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dimanche 16 janvier 2011
La Sandale et le Nazi par Chat de la Fontaine

 

La Sandale et le Nazi
 
Par M. Chat de la Fontaine
 
Jean de la Fontaine écrivait des fables dans lesquelles les animaux avaient la vedette. Si Jean de la Fontaine avait été un animal, disons un chat, il aurait surement écrit ses poèmes avec les humains comme principaux personnages…
 
 ***
 
 
 L’honorable juge Weizmann s’assit sur son siège et étudia les deux hommes devant lui. Un grand homme en tenue officielle de l’armée Allemande, les cheveux clairs et légèrement grisonnants, la mâchoire franche et fraichement rasée, les yeux bleus vifs et déterminés, le dos droit. Debout à côté de lui, un autre tout aussi grand, peau hâlée, les cheveux et les yeux foncés et légèrement emmêlés, une chemise rouge feu pas totalement boutonnée. Il mît ses lunettes de lecture, enleva sa perruque poudrée et s’adressa aux deux hommes. « J’entendrai vos plaintes chacun votre tour puis je rendrai mon jugement que vous devrez immédiatement exécuter. Monsieur Johann Heindereich, commencez.»
 
Le militaire pris la parole. « Danke Scheun votre honneur. Mon beau frère que voici, le frère de ma femme, passe tous les étés que Dieu nous donne en tant chômeur. Il passe toute la saison chaude à draguer la totalité des femmes qu’il rencontre, pucelles, mariées ou veuves, et à jouer de la musique de succubes chaque nuit aux débauchés qu’il a comme public. Tout l’argent qu’il réussit tout de même à faire en se produisant dans un spectacle obscène, il la boit ou la fume au fur et à mesure, à s’en trainer sur les pavés telle une vulgaire sandale esseulée. Lorsque la saison froide se fait sentir, il vient à coup sûr se plaindre que les temps sont durs et qu’il n’a nulle part où rester. Ma femme, éprise de pitié, me demande à tous les coups de l’héberger, ce que j’ai fait les cinq dernières années. Natürlich, il est logé, lavé et nourri pendant six mois, il se sert dans mes réserves de vin d’Italie, fume mes cigares d’Espagne et pince les fesses des domestiques. Une fois le redoux revenu, il repart, bien engraissé et reposé sans jamais rien donner en retour, même pas un merci, chanter sur les toits. Lorsqu’il est revenu cette année, j’ai dit non ! Je ne lui ai pas ouvert ma porte et je l’ai sommé de quitter ma demeure. Votre honneur, je demande une injonction de la cours lui interdisant de pénétrer dans un périmètre faisant de 800 coudés autour de ma demeure. Je ne veux plus jamais le voir, ni l’entendre, ni même le sentir. Je n’ai pas travaillé toute ma vie durant, et je le fait encore, pour entretenir un tel idiot.»
 
L’honorable juge Weizmann fixa Johann Heindereich un moment puis se tourna vers le deuxième homme. « Monsieur Aldo Gastaldi, êtes vous réellement le frère de madame Giulietta Heindereich ? »
« Si, votre honneur. »
« Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? » 
« Je considère que Heindreich me doit 50 000 lires car il est responsable de mon malheur. »
« De quel malheur parlez-vous ? »
« D’avoir été entrainé dans le vice quand j’étais le plus vulnérable, votre honneur, et d’être à présent incapable de subvenir à mes propres besoins, encore moins à ceux d’une famille.»
 
Le juge demeura de marbre, mais une étincelle passa dans ses yeux et Aldo Gastaldi savait qu’il avait gagné la partie. «Pourquoi le tenez-vous responsable de votre condition ? »
 « La première fois que j’ai demandé la charité à mon beau-frère et à ma chère sœur, j’avais seulement 19 ans. Je venais de terminer mon apprentissage à la prestigieuse Académie des Luthiers de Rome, je voulais venir à Turin pour me trouver un emploi, voir même ouvrir ma propre boutique. C’est à ce moment, votre honneur, que Heindereich aurait dû me refuser l’asile, et ne pas m’accueillir tel un roi, en m’offrant une vie de pacha. A cause de lui, j’ai pris goût au luxe, et bien pire, j’ai pris goût à l’oisiveté. Il a vicié mon âme au moment ou elle était la plus faible. »
 
Tout était silencieux dans la salle de cour. Le Juge réfléchissait et son regard passait d’un homme à l’autre, du plus vieux au plus jeune, du plus jeune au plus vieux. Une mouche se posa sur sa perruque mais il ne remarqua rien. Après sept longues minutes, il reprit la parole. « M. Johann Heindereich, je vous condamne à verser la somme de 50 000 lires à votre beau-frère Aldo Gastaldi en réparation pour l’avoir, malgré lui, entrainer dans l’oisiveté et dans la consommation. À cause de vous il a chanté tout l’été, et bien payez maintenant. » La cour se leva, et tous partirent, Aldo, avec le sourire.
 
