passa la soirée avec lui en conservant une bonne humeur relative teintée d'une tendre mélancolie qu'il ignora de son mieux en arborant son attitude habituelle. Il avait compris qu'elle avait fait son deuil de cette relation et qu'il s'agissait ici de leur soirée d'adieu. Ils ne firent pas l'amour et elle quitta en l'embrassa sur la joue. À l'ordinaire, Simon aurait déjà commencé à évaluer ses nouvelles options, pourtant, ce soir-là, étendu sur le dos de son lit, il fût incapable de fermer l'oeil.
Il revoyait les yeux humides de Sabryna et son sourire indulgent; il ressentait l'air qui se déchirait entre eux, lui laissant une plaie béante au flanc; il sentait que cette fois-ci, son plan avait une faiblesse. Il aurait préféré une bonne dispute violente à cette compassion attérée qu'elle lui avait offert comme un ultime cadeau. Un sentiment nouveau naissait en lui qu'il ne connaissait pas encore, mais cet acide qui le rongeait par en-dedans, il ne pouvait que le nommer remords.



Merci

02:51, 16-jui-2008 .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Je tiens à remercier personellement les gestionnaires de lesblogues.com pour leur appui et leur reconnaissance, mais surtout les blogueurs et internautes qui fréquentent mon blog et qui m'offrent le bonheur de leurs commentaires. Plus que toutes les statistiques et reconnaissances, ce sont eux qui me poussent à toujours pousser plus loin l'audace et l'effort de l'écriture.

J'espère avoir encore des choses à vous raconter et j'espère que vous avez toujours de l'intérêt à les lire!

tibo



Devoir

12:34, 13-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Le soleil brillait par la fenêtre et réchauffait le coin du bureau d'André. Le regard du jeune homme était fixé sur une jeune femme qui traversait la rue avec une amie en gesticulant une histoire qui amusait vraisemblablement beaucoup. Le vert des arbres présentait cette maturité euphorisante de juillet et, malgré l'air climatisé, on sentait la chaleur dans l'air, omniprésente, puissante et caressante. Des enfants jouaient sur un coin de rue en s'aspergeant de fusils à l'eau. Un chien courait sans lesse, s'arrêtait brusquement, reniflait, levait la patte et disparaissait dans une ruelle. Sur la piste cyclable, un homme suait abondamment en joggant.
Par la fenêtre, le soleil brillait et réchauffait le coeur d'André. Il ne pouvait croire qu'il avait pris cette classe d'été. Faire des devoirs au mois de juillet est la pire torture qu'on puisse s'infliger.
Il se rassit devant l'écran et tenta d'effacer ces images chaleureuses de son esprit pour revenir à son ouvrage. Comme il était absurde de s'enfermer ainsi par une telle journée! Mais il devait remettre ce travail pour le lendemain, sinon, c'était l'échec. Il se convainquit que s'il lui fallait justifier cette journée perdue, il ne pouvait se permettre d'échouer et se remit au travail malgré lui.
Comme il était absurde de s'enfermer par une telle journée!



