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dimanche 16 janvier 2011
La Sandale et le Nazi par Chat de la Fontaine

 

La Sandale et le Nazi
 
Par M. Chat de la Fontaine
 
Jean de la Fontaine écrivait des fables dans lesquelles les animaux avaient la vedette. Si Jean de la Fontaine avait été un animal, disons un chat, il aurait surement écrit ses poèmes avec les humains comme principaux personnages…
 
 ***
 
 
 L’honorable juge Weizmann s’assit sur son siège et étudia les deux hommes devant lui. Un grand homme en tenue officielle de l’armée Allemande, les cheveux clairs et légèrement grisonnants, la mâchoire franche et fraichement rasée, les yeux bleus vifs et déterminés, le dos droit. Debout à côté de lui, un autre tout aussi grand, peau hâlée, les cheveux et les yeux foncés et légèrement emmêlés, une chemise rouge feu pas totalement boutonnée. Il mît ses lunettes de lecture, enleva sa perruque poudrée et s’adressa aux deux hommes. « J’entendrai vos plaintes chacun votre tour puis je rendrai mon jugement que vous devrez immédiatement exécuter. Monsieur Johann Heindereich, commencez.»
 
Le militaire pris la parole. « Danke Scheun votre honneur. Mon beau frère que voici, le frère de ma femme, passe tous les étés que Dieu nous donne en tant chômeur. Il passe toute la saison chaude à draguer la totalité des femmes qu’il rencontre, pucelles, mariées ou veuves, et à jouer de la musique de succubes chaque nuit aux débauchés qu’il a comme public. Tout l’argent qu’il réussit tout de même à faire en se produisant dans un spectacle obscène, il la boit ou la fume au fur et à mesure, à s’en trainer sur les pavés telle une vulgaire sandale esseulée. Lorsque la saison froide se fait sentir, il vient à coup sûr se plaindre que les temps sont durs et qu’il n’a nulle part où rester. Ma femme, éprise de pitié, me demande à tous les coups de l’héberger, ce que j’ai fait les cinq dernières années. Natürlich, il est logé, lavé et nourri pendant six mois, il se sert dans mes réserves de vin d’Italie, fume mes cigares d’Espagne et pince les fesses des domestiques. Une fois le redoux revenu, il repart, bien engraissé et reposé sans jamais rien donner en retour, même pas un merci, chanter sur les toits. Lorsqu’il est revenu cette année, j’ai dit non ! Je ne lui ai pas ouvert ma porte et je l’ai sommé de quitter ma demeure. Votre honneur, je demande une injonction de la cours lui interdisant de pénétrer dans un périmètre faisant de 800 coudés autour de ma demeure. Je ne veux plus jamais le voir, ni l’entendre, ni même le sentir. Je n’ai pas travaillé toute ma vie durant, et je le fait encore, pour entretenir un tel idiot.»
 
L’honorable juge Weizmann fixa Johann Heindereich un moment puis se tourna vers le deuxième homme. « Monsieur Aldo Gastaldi, êtes vous réellement le frère de madame Giulietta Heindereich ? »
« Si, votre honneur. »
« Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? » 
« Je considère que Heindreich me doit 50 000 lires car il est responsable de mon malheur. »
« De quel malheur parlez-vous ? »
« D’avoir été entrainé dans le vice quand j’étais le plus vulnérable, votre honneur, et d’être à présent incapable de subvenir à mes propres besoins, encore moins à ceux d’une famille.»
 
Le juge demeura de marbre, mais une étincelle passa dans ses yeux et Aldo Gastaldi savait qu’il avait gagné la partie. «Pourquoi le tenez-vous responsable de votre condition ? »
 « La première fois que j’ai demandé la charité à mon beau-frère et à ma chère sœur, j’avais seulement 19 ans. Je venais de terminer mon apprentissage à la prestigieuse Académie des Luthiers de Rome, je voulais venir à Turin pour me trouver un emploi, voir même ouvrir ma propre boutique. C’est à ce moment, votre honneur, que Heindereich aurait dû me refuser l’asile, et ne pas m’accueillir tel un roi, en m’offrant une vie de pacha. A cause de lui, j’ai pris goût au luxe, et bien pire, j’ai pris goût à l’oisiveté. Il a vicié mon âme au moment ou elle était la plus faible. »
 
Tout était silencieux dans la salle de cour. Le Juge réfléchissait et son regard passait d’un homme à l’autre, du plus vieux au plus jeune, du plus jeune au plus vieux. Une mouche se posa sur sa perruque mais il ne remarqua rien. Après sept longues minutes, il reprit la parole. « M. Johann Heindereich, je vous condamne à verser la somme de 50 000 lires à votre beau-frère Aldo Gastaldi en réparation pour l’avoir, malgré lui, entrainer dans l’oisiveté et dans la consommation. À cause de vous il a chanté tout l’été, et bien payez maintenant. » La cour se leva, et tous partirent, Aldo, avec le sourire.
 
 Le dénouement de cette histoire est fort simple à comprendre quoi qu’il en paraisse.
 
L’honorable Juge Weizmann aimait bien aller passer ses vacances à Torino ou à Rome, des villes italiennes où la nourriture et le vin sont exquis, où les femmes ont le sang plus chaud et où il peut passer incognito. Une belle soirée, il avait gagné aux cartes contre un jeune homme italien qui avait donné un excellent spectacle plus tôt en soirée. Dommage, le jeune homme n’avait pas de quoi payer pour ses pertes assez importantes. Le jeune homme avait appris que son opposant était homme de justice, et comme ce premier était déjà en mauvais terme avec la dite justice d’Italie, de France et aussi celle d’Autriche, aussi bien ne pas aggraver sa situation. Ils avaient alors passé un pacte. « Je vous remettrai le double de ce que je vous dois si un jour vous me sortez d’une situation gênante. Je vous en fais le serment. » Le juge était plutôt indisposé par un tel arrangement mais tout de même amusé par la proposition. Il décida de laisser le hasard décider pour lui, ce qu’il faisait chaque fois qu’il hésitait à trancher. Il sorti une pièce et hop… il accepta l’accord.
 
Une telle situation ne se verrait jamais chez les chats, ou autres bêtes, puisque ceux-ci n’ont pas de beau-frère, mais surtout parce que les lois de la nature ne sont pas administrées par une justice si facile à corrompre.
 
    
 
 
 
 
samedi 15 janvier 2011
Le beau frère de Béatrice par Pluton

C’est une histoire qui s’est passée, il y a de cela très très longtemps. Dans le temps où les enfants allaient à l’école sporadiquement, où le souper poussait et vivait dans la cour arrière et que des amoureux aventureux osaient se donner un baiser sur la joue. Dans ces temps-là, il n’était pas rare qu’un lutin vous jette un mauvais sort ou qu’un arbre vous récite un poème. Je crois bien que les personnes âgées appellent ce temps : le bon vieux temps!

Béatrice qu’elle s’appelait. « Béatrice! C’est un nom vache! » vous direz. Sachez, mes chers amis, que rien n’arrive pour rien dans la vie, mais ça, c’est une toute autre histoire! Donc, notre Béatrice en question était belle puisque, tout le monde le sait bien : c’est seulement les histoires des jolies filles qui valent la peine d’être racontées. Notre belle en question rêvait d’amour de passion et de mariage, mais il ne faut pas oublier qu’elle vivait au temps où mariage rimait avec convenances. Alors, un beau matin, son père lui annonçait qu’elle allait devoir se marier avec le fils du 3e voisin.  « Mais lequel père? » s’enquerra-telle puisque le 3e voisin en question avait 2 fils. Son père était un homme bon et il lui répondit : « celui que ton cœur choisira.» C’est ainsi qu’il fut décidé que Béatrice aurait jusqu’à la fin de l’été pour choisir son « amoureux ».

Les deux fils du 3e voisin furent donc présentés à notre belle et innocente jolie demoiselle. Les deux frères étaient en tout point différents. Comme vous vous en doutiez sûrement, il y avait un laid frère et un beau frère. Instinctivement, Béatrice n’eut d’œil que pour le bel étalon qu’était le beau frère. Elle alla donc annoncer à son paternel que son choix était fait. «  Père, je suis amoureuse de Paolo le beau. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait plus d’un secret de la vie amoureuse lui répondit donc :

-      Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?

-      La beauté père!

-     Sache, ma petite fleur, que ton homme ne sera pas toujours beau. Retourne rencontrer les fils du 3e voisin et reviens-moi avec ton choix.

Béatrice, penaude, versa quelques larmes et puis partit demander conseil à sa meilleure amie. Quand notre douce lui exposa son problème, son amie Amélie lui répondit sur le champ :

-      J’estime que le choix est clair, tu dois marier Paolo le beau puisque tout le monde sait qu’il est riche et que son frère n’a rien.

Effectivement, Paolo était l’ainé, il hériterait donc des terres de son père et de toute sa richesse et rappelez-vous que nos deux frères en questions était en tout point différent. Alors, il est évident que Filibert, le laid frère, n’aurait aucun denier et qu’il devrait travailler durement pour gagner sa vie. 

Béatrice embrassa son amie, la quitta et se précipita donc voir son père.  «  Père, je suis amoureuse de Paolo le riche. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait plus de deux secrets de la vie amoureuse lui répondit donc :

-      Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?

-      La richesse père!

-      Sache, ma petite fleur, que l’argent n’achète pas le bonheur. Retourne rencontrer les fils du 3e voisin et reviens-moi avec ton choix.

Découragée, Béatrice prit congé de son père et se réfugia dans sa chambre. Elle pleura toutes les larmes de son cœur de ne savoir comment aimer quelqu’un et s’endormit. Elle rêva de chèvres et de chapeaux melon. À son réveil, elle se maudit de ne pas avoir fait un rêve qui lui aurait donné la solution à son problème comme dans toute bonne histoire pour enfant, mais elle se rappela que, bien souvent, la vie est plus cruelle qu’un conte merveilleux.

Quand le père de Béatrice vit la tristesse dans les magnifiques yeux de sa fille toute aussi magnifique, il lui proposa de faire au moins une activité avec Paolo afin qu’elle le connaisse un peu plus. Béatrice prit les choses en mains et invita Paolo à pique-niquer. Puisque nos deux tourtereaux n’étaient pas encore mariés, on obligea Filibert à les suivre partout afin d’agir comme chaperon. Ce dernier se vêtit donc de rouge pour l’occasion…

En chemin, Béatrice eut mal au bras puisque le panier qu’elle avait remplit de victuailles était lourd. Paolo lui répondit de ne pas s’en faire, ils arrivaient bientôt. En gentlemen, Filibert proposa à la belle de la soulager de son panier. Béatrice le remercia d’un sourire qui lui fut rendu.

Pendant le repas, Béatrice voulu parler de littérature. Paolo lui répondit qu’il n’avait jamais lu de livre de sa vie et qu’il n’avait pas à le faire puisqu’il était riche, ne le savait-elle pas?

Quand ils eurent finit de manger, un cerf passa devant leurs yeux. Paolo bondit et dit :

-      Wow! Tu as vu ce cerf! Chassons-le!

Devant le manque d’intérêt flagrant de ses deux accompagnateurs, Paolo décida donc de partir seul contre ce cerf.

C’est alors que Béatrice se retrouva seule avec Filibert. Après un long silence, le laid frère lui parla de ses auteurs préférés. C’est ainsi que la conversation commença et s’éternisa jusqu’au retour de Paolo vêtu d’une peau de cerf.

Sur le chemin du retour, ils continuèrent d’échanger et Béatrice se rendit bien compte que Filibert était intéressant, drôle et, étrangement, plus ils échangèrent, moins elle le trouvait laid.

C’est la tête remplie de sourires et de beaux souvenirs que notre belle trouva le sommeil. Au matin, elle alla trouver son père. Père, je suis amoureuse de Filibert. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait bien la vie amoureuse lui répondit donc :

-      Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?

-      Parce que…

Étrangement, Béatrice ne su quoi répondre.

-      Parce que … je l’aime, je n’ai aucune autre réponse père.

L’homme sourit et accepta volontiers que sa fille épouse Filibert. Le mariage fut magnifique et nos amoureux tout autant. Je vous entends maintenant dire que mon histoire est tirée par les cheveux que la vie n’est pas ainsi. Détrompez-vous!  Je mets quiconque au défi d’expliquer l’amour et ses raisons! De plus, tout le monde a un beau frère, mais malgré toutes les qualités que ce dernier peut avoir, nous sommes heureuses de ne pas avoir à vivre avec lui. Et le plus important dans cette histoire, c’est de voir que nos parents, même s’ils clament haut et fort qu’ils nous ont laissé faire nos propre choix, nous ont fortement influencé afin qu’on choisisse comme ils le voulaient! :P

 

samedi 15 janvier 2011
English tea party, par AUTEUR X

English afternoon tea party

 

Londres, le 15 mars 1912

« Le London Tribute annonce en primeur la venue de l‘éminent Duc de Worcestershire dans le comté de York pour la période estivale. » Il n’en fallait pas plus à Lady Victoria Raspshire, du comté de York, pour convoquer ses plus fidèles amies et nul besoin de le rajouter, par hasard les plus influentes de sa communauté, pour un thé d’après-midi. La situation était urgente. Son beau-frère nouvellement veuf allait certainement se faire harponner par toutes les petites curieuses en quête d’avancement social, prêtes à toutes les fourberies afin d’obtenir une promesse de mariage, et elle tenait à influencer la décision du nouveau coureur de jupons de l’Angleterre. Il se remarierait à nouveau, avec une lady de son cercle fermé d’amies ou elle le jurait devant Dieu et devant sa défunte sœur, il deviendrait pasteur!

 

Lady Mary Mc Dougall, d’Écosse, arriva la première, fidèle à son habitude. Les routes cahoteuses et ponts en décrépitude de son pays l’avaient habituée à prévoir des voyages plus longs et même si elle résidait maintenant en Angleterre, ses vieilles habitudes ne l’avaient pas quittée. En la voyant entrer dans la demeure bien coiffée, chapeautée comme si elle venait tout juste de quitter sa propre maison, proprement gantée et le teint frais, lady Raspshire envia la nouvelle carriole couverte de son amie. Elle devait s’en procurer une dans le genre sous peu. L’envie n’étant pas un gage d’une bonne amitié, elle repoussa cette pensée et accueillit son amie en respectant l’étiquette. Lady Raspshire voyait en elle une possibilité d’union heureuse : Lady Mc Dougall serait un jour une parfaite épouse : elle était d’une efficacité surprenante, détenait un sens inné de la tenue d’une maisonnée et ne cherchait pas d’histoires intrigantes. Victoria espérait par cette union voir l’honneur de sa défunte soeur rétabli et un mariage heureux et paisible pour son beau-frère. Oui, se disait-elle, elle avait bien fait de convier Mary.

