Viviane Léveillé venait le voir deux fois par semaine depuis plusieurs mois. Elle avait demandé à le rencontrer dans sa cellule plutôt qu’à la salle habituelle des rencontres. Pourquoi? C’était ce que David D’Or se demandait depuis un petit bout de temps. Il se devait de bien se comporter s’il voulait sortir avant son temps, ou bien s’il ne voulait pas éveiller les soupçons. Docteur Léveillé l’emmerdait avec ses questions concernant ses rêves. Qu’y avait-il de si intéressant à raconter des rêves? Lui qui faisait tout pour clamer son innocence. Il n’avait pourtant pas pu tuer Sonia, sa conjointe. Et il aurait fait ça pourquoi? C’était complètement absurde! Ses rêves, et puis quoi encore? Elle voulait savoir s’il rêvait à Sonia, s’il rêvait qu’il était le vrai meurtrier? Ri-di-cu-le! Dave ne faisait que souhaiter qu’elle comprenne – enfin – qu’il n’avait aucun lien avec ce crime sordide, que ce n’était pas lui et qu’il ne savait rien. «Et votre rêve de la nuit dernière, vous vous en rappelez?» Il voulait hurler, sachant pertinemment que cela ne donnerait rien de plus que tout ce qu’il avait déjà tenté auparavant.
Un jour, alors que son partenaire de cellule était à la bibliothèque, comme à l’habitude durant les rencontres bihebdomadaires, Viviane Léveillé, après être revenue pour la millième fois sur ce qui se passait dans son cerveau la nuit, le quitta. Dave s’aperçut rapidement qu’elle avait oublié son outil de travail le plus précieux : son sac à main, celui qui contenait le calepin qu’elle ne faisait que déposer sur le pupitre de la cellule sans même prendre la peine de l’ouvrir. Il se dit qu’il ne perdait rien à fouiller à l’intérieur, question de vérifier si son contenu était à la hauteur du titre de la femme. Pas de maquillage, pas même un gloss. Une professionnelle en son genre n’utilisait pas de produits pour l’avantager? Curieux! Il aurait pourtant cru que toutes les femmes qui se respectaient se maquillaient et se faisaient même des retouches durant la journée. Ce questionnement dura un peu trop longtemps, si bien que Dave entendit le gardien arriver au loin, grâce à sa lourde et traînante démarche. Il eut tout de même le temps d’ouvrir le portefeuille, celui qui pouvait lui être d’une grande aide lorsque serait venu le temps de prendre la poudre d’escampette. Il mémorisa l’adresse de la femme, ne sachant pas trop ce qu’il pourrait en faire. Le gardien approchait. Il récupéra une poignée de vingt dollars… en espérant qu’elle ne se rendrait compte de rien… ou qu’elle ne lui en reparlerait jamais!