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Cul pis Don

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Passion (2 de 6)

23:55, lundi, avril 6, 2009 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Il la connaissait. Il la voyait dans ses rêves. Il l'imaginait à ses côtés. Il l'aimait de tout son être plus encore que ce qu'il avait pu imaginer un amour possible. Et pourtant, elle n'existait que dans ses fantasmes. Jusqu'à un certain point, il avait réussi à accepter cet état de fait comme tel, mais maintenant, il sentait que son amour ne pouvait être à sens unique plus longtemps.

Parfois, lorsqu'il la croisait, il la dévisageait langoureusement, souhaitant violemment un regard de retour, un espoir refréné de la voir sourire à son regard timide. Et elle passait son chemin, ignorante de la torture qu'elle lui imposait. Et pourtant, il continuait à s'accrocher à cette folle envie de la voir partager son désir, de la voir sourire au même soleil que lui, de la sentir respirer le même air de changement que celui sur lequel il se sentait porté depuis qu'il la connaissait. Et elle ne le connaissait même pas encore.

Il organisa alors leur rencontre. Une situation simple: un banc de parc, deux amants contenus, un désir inavoué, une passion naissante. Tout y était pour créer le moment parfait dont tous deux allaient s'amuser d'ici quelques années comme l'instant où tout naquit, où l'amour vainquit l'incertitude de passer le reste de leurs jours seuls et abandonnés du reste du monde. Une île parfaite sur laquelle rien d'autre n'était nécessaire que la présence de l'autre.

Le soleil faisait briller son triomphe à travers les rares nuages qui glissaient leur ombre dans le ciel. La brise voguait doucement sur les vagues qui le portaient déjà sur les rivages de ses fantaisies. Un sourire poli passa sous ses yeux: les gens savent reconnaître l'amour naissant et, malgré eux, partagent cet enchantement naïf qui creuse les tombes des malheureux qui ne savent s'en prévaloir. Il ne remarquait rien, tout porté qu'il était par l'utopie qu'il s'était construit lui-même.

Au loin, déjà, il reconnut sa silhouette. Elle déambulait docilement à travers les secrétaires et les courtiers, repoussant le retour à la dure réalité. Comme toujours, elle ne voyait le monde qui l'entourait que comme un obstacle malheureux à la légéreté de son pas. Il savait bien que rien n'importait à ce moment; que l'obscène et ridicule suite des choses, la fatalité de ceux qui contreviennent à la loi des bien-pensants, la nécessité du temps qui coule. Comme il l'avait prévu, elle s'assit à ses côtés, sur ce banc de parc qui devait être la suite des choses. Et elle sembla attendre...



Retrouvailles

17:58, jeudi, mars 26, 2009 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien
Il y avait bien dix ans que Mathieu n'avait pas croisé Alick. Leur idylle du passé s'était consummé d'une flamme trop vive pour qu'elle laisse même une cicatrice. Il l'avait facilement retrouvé sur Facebook: bien peu portait le même nom qu'elle. Réticente au début, elle avait toutefois accepté de le rencontrer pour un verre « amical » et, malgré son anticipation et sa curiosité, il ne cachait derrière ce mot aucune mauvaise intention.

Tandis qu'il l'attendait, accoudé à un appéritif glacé, il se demandait en fait quelles pouvaient bien être ces intentions. Peut-être que tout ce temps passé commençait à lui peser sur les épaules et un visage du passé pourrait le rassurer sur la valeur du temps écoulé? Peut-être cherchait-il à savoir si le temps avait réellement eu un impact sur sa personne, espérant secrètement un sourire d'assentiment et de connivence; un clin d'oeil subtil et un hochement de tête compréhensif? Peut-être s'était-il menti sur la nature de ses intentions et la profondeur de la plaie qu'elle lui avait laissé.

Leur rencontre fut « amicale », tout au plus. Ils déclinèrent au passé, au présent, au futur. Alick comptait lancer une ligne de vêtement avec une amie designer, totalement hors propos de ses études et ses antécédents. Elle cherchait à se réinventer, à se surpasser dans un domaine différent. Ils finirent la soirée sur un banc de parc où elle ouvrit soudainement son sac: la vie l'avait traité injustement; elle était prisonnière d'une relation stagnante avec un type sans envergure; le sexe était ordinaire, le futur incertain. Puis, en une seconde, elle décida de partir, prétextant l'heure avancée.

