17-fév-2007 - Chronique 2 : Olymel
La mondialisation touche les industriels d’ici et d’ailleurs. Rien ne peut renverser ce phénomène car il en est ainsi. Un point, c’est tout! Ben oui… Comme si l’activité humaine et les décisions politiques se devaient d’être soumis à tout prix à la sacro-sainte économie de marché. Un pays est souverain et dans le droit chemin pour autant qu’il obéit à la loi de marché à laquelle il n’y a aucune prise et aucun pouvoir décisionnel. Olymel est un exemple cinglant du désengagement envers la société de la part d’une communauté entière, et je m’explique.
Les propriétaires d’Olymel
Olymel est une société qui appartient aux producteurs agricoles, laitiers et porcins membres de la Coopérative fédérée. Une communauté de producteurs qui connaît ses besoins en terme de développement actuel et futur et qui s’est donné un outil pour favoriser son développement, soit la coopérative. Une coopérative est un instrument économique qui vise à donner le pouvoir à une communauté car elle veut prendre part au développement économique de son industrie, selon ses propres valeurs. Ne plus être à la solde de l’économie pure et dure.
L’autre propriétaire, c’est la société québécoise, vous et moi, via la Société Générale de Financement du Québec (SGF). Elle détient 18% des actions d’Olymel. Le saviez-vous?
La SGF n’a jamais pris part au débat concernant l’avenir de l’abattoir de Vallée-Jonction ni des conséquences de sa délocalisation sur l’industrie porcine du Québec. Advenant qu’il y ait une crise, cela va toucher l’industrie en amont, soit la vente de semence porcine dont la SGF contrôle 65% du marché au Québec, et en aval, le pouvoir d’investir de l’ensemble de la société dû à un appauvrissement général des contribuables québécois. Quelle est la position de la SGF dans ce dossier, elle qui gère le portefeuille des québécois?
Les membres, propriétaires de la Coopérative fédérée, sont également restés muets. Advenant une délocalisation, les producteurs porcins devront payer plus cher pour le transport des porcs vers un nouvel abattoir, facture qu’ils ne pourront pas refiler à une clientèle internationale qui force les prix à la baisse. Est-ce que les producteurs porcins, membres de la Coopérative fédérée, étaient prêts à assumer individuellement les hausses du coût de transport, diminuant ainsi leur marge de profit? Je ne le crois pas. Est-ce que la Coopérative avait un plan de remboursement des coûts de transport additionnels à ses membres? Si oui, les producteurs porcins indépendants sont donc les grands perdants à la suite d’une délocalisation de l’abattoir d’Olymel de Vallée-Jonction. Est-ce que cela pourrait les forcer à se retirer du marché, augmentant davantage la concentration d’un groupe de producteurs dans une industrie déjà oligopole?
Comme on peut le constater, Olymel est une entreprise issue de son milieu, qui est à la base un outil de développement pour une communauté bien précise, soit les producteurs agricoles, et également pour la société québécoise puisque l’industrie porcine est développée, en partie, avec les capitaux de tous les québécois (SGF).
Une entreprise étrangère menace de délocaliser une manufacture, on en a l’habitude. La nouveauté dans le dossier Olymel vient du manque d’enracinement d’une entreprise issue et appartenant à la communauté! Personne ne semble réaliser qu’Olymel est une création du milieu et que le milieu aurait dû être sous le feu des projecteurs.
Et bien non! Les journalistes ont traité le dossier comme si Olymel était une entreprise étrangère, au même titre que Goodyear, par exemple. Couvrant uniquement le sort affligé aux travailleurs de l’usine, personne n’a troublé la paix de ceux qui pourraient avoir une influence sur l’avenir d’Olymel, soit les membres de la Coopérative fédérée et la SGF.
Regardons passer le train sans se poser trop de questions car s’il y a une crise porcine au Québec, elle vient du milieu lui-même, de la filière porcine! Serait-elle organisée, la crise?
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