 Le dénouement de cette histoire est fort simple à comprendre quoi qu’il en paraisse.
 
L’honorable Juge Weizmann aimait bien aller passer ses vacances à Torino ou à Rome, des villes italiennes où la nourriture et le vin sont exquis, où les femmes ont le sang plus chaud et où il peut passer incognito. Une belle soirée, il avait gagné aux cartes contre un jeune homme italien qui avait donné un excellent spectacle plus tôt en soirée. Dommage, le jeune homme n’avait pas de quoi payer pour ses pertes assez importantes. Le jeune homme avait appris que son opposant était homme de justice, et comme ce premier était déjà en mauvais terme avec la dite justice d’Italie, de France et aussi celle d’Autriche, aussi bien ne pas aggraver sa situation. Ils avaient alors passé un pacte. « Je vous remettrai le double de ce que je vous dois si un jour vous me sortez d’une situation gênante. Je vous en fais le serment. » Le juge était plutôt indisposé par un tel arrangement mais tout de même amusé par la proposition. Il décida de laisser le hasard décider pour lui, ce qu’il faisait chaque fois qu’il hésitait à trancher. Il sorti une pièce et hop… il accepta l’accord.
 
Une telle situation ne se verrait jamais chez les chats, ou autres bêtes, puisque ceux-ci n’ont pas de beau-frère, mais surtout parce que les lois de la nature ne sont pas administrées par une justice si facile à corrompre.
 
    
 
 
 
 
samedi 15 janvier 2011
Le beau frère de Béatrice par Pluton

C’est une histoire qui s’est passée, il y a de cela très très longtemps. Dans le temps où les enfants allaient à l’école sporadiquement, où le souper poussait et vivait dans la cour arrière et que des amoureux aventureux osaient se donner un baiser sur la joue. Dans ces temps-là, il n’était pas rare qu’un lutin vous jette un mauvais sort ou qu’un arbre vous récite un poème. Je crois bien que les personnes âgées appellent ce temps : le bon vieux temps!

Béatrice qu’elle s’appelait. « Béatrice! C’est un nom vache! » vous direz. Sachez, mes chers amis, que rien n’arrive pour rien dans la vie, mais ça, c’est une toute autre histoire! Donc, notre Béatrice en question était belle puisque, tout le monde le sait bien : c’est seulement les histoires des jolies filles qui valent la peine d’être racontées. Notre belle en question rêvait d’amour de passion et de mariage, mais il ne faut pas oublier qu’elle vivait au temps où mariage rimait avec convenances. Alors, un beau matin, son père lui annonçait qu’elle allait devoir se marier avec le fils du 3e voisin.  « Mais lequel père? » s’enquerra-telle puisque le 3e voisin en question avait 2 fils. Son père était un homme bon et il lui répondit : « celui que ton cœur choisira.» C’est ainsi qu’il fut décidé que Béatrice aurait jusqu’à la fin de l’été pour choisir son « amoureux ».

Les deux fils du 3e voisin furent donc présentés à notre belle et innocente jolie demoiselle. Les deux frères étaient en tout point différents. Comme vous vous en doutiez sûrement, il y avait un laid frère et un beau frère. Instinctivement, Béatrice n’eut d’œil que pour le bel étalon qu’était le beau frère. Elle alla donc annoncer à son paternel que son choix était fait. «  Père, je suis amoureuse de Paolo le beau. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait plus d’un secret de la vie amoureuse lui répondit donc :

-      Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?

-      La beauté père!

-     Sache, ma petite fleur, que ton homme ne sera pas toujours beau. Retourne rencontrer les fils du 3e voisin et reviens-moi avec ton choix.

Béatrice, penaude, versa quelques larmes et puis partit demander conseil à sa meilleure amie. Quand notre douce lui exposa son problème, son amie Amélie lui répondit sur le champ :

-      J’estime que le choix est clair, tu dois marier Paolo le beau puisque tout le monde sait qu’il est riche et que son frère n’a rien.

