retour d'exil

1-mar-2007 - Chronique 5: Attention on prépare la relève : prêt pas prêt allez-y !

L’économie du Québec, comme beaucoup de régions dans le monde, repose sur l’essor des PME (petites et moyennes entreprises) et non sur le développement des multinationales. Emploi, innovation et réinvestissement dépendent des PME. Cependant, la pérennité de celles-ci est toujours fragile et la concurrence des grandes multinationales est plus vive que jamais. Un enjeu de taille est d’assurer la relève.

 

La relève qui m’intéresse ici est le transfert de l’entreprise de Papy Sénior à Fiston Junior. Ce qui peut sembler naturel est en fait d’une complication incroyable. J’en prends pour témoin un défi mis sur pied et publicisé dans le cahier « Votre argent » du Journal de Montréal avec un titre fort évocateur : « Défi entrepreneur extrême – la relève ». L’objectif est d’ « identifier  l’équipe qui a les meilleurs atouts pour réussir le transfert de l’entreprise et en assurer la pérennité ».

 

Les atouts d’aujourd’hui

Aujourd’hui, on ne transmet pas un métier, une entreprise familiale avec une expérience intergénérationnelle mais plutôt des actions et une entité juridique. L’entreprise va changer d’actionnaires. Pour ce faire, il faut mettre en place des outils de gestion avec l’aide de conseillés, régler les aspects fiscaux et juridiques dans le moindre détail, et s’assurer que Fiston pourra être en mesure de naviguer la barge sans que Papy l’épaule : « L’expertise des fondateurs est encore essentielle pour plusieurs de nos concurrents, et il est minuit moins cinq. De plus, dommage de le dire ainsi, mais dans bien des cas, la relève est tout à fait incapable de prendre le volant. » (Journal de Montréal, cahier « Votre argent », 24 février 2007, p.20)

 

Voilà! Papy décide qu’il veut se retirer et la perspective de vendre à un étranger ou de fermer boutique le chagrine. Pourquoi ne pas vendre à Fiston! Il faut maintenant inclure Fiston à la destiné de l’entreprise!

 

Compliqué vous dites? Oui, car aujourd’hui il ne s’agit plus de transmettre un métier, une expertise ou un savoir-faire durant un long intervalle de temps, mais bien de céder une entreprise à un moment déterminer, à la hâte, et de permettre à Papy de se retirer de la « business » pour de bon. Je ne crois pas que le Père Chevron approuverait une façon aussi cavalière de faire un transfert d’entreprise, puisqu'il avait lui-même agit de la sorte (voir Iphigénie et son destin).

 

La belle époque

Jadis, les entrepreneurs transmettaient une passion et elle venait généralement avec un métier, technique ou pas. La relève entrepreneuriale incluait un aspect intergénérationnel. La transmission s'effectuait longtemps avant le transfert et elle se poursuivait bien après celui-ci. Le Père Chevron, en transférant sa boutique de forge, bien malgré lui, à son fils Florent, n’a pas quitté son métier pour aller jouer au golf, bien au contraire. Il continua de travailler et pouvait conseiller Fiston au besoin. Il a fait plus qu’assurer la pérennité de l’entreprise au niveau du travail effectué, il a, par la même occasion, rassuré sa clientèle. La fidélisation de la clientèle n’était pas un programme de gestion puisqu’elle était respectée et intégrée. Est-ce le cas aujourd’hui?

 

Michel Folco : « Dieu et nous seuls pouvons »

Le roman de Michel Folco est, selon moi, un livre qui aborde avec éloquence la transmission d’une passion et qui démontre que, peu importe le métier, la relève n’est pas facile mais pas impossible si elle entre dans un cadre intergénérationnel. De plus, la démonstration est faite que l’on ne choisit pas toujours son métier – Pibrac n’aurait jamais choisit de devenir bourreau - et il est fort à parier que l’on peut développer une passion et la transmettre. Encore faut-il désirer transmettre cette passion contre vents et marées! Un roman à lire pour le plaisir de la lecture, mais aussi pour les leçons à tirer concernant la préparation d’une relève.

 

Il est clair que transférer une entreprise au plus offrant $$$ est chose facile. Pour une pérennité familiale de l’entreprise, si tel est le désir de Papy et ensuite de Fiston, il faut commencer tôt, très tôt, un peu à la façon des Pibrac. Pour l'implication paternelle après la vente, le Père Chevron peut servir de modèle.

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À propos de moi

L’exilé! Vivre en dehors de ma patrie par expulsion car je fais partie de la majorité silencieuse. Retour d’exil est donc pour moi un moyen de me réapproprier cette société en commentant l’actualité québécoise.

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