Conception

12:21, 6-jui-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Dans la chambre bondée, les volutes de fumée virevoletaient quelques instants dans un langoureux ballet avant de se perdre dans l'épais nuage étourdissant qui envahissait lentement chaque coin de la pièce et des esprits. Certains étaient étendus, les autres assis. La musique de Pink Floyd coulait sur les mots balbutiés des convives, abrutissant à son tour les dernières cellules actives dans le fumoir improvisé.
Mellissandre commençait à être plus qu'étourdie; en fait, elle se sentait vaguement prisonnière et la présence de tous ces gens autour l'oppressait. La panique montait en vagues succéssives au rythme des bouffées soufflées à son visage. Elle n'avait accepté de participer seulement parce qu'elle souhaitait passer du temps avec Marc, qui finalement s'occupait très peu d'elle. Elle perdait patience.
Assis près d'elle, le garçon était en grande conversation animée avec ce copain dont elle ignorait le nom, puisque tous les gars s'appellaient «le gros» entre eux. Marc affirmait qu'il avait eu une idée pour un jeu de Aki, le hockey-aki! Il expliquait que sur un terrain délimité, trois joueurs de chaque côté devaient se faire deux passes avant de pouvoir tirer au but. Seul le gardien avait le droit d'utiliser ses mains et on ne pouvait pas dépasser une ligne centrale afin de ne pas nuire aux passes.
-Ouin, mais au hockey, on peut voler la passe de l'autre équipe, ça marche pas ton affaire! répliquait le gros.
-O.k. d'abord, après les deux passes, on peut envahir le territoire ennemi pour couper les passes.
-Oui, pis on n'a pas le droit d'enlever le Aki à quelqu'un, on a juste le droit de couper les passes, sinon c'est trop violent.
-C'est bon, man, il faut essayer demain dans le parc!
Les deux garçons étaient manifestement excités par la perspective de pousser plus loin leur hobby, mais la jeune fille, agacée et complètement défoncée, trouvait le tout véritablement puéril et idiot.
-C'est quoi au juste le but de votre jeu?
Les deux gars se retournèrent comme s'il la découvrait pour la première fois.
-Ben, c'est de faire cinq buts avant l'autre équipe.
-O.k., mais c'est quoi le but?
-D'essayer quelque chose de nouveau, j'pense.
-Vous pensez pas qu'avec tout le monde qui joue au Aki dans le monde, il n'y a personne qui a eu cette idée-là avant vous?
-Je pense pas; j'ai vu du monde jouer au volley-aki, mais jamais au hockey-aki. Pis même si c'est pas nouveau, nous on a des règlements différents.
-Vos estie de règlements changent rien au fait que votre jeu n'a pas de but, pis que ça a l'air vraiment plate!
La totale incompréhension et le mépris manifeste dans les yeux de Marc firent finalement déborder le vase de sa patience. Elle se leva brusquement, étourdie de plus bel par son mouvement rapide, et tenta de se diriger vers la porte. Elle entendait les gens autour d'elle essayer de la convaincre de rester, de ne pas gâcher le «hotbox», de ne pas ouvrir la porte, mais elle n'était déjà plus là. Comment pouvait-on s'emmouracher d'un garçon aussi stupide et immature? Pourquoi n'avait-il pas remarqué qu'elle s'était déplacé uniquement pour lui? Qu'est-ce qu'il fallait qu'elle fasse de plus pour attirer son attention? Elle ouvrit la porte sous les vociférations de tous et disparut.
Les deux garçons se regardèrent, l'air hébêté et se demandèrent presque simultanément:
-Eyh, le gros, c'est quoi son problème à elle?



Déjeuner

12:13, 27-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Ève ne s'était pas éveillée lorsqu'il avait sauté en bas du lit, frais et fringuant malgré, ou grâce, à une longue nuit d'échange extraordinaire avec la femme qu'il aimait. Quelle nuit! Il avait réellement ressenti une communion, un partage, un accord des sens... c'était magnifique! Il lui avait fait l'amour tendrement en la regardant profondemment dans le clair des yeux... Il avait partagé avec elle les élans romantiques qui se pavanent dans nos rêves les plus fous et les formidables envolées vénièles que nous fournissent parfois nos rages d'adolescents latents.
Tandis qu'elle dormait, Judaël avait mis le café à chauffer, avait coupé quelques oranges, des tomates et de la laitue. Il avait enfourné les croissants et préparé le mélange à crèpe que lui avait légué son paternel. Le mélange à oeufs pour son omelette spéciale était particulièrement réussi et il s'en félicitait lorsqu'il entendit le plancher craquer derrière lui. Ève le regardait tendrement, enroulée dans un drap bleu, ses petits yeux pesants de fatigue. Il lui sourit en l'embrassant, caressant doucement ses cheveux. Les souvenirs de la veille les poussaient l'un contre l'autre et son désir grandissant faillit lui faire oublier le déjeuner.
Lorsqu'elle lui proposa de l'aider, il refusa catégoriquement, prétextant qu'il n'y avait presque plus rien à faire et que de toutes façons, c'est lui qui invitait!
Ils mangèrent près de la fenêtre durant presque deux heures, buvant leur café à courte rasade dans le soleil du matin qui illuminait leurs yeux presque autant que leur amour le faisait. Mais ni le temps, ni la lumière n'avait réellement d'influence sur eux: ils en étaient à ce stade merveilleux de l'amour où tout a encore une valeur symbolique puissante pour la suite des choses; où les moments passés sans l'autre sont une torture profonde pour l'âme et le coeur; où le moindre pli sur la peau d'un sourire, le moindre ride au creux de l'oeil, le moindre mouvement, gracieux ou non, devient un prétexte pour cet élan indomptable qui nous pousse dans les bras de l'autre.
Tandis que l'astre solaire courait vers son zénith, eux l'avaient atteint ce matin-là, perdus l'un dans l'autre, rien d'autre n'existait de plus haut, de plus beau. Quiquonque en eut été témoin l'eut confirmé, mais comme personne d'autre n'existait en ce moment qu'eux-mêmes... et puis, ces moments d'amour profond ne sont pas ceux dont un garçon ira se vanter à ses chums: il le garderait en lui, silencieusement, éternellement. Et chaque fois qu'il verrait dans les yeux d'un autre couple ce bonheur partagé, il ressentirait en son bas ventre cette impression d'intensité passive qui le berçait ce matin-là, dans le soleil de son amour.