Effectivement, Paolo était l’ainé, il hériterait donc des terres de son père et de toute sa richesse et rappelez-vous que nos deux frères en questions était en tout point différent. Alors, il est évident que Filibert, le laid frère, n’aurait aucun denier et qu’il devrait travailler durement pour gagner sa vie. 

Béatrice embrassa son amie, la quitta et se précipita donc voir son père.  «  Père, je suis amoureuse de Paolo le riche. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait plus de deux secrets de la vie amoureuse lui répondit donc :

-      Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?

-      La richesse père!

-      Sache, ma petite fleur, que l’argent n’achète pas le bonheur. Retourne rencontrer les fils du 3e voisin et reviens-moi avec ton choix.

Découragée, Béatrice prit congé de son père et se réfugia dans sa chambre. Elle pleura toutes les larmes de son cœur de ne savoir comment aimer quelqu’un et s’endormit. Elle rêva de chèvres et de chapeaux melon. À son réveil, elle se maudit de ne pas avoir fait un rêve qui lui aurait donné la solution à son problème comme dans toute bonne histoire pour enfant, mais elle se rappela que, bien souvent, la vie est plus cruelle qu’un conte merveilleux.

Quand le père de Béatrice vit la tristesse dans les magnifiques yeux de sa fille toute aussi magnifique, il lui proposa de faire au moins une activité avec Paolo afin qu’elle le connaisse un peu plus. Béatrice prit les choses en mains et invita Paolo à pique-niquer. Puisque nos deux tourtereaux n’étaient pas encore mariés, on obligea Filibert à les suivre partout afin d’agir comme chaperon. Ce dernier se vêtit donc de rouge pour l’occasion…

En chemin, Béatrice eut mal au bras puisque le panier qu’elle avait remplit de victuailles était lourd. Paolo lui répondit de ne pas s’en faire, ils arrivaient bientôt. En gentlemen, Filibert proposa à la belle de la soulager de son panier. Béatrice le remercia d’un sourire qui lui fut rendu.

Pendant le repas, Béatrice voulu parler de littérature. Paolo lui répondit qu’il n’avait jamais lu de livre de sa vie et qu’il n’avait pas à le faire puisqu’il était riche, ne le savait-elle pas?

Quand ils eurent finit de manger, un cerf passa devant leurs yeux. Paolo bondit et dit :

-      Wow! Tu as vu ce cerf! Chassons-le!

Devant le manque d’intérêt flagrant de ses deux accompagnateurs, Paolo décida donc de partir seul contre ce cerf.

C’est alors que Béatrice se retrouva seule avec Filibert. Après un long silence, le laid frère lui parla de ses auteurs préférés. C’est ainsi que la conversation commença et s’éternisa jusqu’au retour de Paolo vêtu d’une peau de cerf.

Sur le chemin du retour, ils continuèrent d’échanger et Béatrice se rendit bien compte que Filibert était intéressant, drôle et, étrangement, plus ils échangèrent, moins elle le trouvait laid.

C’est la tête remplie de sourires et de beaux souvenirs que notre belle trouva le sommeil. Au matin, elle alla trouver son père. Père, je suis amoureuse de Filibert. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait bien la vie amoureuse lui répondit donc :

-      Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?

-      Parce que…

Étrangement, Béatrice ne su quoi répondre.

-      Parce que … je l’aime, je n’ai aucune autre réponse père.

L’homme sourit et accepta volontiers que sa fille épouse Filibert. Le mariage fut magnifique et nos amoureux tout autant. Je vous entends maintenant dire que mon histoire est tirée par les cheveux que la vie n’est pas ainsi. Détrompez-vous!  Je mets quiconque au défi d’expliquer l’amour et ses raisons! De plus, tout le monde a un beau frère, mais malgré toutes les qualités que ce dernier peut avoir, nous sommes heureuses de ne pas avoir à vivre avec lui. Et le plus important dans cette histoire, c’est de voir que nos parents, même s’ils clament haut et fort qu’ils nous ont laissé faire nos propre choix, nous ont fortement influencé afin qu’on choisisse comme ils le voulaient! :P

 

samedi 15 janvier 2011
English tea party, par AUTEUR X

English afternoon tea party

 