 

Lady Bettany Spears, du Kent, arriva peu après. Échevelée et inquiète, elle s’enquit immédiatement  en guise d’introduction s’il y avait eu un décès dans l’entourage qui nécessitait une rencontre si urgente. Devant la négative, un sourire et le soulagement illuminèrent son visage. Elle prit place confortablement  et observa les gâteries. Victoria appréciait le côté pétillant de son amie du Kent et était convaincue que le Duc le remarquerait aussi et qu’il s’épanouirait à évoluer dans son entourage. Du moins, il ne s’ennuierait pas !

 

 Lady Constance de la Durantaye, son amie Française récemment emménagée en Angleterre, arriva tout de suite après et montra une joie non contenue de pouvoir passer l’après-midi avec ses amies. Bouclettes dansantes, mais yeux un peu fatigués accusant un sommeil fragile, Lady Constance préféra garder son chapeau et se rendit jusqu’au jardin tout en faisant quelques pas de danse. Avec une arrivée de la sorte, il ne serait jamais passé par la tête d’un étranger observant la scène que malgré tout, Lady Constance portait bien son prénom. En situation formelle, elle se montrait réfléchie, calme et réservée. Mariée au Duc, elle également saurait le rendre heureux. De plus, et Lady Raspshire se gardait bien de le mentionner à ses amies, elle avait entendu dire par la bouche même de l’ex-fiancé de Constance, alors qu’elle s’était trouvée assise derrière ce dernier à la messe de dimanche, qu’il s’ennuyait de leurs balades dans la contrée, loin des regards, depuis que Constance l’avait quitté. Victoria en avait alors conclu que son amie devait avoir des qualités insoupçonnées qui rendraient certainement le Duc fidèle. Ô, jamais elle ne se permettrait d’avouer à son amie avoir agi en commère pour avoir prêté attention à cette conversation, c’était trop personnel et inapproprié de tenir de tels propos.

 

Lady Raspshire avait également pris soin d’inviter Lady Catherine Ramsay, de Windsor. Bien que cette dernière fut mariée depuis peu à un musicien du comté de Mont-Royal, du moins, c’est ce que la rumeur annonçait dans la région, Lady Raspshire tenait absolument à ce que la « future duchesse de Worcestershire » sache attirer l’attention du Duc, et sa frivole amie serait certainement de bon conseil. L’hôtesse de ce thé d’après-midi se disait en son for intérieur qu’elle aurait le loisir d’écouter d’un air faussement distrait tout en se maintenant occupée avec le service. Elle ferait une pierre deux coups. Ce n’est pas comme si elle avait le privilège de se passer des conseils de son amie : elle-même n’étant pas encore mariée, elle avait repoussé toutes les demandes en mariage de la dernière année et constatait, à son plus grand malheur, que ses critères de sélection  étaient probablement trop élevés.  Lady Catherine se présenta enfin avec un peu de retard : elle s’intéressait depuis peu aux découvertes scientifiques et avait passé la matinée à lire et n’avait pas vu le temps filer.  Lady Raspshire, sans le montrer, était outrée. Il lui apparaissait inconcevable qu’une femme, son amie de surcroît, puisse s’intéresser à ce genre de choses, mais elle reconnaissait que son amie avait une personnalité avant-gardiste.

 

Les convives étaient installées. Les conversations allaient bon train et le vent doux combiné au soleil déjà chaud annonçait un printemps hâtif et les jeunes filles s’en réjouissaient déjà. Lady Victoria mentionna aux invitées qu’elle espérait encore pouvoir trouver un chaperon qui l’accompagnerait à bord du Titanic, qui ferait son voyage inaugural sous peu. Avoir l’occasion de voyager à bord de ce paquebot pour se rendre à New York, ça se plaçait bien dans une conversation! Elle avait entendu beaucoup de bien des propriétaires terriens aux États-Unis. Elle avait entendu sa tante, Lady Earla Grey dire d’eux, en gloussant, que les Américains étaient concupiscents et riches. Elle doutait encore du sens donné au terme « concupiscent ». À cette pensée, ses joues s’empourprèrent et elle accusa immédiatement la chaleur lorsque Lady Bettany lui en fit mention. Cette dernière ne sembla pas la croire et lui montra un air dubitatif. Lady Victoria se dit en elle-même qu’elle aurait droit à un interrogatoire en règle plus tard. Lady Catherine exposait une découverte lue dans le journal, lady Mary et Lady Constance s’échangeaient des conseils quant au traitement accordé à leur animal domestique respectif. Victoria mit fin aux discussions lorsqu’elle annonça le but de la rencontre : son beau-frère venait par hasard distraire sa belle-sœur et c’était une occasion en or pour ses amies de montrer qu’elles savaient briller en société. Suivirent dans le chaos un enchevêtrement de questions, de commentaires et d’exclamations. Catherine préparait un plan. Mary, Bettany et Constance rêvaient déjà… Victoria soupirait. Le décès de sa sœur lui avait causé une peine incommensurable et le dernier souvenir de sa présence s’effacerait lorsque son beau-frère serait remarié.

 

Le Duc de Worcestershire causa une surprise aux ladies, en faisant le tour de la maison pour les surprendre en pleine conversation au jardin. Il se présenta lui-même, embrassant chaudement au passage chacune des amies de Lady Victoria et, comme cette dernière pensa le remarquer, sembla faire durer le moment un peu plus longtemps pour lady Bettany… Rendu à elle, un malaise s’installa entre Lady Victoria et son beau-frère. Lady Raspshire prit sur elle et afficha son plus beau sourire. Elle n’allait pas ruiner les chances de mariage de ses amies en ressassant des souvenirs pénibles qui attristeraient une journée si parfaite.

 

Le Duc de Worcestershire quitta les convives en fin de journée en remerciant chaleureusement Lady Raspshire de son invitation. Lady Victoria était heureuse, elle était certaine d’avoir clairement fait comprendre à son beau-frère le motif de son invitation, avec toute la subtilité dont elle était capable évidemment et ce dernier ne semblait pas dupe. Ce thé d’après-midi n’avait rien d’anodin. Victoria avait bien l’impression qu’il jetterait son dévolu sur l’une des ladies présentes. Avant de quitter, le Duc lui promit de lui écrire plus souvent. De retour au jardin, Lady Bettany et Lady Victoria sautèrent et crièrent de joie. Moment de folie bien inconvenant, mais rendant cette fin de journée encore plus euphorique.

 

À peine trois semaines passèrent qu’une missive arriva à la maison à l’attention de Lady Victoria Raspshire, qui provenait du Duc de Worcestershire! La tante de Lady Victoria, qui avait toujours été intéressée par les affaires de cœur de sa nièce et de ses amies ne put s’empêcher d’attendre le retour de sa nièce et ouvrit la lettre:

 « Ma chère belle-sœur, me voilà las de me conduire en célibataire abruti. Je suis maintenant prêt à considérer un nouveau mariage et grâce à toi, je sais maintenant qui saura me combler. Il me fera plaisir d’en discuter avec toi assis à nouveau ensemble à l’heure du thé. J'attends ujne prochaine invitation. D’ici là, reçois mon affection la plus sincère, Wentworth, Duc de Worcestershire »

 

 

samedi 15 janvier 2011
Le mariage d'Aryana

Par Plumette coquette

Aryana était assise dans sa chambre, se faisant coiffer. Elle regardait son visage dans le reflet du miroir et n’y voyait que la de tristesse et de la colère. Jusqu’à ce jour, elle n’avait jamais tant souffert. C’était le jour de son mariage, mais rien ne l’enchantait. Bien au contraire.

Son père, Aman, avait choisi son futur époux, Shalin. Son père prétendait que ce dernier était très beau, provenait d’une bonne famille. Son père et son futur beau-père s’étaient entendus sur la dot, mais jamais Aryana ne saurait les détails qui ont été discutés lors du Nichayadartham.

Aryana n’avait jamais vu son futur mari, pas même en photo. Elle ne voulait pas le voir de toute façon. Rien dans cette histoire de mariage ne lui convenait. 

Elle avait toujours été une bonne fille, réussissant bien à l’école et aidant la famille pour les tâches quotidiennes. La décision de son père, qu’elle adorait pourtant, l’attristait terriblement. Et rien ne pouvait le faire changer d’avis. Malgré toute sa rage, Aryana lâcha prise et accepta la défaite. Elle se résigna à épouser un homme qu’elle ne connait pas, qu’elle n’aime pas. Celui-ci aura son corps, sa vie, mais jamais son cœur.

Le temps avançait et Aryana redoutait le moment où elle verrait son mari pour la première fois. Une peur paralysante l’enveloppait. La sœur d’Aryana apparût avec le sari rouge que cette dernière porterait pour la cérémonie. Le cœur d’Aryana se serra. Une larme glissa sur sa joue, elle ne pouvait la retenir.

Elle anticipait la scène du mariage. Elle aimerait pouvoir hurler son désespoir aux invités, elle espérait que quelqu’un l’aide à s’enfuir. Elle aurait dû le faire bien avant. Mais elle n’en avait pas eu la force. Son père était beaucoup trop puissant pour qu’elle ne lui obéisse pas. On lui enfila la robe. Aryana était très jolie, mais elle aurait tant aimé être affreuse, afin que son futur mari ne la désire pas.

Aman vint la chercher. La cérémonie allait bientôt commencer. Les invités étaient tous arrivés. Aryana serra les poings. La rage était si forte, mais elle se sentait si faible et impuissante. Elle ne voulait rien savoir de ce « Shalin ». Elle se sentait piégée, mais il était trop tard pour tenter quoi que ce soit auprès de son père. Elle prit une grande respiration, puis suivit son père afin qu’il donne sa main à Shalin.

Aryana descendit et aperçut les invités. Elle reconnu son mari, vêtu d’un vetti et d’un chandail blanc.  Son cœur se serra à nouveau. Elle baissa les yeux, soumise.

La cérémonie commença.  Elle aperçut parmi les invités son cher ami Lankesh. La honte l’envahit immédiatement. Elle ne voulait pas qu’il assiste à ce mariage. Elle lui avait déjà offert son cœur, elle l’aimait tant. Ils s’étaient promis de s’aimer toute leur vie. Aryana n’avait pas pu avouer à Lankesh que son père avait convenu d’un mariage pour elle, il y a de cela quelques mois. Elle ne l’avait pas vu depuis le Nichayadartham, la honte et la peine étant trop intenses. Elle le trahissait. Et maintenant il le savait.

Le cœur d’Aryana se tordit lorsqu’elle remarqua que Lankesh faisait parti de la famille de Shalin. Elle étouffait. Elle comprit qu’il était le frère de Shalin! Une larme roula sur sa joue, lorsqu’elle réalisa qu’elle verrait l’homme qu’elle aime durant toute sa vie, sans pouvoir lui témoigner de l’amour. Comment oublier tous les moments de tendresse qu’ils ont partagés? Comment se résigner à être une bonne épouse pour Shalin? Aryana baissa les yeux et Landesh en fit autant.  Shalin sourit en voyant la beauté se sa future épouse.

samedi 15 janvier 2011
Un certain beau-frère par Fétiche (DÉSOLÉ POUR LES GRANDES LIGNES... Elles ne sont pas de moi... Word voulait me faire enrager :( )

 

Double vie...
À s'exiler, à se saouler
À s' rattraper, à s'accrocher
À marcher, à s'aveugler
À s'inculper, à s'envelopper

Double vie...
À marcher, à s'enfarger
À s'inculper, à s'accrocher
À s'abriter, à s'envelopper
À s'aveugler, à s' rattraper
Bruno éteignit son baladeur, éjecta la cassette et la rangea dans le coffre à gants de sa Jaguar XJ6 1985 noire, véhicule qu’il venait d’acquérir deux semaines auparavant. Il était on ne peut plus fier de cette petite bombe qu’il n’aurait jamais pu se payer avec son «véritable» emploi! Son maigre salaire de plâtrier ne lui procurait pas assez d’argent pour faire vivre sa famille convenablement ET acheter son bolide. Voilà pourquoi l’homme avait accepté la proposition d’un client, Mike, qui lui avait proposé d’arrondir ses fins de mois. Bruno avait accepté sur le champ, sans y réfléchir outre mesure. Ce n’était pas quelques coins de rues de plus à sa route quotidienne qui changerait grand-chose…
***
Carole Lussier-Champagne sortait les vêtements de sa laveuse couleur amande tout en réfléchissant à ce que lui avait dit sa sœur quelques minutes plus tôt. Manon Bouthillier-Champagne l’avait appelée ce matin comme elle le faisait tous les jours de semaine. Elles élevaient toutes les deux leurs trois enfants, ce qui faisait qu’elles ne travaillaient pas à l’extérieur. Elles avaient donc le temps de papoter au téléphone tout en effectuant le travail que toute bonne épouse devait accomplir. Manon lui avait raconté l’achat insensé de son mari… une auto flambant neuve! Et pas n’importe laquelle! Carole lui avait alors demandé si son mari n’était pas tombé sur la tête. Elle était au courant des récents déboires financiers de sa sœur et de son beau-frère. La benjamine affirma que leur situation prenait du mieux. Elle était quand même un peu inquiète quant à ce nouveau véhicule. Cela intriguait aussi l’aînée, Carole. Cependant, Bruno avait toujours été un excellent père et mari. Même à son travail, tous l’appréciaient et vantaient ses qualités de plâtrier. Elles arrivèrent donc à la conclusion qu’un homme devait bien pouvoir se payer un petit luxe de temps en temps!
***
Quelques semaines passèrent, toutes plus normales les unes que les autres pour les Lussier-Champagne. Toutefois, Manon se plaignait que son mari travaillait plus qu’à l’habitude et qu’ils se voyaient de moins en moins. Carole lui mentionna que c’était peut-être pour le mieux, dans le sens où il pourrait payer son achat déraisonnable. Malgré tout, les neveux et nièces de Carole ne manquaient de rien. Papa leur achetait beaucoup de jouets pour palier son absence grandissante. Les jeunes femmes s’inquiétaient tout de même quelque peu. Surtout Carole, qui se devait d’être protectrice envers sa benjamine, elles qui étaient orphelines depuis quelques années déjà.
***
L’hiver arriva, Bruno rangea son bolide au garage de son patron et dut reprendre sa vieille Cavalier. Bizarrement, cela rassura Manon et par le fait même, sa grande sœur. C’était comme si le train de vie fastidieux, ou du moins, plus fastidieux qu’à l’habitude, étaitchose du passé. Cependant, les heures supplémentaires faisaient toujours partie du quotidien de Manon.
***
Un mardi matin, Carole s’en souviendra le restant de ses jours, le téléphone sonna chez les Lussier-Champagne. 4h46 au cadran, son mari répondit en maugréant qu’on n’appelait pas chez les gens à cette heure. Il tendit l’appareil à sa femme qui répondit un peu paniquée.
-       Bruno n’est toujours pas rentré…
-       Quoi? Comment ça pas rentré?
-       Je l’attendais tard hier soir, j’me suis endormie su’le fauteuil et quand j’me suis réveillée, y était pas là.
-       Ah bon! C’est bizarre… T’as pensé appeler…
Ding, dong!
-       Bouge pas, ça sonne à porte. Je r’viens.
Carole entendit une voix masculine au loin mais n’arrivait pas à comprendre les propos échangés. Puis, un cri… des cris… des larmes…
***
Une semaine jour pour jour, les funérailles furent célébrées à la même église où avait eu lieu les cérémonies de leurs parents. Bruno Bouthillier, 34 ans, avait été sauvagement assassiné par balles au coin des rues Sherbrooke et Mont-Royal. On retrouva, dans son véhicule, le nécessaire pour un plâtrier et… des dizaines de boîtes contenant de la cocaïne.
samedi 15 janvier 2011
L'attente de Samantha

L'attente

par Samantha

Le soleil brille. Il éclaire mon visage comme jamais il ne l’a fait auparavant. En fait non, je me rappelle ce voyage que j’ai fait avec ma sœur, son charmant mari et leurs deux filles. Nous étions sur le bord de la mer, le sable était chaud et le soleil resplendissant. L’odeur saline de la côte et le bruit du fracassement des vagues réveillent mes sens. Puis, je revois Aurélie et Charlotte qui rient aux éclats. Elles étaient au paradis. Elles courraient sur la plage et sautaient dans les vagues.