Assurance

14:36, 24-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Par un hasard incroyable, heureux ou pas, Philippe était tombé sur deux vieux amis qu'il n'avait pas croisé depuis des années. Après la première surprise passée, ils s'étaient échangé les banalités d'usage, à savoir leur parcours respectif, les études et les femmes, la situation actuelle et celle future. Tout ça les mena à leur troisième bière.
Les deux amis étaient un duo déjà inséparable à l'époque: Dave et Florent. Le premier avait cru être peintre durant un temps, mais avait déterminé que la carrière d'entrepreneur général que lui offrait l'entreprise de son paternel était franchement plus louable pour règler les factures. Il venait d'acheter sa première maison la journée même, quelque part à Laval.
Le second était père de quatres enfants et de trois faillites. Il avait, semblait-il, passé son temps à ouvrir et fermer différentes entreprises à un endroit ou un autre, dans un domaine ou un autre.
Lorsque sa troisième bière fût terminé, Philippe commença à se tordre sur son tabouret. Dave racontait qu'il voulait s'acheter un nouveau truck. Il savait qu'il allait vendre le sien à perte, mais il n'avait apparemment pas le choix. En effet, il voulait des enfants avec sa blonde et ne pourrait jamais transporter tout ce beau monde dans son véhicule actuel. Florent lui répondait que lui avait eu un King cab dans le passé et qu'il n'avait eu aucun problème à voyager tout le monde. Dave lui demanda alors si ça lui avait couté cher d'assurance. Bien sur que oui lui répondait Florent, mais moins qu'un char sport...
Philippe n'avait rien à voir dans la conversation. Il aurait très bien pu ne pas être là et on n'aurait vu aucune différence. Des trucks, des bébés, des assurances! Mais qu'est-ce  qu'il foutait bien là?!?
Prétextant la fatigue et le boulot du lendemain, il réussit à s'eclipser poliment, non sans avoir été obligé d'échanger numéros de téléphone et promesses qu'on allait se revoir bientôt. Il se dirigea d'un pas hâtif vers son bar favori avec la ferme intention de se trouver un beau petit bébé qu'il aurait l'assurance d'amener dans son King size.



Adaptation

11:47, 19-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Comme à son habitude les mardi soirs, André se rendait au centre communautaire pour offrir son aide dans un programme d'accompagnement pour les adultes retournant aux études. Il s'était retrouvé en pair avec Rebecca, une rescapée de la première vague punk qui avait refusé de vieillir. Il la jugea du premier regard: dans la jeune quarantaine, évachée sur sa chaise, aucunement arrangée, les yeux dans le vide... il se dit que la soirée allait être longue.
Pourtant, lorsqu'elle se présenta, ses manières étaient correctes et sympatiques et elle semblait véritablement intéressée à apprendre. Il lui demanda alors pourquoi elle ne travaillait pas à son âge.
-Bof, tu sais ce que Nietzsche disait du travail: qu'il "constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance." Je pense que c'était dans Aurores...
André était abasourdi. Elle citait Nietzsche comme ça, légèrement, d'un ouvrage qu'il ne connaissait même pas.
-Mais es-tu heureuse dans ta situation?
-C'est quoi vraiment le bonheur, ou le malheur? C'est juste une idée que tu te fais de ce que tu devrais chercher, dans le fond. Moi je vois ça comme la nécessité de réagir à une situation.
-Qu'est-ce que tu veux dire?
-Ben, t'sais, toute forme de vie sur la planète est faite pour s'adapter à son environnement. Comme on n'a plus besoin de s'adapter à une réalité physique, puisqu'on la contrôle, on doit s'adapter à notre réalité psychique. Donc notre corps réagit d'une façon ou d'une autre à notre réalité immédiate, tu me suis-tu? Si il vit du malheur, il va s'adapter pour lui survivre, parce qu'on a l'a convaincu que le malheur n'est pas son état normal. Si il vit du bonheur, qui est un état éphémère, il va essayer de se convaincre de demeurer dans cet état en le réinventant constamment. Le bonheur ou le malheur ne sont pas une question de perception, mais une question d'adaptation...
-Quel philosophe a dit ça?
-Aucun, je pense, c'est moi qui te dit ça!
-Qu'est-ce que tu fais à l'école aux adultes?
-Je viens refaire mes maths 436, j'ai toujours été pourrie en math!
André dût se rendre à l'évidence qu'il avait mal jugé du premier coup d'oeil et qu'il allait avoir à s'adapter à la situation.