Londres, le 15 mars 1912

« Le London Tribute annonce en primeur la venue de l‘éminent Duc de Worcestershire dans le comté de York pour la période estivale. » Il n’en fallait pas plus à Lady Victoria Raspshire, du comté de York, pour convoquer ses plus fidèles amies et nul besoin de le rajouter, par hasard les plus influentes de sa communauté, pour un thé d’après-midi. La situation était urgente. Son beau-frère nouvellement veuf allait certainement se faire harponner par toutes les petites curieuses en quête d’avancement social, prêtes à toutes les fourberies afin d’obtenir une promesse de mariage, et elle tenait à influencer la décision du nouveau coureur de jupons de l’Angleterre. Il se remarierait à nouveau, avec une lady de son cercle fermé d’amies ou elle le jurait devant Dieu et devant sa défunte sœur, il deviendrait pasteur!

 

Lady Mary Mc Dougall, d’Écosse, arriva la première, fidèle à son habitude. Les routes cahoteuses et ponts en décrépitude de son pays l’avaient habituée à prévoir des voyages plus longs et même si elle résidait maintenant en Angleterre, ses vieilles habitudes ne l’avaient pas quittée. En la voyant entrer dans la demeure bien coiffée, chapeautée comme si elle venait tout juste de quitter sa propre maison, proprement gantée et le teint frais, lady Raspshire envia la nouvelle carriole couverte de son amie. Elle devait s’en procurer une dans le genre sous peu. L’envie n’étant pas un gage d’une bonne amitié, elle repoussa cette pensée et accueillit son amie en respectant l’étiquette. Lady Raspshire voyait en elle une possibilité d’union heureuse : Lady Mc Dougall serait un jour une parfaite épouse : elle était d’une efficacité surprenante, détenait un sens inné de la tenue d’une maisonnée et ne cherchait pas d’histoires intrigantes. Victoria espérait par cette union voir l’honneur de sa défunte soeur rétabli et un mariage heureux et paisible pour son beau-frère. Oui, se disait-elle, elle avait bien fait de convier Mary.

 

Lady Bettany Spears, du Kent, arriva peu après. Échevelée et inquiète, elle s’enquit immédiatement  en guise d’introduction s’il y avait eu un décès dans l’entourage qui nécessitait une rencontre si urgente. Devant la négative, un sourire et le soulagement illuminèrent son visage. Elle prit place confortablement  et observa les gâteries. Victoria appréciait le côté pétillant de son amie du Kent et était convaincue que le Duc le remarquerait aussi et qu’il s’épanouirait à évoluer dans son entourage. Du moins, il ne s’ennuierait pas !

 

 Lady Constance de la Durantaye, son amie Française récemment emménagée en Angleterre, arriva tout de suite après et montra une joie non contenue de pouvoir passer l’après-midi avec ses amies. Bouclettes dansantes, mais yeux un peu fatigués accusant un sommeil fragile, Lady Constance préféra garder son chapeau et se rendit jusqu’au jardin tout en faisant quelques pas de danse. Avec une arrivée de la sorte, il ne serait jamais passé par la tête d’un étranger observant la scène que malgré tout, Lady Constance portait bien son prénom. En situation formelle, elle se montrait réfléchie, calme et réservée. Mariée au Duc, elle également saurait le rendre heureux. De plus, et Lady Raspshire se gardait bien de le mentionner à ses amies, elle avait entendu dire par la bouche même de l’ex-fiancé de Constance, alors qu’elle s’était trouvée assise derrière ce dernier à la messe de dimanche, qu’il s’ennuyait de leurs balades dans la contrée, loin des regards, depuis que Constance l’avait quitté. Victoria en avait alors conclu que son amie devait avoir des qualités insoupçonnées qui rendraient certainement le Duc fidèle. Ô, jamais elle ne se permettrait d’avouer à son amie avoir agi en commère pour avoir prêté attention à cette conversation, c’était trop personnel et inapproprié de tenir de tels propos.