Elle partit d'un pas décidé, puis ralenti et s'arrêta. Elle revint sur ses pas et lui dit d'un coup:

-Je ne sais pas pourquoi je t'ai dit tout ça! Je suis heureuse avec Jordan. Il me comprend et me soutient. Mes paroles ont réellement dépassé ma pensée. Merci et bonne chance.

Mathieu retourna sur ses pas et s'accouda à un digestif rafraichissant. Il se demandait maintenant quelles pouvaient êtres SES intentions. Il sentait brusquement qu'elle avait peut-être eu plus besoin que lui de s'ouvrir à une oreille attentive afin d'exprimer ses douleurs latentes, mais que sa présence rassurante avait été trop vive pour les confidences qu'elle s'était faites à elle-même. Tandis qu'il finissait son verre, une jeune fille le dévisageait de l'autre côté du bar. Elle lui fit un sourire d'assentiment et de connivence; un clin d'oeil subtil et un hochement de tête compréhensif.

Il n'avait pas perdu sa soirée finalement.



Quotidien

00:40, jeudi, mars 19, 2009 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Tous les matins, André devait passer devant le funérarium Alfred Dallaire, rue Jean-Talon. Un jour, alors que le soleil peignait ses première lueurs sur l'horizon et que la rue commençait à peine à se tordre de la torpeur de la nuit, il remarqua une lumière à une fenêtre près de laquelle il avait aperçu, avec un frisson récurent, le véhicule de la morgue, bien identifié par une plaque de signalisation à l'avant.

À travers un store de bambou, il pouvait deviner un bureau et derrière le bureau, une jeune femme, les mains croisées sous le menton. Continuant de bon pas, il hésita soudain. Il avait à peine eut le temps de distinguer de vagues traits, plutôt comme une silhouette, mais il fût pris d'un élan romantique incompréhensible: il imagina la détresse des nuits se succedant en compagnie des cadavres; les heures interminables qui étiraient leurs minutes dans la froideur glaciale du laboratoire; le silence des désespoirs accumulés et des pleurs arrachés à la vie; le parfum des fleurs qui se lovait sournoisement contre celui du formol; la solitude qui terrassait la vigueur de ses jeunes années se fanant comme les bouquets oubliés pour mieux célébrer l'oubli lui-même.

Tous les matins, il ralentissait maintenant le pas lorsqu'il croisait la fenêtre, espérant l'apercevoir un instant et sentir cette singulière communion qui emplit de joie les solitaires se gonflant la poitrine d'espoir. Il émit l'hypothèse qu'elle terminait son service quelques minutes avant son passage et qu'elle terminait sa nuit de travail au bureau, dans la chaleur réconfortante de la paperasse et des formalités.

Souvent, elle était appuyée les coudes sur le bureau, les yeux dans le vide et parfois, il lui semblait qu'elle réagissait lorsqu'il glissait son oeil curieux à travers le bambou. Cela finit par lui suffire et il continuait son chemin, souhaitant de tout son coeur qu'elle reconnaissait dans son passage la suite des jours dans un monde où les regards que l'on croise peuvent se détourner s'ils le désirent.



Lundi

23:05, lundi, février 23, 2009 .. Posté dans Cul pis Don .. 1 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien
Chaque nouvel arrivant s'extasiait devant le luxe et la finesse qui s'offraient à eux en mettant les pieds dans cet endroit. Invités par leur patrons à célébrer les excellents résultats du dernier trimestre et ce, malgré la crise économique en cours, les collègues peinaient encore à croire à ce décor magnifique où l'on avait manifestement mis les efforts nécéssaires afin de rassembler les conditions idéales pour une fête réussie: table de pool, jacuzzi, écran géant, bar, salle de poker... la table était mise pour une soirée inoubliable.

Les staff party ont ce quelque chose de fascinant qui fait oublier à tous qu'ils sont collègues et qu'ils auront naturellement à affronter le regard de ces mêmes collègues lorsqu'ils reviendront au bureau le lundi suivant. Les derniers invités s'émerveillaient toujours du spectacle et des possibilités de l'endroit que déjà certains abusaient de l'alcool et de la liberté qu'offraient les lieux.

Judaël, quant à lui, s'attristait dans son coin de ne pas avoir pu inviter Ève à cette soirée, réservée exclusivement aux employés. Il tardait à se mêler aux différents groupes qui s'agglutinaient autour d'une attraction, d'une personne ou d'une histoire. Autour de lui étaient pour la plupart des gens qu'il respectait et appréciait chacun à leur valeur, mais il semblait incapable de juger lesquelles il avait envie de fréquenter.