Toutefois, le bip…bip… de mon électrocardiogramme me rappelle où je suis. Mon cœur malade n’en peut plus. Il est encore si jeune, mais déjà si fragile. Les médecins ne comprennent pas, je suis un « cas » rare comme ils disent. Je m’accroche en espérant qu’on me trouve un nouveau cœur. Il me reste encore tellement de rêves à réaliser. Rien d’extraordinaire, des rêves typiques de petites filles : descendre l’allée en robe blanche, avoir des enfants, une maison et un chien. Cependant, j’attends toujours que mon prince charmant vienne me libérer de ma forteresse. Donc, pour l’instant, je patiente sagement et je tente de me divertir sans donner trop de stress à mon cœur.

Nous sommes dimanche, je devrais avoir la visite de la petite famille de ma sœur. Ils viennent toujours me donner une dose d’énergie afin que je passe une autre semaine. Aurélie aime me montrer ses tours de magie. Elle est si petite, mais déjà si bonne. Elle m’épate à tous les coups. Pour sa part, Charlotte adore me dessiner des paysages avec de gros soleils, des jours de fêtes où tout le monde danse. Ses dessins sont si colorées qu’ils sont une réelle source de réconfort. Je les expose fièrement à côté de la fenêtre. Pendant ce temps, François, mon beau-frère, change les fleurs qui se trouvent sur mon bureau. Il prend soin de placer chacune d’elle afin que le bouquette soit parfait. Puis, Rachel, ma douce sœur, prend de mes nouvelles. Elle me montre les trouvailles qu’elle a faites pour moi à la bibliothèque. Elle est tout simplement là avec le sourire.  Puis, au bout de quelques heures, ils repartent et moi, je fais une petite sieste pour bien emmagasiner toute la force qu’ils me transmettent.

On cogne, ce doit être eux. Mais non, c’est l’infirmière. Elle semble voler sur un nuage. Je me demande bien ce qui se passe. Elle me parle, mais je m’entends rien. Les idées se bousculent dans ma tête. Est-ce que j’ai bien compris, il y a un cœur qui m’attend? Un beau cœur en santé? Ça ne peut pas être vrai!

Le médecin entre à son tour. Il m’explique comment ça va se passer, me rappelle les risques. Ensuite tout déboule, les préposés viennent me chercher et me transportent jusqu’à la salle d’opération et l’anesthésiste m’endort. Est-ce que je vais me réveiller? Je ne le sais pas, mais je suis heureuse que ce jour soit enfin arrivé.

De longues heures plus tard, je me réveille. J’ai l’impression d’être dans les nuages, mais je sens le « boum, boum » qui résonne dans ma poitrine. Je suis en vie.

De retour dans ma chambre, ma sœur est là. Elle est seule et ses yeux sont gorgés de chagrin. Elle se précipite sur moi. Qu’est-ce qui se passe? Je suis en vie, elle devrait être heureuse. Pourquoi les autres ne sont pas là? Elle me dit que François n’est plus là, mais qu’il sera désormais en moi. Il a eu un grave accident plus tôt dans la journée et il n’a pas pu s’en sortir. Il m’a cependant légué son cœur. 

dimanche 3 octobre 2010
Pastiche ou complément par Patrique

 

Viviane Léveillé venait le voir deux fois par semaine depuis plusieurs mois. Elle avait demandé à le rencontrer dans sa cellule plutôt qu’à la salle habituelle des rencontres. Pourquoi? C’était ce que David D’Or se demandait depuis un petit bout de temps. Il se devait de bien se comporter s’il voulait sortir avant son temps, ou bien s’il ne voulait pas éveiller les soupçons. Docteur Léveillé l’emmerdait avec ses questions concernant ses rêves. Qu’y avait-il de si intéressant à raconter des rêves? Lui qui faisait tout pour clamer son innocence. Il n’avait pourtant pas pu tuer Sonia, sa conjointe. Et il aurait fait ça pourquoi? C’était complètement absurde! Ses rêves, et puis quoi encore? Elle voulait savoir s’il rêvait à Sonia, s’il rêvait qu’il était le vrai meurtrier? Ri-di-cu-le! Dave ne faisait que souhaiter qu’elle comprenne – enfin – qu’il n’avait aucun lien avec ce crime sordide, que ce n’était pas lui et qu’il ne savait rien. «Et votre rêve de la nuit dernière, vous vous en rappelez?» Il voulait hurler, sachant pertinemment que cela ne donnerait rien de plus que tout ce qu’il avait déjà tenté auparavant.
Un jour, alors que son partenaire de cellule était à la bibliothèque, comme à l’habitude durant les rencontres bihebdomadaires, Viviane Léveillé, après être revenue pour la millième fois sur ce qui se passait dans son cerveau la nuit, le quitta. Dave s’aperçut rapidement qu’elle avait oublié son outil de travail le plus précieux : son sac à main, celui qui contenait le calepin qu’elle ne faisait que déposer sur le pupitre de la cellule sans même prendre la peine de l’ouvrir. Il se dit qu’il ne perdait rien à fouiller à l’intérieur, question de vérifier si son contenu était à la hauteur du titre de la femme. Pas de maquillage, pas même un gloss. Une professionnelle en son genre n’utilisait pas de produits pour l’avantager? Curieux! Il aurait pourtant cru que toutes les femmes qui se respectaient se maquillaient et se faisaient même des retouches durant la journée. Ce questionnement dura un peu trop longtemps, si bien que Dave entendit le gardien arriver au loin, grâce à sa lourde et traînante démarche. Il eut tout de même le temps d’ouvrir le portefeuille, celui qui pouvait lui être d’une grande aide lorsque serait venu le temps de prendre la poudre d’escampette. Il mémorisa l’adresse de la femme, ne sachant pas trop ce qu’il pourrait en faire. Le gardien approchait. Il récupéra une poignée de vingt dollars… en espérant qu’elle ne se rendrait compte de rien… ou qu’elle ne lui en reparlerait jamais!
vendredi 1 octobre 2010
Cher journal de Rio de Janeiro

15 mars

Cher journal,

Ça fait longtemps que je ne t’ai pas écrit… J’en suis vraiment désolée. À vrai dire, je ne crois pas que je t’aurais écrit par moi-même. C’est mon psy qui insiste. Je ne sais vraiment pas quoi écrire à part que je me sens vide…

 

 

17 mars

Bonjour journal,

Hier, je n’ai pas trouvé la force de t’écrire. À quoi bon? Ce que j’ai fait aujourd’hui? Rien, comme hier et avant-hier et tous les autres jours depuis la mort de Simon.

Je ne crois pas vraiment que ça change quelque chose de t’écrire…

 

 

22 mars

Cher journal,

Je reviens de mon rendez-vous chez le psy. Il a dit que je devrais «  exprimer ma tristesse par écrit ». Alors voilà :

Je pleure sans arrêt depuis des mois. Je n’arrive pas à vivre sans Simon. C’est simple.

Je ne suis pas une romancière. Je veux bien essayer de mettre des beaux mots, mais c’est impossible de mettre de jolis mots à une si grande peine.

C’est assez pour ce soir.

 

 

23 mars

Cher journal,

Ma peine est toujours aussi grande qu’hier et je n’ai le goût de rien. Ma mère a appelé mon psy. Mon psy m’a appelée… j’aurai 2 rendez-vous par semaine à partir de maintenant.

Je vais aller pleurer puisque c’est tout ce que je sais faire.

 

 

25 mars

Bonjour journal,

Je reviens de mon rendez-vous de milieu de semaine.  Mon psy aimerait que j’écrive un truc joyeux. Je lui ai dit qu’il n’y avait rien de joyeux dans ma vie présentement. Alors, il a dit d’écrire un vieux truc joyeux.  J’ai donc décidé de découper la page de ma rencontre avec Simon et de la coller ici. Ça m’a fait remarquer que ça aurait bientôt fait 3 ans que nous nous connaissions… c’est de plus en plus triste ce moment joyeux…

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1er avril

Mon très cher journal!!!!!

Ce n’est pas un poisson d’avril : je crois que j’ai rencontré l’HOMME DE MA VIE!!!! Il est très tard, alors je fais ça vite ©©©

Comme je te l’ai dit hier, aujourd’hui, j’avais un rendez-vous avec SuperMax1979 ( le gars avec qui je conversais sur MSN) On s’était donné rendez-vous au resto bar Les trois Brasseurs à Montréal. J’arrive au resto, il y a un super beau gars au comptoir! J’étais tellement stressée que je me suis assise à côté de lui et j’ai parlé sans arrêt pendant un bon10 minutes!!! Il m’a regardée, bouche bée. Quand, enfin, je me suis tue, il m’a dit son nom : SIMON!!! Tu as tout compris, cher journal! Je me suis trompée de gars, mais ce n’est pas tout! Je me suis même trompé de resto! Je ne savais pas qu’il y avait plusieurs Trois Brasseurs! Peu importe! Ce joyeux quiproquo m’a fait passer la soirée avec le gars le plus intéressant qui m’ait été donné de rencontrer! Au diable SuperMax1979!

Bonne nuit cher journal!

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26 Mars

Cher journal

J’ai très mal dormi. J’ai pensé à ma rencontre avec Simon, j’y ai rêvé même… j’ai relu le passage à plusieurs reprises. Je l’aimais tellement. Je l’aime plutôt, même s’il n’est plus là.

Je dois voir Stéphanie aujourd’hui. Je n’ai pas envie de la voir. C’est elle qui a téléphoné ce matin. «  Je t’emmène magasiner et tu n’as rien a dire !» Je n’ai pas vraiment envie, mais après tout…

 

 

26 mars (encore!)

Bonne nuit cher journal.

Je n’arrive pas à dormir. J’en profite alors pour te raconter un moment étrange de ma soirée : comme il neigeait et pleuvait intensément et que je n’avais que des souliers, Stéphanie a proposé d’aller chercher l’auto. J’ai attendu vraiment longtemps avant de distinguer sa Toyota. J’enfile mon capuchon et je fonce. J’ouvre la portière, m’assoie et dit quelque chose qui ressemblait à : «  quel temps de merde! » Je me tourne et PAF! Ce n’est pas Stéphanie! Non seulement ce n’était pas elle, mais c’était un gars! J’étais assez gênée, tu ne peux pas imaginer. Je m’excuse, échange quelques mots, assez pour savoir qu’il travaille au Café Latté, sors de la voiture et aperçois la « vraie Toyota » de Stéphanie. J’embarque. Avec ce temps, elle ne s’est même pas aperçu que j’étais dans une autre voiture …

C’est tout!

 

Ps : le garçon était joli.

 

 

27 mars

Bonjour Journal

C’est étrange, je n’ai pas pleuré la nuit passée. Mon psy m’emmerde…

Bonne journée

 

 

28 mars

Allo

Je suis allée au Café Latté. Le gars à la Toyota était là. J’ai eu le droit à un café gratuit. Je suis incapable de dormir ( le café) J’ai su son nom : Yannick. Il est encore joli même avec sa petite casquette du bistro!

Bonne nuit

 

 

29 mars

Cher journal

Je n’ai pas parlé de Yannick, le gars à la Toyota, à mon psy. J’ai peur qu’il trouve que c’est un peu tôt pour rencontrer un autre garçon. Moi, je crois qu’après un an, ça ne peut que me faire du bien. Comme dans Twilingt quand Bella passe du temps avec Jack. Elle n’oublie pas Édouard… J’ai encore de la peine pour Simon, mais je ne pleure plus.

Je vais me coucher, bonne nuit, journal.

 

 

1er avril

Je hais cette date

J’ai pleuré

 

 

5 avril

Bonjour Journal

Je suis allée au Café Latté, j’ai revu Yannick. On a jasé un peu ( entre les clients). Il est gentil. On a échangé nos numéros.

 

 

6 avril

Aujourd’hui, j’ai ajouté Yannick sur mon Facebook. Si tu voyais ses photos!

 

 

8 avril

Bonjour mon journal

J’ai chatté avec lui! 

Ça se peut qu’on se voie demain : «  on s’appelle » c’est ce qu’il a écrit!

Bonne nuit

 

 

9 avril

Cher Journal!

Demain, j’ai un rendez-vous. Je crois que je suis de bonne humeur, ça fait tellement longtemps que ça n’est pas arrivé  que je n’en suis même pas certaine de ma joie! J’airais préféré le voir ce soir, mais il devait remplacer un gars à sa job.

Je me sens mal de penser cela, mais j’ai hâte de le voir!

Bonne nuit

 

 

10 avril

Mon très cher journal!

Tu ne me croiras pas! J’ai passé une très mauvaise soirée.

Tout a commencé au restaurant. Je soupais avec Yannick et c’était super. Le resto était parfait, l’ambiance était géniale, la bouffe excellente et le vin était exquis. On a jasé des heures et des heures. D’ailleurs, quand nous avons quitté le resto (ou plutôt quand les serveurs nous ont mis dehors) il était très tard. On a marché sur le bord de l’eau, le courant était d’une puissance effrayante, et on a parlé et parlé, c’était magique! Je me suis même surprise à ressentir de petites étincelles de bonheur. Comme il faisait chaud dans la journée, nous n’avions pas de gros manteau et la nuit s’annonçait froide. Yannick m’a donc invitée chez lui. Son appartement était juste en face. J’ai hésité un peu puisque je savais comment ça se terminerait ( au lit!) mais après cette année d’abstinence, je me suis dit que cela ne serait pas si mal après tout.