 

Lady Raspshire avait également pris soin d’inviter Lady Catherine Ramsay, de Windsor. Bien que cette dernière fut mariée depuis peu à un musicien du comté de Mont-Royal, du moins, c’est ce que la rumeur annonçait dans la région, Lady Raspshire tenait absolument à ce que la « future duchesse de Worcestershire » sache attirer l’attention du Duc, et sa frivole amie serait certainement de bon conseil. L’hôtesse de ce thé d’après-midi se disait en son for intérieur qu’elle aurait le loisir d’écouter d’un air faussement distrait tout en se maintenant occupée avec le service. Elle ferait une pierre deux coups. Ce n’est pas comme si elle avait le privilège de se passer des conseils de son amie : elle-même n’étant pas encore mariée, elle avait repoussé toutes les demandes en mariage de la dernière année et constatait, à son plus grand malheur, que ses critères de sélection  étaient probablement trop élevés.  Lady Catherine se présenta enfin avec un peu de retard : elle s’intéressait depuis peu aux découvertes scientifiques et avait passé la matinée à lire et n’avait pas vu le temps filer.  Lady Raspshire, sans le montrer, était outrée. Il lui apparaissait inconcevable qu’une femme, son amie de surcroît, puisse s’intéresser à ce genre de choses, mais elle reconnaissait que son amie avait une personnalité avant-gardiste.

 

Les convives étaient installées. Les conversations allaient bon train et le vent doux combiné au soleil déjà chaud annonçait un printemps hâtif et les jeunes filles s’en réjouissaient déjà. Lady Victoria mentionna aux invitées qu’elle espérait encore pouvoir trouver un chaperon qui l’accompagnerait à bord du Titanic, qui ferait son voyage inaugural sous peu. Avoir l’occasion de voyager à bord de ce paquebot pour se rendre à New York, ça se plaçait bien dans une conversation! Elle avait entendu beaucoup de bien des propriétaires terriens aux États-Unis. Elle avait entendu sa tante, Lady Earla Grey dire d’eux, en gloussant, que les Américains étaient concupiscents et riches. Elle doutait encore du sens donné au terme « concupiscent ». À cette pensée, ses joues s’empourprèrent et elle accusa immédiatement la chaleur lorsque Lady Bettany lui en fit mention. Cette dernière ne sembla pas la croire et lui montra un air dubitatif. Lady Victoria se dit en elle-même qu’elle aurait droit à un interrogatoire en règle plus tard. Lady Catherine exposait une découverte lue dans le journal, lady Mary et Lady Constance s’échangeaient des conseils quant au traitement accordé à leur animal domestique respectif. Victoria mit fin aux discussions lorsqu’elle annonça le but de la rencontre : son beau-frère venait par hasard distraire sa belle-sœur et c’était une occasion en or pour ses amies de montrer qu’elles savaient briller en société. Suivirent dans le chaos un enchevêtrement de questions, de commentaires et d’exclamations. Catherine préparait un plan. Mary, Bettany et Constance rêvaient déjà… Victoria soupirait. Le décès de sa sœur lui avait causé une peine incommensurable et le dernier souvenir de sa présence s’effacerait lorsque son beau-frère serait remarié.

 

Le Duc de Worcestershire causa une surprise aux ladies, en faisant le tour de la maison pour les surprendre en pleine conversation au jardin. Il se présenta lui-même, embrassant chaudement au passage chacune des amies de Lady Victoria et, comme cette dernière pensa le remarquer, sembla faire durer le moment un peu plus longtemps pour lady Bettany… Rendu à elle, un malaise s’installa entre Lady Victoria et son beau-frère. Lady Raspshire prit sur elle et afficha son plus beau sourire. Elle n’allait pas ruiner les chances de mariage de ses amies en ressassant des souvenirs pénibles qui attristeraient une journée si parfaite.

 

Le Duc de Worcestershire quitta les convives en fin de journée en remerciant chaleureusement Lady Raspshire de son invitation. Lady Victoria était heureuse, elle était certaine d’avoir clairement fait comprendre à son beau-frère le motif de son invitation, avec toute la subtilité dont elle était capable évidemment et ce dernier ne semblait pas dupe. Ce thé d’après-midi n’avait rien d’anodin. Victoria avait bien l’impression qu’il jetterait son dévolu sur l’une des ladies présentes. Avant de quitter, le Duc lui promit de lui écrire plus souvent. De retour au jardin, Lady Bettany et Lady Victoria sautèrent et crièrent de joie. Moment de folie bien inconvenant, mais rendant cette fin de journée encore plus euphorique.