La soirée avançait et Judaël se rendit compte qu'il était l'un des rares à ne pas être en chasse. À sa gauche, un fier et cruel duo de louves s'attaquaient viollement à un troupeau de jeunes males; leurs chances de survie étaient nulles. Un trappeur posait subtilement des pièges à une renarde rousse qui s'empêtrait d'autant plus qu'elle cherchait à y mettre les pattes; elle serait du repas du soir et il pourrait accrocher sa fourrure à son mur avant la fin de la nuit. Un chasseur trop visible dans son survêtement fluo tentait d'imiter le chant de rut de l'orignal et, à sa grande surprise, attira quelques femelles dans son sillage; il n'avait qu'à choisir sa cible et ajuster son tir. Un pêcheur lançait des appats d'une grossièreté lamentable dans une eau qu'il troublait lui-même de sa présence; il ne semblait pas dans une bonne position pour bien diner ce soir...

Un léger pincement surpris le jeune homme dans le bas du ventre. Pourquoi ne chassait-il pas à son tour? Il semblait évident qu'un simple effort de bonne volonté, de charme et de finesse le verrait à son tour plonger aisément dans la couche de l'une ou l'autre de ces multiples conquêtes potentielles. Il pensa à Ève qui soupait chez ses parents et aux comptes qu'il devrait naturellement lui rendre lorsqu'il rentrerait. Il pensa aux subtils mensonges qu'il pourrait lui proférer afin de détourner son attention de la vérité. Il pensa aussi à ses yeux doux et à son sourire doré lorsqu'elle le regardait tendrement; il pensa à cette flamme qui le brulait lorsqu'elle se blotissait contre sa poitrine dans la chaleur de leur amour; il pensa aux jours passés et aux jours futurs, aux bonheurs de sa présence et aux malheurs de son absence; il pensa que les détails se lovaient toujours contre le portrait entier pour en raffiner les traits et en adoucir les contours; il pensa tristement à tous les culs qu'il ne pouvait pas se permettre afin de pouvoir conserver le sien... il ne pouvait quand même pas demeurer romantique dans les circonstances actuelles!

Il pensa surtout qu'en témoin neutre et silencieux d'une soirée aussi divertissante, il serait à peu près le seul qui ne baisserait pas timidement les yeux lundi matin en rentrant au bureau.



Paradoxe

20:39, mercredi, février 18, 2009 .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien
Mathieu savait que l'histoire se répétait encore une fois. Il aurait pu dire, au fur et à mesure que les paroles coulaient, ce que les minces lèvres de Marianne lui diraient dans leur prochain souffle. Peut-être... probablement était-il à son tour coupable de son propre jeu. Peut-être... probablement son propre pattern revenait naturellement parce qu'il en mettait lui-même les pièces en place. Peut-être... probablement avait-il foncièrement trop confiance en la nature humaine pour se douter qu'elle l'attendait toujours au tournant, sournoise et féroce, prête à lui arracher les derniers lambeaux de cette fière générosité dont il pavanait ses paroles.

Encore une fois, il avait laissé un espace blanc dans le formulaire à remplir de sa dernière relation. Encore une fois, une zone grise s'était glissée dans la paperasse fonctionnaire de sa vie de couple et encore une fois, il broierait du noir à essayer de comprendre pourquoi il offrait toujours cette chance meurtrière au bonheur des femmes qu'il aimait.

Tandis que des paroles douces de fiel glissaient sur la langue pernicieuse de celle qu'il aimait, il se demandait pourquoi il insistait toujours pour laisser tomber cette phrase fatidique: « Tout ce que je souhaite, c'est ton bonheur. »

Le bonheur est une chose étrange: quand on l'étreint de tout notre être, il semble impossible qu'il disparaisse un jour; quand on le perd, il nous apparait utopique de le retrouver jamais et lorsqu'on nous l'offre sur un plateau d'argent, on tente toujours de le chercher outre part.

Marianne le quitterait parce qu''il avait eu la grandeur d'âme de lui proposer que le bonheur n'est accessible que par la volonté qu'on a de de le chercher. Et lui, malgré l'opportunité qui s'ouvrait à lui, se morfondrait sur ses propres paroles, sachant que son bonheur résidait peut-être... probablement dans celle qui lui dirait: « Tout ce que je souhaite, c'est ton bonheur. »



De retour après cette pause...