Jusque là, tout était PARFAIT !!!!  C’est chez lui que ça s’est « compliqué ». Son appartement était vide! Il n’y avait qu’un sofa, une télé, son lit  une lampe de chevet par terre et une valise ouverte. Il s’est excusé en affirmant qu’il partait vivre à Vancouver et que c’était sa dernière nuit dans son appartement dont il avait transféré  le bail pour la mi-avril. Je crois qu’il m’a expliqué ce qu’il comptait faire à Vancouver, mais je ne l’écoutais plus. J’étais bouche bée! Je n’en revenais pas. C’était très clair! Tout ce qu’il voulait de moi, c’était cette nuit! J’étais anéantie. Après un an de peine, j’osais m’ouvrir à quelqu’un d’autre et il osait me faire ça! C’en était trop! J’ai pris la lampe de chevet et je l’ai frappé de toutes mes forces! Il est tombé au sol. J’étais enragée. Ensuite, ce n’est plus très clair dans ma tête. Ce que je me souviens, c’est d’être sortie en le trainant ( il était lourd, ce n’est pas possible!) et je l’ai jeté à l’eau! Je n’ai vu personne… Bien fait pour lui. Le courant était si fort…

 Je suis encore sous le choc

 

 

11 avril

Bonjour Journal

Je me suis réveillée après une très mauvaise nuit et instantanément la soirée d’hier m’est revenue en tête. Comme un zombie, je me suis fait un café et je me suis branché sur facebook et j’ai remarqué que Yannick avait changé son profil avant d’aller au resto : «  Yahoo! Parti pour Vancouver! » L’écœurant!

J’ai attendu toute la journée la visite des policiers, mais personne n’est venu, personne n’a appelé…

 

 

26 avril

Cher journal

Désolée, je ne t’ai pas écrit plus tôt.

Deux semaines se sont écoulées et je n’ai reçu aucune visite des policiers. Je suis passé devant son appartement et il était habité par un couple.

Je n’ai pas raconté l’histoire à mon psy, ni à personne d’ailleurs…

Parfois je me demande si je n’ai pas tout imaginé… Aurais-je pu tuer Yannick sans me faire prendre?

Après tout, il ne s’agirait pas de la première fois…

 

 

 

vendredi 1 octobre 2010
Simone la conne par le Dr Jobin

 

Simone la conne
par le Docteur Jobin
 
- Oui allo ?
 
- Judith ? C’est Simone !
 
- Pis ta tactique de « cruise » avec le nouveau du bureau as-tu marché ?
 
- Mets en la grande ! Le plan F pour Français a fonctionné A 1, on a rendez-vous tantôt pour dîner chez moi !
 
- Tu l’as invité à dîner chez vous ? Ben là Simone, si ça clique pas, comment tu vas t’en débarrasser ? Pis s’il veut baiser dès la première « date », tu fais quoi ?
 
- Franchement, j’ai 28 ans, j’suis pas une petite fille, peut-être que c’est moi qui va vouloir baiser dès le premier rendez-vous ! Y’é tellement sexy Judith, avec son p’tit accent, son p’tit air timide pis son p’tit cul de course… Sérieusement, c’est plutôt lui qui devrait se méfier de moi.
 
- Tu le sais que si tu couche la première fois avec un gars, surtout un gars du BUREAU, tu vas passer pour Simone-la-cochonne jusqu’à la fin de tes jours. Tu vas même devoir changer de job !
 
- Ben oui, ben oui, je sais tout ça, inquiète toi pas, c'est juste un dîner, je le renvoie chez luia pres pour qu'il s'ennuie de moi. Bon je te laisse, je me prépare, il arrive dans environ une heure… Tu te rends compte, une seule heure me sépare du premier rendez-vous avec l’homme de ma vie !
 
- Haha ! T’es conne Simone, bonne chance !
 
- À la prochaine, on se voit à mes noces !
 
***
 
- Oui allo ?
 
- C’est encore moi.
 
- Y’é déjà parti ? Ça a bien été ?
 
- Non y’é jamais venu… Ça fait environ trois heures qu’il aurait du être là. Ostie…
 
- Ben là il lui est peut-être arrivé quelque chose, tu peux pas le rejoindre sur son cell ?
 
- Euh… Il n’a pas de cell car il vient juste d’arriver au Québec, et de toute façon je ne m’humilierai pas à l’appeler pour voir s’il va bien. Je pense que le message est clair. Je suis Simone-la-conne qui s’est bien fait avoir à son 5 à 7 hier. Comment se débarrasser d’une fille trop achalante en trois étapes faciles ?
Faites semblant d’être intéressé, fixez avec elle un rancard bidon et humiliez la en lui posant un sapin ! Et voilà ! Vous n’en entendrai jamais plus parler !
 
- Ben non voyons, il doit bien y avoir une explication si si. Les gars sont « rushants » des fois, mais là on a plus vingt ans, quand on approche de la trentaine, les gars sont plus mature, plus respectueux…
 
- Je t’arrête tout de suite : Un, tu ne me rappelles pas que je suis encore célibataire à presque trente ans, deux, montre moi l’article scientifique dans lequel t’as lu que les gars changeaient en vieillissant. Je me suis encore fait avoir c’est tout. Je suis conne, « that’s it »
.
- Ben non, t’es une fille super Simo…
 
- Ben d’abord explique moi pourquoi je suis la seule encore célibataire de la gang ? Pourquoi chaque gars qui m’intéresse est soit débile léger, violent ou carrément mythomane ? Pis ça c’est quand y’é pas juste tout simplement toqué. Tu te souviens de Martin qui devait classer tout par ordre de couleurs ? C’est à peine si y chiait pas des arcs-en-ciel. Christ, je pourrais remplir un asile juste avec mes ex… Ou avec leur mère.
 
- Ben là t’exagère ! Y’a eu Claude qui était cool, vous étiez full amoureux. Bon il ne voulait pas d’enfant pis y’était sur le chômage mais y’avait AUCUN troubles mentaux. Et Patrick aussi, vous avez sorti cinq ans ensemble… Pourquoi vous vous êtes laissé dont ?
 
- Parce qu’il me trompait avec un gars…
 
- Ha oui, s`cuse moi…
 
- Dit moi le donc Judith qu’est-ce que j’ai ? Pourquoi je pogne zéro ? Pourtant, je suis pas si débile que ça, pas contrôlante, pas jalouse, pas trop grosse, j’ai des beaux cheveux…
 
- T’es super si si. Moi je sortirais avec toi !

- Aille, j’en ai rien à chier de savoir que tu sortirais avec moi. Tu le ferais juste pour piquer mon linge de toute façon… C’est pas toi que je veux, c’est un homme viril, sexy, doux, intelligent pis qui sent bon que je veux. Bien membré si possible.
 
- Oui mais pas trop ! Tu te souviens de ce qui t’es arrivé avec Julien ?
 
- Ouen… pas trop bien membré d’abord.
 
- Mais peut-être que tu devrais modifier tes critères ? Tu ne cherches peut-être pas à la bonne place, ou tu cherches peut-être quelque chose d’inaccessible ? Regarde moi avec Marc-André, y’é pas parfait, mais je l’aime quand même.
 
- Arrête, y’é parfait ton chum ! Y’é riche, il a un corps d’athlète grand et musclé, y’é drôle…
- Ouen, ben il passe toutes ses soirées à jouer à l’ordi… pis ça c’est plate en clavaire m’a te dire. Pis tu devrais voir ses amis, des tronches finis comme t’en as jamais vu, ils viennent à maison avec leur portable, ils se branchent tous ensemble pour jouer en réseau avec des p’tit casques-d’écoute-de-téléphoniste-fifs-comme-si-y’avait-pas-de-lendemain pour jouer pendant des heures à leur stupide jeux qui consiste à se faire des armées pis conquérir le monde. Pis moi, mon rôle dans ces journées là, c’est de préparer des p’tits sandwiches pour tout le monde. Laisse moi te dire que c’est pas l’allégresse dans ces moments là.
 
- Ha ouin, pis tu tolères ça ?
 
- Pas le choix, sinon comment j’aurais accès à son corps d’athlète ?
 
- Bon point ! Je le sais que personne est parfait… ça veut pas dire pour autant que je dois me contenter de peu, non ?
 
- Non, c’est pas ça q…
 
- Ha, mais si personne ne veut de moi, c’est qu’eux non plus ne veulent pas se contenter de peu… Je suis fini, trop vieille, trop plate, trop sérieuse, aussi ben entré au couvant et devenir Simone la nonne, ou carrément me pendre drette là.
 
- Arrête, viens me rejoindre, on va sortir vu que tu t’es mise toute belle pis on va aller prendre un verre et noyer ta déprime avant qui soit trop tard. J’appelle les filles !
 
- Laisse faire, je me suis démaquillée pis je me suis mis en pyjama histoire que mon look fit avec ma personnalité qui est visiblement aucunement attirante pour tout le monde sauf toi.
 
- Câlisse Simone, pas ton vieux pyjama des ninjas turtles qui date des années début 90 ? Ok, ça va vraiment pas… j’arrive avec une bouteille de vin, des chips pis un film de fille ! Non, trois bouteilles pis mon pyjama à moi aussi. On se saoule et je couche chez vous !
 
- Bof, je ne sais pas si c’est une bonne idée le film de fille, je file plus pour un film de zomb… Oups, ça cogne à la porte. Attend deux secondes je vais ouvrir.
 
***
 
- Simone ?
 
- Thierry ?!? Qu’est-ce que tu fais là ?
 
- Euh, je… Ben on ne devait pas dîner ensemble ?
 
jeudi 30 septembre 2010
Journal Intime - d'Émilie Jolie

 

 

Journal intime 

Par Émilie Jolie

 

Jeudi 2 septembre

Cher journal, aujourd’hui j’ai vu le plus beau garçon de l’école. Je l’ai aperçu au coin du corridor, près des casiers et je crois que j’ai eu le coup de foudre! Mon cœur s’est mis à battre très vite et très fort. Je dois le revoir et savoir qui il est!

 

Vendredi 3 septembre

Je l’ai revu aujourd’hui dans mon cours de mathématiques! Il est aussi dans mon cours de français! Ça ne se peut pas! Je vais pouvoir le voir à presque tous les jours! J’ai écouté le professeur pendant qu’il prenait les présences et il s’appelle Christophe. Christophe, quel beau nom… Émilie et Christophe, ça sonne bien!


 

Mardi 7 septembre

Christophe est tellement beau. Il est juste trop beau! ! Il est grand, beaucoup plus grand que les autres garçons. C’est le meilleur en éducation physique, il est même le capitaine de l’équipe de basket. Je l’aime tellement! Il a de beaux yeux, d’un bleu profond. Son regard m’hypnotise. Il a de magnifiques cheveux noirs et le teint foncé, j’en suis folle raide. Il a un sourire craquant et des dents parfaites. Je dois faire une enquête pour savoir s’il a une blonde… à suivre!

 

Vendredi 24 septembre

Depuis le début de l’année, j’observe Christophe en silence pendant les cours. Je ne veux pas qu’il s’en rende compte, mais en même temps, je ne peux pas m’en empêcher! Il y a juste ma best, Camille, qui sait que je suis en amour avec lui. Je n’ose pas en parler aux autres, cela me gêne trop. Et il y a aussi toi, mon journal, à qui je confie tout. Camille et moi, nous croyons que Christophe est célibataire. On ne l’a jamais vu avec une fille. Il est toujours avec ses amis et joue au basket. Je n’arrive pas à croire qu’un beau gars comme cela soit célibataire.

 

Mercredi 13 octobre

Je pense encore et toujours à Christophe… J’espère tellement qu’un jour il va me remarquer! À chaque pause, je me promène dans l’école pour le voir. Il est toujours près des casiers et il jase avec ses amis. Je passe devant lui en espérant qu’il me regardera, me sourira.

Lorsqu’on dîne à la cafétéria, je m’assoie toujours à la table près de lui. Ainsi, je peux l’observer longuement, attentivement. Mais il ne me voit pas, il parle toujours avec ses amis. J’aimerais tant qu’il se lève un jour et qu’il vienne s’asseoir avec moi! Que l’on puisse enfin se connaître… Je suis beaucoup trop gênée pour faire les premiers pas, mais je l’aime tellement! Que puis-je faire pour qu’il me remarque?

 

Jeudi 28 octobre

 

I LOVE CHRISTOPHE 



Jeudi 18 novembre

Aujourd’hui, on faisait des présentations orales dans le cours de français. J’ai pu regarder Christophe… Comme il est beau! Il était tellement drôle, il faisait rire toute la classe. Je n’arrête pas de penser à lui!

 

Mardi 21 décembre

Aujourd’hui c’est la dernière journée avant les vacances de Noël. Je vais tellement m’ennuyer de Christophe, je ne pourrai pas le voir pendant deux semaines! Peut-être que lui aussi va s’ennuyer de moi, et il va enfin se rendre compte qu’il m’aime? J’aimerais tellement ça!

 

Mardi 8 février


 

 

Lundi 14 mars

 

J’aime Christophe! I love Christophe! Camille me dit que je devrais aller lui parler, ou lui écrire une lettre pour lui déclarer mon amour une fois pour toutes. Il est certain que de lui écrire une lettre serait moins gênant que de lui dire en personne, mais s’il ne veut rien savoir de moi, ça serait quand même beaucoup trop gênant! Il est trop beau pour moi, jamais il ne va accepter de sortir avec moi!

 

Jeudi 19 mai

Cher journal, il y a longtemps que je n’ai pas écrit, mais il n’y a rien eu de nouveau concernant Christophe. Mais aujourd’hui, il s’est enfin passé quelque chose!

Ce matin, dans le cours de français, il m’a regardée! Pendant que le professeur écrivait au tableau, il s’est retourné et m’a regardée, droit dans les yeux! Je suis devenue rouge, envahie par la gêne. J’ai immédiatement baissé le regard sur mon exercice portant sur les homophones en espérant qu’il n’ait rien vu de ma gêne! Je n’en reviens pas! Il m’a enfin remarquée! Il m’a regardée! Je suis tellement heureuse!



Vendredi 20 mai

Aujourd’hui, à l’heure du dîner, je me suis assise comme à l’habitude à la table près de celle de Christophe. Il était encore entouré de ses copains.  Camille essayait d’attirer l’attention de Xavier, le garçon sur qui elle a décidé de jeter son dévolu. Camille est en amour avec tous les garçons, l’un après l’autre. À chaque semaine, elle en choisit un différent, mais n’a jamais eu de copain pour vrai. Moi, mon amour pour Christophe est sérieux. Je lui en parle à tous les jours depuis le début de l’année.

Alors que je réussissais enfin à capter l’attention de Camille, j’ai croisé à nouveau le regard de Christophe! Il regardait encore vers moi! J’étais tellement gênée! J’ai détourné le regard, mais je sentais qu’il me regardait encore. Lorsque j’ai posé mes yeux sur lui à nouveau, il m’a sourit gentiment, puis il a continué à parler avec ses amis. Qu’est-ce que cela veut dire! Ça fait deux fois cette semaine que Christophe me regarde! Et en plus, Camille n’a rien vu! C’est ma meilleure amie, elle aurait dû voir ce qui s’est passé!

Je n’arrive pas à y croire, Christophe m’a remarquée, il m’a sourit! Camille pense que c’est bon signe, que j’ai enfin des chances avec lui (même si elle n’a pas vu ses regards)! J’aimerais tellement cela! J’aimerais tellement qu’il vienne me parler… Qu’il m’avoue son amour… Ah que je l’aime… !