 

À peine trois semaines passèrent qu’une missive arriva à la maison à l’attention de Lady Victoria Raspshire, qui provenait du Duc de Worcestershire! La tante de Lady Victoria, qui avait toujours été intéressée par les affaires de cœur de sa nièce et de ses amies ne put s’empêcher d’attendre le retour de sa nièce et ouvrit la lettre:

 « Ma chère belle-sœur, me voilà las de me conduire en célibataire abruti. Je suis maintenant prêt à considérer un nouveau mariage et grâce à toi, je sais maintenant qui saura me combler. Il me fera plaisir d’en discuter avec toi assis à nouveau ensemble à l’heure du thé. J'attends ujne prochaine invitation. D’ici là, reçois mon affection la plus sincère, Wentworth, Duc de Worcestershire »

 

 

samedi 15 janvier 2011
Le mariage d'Aryana

Par Plumette coquette

Aryana était assise dans sa chambre, se faisant coiffer. Elle regardait son visage dans le reflet du miroir et n’y voyait que la de tristesse et de la colère. Jusqu’à ce jour, elle n’avait jamais tant souffert. C’était le jour de son mariage, mais rien ne l’enchantait. Bien au contraire.

Son père, Aman, avait choisi son futur époux, Shalin. Son père prétendait que ce dernier était très beau, provenait d’une bonne famille. Son père et son futur beau-père s’étaient entendus sur la dot, mais jamais Aryana ne saurait les détails qui ont été discutés lors du Nichayadartham.

Aryana n’avait jamais vu son futur mari, pas même en photo. Elle ne voulait pas le voir de toute façon. Rien dans cette histoire de mariage ne lui convenait. 

Elle avait toujours été une bonne fille, réussissant bien à l’école et aidant la famille pour les tâches quotidiennes. La décision de son père, qu’elle adorait pourtant, l’attristait terriblement. Et rien ne pouvait le faire changer d’avis. Malgré toute sa rage, Aryana lâcha prise et accepta la défaite. Elle se résigna à épouser un homme qu’elle ne connait pas, qu’elle n’aime pas. Celui-ci aura son corps, sa vie, mais jamais son cœur.

Le temps avançait et Aryana redoutait le moment où elle verrait son mari pour la première fois. Une peur paralysante l’enveloppait. La sœur d’Aryana apparût avec le sari rouge que cette dernière porterait pour la cérémonie. Le cœur d’Aryana se serra. Une larme glissa sur sa joue, elle ne pouvait la retenir.

Elle anticipait la scène du mariage. Elle aimerait pouvoir hurler son désespoir aux invités, elle espérait que quelqu’un l’aide à s’enfuir. Elle aurait dû le faire bien avant. Mais elle n’en avait pas eu la force. Son père était beaucoup trop puissant pour qu’elle ne lui obéisse pas. On lui enfila la robe. Aryana était très jolie, mais elle aurait tant aimé être affreuse, afin que son futur mari ne la désire pas.

Aman vint la chercher. La cérémonie allait bientôt commencer. Les invités étaient tous arrivés. Aryana serra les poings. La rage était si forte, mais elle se sentait si faible et impuissante. Elle ne voulait rien savoir de ce « Shalin ». Elle se sentait piégée, mais il était trop tard pour tenter quoi que ce soit auprès de son père. Elle prit une grande respiration, puis suivit son père afin qu’il donne sa main à Shalin.

Aryana descendit et aperçut les invités. Elle reconnu son mari, vêtu d’un vetti et d’un chandail blanc.  Son cœur se serra à nouveau. Elle baissa les yeux, soumise.

La cérémonie commença.  Elle aperçut parmi les invités son cher ami Lankesh. La honte l’envahit immédiatement. Elle ne voulait pas qu’il assiste à ce mariage. Elle lui avait déjà offert son cœur, elle l’aimait tant. Ils s’étaient promis de s’aimer toute leur vie. Aryana n’avait pas pu avouer à Lankesh que son père avait convenu d’un mariage pour elle, il y a de cela quelques mois. Elle ne l’avait pas vu depuis le Nichayadartham, la honte et la peine étant trop intenses. Elle le trahissait. Et maintenant il le savait.