20:36, mercredi, février 18, 2009 .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pour tous ceux qui lisait assidumment ce blogue avant cette pause infortunée, je suis désolé du délai et souhaite ardemment vous retrouver comme lecteur dans le futur...

Pour tous ceux qui ne connaissent pas Cul pis Don, je vous invite à en lire les prémisses sur ce site afin d'en comprendre la dynamique et les personnages. Je vous souhaite par la même occasion bienvenue dans leur univers et au plaisir d'en lire vos commentaires.



Passion (1 de 6)

20:05, dimanche, novembre 9, 2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien
Luc avait finalement réussi à apprendre de façon fort opportune le nom de sa prétendue, cette magnifique jeune fille au regard rêveur près de laquelle il se plaisait à fréquenter le parc rempli de secrétaires en pause de diner.

S'il avait été le moindrement attentif, il aurait pu en apprendre un peu plus long sur elle et éviter les évènements tragiques qui allaient découler de sa distraction. Lorsqu'elle avait répondu à son téléphone, par une journée merveilleusement ensoleillée d'un été tardif, son regard s'était illuminé de telle façon que même l'astre solaire parut pâlir devant elle. Elle taquina doucement son interlocuteur: «Geneviève? Qui ça Geneviève? Je ne connais pas de Geneviève! Ben oui, c'est moi!»

Luc ne pût en entendre plus longtemps, ses pas la portant déjà plus loin, mais cet éclair d'amour soudain qui avait envahi la place toute entière demeura gravé au fond de son être, marqué au fer rouge d'un amour grandissant devenu obscessif.

Il rêvait la nuit d'un être de lumière qui le prenait doucement dans ses bras et posait ses yeux grandioses sur lui. Il sentait à ce moment toute la richesse et la satisfaction de se sentir véritablement aimé pour ce qu'il était, pour ce qu'il devenait. Son pas se faisait de jour en jour plus léger d'avoir dormi dans les bras de cet être fabuleux qui le berçait d'un amour infini. Il regagnait le peu de confiance qu'il avait autrefois et se surprit à en gagner considérablement, affirmant avec facilité des opinions qu'il aurait autrement tus, proposant des idées qu'il n'avait jamais osé avancer. À sa grande surprise, son entourage personnel et professionnel accueillait avec enthousiasme sa nouvelle détermination, ce qui le poussait encore plus dans sa démarche.

Il savait toutefois, non sans crainte, que toute cette histoire demeurait à sens unique. Il ne lui avait jamais encore parlé, à Geneviève! Il se disait par contre qu'avec cette belle assurance qu'il dévelloppait grâce à elle, il pourrait finalement l'approcher bientôt. Il s'amusait même de ce paradoxe: son espoir de lui parler et de la connaître avait fait naitre en lui l'assurance de faire les premiers pas. Il lui suffisait de trouver le bon moyen de l'approcher!

À suivre...



Publicité gratuite

12:37, mardi, octobre 28, 2008 .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Je ne suis pas du genre à faire de la pub pour n'importe quoi... mais là, c'est mes chums qui font ça et je voudrais bien y participer! J'y serai tous les mardis!

http://lecanadiendemontrealcesoir.com/



Retrouvailles

01:50, dimanche, octobre 26, 2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Pierre ignorait toujours pourquoi Paul l'avait appellé. Il y devait y avoir des années qu'il n'avait pas eu de nouvelles de son ancien compagnon de chambre en résidence au cégep; ils s'étaient totalement perdu de vue depuis. Il se rappellait aujourd'hui comment le hasard avait fait les choses à l'époque pour qu'il se retrouve avec lui. Il se souvenait aussi qu'il avait toujours eu la furtive impression que Paul n'avait pas été étranger à la suite des choses. Le garçon, déjà à l'époque, obtenait tout ce qu'il voulait, quand il le voulait. Formidable opportuniste, il profitait de chaque occasion pour les tourner à son avantage.
Aujourd'hui, il était là. Il l'avait appellé au bureau pour l'inviter à un 5 à 7.
Ils venaient de terminer les banalités d'usage lorsqu'un silence se glissa entre eux.
Pierre ignorait toujours pourquoi Paul l'avait appellé.

Plus tard dans la soirée

-Ça fait cinq ans dans une couple de semaines... ça va vite en crisse, mon gars!
-Pourquoi t'as d'l'air triste en disant ça, man?
-Voyons donc, qu'est-ce tu veux dire, triste?
-Ben, triste, tabarnak! Tu connais tu ben des définitions au mot, toi? Triste, calisse, comme quand tu regrettes les années pis le poids qu'elles t'ont laissé sur les épaules!
Un silence se glissa entre eux.
Pierre ignorait toujours pourquoi Paul l'avait appellé.