 

 

  
Jeudi 26 mai

Ce soir, Camille et moi irons voir la partie de basket à l’école. Il va voir que je suis intéressée lorsqu’il me verra assise dans les estrades! Il va comprendre que je l’aime, c’est certain! Ensuite, il va faire les premiers pas, car il est beaucoup moins gêné que moi! Il va peut-être même m’inviter à aller au cinéma! Ok, je dois me ressaisir! Je vais le regarder jouer au basket, il n’aura même pas le temps de me voir dans l’estrade…

 

***

 

Je suis de retour de la partie de basketball. Finalement, comme je l’avais prédit, mon scénario fabuleux ne s’est pas concrétisé. Ils ont gagné la partie, Christophe a fait un panier, mais c’est tout, il n’est pas venu me parler après la partie. De toute façon, qu’est-ce que j’attendais? Bonne nuit cher journal!

 

Lundi 30 mai

Ce matin, à la récréation, nous faisions notre promenade comme à l’habitude, Camille et moi. Christophe était toujours près des casiers, entouré de ses amis. Je passais devant lui, et il nous a regardé! Camille n’en reviennait pas, elle a enfin vu que je n’imaginais rien! Christophe m’a encore regardée! Je commence à croire qu’il est intéressé! Les signes ne mentent pas. Cela fait maintenant trois fois que Christophe me regarde, il m’a même sourit! J’ai enfin des chances!

 

Mardi 14 juin

Deux semaines se sont écoulées. Christophe m’a regardée à quelques reprises, il m’a sourit dans la cafétéria mercredi dernier! Dans le cours de sciences, nous avons eu un travail d’équipe à faire! Le professeur choisissait les équipes et, miracle, j’ai été placée avec Christophe! J’étais tellement gênée mais tellement heureuse en même temps! J’ai passé la période complète à ses côtés, le vrai bonheur.

Fidèle à mon habitude, je suis restée silencieuse durant le travail d’équipe. Les seules phrases que je disais concernaient le travail. Christophe faisait le bouffon, tout le monde rigolais! J’étais figée! Est-ce que cela fait toujours cela l’amour? Christophe essayait de me faire rire. On dirait qu’il voulait se rapprocher de moi, ou à tout le moins me connaître un peu plus. Il m’a même demandé si j’allais voir la partie de basket ce soir! Je lui ai dit que j’irais sûrement, comme à l’habitude! Il a semblé heureux. Mon dieu, est-ce possible? Christophe qui s’intéresse enfin à moi? Christophe qui veut me voir le soir après l’école et qui m’invite au basket?

 

Mercredi 15 juin

Mon souhait le plus grand serait d’aller au bal des finissants avec Christophe. L’école se termine dans moins de 2 semaines et je n’ai toujours pas de cavalier. J’aimerais tellement cela que Christophe m’invite! Je n’ai pas le courage de lui demander. Il va rire de moi, c’est certain! Camille pense que je devrais lui demander. Elle dit que je n’ai rien à perdre car de toute façon, s’il dit non, je ne le reverrai plus dans 3 semaines, à moins qu’on aille au même Cegep. Si je n’ose pas lui demander, je ne le reverrai peut-être jamais de toute ma vie et je regretterai de ne pas lui avoir avoué mon amour. Quel dilemme! Je veux lui demander, mais je suis tellement gênée!

 

Jeudi 16 juin

Cher journal, aujourd’hui, c’est décidé, je prends mon courage à deux mains. Je vais demander à Christophe s’il est accompagné pour le bal. S’il ne l’est pas, je vais lui demander s’il veut y aller avec moi. Je te raconte tout en détail ce soir!

 

Vendredi 17 juin

Cher journal, mes émotions sont trop fortes, indescriptibles! Hier, je suis allée voir Christophe, avec tout le courage que j’avais, afin de lui demander s’il voulait m’accompagner au bal. Je me souviens mot à mot ce qu’on s’est dit :

-          - Allo Christophe!

-          - Salut!

-          - Je… je me demandais si tu étais accompagné pour le bal…

-          - Euh… en fait, je voulais justement te parler…

Mon cœur battait la chamade, je ne pouvais plus respirer. Allait-il m’inviter enfin au bal? J’allais m’effondrer, mes genoux étaient trop faibles pour supporter mon poids!

-          - Oui?

-          -  Je me demandais si Camille était accompagnée… Je suis trop gêné pour lui demander directement.

-           - Je… Je peux lui demander si elle est intéressée. Je… Ok... bye!

J’étais foudroyée, sur place. Je suis allée me réfugier aux toilettes.

Ça ne se peut pas qu’il m’ait dit cela. Ça ne se peut pas! Non!!!!  Les signes étaient pourtant là! Il me regardait et me souriait simplement pour se rapprocher de Camille! Comme c’est injuste! J’ai le cœur brisé en mille morceaux. J’ai de la peine et je n’ai pas envie de parler à Camille.

Bonne nuit journal…

dimanche 26 septembre 2010
Nouveau thème: QUIPROQUO

MERCI

Avant tout, nous tenons à vous remercier d'avoir bien voulu jouer le rôle de juges! Grâce à vous, notre petit concours est possible! MERCI!

 

Gagantes

Bravo à Josée ( Biscuit au chocolat)  et Marie-Hélène ( Plume de paon) , les deux gagantes du thème  et si on y allait en voiture.

 

Nouveau thème

Vous avez bien lu, le nouveau thème est bien quiproquo. Les histoires seront disponibles à partir du 1er octobre.Vous aurez jusqu'au 15 octobre pour voter.

 

Décision difficile

Plusieurs personnes nous ont demandé de pouvoir participer à notre concours. Étant donné que nous avions beaucoup de demandes, nous avons voté un moratoire. J'invite les personnes concernées à s'adresser à nous en personne afin qu'il n'y ait pas de malentendu...

 

 

 

lundi 19 juillet 2010
«Une lettre» par miss Joe la casserole

Y aller en auto, ça signifie beaucoup de minutes avec toi. Y aller en auto, ça signifie que j’aurai le pouvoir de dire le mot magique lorsqu’une chanson quétaine jouera et que je voudrai l’écouter jusqu’au bout. En nous y rendant en auto, les conversations découleront d’elles-mêmes, puisque nous n’aurons pas nécessairement à nous regarder dans les yeux pour nous dire ce qui vient du cœur. 

 

Nous finirons par éteindre la musique. C’est que la route ne sera pas assez longue pour tout ce que nous avons à nous dire. Le temps a passé, les sujets se sont accumulés et notre complicité est restée la même.

 

Arrivés à destination, nous oserons un regard vers ce qui nous aura séparés… Un regard bref, pour ne pas gâcher cette parfaite journée : soleil, humeur joyeuse, retrouvailles inattendues… Puis, nous remonterons en voiture, le laissant derrière nous.  

 

Ensuite, il faudra revenir. La page sera alors définitivement tournée. Seuls les bons souvenirs devront demeurer et l’un comme l’autre devront continuer à avancer, sans l’autre. Il faudra avancer, probablement à une vitesse différente, mais avancer quand même.        

 

Lorsque nous serons revenus, le son du moteur qui s’éteint sera la cloche de la fin: la fin d’une belle balade, la fin d’une belle histoire. 

 

Nous aurions évidemment pu y aller en auto, mais séparément. Alors ce moment n’aurait pas eu lieu. Ce rituel ne se serait pas déroulé. À toi, je te dis merci. 

 

mercredi 14 juillet 2010
Réveil de Biscuit au chocolat

Réveil

 

J’ouvre les yeux.  Des étoiles... mais où suis-je ?

Je me lève tranquillement et étudie ce qui m’entoure : un champ, la nuit, une route…

Pourquoi suis-je ici ?

En me levant, j’en profite pour fouiller dans ma mémoire à la recherche d’indices. Hier, était-ce hier ? Sommes-nous encore hier ? Peu importe. Je fais l’inventaire de mes souvenirs : le souper au resto avec les gars, la bière et ensuite le bar. J’ai bu. J’ai définitivement trop bu. J’ai tout oublié. Le classique : les gars en ont sûrement profité pour me jouer un tour puisque j’étais trop saoul. Je les imagine facilement dire en pouffant de rire : « Pourquoi ne pas abandonner Jacob dans un champ… quel réveil il aura ! »

Bravo.

Quoi qu'il en soit, je suis ici.

Seul.

Fred, Claude et Marc ont sûrement terminé la soirée ailleurs. Je cherche mon téléphone… l’ouvre… Évidemment, ces machins ne fonctionnent jamais quand on en a vraiment besoin !

Quelle heure est-il ? J’ai perdu ma montre. Quelle soirée de merde !  Sophie va me tuer. Je dois rentrer au plus vite… Au moins, il fait encore nuit. Mes chances qu’elle soit au lit et qu’elle ne se soit pas rendu compte que je ne suis pas encore rentré sont bonnes. Je commence à marcher. Une voiture arrive… C’est peut-être les gars qui reviennent me chercher… Elle fonce droit sur moi.  Attention ! Quel chauffeur ! Il n’a même pas ralenti, un peu plus et je prenais place sur le pare-brise avec les mouches ! Je sais bien qu’il fait noir, mais il me semble que lorsqu’on croise un homme en pleine nuit, on ralentit, on se demande ce qu’il fait seul sur le bord de la route ! Les gens se foutent des autres de nos jours. Plus personne ne fait attention à personne. 

Je continue donc à marcher, un peu plus dans l’accotement, presque dans le fossé.

Je marche, je marche, je marche. On dirait que ça fait une éternité que j’avance. Je commence sérieusement à ne plus trouver cela très drôle. Ils ne perdent rien pour attendre, me faire un coup pareil. Je sais déjà ce qu’ils vont dire : « tu l’as bien mérité avec tous les coups que tu nous as fait subir ! » C’est vrai que je n’y suis jamais allé de main morte lorsqu’ils avaient trop bu. Je pense à tous ces mauvais coups et je rigole un peu : le film de Marc dansant avec un inconnu sur Youtube, la crème fouettée dans la main de Frédéric lorsqu’il dormait au chalet, la fois où j’ai collé le siège de toilette de Claude avant son réveil, disons explosif, après une méchante brosse… mais de là à m’abandonner seul dans un champ. Ils n’ont pas idée de tout ce qui aurait pu m’arriver ! Déjà que Sophie ne les porte pas dans son cœur. Si je ne rentre pas trop tard, où tôt, je pourrai lui cacher ce moment gênant.

J’en ai marre de marcher, je lève le pouce. Quelqu’un m’embarquera peut-être. Bof, quand je pense à tous les pouceux qui n’ont jamais pris place dans ma voiture, je réalise que mes chances sont faibles d’avoir un lift. D’ailleurs, ma voiture, où est-elle ? J’ai mes clés avec moi, donc les gars ont pris un autre véhicule pour me laisser seul au milieu de nulle part. Si seulement je me souvenais de ma soirée. Les voitures passent à côté de moi, mais aucune ne ralentit. Je croise même quelques voitures de police et deux ambulances. C’est une grosse nuit ! Je continue ma marche.  

Enfin ! J’arrive dans mon quartier. Aucun conducteur n’a daigné s’arrêter pour moi, mais j’arrive bientôt à la maison. Les rues sont désertes. C’est fou comment le monde est calme la nuit. Pas d’enfants qui crient, pas de chien qui jappe, pas de voisin qui tond son gazon. La paix. Tout de même, j’ai hâte de rentrer chez moi.

Enfin arrivé à destination. Les lumières sont éteintes. Sophie dort paisiblement, les gars ne sont pas chez moi, c’est au moins ça. Je me demande où est-ce qu’ils sont. Je pourrais les appeler avec mon téléphone de maison, mais si je réveille Sophie, je devrai expliquer que je ne sais pas où est la voiture, que mes amis m’ont abandonné dans un champ et elle se rendra bien vite compte que j’ai trop bu ce qui l’a mettra dans une colère. De plus, elle recommencera son discours de ce matin : «  tes amis ont une mauvaise influence sur toi  blablabla bliblabla… »  Demain, je les appellerai demain.

Je me couche donc à côté d’elle sans faire de bruit, sans faire bouger les couvertures. Un œil au cadran : 4h32. Je retiens mon souffle, il ne faut pas qu’elle se réveille. Opération réussie ! J’attends que le sommeil s’empare de moi. Demain, je réglerai tout avec les gars et j’irai chercher la voiture.

4h33 : le téléphone retentit. Non ! J’espère que ce ne sont pas eux qui appellent afin de savoir si je suis rentré ! Je n’ai pas le temps de prendre le téléphone que Sophie s’assoie dans le lit. « Je vais répondre » lui dis-je avec une fausse voix endormie. Cependant, elle fait comme si elle ne m’avait pas entendu se lève et décroche. Je retiens mon souffle : elle va me tuer. Se faire réveiller en pleine nuit par mes amis saouls qui veulent rire de moi parce que j’ai trop bu… Long silence. « Ok, où, comment… » silence « non, non, non, ce n’est pas possible… » Je commence à angoisser : il est arrivé quelque chose aux gars… J’essaie de me souvenir de ma soirée… qu’est-ce qu’on a fait ? Elle raccroche. Pleure. Je lui demande qu’est-ce qu’il se passe. Pas de réponse. Je suis cloué sur place. Je redemande. Elle reste muette malgré ses larmes. Elle semble m’ignorer. Au moment où je me lève pour aller la rejoindre, elle décroche le téléphone, signale. Un sanglot. « Qui appelles-tu ? Qu’est-ce qui se passe ? » Pas de réponse. Son interlocuteur semble avoir répondu et elle murmure la voix nouée par la tristesse : « Maman, c’est Jacob… » et paf ! Tout redevient clair : le resto avec les gars, la bière et ensuite le bar, la bière, la musique, les shooters, la fermeture du bar, les gars qui ont faim, Marc qui veut une pizza de chez Pizza Plus et aucune autre. Claude qui lui dit que ça va nous prendre une bonne heure marcher jusque-là et moi qui lui répond : « et si on y allait en voiture ? » Ensuite, la route, les lumières aveuglantes d’une voiture venant à contresens, le choc, le champ…

 

mercredi 14 juillet 2010
Détention par V

 

 