Quotidien

12:30, 16-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 2 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Une autre journée tirait à sa fin. Tomas avait réussit à mettre de l'ordre dans trois dossiers qui avaient pris du retard depuis quelques semaines et ainsi, avait pris du retard dans trois autres dossiers qui finiraient par s'étirer à leur tour. L'horloge donnait déjà 20:00 et il planifiait sa journée du lendemain afin de ne pas avoir à le faire en arrivant.
En sortant du bureau, il tomba sur Karyne qui sursauta brusquement lorsqu'elle le vit. Ils rirent quelques instants de la situation.
-Mais qu'est-ce que vous faites encore au bureau à cette heure? Vous n'êtes pas venu au 5 à 7 encore ce soir?
-Non, tu sais bien que je n'aime pas vraiment ce genre de sortie... j'avais des choses à règler.
Karyne le regarda de biais. Tomas pouvait voir qu'elle avait pris quelques verres de trop et le contenait mal. Le silence s'étira quelques secondes et il allait partir poliment lorsqu'elle lui demanda:
-Est-ce que ça va Tomas?
-Mais, bien sur!
Elle l'appellait rarement par son prénom, ayant pris l'habitude de le vouvoyer. Il fût pris par surprise: son nom dans sa bouche lui réchauffa le coeur un instant. Elle vit sa déconfiture et n'insista pas, tourna les talons et disparut.
Une fois dans l'élévateur, Tomas se questionna: est-ce que ça allait? Il ne se le demandait vraiment jamais, mais qui le faisait de toutes façons? La vie continue, que l'on aille bien ou non! Si on se le demande, on finit par entretenir des sentiments malsains qui nous gardent malheureux. Il se dit finalement que demain était un autre jour, comme tous les autres jours et que rien ne changerait s'il n'en avait pas la volonté, de toutes façons.



Idole

13:06, 10-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Jacques détestait danser. Il n'avait ni le rythme, ni le sens musical qui se transmet inévitablement dans les jambes et transforme le désir en ces mouvements suaves et fluides qui attirent les femmes. Il ressemblait plutôt à ces garçons trop agés qui déhanchent leur désir sur la piste de danse dans des rituels absurdes qui soulèvent plus les fous rires que les passions.
Pourtant, ce soir-là, il dansait!
Il trouvait en lui des rythmes barbares qu'il connaissait à peine, des pas de danse ludiques qui le propulsaient plus que lui même ne le faisait; il découvrait une énergie qui le surprenait à chaque pas, à chaque trémoussement, à chaque regard.
Devant lui se trouvait le rêve des rêves, la femme des femmes, le fantasme des fantasmes. Déjà tout jeune, alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente qui poussait sa chance dans un milieu sauvage, il s'était épris d'elle. Elle tentait sa bonne fortune dans le monde du spectacle et le seul nom de sa famille lui avait permis d'obtenir déjà plus que le commun des mortels dans la même situation. Plus tard, les feux de la rampe s'étaient éteint et Jacques ne s'était jamais remis de sa disparition de la scène artistique. Il avait conservé quelques articles dont les photos évocatrices lui avait inspiré des fantasmes latents encore à ce jour.
Combien de fois s'était-il masturbé violemment devant ces images vénérées? Combien de fois même avait-il rejeté sa semence sur l'image même en jurant vulgairement son amour inconditionnel dans des termes violents?
Devant lui... elle était devant lui!
Malgré une excellente soirée où quelques opportunités s'offraient à lui, une seule maintenant ne lui paraissait digne d'intérêt: elle! Il lui offrait dans sa danse à la fois toute sa richesse et toute son humilité, toute sa foi et toute sa désinvolture, tout son espoir et toute sa haine. Le voyait-elle seulement? Il ne le savait plus.
Il lui avait envoyé plusieurs verres qu'elle avait décliné poliment; il avait tenté de l'approcher à quelques reprises, mais un ami, un ennemi ou autre s'était toujours interposé. Il s'était alors convaincu que si la parole ne lui permettait pas de l'approcher, son langage corporel le lui permettrait et il avait tout donné, sans relâche.
Il avait tellement tout donné que lorsqu'elle quitta, en lui jetant un dernier coup d'oeil amusé et faussement distrait, il ne la vit pas, absorbé qu'il était par l'énergie volage et hypnotique qu'il générait.
En arrivant à la maison, troublé et désespéré, il trouva ses vieilles revues et se masturba violemment.