Le cœur d’Aryana se tordit lorsqu’elle remarqua que Lankesh faisait parti de la famille de Shalin. Elle étouffait. Elle comprit qu’il était le frère de Shalin! Une larme roula sur sa joue, lorsqu’elle réalisa qu’elle verrait l’homme qu’elle aime durant toute sa vie, sans pouvoir lui témoigner de l’amour. Comment oublier tous les moments de tendresse qu’ils ont partagés? Comment se résigner à être une bonne épouse pour Shalin? Aryana baissa les yeux et Landesh en fit autant.  Shalin sourit en voyant la beauté se sa future épouse.

samedi 15 janvier 2011
Un certain beau-frère par Fétiche (DÉSOLÉ POUR LES GRANDES LIGNES... Elles ne sont pas de moi... Word voulait me faire enrager :( )

 

Double vie...
À s'exiler, à se saouler
À s' rattraper, à s'accrocher
À marcher, à s'aveugler
À s'inculper, à s'envelopper

Double vie...
À marcher, à s'enfarger
À s'inculper, à s'accrocher
À s'abriter, à s'envelopper
À s'aveugler, à s' rattraper
Bruno éteignit son baladeur, éjecta la cassette et la rangea dans le coffre à gants de sa Jaguar XJ6 1985 noire, véhicule qu’il venait d’acquérir deux semaines auparavant. Il était on ne peut plus fier de cette petite bombe qu’il n’aurait jamais pu se payer avec son «véritable» emploi! Son maigre salaire de plâtrier ne lui procurait pas assez d’argent pour faire vivre sa famille convenablement ET acheter son bolide. Voilà pourquoi l’homme avait accepté la proposition d’un client, Mike, qui lui avait proposé d’arrondir ses fins de mois. Bruno avait accepté sur le champ, sans y réfléchir outre mesure. Ce n’était pas quelques coins de rues de plus à sa route quotidienne qui changerait grand-chose…
***
Carole Lussier-Champagne sortait les vêtements de sa laveuse couleur amande tout en réfléchissant à ce que lui avait dit sa sœur quelques minutes plus tôt. Manon Bouthillier-Champagne l’avait appelée ce matin comme elle le faisait tous les jours de semaine. Elles élevaient toutes les deux leurs trois enfants, ce qui faisait qu’elles ne travaillaient pas à l’extérieur. Elles avaient donc le temps de papoter au téléphone tout en effectuant le travail que toute bonne épouse devait accomplir. Manon lui avait raconté l’achat insensé de son mari… une auto flambant neuve! Et pas n’importe laquelle! Carole lui avait alors demandé si son mari n’était pas tombé sur la tête. Elle était au courant des récents déboires financiers de sa sœur et de son beau-frère. La benjamine affirma que leur situation prenait du mieux. Elle était quand même un peu inquiète quant à ce nouveau véhicule. Cela intriguait aussi l’aînée, Carole. Cependant, Bruno avait toujours été un excellent père et mari. Même à son travail, tous l’appréciaient et vantaient ses qualités de plâtrier. Elles arrivèrent donc à la conclusion qu’un homme devait bien pouvoir se payer un petit luxe de temps en temps!
***
Quelques semaines passèrent, toutes plus normales les unes que les autres pour les Lussier-Champagne. Toutefois, Manon se plaignait que son mari travaillait plus qu’à l’habitude et qu’ils se voyaient de moins en moins. Carole lui mentionna que c’était peut-être pour le mieux, dans le sens où il pourrait payer son achat déraisonnable. Malgré tout, les neveux et nièces de Carole ne manquaient de rien. Papa leur achetait beaucoup de jouets pour palier son absence grandissante. Les jeunes femmes s’inquiétaient tout de même quelque peu. Surtout Carole, qui se devait d’être protectrice envers sa benjamine, elles qui étaient orphelines depuis quelques années déjà.
***
L’hiver arriva, Bruno rangea son bolide au garage de son patron et dut reprendre sa vieille Cavalier. Bizarrement, cela rassura Manon et par le fait même, sa grande sœur. C’était comme si le train de vie fastidieux, ou du moins, plus fastidieux qu’à l’habitude, étaitchose du passé. Cependant, les heures supplémentaires faisaient toujours partie du quotidien de Manon.
***
Un mardi matin, Carole s’en souviendra le restant de ses jours, le téléphone sonna chez les Lussier-Champagne. 4h46 au cadran, son mari répondit en maugréant qu’on n’appelait pas chez les gens à cette heure. Il tendit l’appareil à sa femme qui répondit un peu paniquée.
-       Bruno n’est toujours pas rentré…
-       Quoi? Comment ça pas rentré?
-       Je l’attendais tard hier soir, j’me suis endormie su’le fauteuil et quand j’me suis réveillée, y était pas là.
-       Ah bon! C’est bizarre… T’as pensé appeler…
Ding, dong!
-       Bouge pas, ça sonne à porte. Je r’viens.
Carole entendit une voix masculine au loin mais n’arrivait pas à comprendre les propos échangés. Puis, un cri… des cris… des larmes…
***
Une semaine jour pour jour, les funérailles furent célébrées à la même église où avait eu lieu les cérémonies de leurs parents. Bruno Bouthillier, 34 ans, avait été sauvagement assassiné par balles au coin des rues Sherbrooke et Mont-Royal. On retrouva, dans son véhicule, le nécessaire pour un plâtrier et… des dizaines de boîtes contenant de la cocaïne.
samedi 15 janvier 2011
L'attente de Samantha