Elle ne savait pas pourquoi elle était là. Seule, sur un matelas douteux, sans rien pour la distraire. Elle s’était réveillée, un matin, il y a environ six jours. En fait, cela faisait exactement six jours. Elle les comptait judicieusement. Les secondes, les minutes, les heures. C’est tout ce qu’elle avait à faire. Compter. Compter tout, pour rien. Pour se sentir vivante, moins seule peut-être un peu. À heures régulières, elle ne sait trop comment, un plateau de nourriture l’attendait. Elle ne voyait jamais qui lui apportait, elle ne voyait personne. Elle avait essayé, hier, au dîner, de découvrir qui était son hôte -peut-on réellement utiliser ce terme quand il s’agit de détention?- mais en vain, elle avait fini par s’endormir, lasse d’avoir trop compté!
Elle se questionnait : qui lui en voulait au point de la séquestrer? Qu’avait-elle fait pour mériter ça? Elle ne se souvenait plus de grand-chose. Elle avait beau se creuser les méninges… Rien ne lui revenait. Rien n’allait. Que faisait-elle il y a six jours? Où était-elle? Quelqu’un la cherchait-elle en ce moment même? Quelqu’un se souciait-il d’elle? Souffrait-elle d’amnésie? Tentait-elle de fuir la réalité? Elle n’en savait rien. Trop rien. Plus rien. Elle était confinée entre quatre murs blancs, ou qui l’avaient déjà été. Pas de fenêtre, pas de décoration, pas de meuble autre que son matelas -était-ce considéré comme un meuble? Pas un son en plus, vraiment, rien pour la distraire.
***
Trois autres jours passèrent. Elle ne savait rien de plus. Toujours la même nourriture. Gruau et jus d’orange le matin, salade quelconque pour dîner et poulet et légumes pour le souper. Aucune folie n’était permise. Le poulet lui rappelait quelque chose, quelque chose qui s’insinuait tranquillement dans sa tête, sa mémoire avait l’air de vouloir refaire surface, lentement. N’était-ce pas ça qu’elle avait mangé la dernière fois qu’elle avait vu des gens, qu’elle n’était pas ici? Il lui semblait que c’était ça. Instantanément, elle se rappela un peu… Elle et… Marc, oui, Marc, étaient arrêtés au restaurant en route. En route… pour aller à la mer. Ils avaient décidé de s’y rendre en auto, même si ce devait être plus long et fastidieux que l’avion. «Non, plus plaisait», avait-il dit. Il aimait conduire. Elle se souvenait. Elle le connaissait depuis peu, mais elle trouvait qu’ils s’entendaient bien, surtout pour deux quasi-inconnus. Ses longues vacances lui permettaient de partir sur un coup de tête, presque aussi longtemps qu’elle le désirait. Sur la route, un resto, du poulet et… la suite était vague. Des vagues? S’étaient-ils rendus là? Étaient-ils en route pour le retour?
Manger son poulet, peut-être la suite lui reviendrait.
***
Jour 11, miracle : elle entendit des voix, des vraies, même pas celles de ses cauchemars. «Martine, Martine, me reconnais-tu cette fois-ci?» Martine, c’était elle? Reconnaître qui? Une dame en bleu –un esprit, son imagination?- entra dans la chambre, les mains devant elle, comme pour se protéger –se protéger d’elle? Elle la calma, la fit asseoir sur son matelas et lui dit d’ouvrir bien grand ses oreilles.
« Nous ne voulons que t’aider. Aide-nous à t’aider. Sois calme. Écoute-moi, je vais t’expliquer certaines choses. Ça fait exactement 83 jours aujourd’hui que tu es ici. Toutefois, tu n’as pas été consciente de tout. Tu as vécu un choc violent. Tu as été amenée dans cette chambre par des collègues à moi, menottes aux poignets. Tu as été trouvée dans un champ… je t’épargne les détails. Veux-tu m’expliquer ce qui s’y est passé?»
Elle se souvint alors : après le restaurant, ils avaient roulé quelques heures jusqu’à ce qu’il propose de s’arrêter pour se dégourdir les jambes. Mais il ne voulait pas que se dégourdir les jambes! Ils avaient marché dans un champ près de l’autoroute, jusqu’à ce qu’il sorte un couteau de sa poche, lui dise de se déshabiller et de se coucher au sol. Elle voulait obtempérer, pour éviter les blessures. En enlevant son manteau, elle réussit à saisir l’arme et à lui asséner un coup sur la tempe, un coup qui ne fut pas fatal. Elle souhaitait se réveiller d’un mauvais rêve, mais c’était la réalité, malheureusement. Elle dut récidiver plusieurs fois, pour se rendre compte qu’elle était au-dessus de lui, à faire pénétrer la lame un peu partout. Cette fois-ci, il ne bougeait plus et il ne bougerait plus jamais. Ensuite, trou noir. Sa mémoire ne voulait plus collaborer.
La dame en bleu, qui l’avait écoutée parler tout ce temps, lui remit les menottes et lui dit que le juge serait satisfait de cette version.
 
 
 
 
mercredi 14 juillet 2010
"Pivoines" de la plume du paon

J’aime l’été.  La chaleur. Les orages.  Les fleurs partout, partout.  Les roses de grand-maman. J’aime les pivoines. Elles sont énormes. Leurs tiges tombent sur le sol. Maman dit que c’est pour que les fourmis puissent descendre et monter. Parfois, je les aide à monter sur les pivoines en prenant une grosse feuille. Ça va plus vite. Maman dit que les fourmis boivent l’eau qu’il y a sur les pivoines. J’aime regarder les fourmis. Elles marchent vite. Il y a des fourmis partout chez moi. Le terrain est grand. À la grange, les fourmis se promènent sur les planches de bois. Lorsque je vais près du ruisseau, je les observe encore. Leur maison est là. Maman dit que ça s’appelle une fourmilière. C’est un beau mot. Une maison pour les fourmis.

 Maman n’aime pas quand je m’éloigne de la maison. Je me demande si ma maison est comme une fourmilière. Peut-être que des géants nous observent. Moi j’observe les fourmis. Maman dit que les fourmis ont une reine. Toutes les autres fourmis sont là pour faire des bébés fourmis. Maman dit aussi qu’il y a des fourmis-soldats. Les fourmis-soldats sont là pour protéger la reine.  À la fourmilière près du ruisseau, je les regarde. Je les reconnais les fourmis-soldats. Elles marchent vite. Je crois que les fourmis dans les pivoines nourrissent la reine. Elles vont chercher de l’eau pour la reine. Il faudra que je demande à maman.

 Bientôt j’aurai 6 ans. Maman a dit que je pouvais inviter des amis pour ma fête. Je veux inviter Rosalie. Et peut-être Laurence. Mais Laurence est méchante avec Rosalie. Mais moi j’aime Laurence. Maman va faire un gros gâteau. Je le sais car je l’ai entendu le dire à grand-maman. J’ai hâte à mon anniversaire.  Je veux un gâteau au chocolat. Avec du crémage au chocolat. Maman dit que le chocolat ça excite. Moi je lui ai dit que le chocolat c’est bon.

 Au marché du coin, ils vendent du bon chocolat. Maman ne veut pas m’en acheter. Quand je vais au marché avec grand-maman, elle m’en achète. Quand on revient du marché, je peux le manger sur le chemin du retour. Comme ça maman ne sait pas que j’en mange. J’aime grand-maman. L’été le chocolat fond sur les mains. Mais ce n’est pas grave, je me liche les doigts avant d’aller voir maman. Des fois, je garde un bout de chocolat et je le donne aux fourmis près du ruisseau. Elles aiment beaucoup le chocolat. Elles marchent vite, vite pour en manger.

 Demain c’est ma fête. Rosalie et Laurence vont venir. Grand-maman sera là et maman aussi. J’ai dit aux fourmis que c’était ma fête demain. Je leur ai promis un bout de gâteau au chocolat. La reine sera contente.

 J’ai eu une belle fête. Maman a décoré le jardin. Il y avait plein de banderoles. Elle a aussi fait des jeux. J’ai joué avec Rosalie et Laurence. Je leur ai montré la maison des fourmis, la fourmilière. On leur a même donné du gâteau, mais maman ne le sait pas.


Maman dit que la fête est finie. Laurence et Rosalie doivent aller dans leur maison. Moi je veux continuer à regarder les fourmis. Il y a de gros nuages. Un gros orage. Boum! J’aime les orages. Rosalie a peur des orages. Maman doit aller les reconduire. Moi  je veux regarder les fourmis. Elles se promènent encore plus vite à cause de la pluie. Maman dit à grand-maman : « Je devrait y aller en voiture ». Grand-maman me demande de rentrer dans la maison. Je veux regarder les fourmis. J’aime les orages. Maman part avec Rosalie et Laurence. Je regarde les fourmis. Je regarde l’orage. Grand-maman me crie d’entrer dans la maison. J’entends un gros boum. Ce n’est pas le tonnerre.  C’était maman. 

 

mardi 13 juillet 2010
Les chroniques du professeur Lundi; Le commencement de Mademoiselle Eugène

 

Les chroniques du Professeur Lundi
 
Le commencement
 
 
 
Maintenant que les temps sont incertains, plus incertains qu’avant encore, en partie par ma faute, en fait, totalement par ma faute, je me dois de raconter le déroulement des événements. De cette façon, si vous trouvez ce cahier et lisez ces lignes, vous pourrez peut-être comprendre pourquoi le monde entier a été complètement bousculé… Et peut-être y trouver une façon de l’améliorer.
 
Revenons exactement onze ans en arrière. À cette époque, les Viciés et les Purs se livraient déjà bataille depuis belle lurette, mais la guerre n’affectait pas autant la vie des humains. D’ailleurs, ce n’est aucunement à cause de cette guerre que ma vie bascula. En fait, c’est mon très cher frère et sa charmante épouse qui basculèrent en voiture du haut d’une falaise.
 
Marguerite et Thomas souhaitaient se rendre chez l’éleveur de poulet au bout du vingtième rang, afin d’acheter trois poules afin d’avoir trois œufs par jour pour leur petit déjeuner. Marguerite suggéra alors à Thomas : «On pourrait y aller en voiture ! De cette façon, il sera plus facile de les transporter au retour même si l’éleveur demeure tout près. On pourrait également passer chez le poissonnier pour prendre le souper. » Malheureusement, leur voiture vert-menthe rencontra un énorme camion, transportant des poulets, terra-cota qui revenait de chez l’éleveur en question. (Une poule se serait échappée et aurait distrait le camionneur quelques secondes.) Dans la courbe de la falaise, le camionneur a dévié de sa voie et a heurté de plein fouet leur voiture, les propulsant du haut du cap rocheux. Le camion aussi est tombé du cap en projetant des plumes à des kilomètres à la ronde. (Nous en retrouvons encore aujourd’hui de temps à autre.) Cet événement fût bêtement baptisé « L’ouragan D », D pour duveteux, par le journal local. C’est lors de cette fâcheuse tempête de plumes et de caquètements que Thomas et Marguerite Depluï firent de leur fille Clémentine une orpheline. Toutes les poules moururent sauf une seule qui fût retrouvée sous la voiture de mon frère.
 
Étant la « famille » la plus proche, je suis devenu le tuteur légal de ma nièce alors âgée d’à peine huit ans. (Je dis « famille » car le vieux garçon que je suis n’est point une famille décente pour une enfant comme Clémentine.) Dans Clémentine, il y a le mot clémence, ce qui en révèle long sur la nature profonde de ma nièce. J’étais démoli par la mort de mon frère et terrorisé à l’idée de devoir élever une jeune fille. Il faut dire que je ne connaissais rien aux femmes. (J’ai toujours été bien trop pris par mes recherches, la politique, l’avancement technologique et le sort de l’humanité pour m’y intéresser davantage… et bien trop timide aussi.) 
 
On peut dire que c’est Clémentine qui est devenue une mère pour moi plutôt que moi un père pour elle.  Elle avait aussi insisté pour recueillir cette fameuse poule miraculée. Nous l’avion appelé  Madame G. Gallus pour faire honneur à son genre.
 
Bien sûr, dans les jours suivant l’accident, elle était triste et pleurait beaucoup. Pour la réconforter, je lui ai concocté un remède miracle, une recette prodigieuse. Il s’agissait d’une simple crème de vache dans laquelle j’insufflais une quantité importante d’air très froid de façon à la faire gonfler et geler au même moment. Je nappais cette étrange matière d’un velouté tiède à base de cacao et de sucre de palme puis je terminais le tout d’une griotte confite. Clémentine, qui ne mangeait plus que cela, avait nommé ce plat « le mets du dimanche ». (À l’époque où j’étais un jeune scientifique, avant de me spécialiser en chimie de la robotique, j’avais tenté ma chance en cuisine moléculaire. J’ai tout arrêté suite à un concours où je suis arrivé honteusement 2e avec une recette de truite à chaire blanche aux perles de fraises-citrons et à la mousse effervescente de chanvre à feuilles pourpres. Plusieurs années plus tard, il fût prouvé que le gagnant avait utilisé une quantité importante de LSD dans son plat, ce qui avait influencé les juges du concours. Enfin…c’est du passé.) Rapidement, Clémentine est devenue beaucoup plus forte, elle traînait toujours Mme G. Gallus sous son bras où qu’elle aille et elle me réconfortait dans mes moments de grande peine.
 
Élever une jeune fille dans un laboratoire de chimie robotique, c’est bien peu  approprié, mais jamais elle n’a rechigné, au contraire, elle s’est même intéressée à mes recherches. Et moi, abruti et nigaud comme je suis, je lui ai appris la chimie sans rien lui apprendre de ce qu’une jeune fille normale de dix ans doit savoir : comment sourire candidement, comment jouer avec une poupée, comment tresser ses cheveux, comment choisir les bas qui s’agencent à sa robe, comment ne pas parler aux étrangers.
 
Je suis un nigaud, ça oui ! J’aurais dû accompagner ma nièce cette journée là alors qu’elle se rendait au marché faire les courses. (Crème, cacao, griottes, voilà ce qu’elle allait acheter.) Seule avec Mme G. Gallus sous le bras, comme toujours lorsqu’elle ne se trouvait pas avec moi au laboratoire, âgée d’à peine dix ans, elle se promenait, nonchalamment. Alors qu’elle passait devant l’entrée de la ruelle de la rue Des Pignons, elle fût interceptée par un homme. Cet homme était le Vicié, la Bête, le Diable ! Mais Clémentine ne connaissait rien des Viciés à cette époque puisque je ne lui en avais jamais glissé un mot. Il s’approcha doucement pour ne pas l’effrayer, pris le temps de sentir le dessert qu’elle avait entre les mains et lui demanda gentiment s’il pouvait le goûter. Elle regarda cet homme au regard chaud et pénétrant et à la chevelure noire laquée. Grand, costaud, fraichement rasé, bien habillé, sentant à la fois le cuire de son blouson et le tabac frais. Elle ne dit rien. Vous vous doutez bien que la Bête sait charmer les humains pour qu’ils ne lui refusent rien. Pourtant, son regard n’avait aucune emprise sur l’esprit de Clémentine. Les enfants de Dieux, le Vicié et le Pur, ont le pouvoir de faire faire aux humains tout ce qu’ils veulent dès qu’ils les regardent dans les yeux. Tous deux peuvent changer d’apparence selon leurs désirs mais seule la Bête le fait. Il le fait pour entrainer le plus d’âmes possible dans le vice.
 