Perception

11:26, 7-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 2 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pierre avait dû se résigner à prendre le métro malgré sa répulsion à la fois pour le moyen de transport et la nécessité de côtoyer d’autres gens. Depuis quelques semaines, il ne sentait aucun lien, aucun attachement, aucune fraternité avec le monde qui l'entourait. Il était isolé, abandonné de tous, silencieux et solitaire dans un monde hostile qui lui rendait la haine qui brulait au fond de son coeur..
La tête entre les mains, il repensait à sa journée. Caroline n'avait pas voulu lui parler encore une fois. Cette distance lui pesait sur le coeur plus encore que tout le reste. Il savait bien qu'elle le tenait responsable pour la perte du bébé et rien ne semblait pouvoir la sortir de cette conviction. Il avait décidé que le temps serait sûrement le meilleur remède, mais le temps est un soulagement à bien long terme lorsqu'il nous presse le coeur dans l'étau du quotidien.


À quelques sièges de lui, une jeune femme qu'il n'avait pas remarqué se désolait de la douleur évidente du jeune homme. Elle voyait bien l'oeil humide et la main tremblante, les soubresauts des pleurs silencieux et le poids du dos courbé, mais elle n'avait pas le courage de lui offrir sa compassion. Qui pouvait bien être cet homme? C'était peut-être une stratégie de drague maladroite ou un piège quelquonque. Elle tentait de se convaincre du contraire en voyant la détresse manifeste qui l'habillait, mais tous ses mécanismes de défense étaient en marche. Pourtant, elle sentait qu'il n'avait besoin que d'une main sur une épaule pour lui donner la force de continuer encore un peu.
Pierre remarqua le regard attendri de la jeune fille qui tenta alors de lui sourire. Il ne sût pas l'interprêter et se retourna doucement. Si seulement elle avait pu comprendre la douleur qui l'habitait et avait pu lui offrir un peu de compassion. Tout ce qu'il avait besoin, sans vraiment le savoir, c'était une main sur son épaule et quelqu'un pour l'écouter un peu... le monde était vraiment devenu trop froid! Son coeur se durçit encore un peu et il descendit à la station suivante.



Attention

12:20, 4-jun-2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Lorsqu'elle atteint son troisième orgasme, Maude dût se rendre à l'évidence qu'elle devait prendre une pause. Ça faisait bien trois heures que Mathieu la promenait d'un côté et de l'autre de l'appartement, à l'endroit, à l'envers, sur la table ou le tapis... elle ne croyait jamais pouvoir dire ça, mais elle n'en pouvait plus!
Mathieu était en sueur et souriait béatement. Pas une fois il n'avait montré des signes de fatigue, pas une fois il ne s'était plaint, pas une fois il ne s'était dégonflé... aurait-elle trouvé l'amant parfait? Malgré ses atouts majeurs, elle en doutait fortement. Elle savait d'avance qu'après quelques rencontres de ce type, elle ne voudrait plus le revoir. Elle sentait que toute l'attention minutieuse qu'il lui offrait sans relâche finirait par épuiser sa patience.
Combien de femmes désespérées au coeur fragile vendraient leur âme pour une nuit dans les bras de cet homme? Se sentir aimée et respectée, se sentir la femme la plus importante au monde, sentir que ce regard perce notre âme et en dévoile les secrets les plus intimes, que le monde entier n'existe plus, que demain n'est que le concept d'hier et que maintenant est le seul mot qui fasse du sens. Et pourtant, Maude ne supportait plus d'être le centre de son appétit insatiable.
Malgré les plaisirs que son corps ressentait, elle regrettait finalement d'avoir laissé partir le grand Philippe avec Carolyne. Le géant imbécile l'aurait baisé comme tous les autres: une seule fois, en ne pensant qu'à lui. Il serait tombé sur le côté et serait tombé endormi afin qu'elle puisse s'enfuir dans la nuit, en silence. Elle avait l'impression claire et nette que Mathieu ne la laisserait pas partir avant d'avoir bu un café avec elle le lendemain matin. Et qu'ils ne dormiraient pas d'ici là.
Il recommença à lui flatter l'épaule avec cette douce tendresse dont son âme s'épuisait, mais qui faisait toujours réagir son corps. Une dernière fois, se dit-elle, puis je m'en vais!



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