L'attente

par Samantha

Le soleil brille. Il éclaire mon visage comme jamais il ne l’a fait auparavant. En fait non, je me rappelle ce voyage que j’ai fait avec ma sœur, son charmant mari et leurs deux filles. Nous étions sur le bord de la mer, le sable était chaud et le soleil resplendissant. L’odeur saline de la côte et le bruit du fracassement des vagues réveillent mes sens. Puis, je revois Aurélie et Charlotte qui rient aux éclats. Elles étaient au paradis. Elles courraient sur la plage et sautaient dans les vagues.

Toutefois, le bip…bip… de mon électrocardiogramme me rappelle où je suis. Mon cœur malade n’en peut plus. Il est encore si jeune, mais déjà si fragile. Les médecins ne comprennent pas, je suis un « cas » rare comme ils disent. Je m’accroche en espérant qu’on me trouve un nouveau cœur. Il me reste encore tellement de rêves à réaliser. Rien d’extraordinaire, des rêves typiques de petites filles : descendre l’allée en robe blanche, avoir des enfants, une maison et un chien. Cependant, j’attends toujours que mon prince charmant vienne me libérer de ma forteresse. Donc, pour l’instant, je patiente sagement et je tente de me divertir sans donner trop de stress à mon cœur.

Nous sommes dimanche, je devrais avoir la visite de la petite famille de ma sœur. Ils viennent toujours me donner une dose d’énergie afin que je passe une autre semaine. Aurélie aime me montrer ses tours de magie. Elle est si petite, mais déjà si bonne. Elle m’épate à tous les coups. Pour sa part, Charlotte adore me dessiner des paysages avec de gros soleils, des jours de fêtes où tout le monde danse. Ses dessins sont si colorées qu’ils sont une réelle source de réconfort. Je les expose fièrement à côté de la fenêtre. Pendant ce temps, François, mon beau-frère, change les fleurs qui se trouvent sur mon bureau. Il prend soin de placer chacune d’elle afin que le bouquette soit parfait. Puis, Rachel, ma douce sœur, prend de mes nouvelles. Elle me montre les trouvailles qu’elle a faites pour moi à la bibliothèque. Elle est tout simplement là avec le sourire.  Puis, au bout de quelques heures, ils repartent et moi, je fais une petite sieste pour bien emmagasiner toute la force qu’ils me transmettent.

On cogne, ce doit être eux. Mais non, c’est l’infirmière. Elle semble voler sur un nuage. Je me demande bien ce qui se passe. Elle me parle, mais je m’entends rien. Les idées se bousculent dans ma tête. Est-ce que j’ai bien compris, il y a un cœur qui m’attend? Un beau cœur en santé? Ça ne peut pas être vrai!

Le médecin entre à son tour. Il m’explique comment ça va se passer, me rappelle les risques. Ensuite tout déboule, les préposés viennent me chercher et me transportent jusqu’à la salle d’opération et l’anesthésiste m’endort. Est-ce que je vais me réveiller? Je ne le sais pas, mais je suis heureuse que ce jour soit enfin arrivé.

De longues heures plus tard, je me réveille. J’ai l’impression d’être dans les nuages, mais je sens le « boum, boum » qui résonne dans ma poitrine. Je suis en vie.

De retour dans ma chambre, ma sœur est là. Elle est seule et ses yeux sont gorgés de chagrin. Elle se précipite sur moi. Qu’est-ce qui se passe? Je suis en vie, elle devrait être heureuse. Pourquoi les autres ne sont pas là? Elle me dit que François n’est plus là, mais qu’il sera désormais en moi. Il a eu un grave accident plus tôt dans la journée et il n’a pas pu s’en sortir. Il m’a cependant légué son cœur.