Clémentine ne bougea pas d’un poil, elle ne fit que froncer les sourcils pour signifier à cet homme que rien ni personne au monde pourrait lui prendre ne serait-ce qu’une bouchée de ce mets inventé pour elle. Il vit à cet affront quelque chose d’heureux : un humain si jeune et portant déjà si égoïste. Souvent, les humains commencent par la « gourmandise », puis l’  « envie » pour devenir carrément viciés. Une fois vicié, notre vision du monde change et nous ne voyons plus aucun mal à laisser libre court à touts nos appétits les plus noirs. C’est comme ca que le Diable recrute les humains. Ensuite, il les manipule et les persuade de les aider dans leur guerre contre les Purs. (Ils ont bien failli m’avoir moi lorsque j’étais un adolescent encore candide, mais mon frère Thomas m’a empêché de me vautrer dans la paresse la plus totale en m’obligeant à creuser un lac artificiel avec pour seuls outils : deux pelles. Trois ans que ça a pris ! À chaque soir après souper nous avons creusé ce lac dans la cours de chez nos parents comme si notre vie en dépendait. C’était l’idée de Thomas. Depuis ce jour, le lac c’est vite remplis de toute sorte de chose mais principalement de sangsues affamées. Il a toujours été impossible de s’y baigner. Par contre, la nouvelle colline qui est apparue sur le terrain voisin a toujours aussi fière allure.) Mais revenons à Clémentine et à son obstination devant la Bête. Il vit là un beau défi : Comment convaincre cette jeune enfant de partager sans pour autant lui enlever cette graine de vice qui semble si bien germer en elle… Bien sûr, il se méprenait sur ses intentions, Clémentine n’était pas si gourmande, elle mangeait exclusivement de ce mets et ne parlait jamais à personne, sauf moi. Elle n’aimait pas qu’on la force à interagir avec les autres, elle était devenue presque sauvage… ou libre, selon les critères de certains.
 
La Bête usa de ruse, comme à son habitude, pour convaincre Clémentine. Il lui dit, les yeux plein de gourmandise en la voyant continuer de manger : « Je t’échange une bouchée de ce singulier mets, qui semble excellent, contre ce que tu désires le plus au monde. » Il ne connaissait pas Clémentine et s’attendait à recevoir une demande tout à fait convenable d’une enfant de dix ans, comme un bébé chien, le plus gros suçon du monde ou encore quelque chose de légèrement reprochable, ce qu’il préférait entendre chez les enfants : « La nouvelle robe à crinoline de mon amie Mélodie. » Clémentine, qui avait déjà un lourd bagage à son âge, réfléchie longuement et demanda : « Je souhaite ne jamais être blessée suite a un incident impliquant une voiture, une machine ou un robot. Si vous pouvez me donner cela, je vous laisse tout le reste de mon mets du dimanche.»
 
Vous imaginez la tête du Diable lorsqu’il a reçu cette demande ? Je n’y ai pas cru lorsque Clémentine est revenue du marché et m’a racontée l’événement. « Oncle Lundi, je te le jure ! Je n’aurais pas laissé mon repas à un homme dans la rue sans avoir la preuve que ce qu’il disait était vrai! Il m’a tiré dessus avec son révolver pour me le prouver, tu vois ? Aucune égratignure ! » J’en suis certain, mon cœur a sauté un battement (ou plusieurs) en entendant ces mots. Me voyant complètement paralysé et aussi blanc que ma barbe, elle n’hésita pas et tandis son bras vers les engrenages compliqués mais surtout puissants de la machine à compresser et tisser les fibres de titane du laboratoire et la mit en marche. Au moment où son minuscule bras de fillette allait se faire complètement broyer, la machine arrêta. Elle retira sa main, et celle-ci continua son tricot métallique. Clémentine répéta plusieurs fois l’expérience et la machine l’épargna chaque fois. C’est à ce moment que je compris qui était cet homme bien mis à l’odeur de tabac frais. C’est aussi à ce moment que je compris que le destin de Clémentine n’était plus entre mes mains, et qu’il ne l‘avait probablement jamais été. (Je sus plus tard que le Diable avait grandement aimé le mets du dimanche, tellement qu’il somma un de ses cuisiniers personnels d’imiter la recette. Celui-ci eu beaucoup de mal à y arriver et fini par ajouter du LSD à la crème de vache, ce qui contenta pleinement la Bête. Je vous laisse deviner qui est son cuisinier particulier.) 
 
C’est ainsi que la petite Clémentine Depluï, 10 ans, pactisa avec le Diable. L’immunité contre les machines et les robots en échange d’un dessert. Nonobstant le fait malheureux qu’elle ait pactisé avec le Diable à l’âge de dix ans, je dirais qu’elle était plutôt gagnante à cet échange. 
 
La première fois où Clémentine a bénéficié de ce don fût lors de la première grande bataille à laquelle elle a participé en tant que soldat. Avant de vous raconter ce qui s’est passé lors de cet engagement, laissez moi vous raconter le « véritable » commencement tel que nous le connaissons, nous, les humains.
 
Au tout début, il y avait Dieu. (Avant Dieu, autour de Dieu, on ne sait pas s’il y a autre chose puisqu’il ne nous l’a jamais dit…) Dieu créa la Terre puis engendra deux enfants pour y mettre un peu d’ambiance (ce n’est pas tout à fait comme ça qu’il l’a dit mais ca revient à ça…). Le premier jumeau était asexué, noble, clair, vertueux bref, pur ! Le deuxième, qui avait les deux sexes, selon ses désirs, était tout le contraire. Il était libidineux, corrompu, malin et vicieux. Le premier était curieux, il inventa les sciences et s’intéressa aux phénomènes terrestres créé par son père. Le deuxième, lui, s’amusait à tout dévaster, se mêler aux animaux ou encore les chasser, voir les exterminer. Il s’attaquait aux plus féroces et plusieurs espèces s’éteignirent ainsi. Un jour, les deux enfants dieux se plaignirent à leur père que la Terre était un terrain de discorde. Le Pur, voulait l’étudier tranquillement mais le Vicié s’amusait à tout déconstruire. Tous deux voulaient un nouvel univers juste pour eux, qu’ils créeraient eux-mêmes et avec lesquels ils pourraient s’amuser autant qu’ils le voudraient. Dieu ne pouvait leur offrir un tel cadeau et leur expliqua qu’un seul Dieu, lui-même, pouvait créer et détruire les univers. Pour faire taire la chicane et les occuper davantage, Dieu créa les humains.
 
Les humains, des animaux à l’image des dieux, possédant un esprit beaucoup plus vif et un libre arbitre plutôt qu’un simple instinct, les occuperaient pendant de longs millénaires. Dans sa grande sagesse, Dieu savait qu’il ne pouvait laisser le « pouvoir des univers » à ses enfants. Ils étaient bien trop immatures et incomplets, chacun à leur façon, pour pouvoir respecter l’équilibre universel. Créer et détruire des univers est, selon Dieu, un jeu dangereux dont il faut parfaitement maîtriser les règles pour s’y adonner (un peu comme le poker ou le trapèze, mais à plus grande échelle). 
 
La vérité c’est que Dieu ne possédait pas vraiment le pouvoir de créer ou de détruire les univers. Ce qu’il possédait c’était « l’œuf universel » et c’est cet œuf qui permettait à Dieu de créer et détruire ce que bon lui semble. Un œuf qui ne peut être contrôlé que par un dieu. Un jour, l’enfant-dieu vicié appris d’où son père tenait son pouvoir, se rebella sur le chant contre son père et tenta de lui voler l’œuf universel.  Son jumeau, le Pur, fût tout en son pouvoir pour protéger son père, le Dieu tout puissant. Malheureusement, le Vicié blessa Dieu sévèrement le laissant entre la vie et la mort (si vie et mort il y a pour Dieu…). Juste avant que Dieu ne disparaisse à tout jamais, le Pur supplia son Père de cacher l’œuf universel dans un endroit où le Vicié ne pourrait le trouver. Dieu, dans un élan de détresse, le cacha sur la planète Terre, parmi les humains. Depuis ce moment le Vicié et le Pur luttent pour cet œuf. Le Vicié pour l’utiliser et devenir tout puissant comme le fût son Père ; le Pur, pour éviter que son frère ne s’en serve outrageusement et faire en sorte que l’équilibre de cet univers soit préservé. Le Vicié a vite compris qu’il pouvait rallier des humains à sa cause, le Pur n’a eu d’autre choix que de faire de même afin d’éviter le pire.
 
Il existe donc à présent sur la Terre, parmi les humains, deux camps, celui des Purs et celui des Viciés. Le premier camp cherche l’œuf universel de façon systématique et ordonné. Il ratisse la Terre, section par section et cherche l’objet qui serait le plus puissant de l’univers. Le camp des Purs cherche l’œuf, bien sûr, mais il doit aussi tenter de contrecarrer le camp des Viciés, car celui-ci n’utilise pas que la science et la technologie pour arriver à ses fins. Il utilise la force, les armes, la ruse, la corruption, la torture… Vous voyez le topo. C’est comme ca que la vie sur Terre se déroule depuis des temps immémoriaux. Les Purs contre les Viciés, le Bien contre le Mal.
 
C’est ce qui explique que les humains habitent depuis des générations sur une planète sans véritable Dieu (seulement des sous-dieux) où se joue une grande chasse au trésor sans fin. Au moins, les dieux sont assez courtois pour ne rien nous cacher, même s’ils restent dans l’ombre le plus souvent. Parfois, je me demande si je ne préférerais pas vivre dans un monde où les humains igniorent totalement l’existence des dieux et de leurs problèmes.
 
Vous vous doutez bien qu’en tant que scientifique, je fais partie du camp du Pur. Le dieu bon, vertueux et rationnel. Évidemment, après son « échange de services » avec le Vicié, j’ai dû tout raconter à Clémentine de cette chasse au trésor à la fois céleste et terrestre. J’ai dû lui expliquer également à quoi servait mes recherches et mon laboratoire. Si vous lisez ces lignes, c’est que vous aurez trouvé mon laboratoire et vous aurez sûrement deviné qu’il sert à fabriquer des armures et des armes ultrasophistiquées au clan des Purs. J’ai mis au point des sous-marins, des tanks et même des jets capables de passer totalement inaperçu et capable de résister à toutes attaques. Les armes que nous utilisons sont principalement défensives et non offensives. Des armures ultra résistantes, des boucliers de toutes sortes, des armes qui immobilisent ou paralysent mais qui ne tuent pas. Bien sûr, certaines peuvent tuer, mais c’est vraiment en dernier recours que les soldats purs les utilisent. Notre but est de faire le moins de pertes humaines possible dans les deux camps. Clémentine, s’est montrée très réceptive à tout ce que j’ai pu lui enseigner. Elle avait souvent des idées très bonnes, meilleures que les miennes même, pour améliorer nos armes ou même en créer de nouvelles. Elle m’a aidé à mettre au point une ceinture que porte maintenant chaque soldat pur. Cette ceinture contient tout un arsenal permettant à n’importe qui de ce sortir de l’embarra : un fil télescopique capable de hisser et de soutenir plusieurs hommes, des antibiotiques, des bombes répulsives, etc. (Elle dit avoir pris l’idée en feuilletant une bande dessinée de super héros imitant un mammifère ailé quelconque…) Tout ce passait bien, à ma grande surprise, jusqu’au jour ou inventer des armes et des équipements de combat ne suffit plus à ma chère nièce.
 
À l’âge de 19 ans, elle voulu devenir elle-même un soldat à la solde des Purs. Elle voulait plus que tout faire partie de ceux qui propageaient le bien et enrayait le mal. Elle voulait réellement participer à cette guerre pour pouvoir sauver l’humanité de ses propres mains. J’ai tout fait pour l’en dissuader, lui montrer les enfants victimes de cette guerre, les milieux naturels ravagés pour trouver l’œuf universel, la détresse que cela créait sur la Terre entière. Je voulais lui faire peur, mais tout ça n’a fait que l’inciter davantage à rejoindre les troupes. J’ai dû me résigner à la voir partir, toute fière et courageuse dans son uniforme blanc à ceinture C (C pour Clémentine, c’est comme ça que je l’avais baptisée) de l’armé des Purs.  
 
Elle est partie deux longues années lors de sa première mission. Deux longues années dans lesquelles notre seul contact était celui de la correspondance, et quelques coups de téléphone. Même Mme G. Gallus, cette vielle poule qui n’avait jamais pondu un œuf de sa vie, ne caquetait plus joyeusement, elle était désormais complètement silencieuse. Je me faisais du souci pour Clémentine comme jamais je ne m’en étais fait de toute ma vie. (Plus encore que la fois où elle avait pactisé avec le Vicié, ou que la fois où elle avait disparue trois jours pour trouver un coq à Mme G. Gallus afin qu’elle puisse être fécondée et avoir des poussins. La poule miraculée n’avait jamais pondu d’œuf. Clémentine disait que son ovaire unique avait du être affecté lors de l’ouragan D.) Pourtant, elle était immunisée contre toutes les machines ce qui inclus la totalité des armes des viciés, mais la méchanceté elle est belle et bien organique. J’avais raison de me soucier de sa sécurité, d’ailleurs, au bout de deux ans, lorsqu’elle est revenue c’est parce qu’une pruche du Canada plus que centenaire lui était tombée dessus suite à une explosion énorme causée par une « machine » du clan adverse.          
 
Elle n’est pas revenue dans un cercueil, mais elle est revenue une jambe en moins. La pruche du Canada plus que centenaire lui avait arraché la jambe droite à partir de la mi-cuisse. Je ne lui ai jamais dit, mais sur le coup, j’étais totalement soulagé de savoir qu’elle ne pourrait pas repartir même si je savais fort bien que c’était une tragédie pour Clémentine. Je croyais à torts, que je pourrais garder ma Clémentine avec moi, enfermé dans mon laboratoire à continuer la vie que nous avions avant, quand elle m’aidait dans mon travail. Mme G. Gallus devaient également croire cela puisqu’elle se remit à caqueter joyeusement comme seules les poules peuvent le faire. Pendant quelques mois, c’est ce qui s’est produit. Je lui ai refait des mets du dimanche en souvenir du bon vieux temps pour l’aider à encaisser le coup, puis, une fois le moral revenu, elle s’est remise au travail. Elle travaillait sans relâche, jours et nuits, plus que moi encore ! C’est lorsqu’elle m’a enfin montré le fruit de son labeur que j’ai compris que je la perdrais encore une fois. Toute fière, elle m’a montré sa « prothèse ».
 
Prothèse est faible pour désigner la « jambe-robot » que Clémentine s’était construite. La nouvelle jambe droite que ma nièce s’était construite était non seulement aussi fonctionnelle qu’une vraie jambe mais possédait en plus une panoplie de gadgets utiles lui donnant un net avantage par rapport à tout ennemi possédant ses deux véritables jambes. Elle contenant un puissant ordinateur connecté en tout temps aux satellites du clans des Purs, un lance-rocket qui pouvait lancer de vraies rockets ou encore des fusées éclairantes ou des bombes lacrymogènes selon les besoins, une trousse de premiers soins haut-de-gamme avec un défibrillateur, une mini-génératrice, un filtre à eau, un élément chauffant, un mini-compartiment réfrigéré et j’en passe. C’était comme un couteau-suisse d’un mètre le long et de vingt kilos. La jambe avait des parties de métal mais était principalement fait de fibres de carbone pour assurer un squelette léger et ultra résistant. J’étais très fière d’avoir tout appris sur le moulage et les composites à Clémentine et de voir qu’elle surpassait à présent le maitre. Par contre, j’étais dévasté par le fait qu’elle allait repartir à la Guerre aussitôt qu’elle aurait parfaitement apprivoisée sa jambe-robot.
 