Plus tard

Pierre demande: «Qu'est-ce qui est pire dans le fond? Que j'oublie sa fête ou que j'oublie que ça fait six mois aujourd'hui qu'elle a perdu le bébé?»
Paul de répondre: «Ce qui est pire, c'est quand tu te souviens même plus la dernière fois que t'as baisé!»
Pierre s'esclaffe: «Ben, c'est ben ça que j'me disais!!!»

Tard

Le trottoir. La tête entre les jambes. Les larmes qui gèlent sur les joues. Caroline. Les jours qui passent comme des secondes. Les secondes qui passent comme des jours.
Pourquoi Paul l'avait-il appellé, exactement? Fallait-il y voir un autre signe de ce qu'il commençait à peine à accepter comme une idée potientiellement réalisable? En était-il à ce point où il se devait finir de se convaincre... avant de convaincre l'autre du bien-fondé de sa démarche?
En passant la nuit avec son vieil ami, il avait senti en lui renaître un vieille flamme familière, comme une amie oubliée dans les cendres du temps, un souffle qui lui chauffait le coeur et le ventre d'un vent plus doux encore que les brises printanières.
Le matin dévoila ses aurores et celles des autres. Les larmes sur ses joues souriaient aux lueurs de l'horizon.



Sommeil

01:47, mercredi, octobre 15, 2008 .. Posté dans Cul pis Don .. 3 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

Tomas avait proposé à Karyne de passer la nuit à son appartement. Il était complètement divisé sur ses actions, si bien qu'il ne savait plus quoi lui offrir, son lit ou le divan. Il affirma d'une voix ferme et convaincue qu'il dormirait sur le divan, sachant que son dos le ferait souffrir le lendemain, mais conscient qu'une nuit à ses côtés serait plus pénible encore.

Elle refusa, apparemment sans réfléchir, et lui proposa de dormir dans le même lit, étant donné la grandeur de ce dernier et leur capacité évidente de faire la part des choses.

Malgré lui, Tomas savait que ses sentiments pour Karyne se reflétaient dans ses actions. Il avait insisté pour qu'elle prenne un verre de plus, lui avait offert de partager un taxi pour finalement l'inviter à prendre un verre chez lui en avançant l'argent pour le reste de la couse, s'il y avait lieu.

Sur la commode, la photo de Madeleine lui souriait, dents blanches et cheveux défaits. Il repensa à son amour défunt et aux derniers mots qu'elle lui avait soufflé sur son lit de mort. Il savait que la vie continuait et qu'il devrait éventuellement trouver quelqu'un d'autre pour lui indiquer le chemin du bonheur, mais était-il seulement prêt? Il ressentait pour Karyne les mêmes sentiments qu'il avait développé pour Madeleine lors de leur rencontre, et ce, malgré les titres et les promotions.

Il était son supérieur immédiat, lui donnait des ordres à longueur de journée, signait ses chèques de paye, mais il ressentait toujours un pincement, une sournoise hypocrisie du bas ventre en sa présence; il ne s'excitait pas de sa supériorité, mais bien de sa présence.

E c'est présicément ce qu'il sentait à ce moment précis. Sa chair et son odeur si près! Ses cheveux contre son visage, son désir contre le sien. Il savait la chaleur entre ses cuisses, l'espoir en son coeur. Il savait ses chances de retrouver la moiteur d'une nuit torride dans les bras d'une femme qui s'abandonne, le désir qui exulte, les cris dans la nuit qui s'éteint. Et il était incapable de tout mouvement...

Dehors, la nuit courait sur les heures qui s'égrénaient. La lune disparaissait doucement à l'horizon, les secondes coulaient sur l'horloge. Tous deux sommeillaient doucement dans le désir d'un mouvement de l'autre qui ne venait pas. La nuit pesait ses lourdes conséquences sur les âmes qui ne devaient pas en avoir, les coeurs balançaient les pour contre les contres qui n'existaient pas, mais ne se convainquaient pas de contrevenir à leur propre règlement.

Le matin vit deux visages épuisés de s'être convaincus du contraire de leur bien fondé s'extirper d'un cauchemar qu'ils s'étaient façonnés contre leur gré. Ils se regardèrent de cet air hébété de celui qui ne comprend pas ce qui s'est passé et comprirent qu'ils s'étaient compris...



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