Trois semaines seulement passèrent après qu’elle eu terminé sa jambe artificielle et elle repartit en mission. Cette fois, elle ne repartit que sept mois avant de revenir, encore une fois, estropiée. Ça c’est passer pendant une bataille gigantesque m’a-t-elle raconté. L’armée des Purs tentait de libérer une tribu d’indigène d’une petite forêt encore intacte d’Afrique qui était prisonnière des Viciés. Les Viciés essaient toujours de maîtriser leurs otages par la ruse et de les rendre viciés à leur tour. Cependant, les tribus de pays reculés qui ignorent tout de cette guerre ne se laissent pas facilement impressionner par des principes qu’elles jugent infâmes, il est très difficile de les faire tomber du côté obscur. Après un bout de temps sans coopération de leur part, disons une semaine, les Viciés les considèrent alors comme des esclaves. Ils s’en servent pour creuser le sol et chercher l’œuf. Si par hasard ils venaient à rencontrer un ou deux diamants, ils ne s’en plaindraient pas, évidement…
 
Clémentine et ses comparses voulaient donc réussir à libérer les esclaves et disperser les Viciés en faisant le moins de pertes humaines possibles, et ce dans tous les camps. Les Purs, qui étaient cinq fois plus nombreux que l’ennemi, avaient encerclé les Viciés qui protégeaient l’entrée d’un grand tunnel souterrain. Une sorte de mine qui s’enfonçait profondément dans la Terre aride et rouge de cette région. Un vacarme assourdissant de foreuses et de marteaux piqueurs et d’équipement de tous genres sortait de la grotte. Ce vacarme avait aidé le camp des Purs à se rapprocher sans se faire remarquer, du moins sans se faire entendre. C’est plutôt la combinaison C (C pour Caméléon, mais c’est aussi Clémentine qui avait conçu le modèle pratique. J’ai cependant conçu le tissu à couleur changeante, ce qui n’est pas mal du tout pour un daltonien !) qui les avait fait passer inaperçu jusque là. Tout se déroulait bien, tous les Purs avaient rejoint leur position. La stratégie était d’encercler la mine pour couvrir une dizaine de Purs qui y pénétreraient. Une fois à l’intérieur, ils devaient désactiver leur combinaison C afin de ressembler aux autres esclaves. Ils avertiraient alors les esclaves de leur présence et de la suite du plan de façon à pouvoir extirper tout le monde en faisant le moins de dommages possibles. Malheureusement, les Viciés s’attendaient à ce type de stratégie souvent utilisée par les Purs. Une poignée de soldats ennemis s’était alors déguisée en esclave et « travaillait » dans la mine avec les véritables esclaves. Les Purs avaient beau être cinq fois plus nombreux, les Viciés eux avaient des armes qu’ils comptaient bien utiliser pour tuer. S’ils réussissaient à faire tomber le plan des Purs, ils pouvaient faire beaucoup de dommages, chez les soldats comme chez les civils.
 
Lorsque les Purs entrèrent dans la grotte, ils se mirent à travailler comme les esclaves. Tranquillement, les esclaves remarquèrent les nouveaux arrivants et tentèrent tant bien que mal de leur faire savoir qu’il y avait des taupes parmi eux… Clémentine, qui faisait partie des soldats entrés dans la grotte, compris alors que leur plan ne fonctionnerait pas comme sur des roulettes. Elle tenta d’avertir les autres autour de la mine mais déjà, elle entendait des échanges de coups de feu à l’extérieur. Ils avaient été repérés et elle et les autres Purs allaient se faire coincer dans la mine avec les membres de la tribu. Elle comprit aussi que l’ennemi savait tout de leur plan de fuite, la bataille était imminente et désespérée. Elle rechargea sa combinaison C et somma tout les esclaves de la suivre. Les Purs les entouraient de façon à les protéger. Elle divisa sa troupe improvisée en petits groupes ayant chacun un soldat à sa tête de manière à être moins visibles et plus mobiles. Elle expliqua le nouveau plan qu’elle avait mis au point pour s’évader et regagner les camions qui les attendaient cachés dans la forêt à quelques centaines de mètres de là. Tous l’écoutaient attentivement. Lorsqu’elle les somma de se mettre en action, elle se retrouva seule pour ouvrir le passage et s’assurer qu’il n’y avait pas de danger.  
 
Alors qu’elle avançait vers la sortie,  elle contourna une saillie rocheuse et se retrouva nez à nez avec un homme et une enfant d’à peine 4 ans. L’homme tenait à la main une pioche et semblait complètement indifférent et aucunement surpris de la voir là. Clémentine avait sa combinaison C qui la camouflait parfaitement mais à quelques centimètres, on pouvait quand même très bien la distinguer. La petite fille que l’homme tenait fermement par le bras pleurait en silence.  Elle comprit tout de suite et tenta d’un geste rapide de libérer l’enfant. L’homme lui assena un coup de pioche directement sur sa jambe droite. En entendant le tintement de métal et en voyant bien que Clémentine n’en fut pas le moindrement incommodée, il se donna un deuxième élan, et un instant (une picoseconde environ) avant que Clémentine ne l‘immobilise avec une balle paralysante, elle reçu un coup de pioche sur le bras gauche.  La pioche, n’étant point un robot ou une machine, la blessa grièvement. Elle perdit énormément de sang puisque sont artère axillaire était touchée. La pioche avait entaillé profondément le bras de ma nièce à mi-chemin entre l’épaule et le coude. Lorsqu’elle se réveilla à l’hôpital elle demanda vite ce qui s’était passé et si les esclaves, et la petite fille, étaint sains et saufs. On lui répondit que, oui, il n’y avait eu que trois morts dans le clan des Viciés et seulement un esclave et un des Purs de blessé. « Un Pur de blessé ? » Avait-elle demandé. « Mais qui ? C’est grave ? »
 
Évidement, elle était le Pur blessé et, oui, c’était assez grave. On avait dû lui amputer le bras. Les hôpitaux de guerre font de leur mieux mais il y a des limites à tout. C’est ainsi qu’elle revint, encore une fois éclopée. Par contre, le moral était mieux que la dernière fois ! Elle me demanda de l’aider à lui faire une prothèse… Vous comprenez qu’avec un seul bras c’était difficile pour elle de la fabriquer seule. Je pris mon temps pour la garder longtemps avec moi en prétextant toutes sortes de raisons. Elle comprit mon stratagème et fût bonne joueuse.
 
Pendant que je m’occupais de cette prothèse, Clémentine essayait tant bien que mal de faire fonctionner une invention à moi que j’avais laissé inachevée. Cette machine servait à dématérialiser la matière à l’aide de rayons neuroniques. Elle faisait donc disparaître les choses, peu importe la matière dont la chose à faire disparaître était faite. J’avais commencé à la mettre au point lors de mes études post doctorale en physique quantique mais mes limites en informatique et en programmation ne m’avait jamais permis de la terminer. Comme Clémentine pouvait utiliser un clavier avec une seule main, elle s’y attardait, faute de trouver mieux à faire. Elle était captivée par la dématérialisation et ses applications pratiques et me posait plein de questions : « Oncle Lundi, tu es certain qu’une fois dématérialisé, l’objet de réapparaitra pas plus tard ou nulle part ailleurs ? » La réponse, je ne la connaissais pas… En fait, selon moi, la réponse est oui, oui je suis certain que l’objet disparaît à jamais, mais d’autres collègues à l’époque croyaient le contraire. Si Dieu était toujours en vie, nous aurions pu le lui demander pour en avoir le cœur net… ce qui aurait été bien apprécié vu la suite des événements.
 
Tout c’est alors déroulé dans la même minute, ou presque. Je terminais la dernière soudure de la prothèse de Clémentine au même moment où celle-ci s’écria : « Oncle Lundi ! Ça y est, je crois que j’ai réussi ! » C’est à ce moment exacte que Mme G. Gallus, âgée de plus de 15 ans, pondit son premier œuf. La poule émit un cri strident et affolant puis tomba raide morte à côté de son œuf. Clémentine et moi accoururent. Après avoir constaté le décès de notre vieille amie, je pris l’œuf dans mes mains pour l’observer de plus près. (Nous nous sommes rapidement désintéressés du sort de la poule et, avec le recul, c’est un bien piètre hommage que nous lui ayons rendu après tant d’années de joyeuse compagnie. Mme G. Gallus, pardonnez moi si vous m’entendez.) Il était tiède et lisse, comme un œuf de poule normal. Par contre, la coquille était transparente et on pouvait voir quelque chose qui palpitait à l’intérieur. Par contre, quand on fixait l’intérieur de l’œuf, tout semblait immobile. C’était bleuté mais doré à la fois, étincelant comme un diamant tout en étant sombre comme de l’encre de sèche. C’était un petit œuf, de grosseur normale mais on aurait dit, en plongeant notre regard à l’intérieur, qu’il était immense et extrêmement vaste. C’est Clémentine qui a compris en premier ce que c’était : « Oncle Lundi, c’est l’œuf universel ! »
 
J’étais totalement pris de cours. Elle avait raison, ce ne pouvait être que ca. Tout ce mettait en place dans ma tête. La mort de mon frère et de sa femme, la garde de Clémentine, la poule bien trop vieille pour une poule, le don de ma nièce pour les sciences, son pacte avec le Diable qui lui a sauvé la vie à d’innombrables reprises dans sa carrière de soldat, et maintenant la machine à dématérialiser qui fonctionne… Je savais ce qu’il fallait faire, ce n’était pas une coïncidence que Mme G. Gallus ponde cet œuf à cet instant précis. Clémentine compris elle aussi tout de suite : « Oncle Lundi, nous devons détruire cet œuf, en faisant cela, la guerre s’arrêtera puisque la quête de l’œuf sera veine. »  
 
Nous avions installé la dépouille de Mme G. Gallus dans la machine afin de faire un test. Il fût concluant, la poule morte avait disparue aussitôt. Après avoir attendu quelques minutes, pour être certain qu’elle ne réapparaisse pas, nous avons mis notre plan à exécution. Clémentine enfila sa prothèse maintenant terminée, pris quelques minutes pour l’apprivoiser et installa tout le nécessaire pour filmer la dématérialisation de l’œuf en directe. Elle s’activa ensuite sur deux des ordinateurs du laboratoire et pirata les plus grandes chaines de télévision du monde (à défaut d’avoir été un réel rebelle pour séduire les filles quand j’étais plus jeune, je pourrai au moins dire que j’aurai été un cyberpirate. Clémentine s’est avéré encore une fois être une excellente élève) pour faire en sorte que la disparition de l’œuf soit vue par le monde entier. Tout était enfin prêt.
 
J’avais placé l’œuf dans le dématérialisateur, fermé la petite porte en verre de la machine et donné le signal à Clémentine pour qu’elle commence à filmer. Je m’étais adressé à toutes les nations : « Chers concitoyens humains, ce message s’adresse à vous tous. J’ai trouvé l’œuf universel, le voici dans cette machine. Je m’apprête à le détruire de façon à ce que le Vicié ne puisse jamais l’utiliser pour nous nuire, ni nuire à un quelconque univers. Une fois détruit, la quête de l’œuf universel sera donc obsolète et la paix règnera sur la Terre comme si les dieux n’avaient jamais existé. » Sans attendre, Clémentine avait démarré le dématérialisateur.
 
C’est ainsi que moi et Clémentine avons détruit l’œuf universel, sans plus de difficultés. Tout s’était déroulé comme sur des roulettes, sans anicroche. Nous avons attendu, de voir la réaction de la planète. Tous les réseaux de télévision, une fois revenus en onde, tentaient de commenter tout en voulant avoir plus d’informations. Nous avions envoyé un courriel anonyme à tous expliquant comment l’œuf était apparu et comment nous l’avions identifié, comment ma machine à dématérialiser fonctionnait. Puis, quelques minutes après avoir donné ces informations, on cogna à la porte du laboratoire.  
 
Trois petits coups secs signifiaient qu’il y avait quelqu’un à la porte. Clémentine et moi avions échangé un regard qui voulait tout dire. Clémentine me regardait avec curiosité, et moi je la regardais, je dois bien l’avouer, avec peur. Elle alla ouvrir malgré mes réserves en disant : « Oncle Lundi, de toute façon, si c’est quelqu’un qui nous veut du mal, il réussira à entrer par ses propres moyens, autant lui ouvrir la porte. » Ce qu’elle avait fait sans plus attendre. Un être sans âge et sans sexe était apparu à la porte. Il était vêtu d’une tunique blanche à la coupe à la fois moderne et minimaliste, toute simple. Des cheveux châtains légèrement ondulé encadraient son visage angélique aux yeux bleu-gris. C’était la première fois que je le voyais de mes propres yeux. Il était là, chez moi et voulait entrer  pour discuter avec moi : le Pur en personne. Clémentine lui sauta dans les bras, ce qui le fit sourire. « Oncle Lundi, je te présente Le Pur ! Ou LP pour les intimes ! » J’étais fort surpris de voir qu’elle le connaissait personnellement. Elle l’avait côtoyé pendant quelques mois lors de sa première mission. Tous pensaient que Le Pur était un simple soldat, tout comme eux. Il avait été obligé de révéler sa véritable nature et la raison de sa présence parmi eux suite à un fâcheux incident impliquant, me dirent-ils, 20 kilos de pudding au riz, des côtelettes de porcs aux haricots rouge et un soldat affecté à la cafétéria du camp de base avec un trouble de déficit de l’attention.   
 
Après s’être remémoré des vieux souvenirs cocasses, il redevint grave. « Mes amis, je tiens tout d’abord à vous remercier d’avoir détruit l’œuf universel. Cependant, je ne crois pas que le problème soit maintenant réglé. Je crains que mon frère entre dans une colère terrible et prépare une vengeance contre les Purs. Je dois sur le champ préparer les troupes à ces représailles, Clémentine, j’ai malheureusement besoin de toi auprès de moi pour m’aider dans cette tâche. » C’est ainsi que Clémentine me quitta pour de bon.
 
Je ne l’ai toujours pas revu depuis. Comme l’avait prédit le Pur, son frère vicié entra dans une colère terrible et la guerre sur la planète Terre atteignit son apogée. Les cadavres s’entassèrent dans les rues du monde entier, nuls villes ou villages ne furent épargnés. Comme me l’avait demandé Clémentine, je vais allé me cacher quelque part dans un autre laboratoire protégé par les Purs où les technologies développées par les équipes de chercheurs sont très avancées, de cette manière, je pourrai encore aider et réparer le désordre que j’ai causé. Bien sûr, l’œuf est détruit, ce qui est bien, par contre, l’humanité n’a jamais été autant affectée par la présence des Dieux. La Terre est à son plus mal et jamais je n’aurais cru que tout se passerait ainsi, par ma faute. Je laisse donc ces quelques lignes ici, en mon absence, avec l’espoir qu’un jour, nous puissions retrouver la paix sur la Terre. Je crois bien que Clémentine soit un atout important pour le clan des Purs. Elle saura faire la différence.