C’est une histoire qui s’est passée, il y a de cela très très longtemps. Dans le temps où les enfants allaient à l’école sporadiquement, où le souper poussait et vivait dans la cour arrière et que des amoureux aventureux osaient se donner un baiser sur la joue. Dans ces temps-là, il n’était pas rare qu’un lutin vous jette un mauvais sort ou qu’un arbre vous récite un poème. Je crois bien que les personnes âgées appellent ce temps : le bon vieux temps!
Béatrice qu’elle s’appelait. « Béatrice! C’est un nom vache! » vous direz. Sachez, mes chers amis, que rien n’arrive pour rien dans la vie, mais ça, c’est une toute autre histoire! Donc, notre Béatrice en question était belle puisque, tout le monde le sait bien : c’est seulement les histoires des jolies filles qui valent la peine d’être racontées. Notre belle en question rêvait d’amour de passion et de mariage, mais il ne faut pas oublier qu’elle vivait au temps où mariage rimait avec convenances. Alors, un beau matin, son père lui annonçait qu’elle allait devoir se marier avec le fils du 3e voisin. « Mais lequel père? » s’enquerra-telle puisque le 3e voisin en question avait 2 fils. Son père était un homme bon et il lui répondit : « celui que ton cœur choisira.» C’est ainsi qu’il fut décidé que Béatrice aurait jusqu’à la fin de l’été pour choisir son « amoureux ».
Les deux fils du 3e voisin furent donc présentés à notre belle et innocente jolie demoiselle. Les deux frères étaient en tout point différents. Comme vous vous en doutiez sûrement, il y avait un laid frère et un beau frère. Instinctivement, Béatrice n’eut d’œil que pour le bel étalon qu’était le beau frère. Elle alla donc annoncer à son paternel que son choix était fait. « Père, je suis amoureuse de Paolo le beau. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait plus d’un secret de la vie amoureuse lui répondit donc :
- Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?
- La beauté père!
- Sache, ma petite fleur, que ton homme ne sera pas toujours beau. Retourne rencontrer les fils du 3e voisin et reviens-moi avec ton choix.
Béatrice, penaude, versa quelques larmes et puis partit demander conseil à sa meilleure amie. Quand notre douce lui exposa son problème, son amie Amélie lui répondit sur le champ :
- J’estime que le choix est clair, tu dois marier Paolo le beau puisque tout le monde sait qu’il est riche et que son frère n’a rien.
Effectivement, Paolo était l’ainé, il hériterait donc des terres de son père et de toute sa richesse et rappelez-vous que nos deux frères en questions était en tout point différent. Alors, il est évident que Filibert, le laid frère, n’aurait aucun denier et qu’il devrait travailler durement pour gagner sa vie.
Béatrice embrassa son amie, la quitta et se précipita donc voir son père. « Père, je suis amoureuse de Paolo le riche. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait plus de deux secrets de la vie amoureuse lui répondit donc :
- Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?
- La richesse père!
- Sache, ma petite fleur, que l’argent n’achète pas le bonheur. Retourne rencontrer les fils du 3e voisin et reviens-moi avec ton choix.
Découragée, Béatrice prit congé de son père et se réfugia dans sa chambre. Elle pleura toutes les larmes de son cœur de ne savoir comment aimer quelqu’un et s’endormit. Elle rêva de chèvres et de chapeaux melon. À son réveil, elle se maudit de ne pas avoir fait un rêve qui lui aurait donné la solution à son problème comme dans toute bonne histoire pour enfant, mais elle se rappela que, bien souvent, la vie est plus cruelle qu’un conte merveilleux.
Quand le père de Béatrice vit la tristesse dans les magnifiques yeux de sa fille toute aussi magnifique, il lui proposa de faire au moins une activité avec Paolo afin qu’elle le connaisse un peu plus. Béatrice prit les choses en mains et invita Paolo à pique-niquer. Puisque nos deux tourtereaux n’étaient pas encore mariés, on obligea Filibert à les suivre partout afin d’agir comme chaperon. Ce dernier se vêtit donc de rouge pour l’occasion…
En chemin, Béatrice eut mal au bras puisque le panier qu’elle avait remplit de victuailles était lourd. Paolo lui répondit de ne pas s’en faire, ils arrivaient bientôt. En gentlemen, Filibert proposa à la belle de la soulager de son panier. Béatrice le remercia d’un sourire qui lui fut rendu.
Pendant le repas, Béatrice voulu parler de littérature. Paolo lui répondit qu’il n’avait jamais lu de livre de sa vie et qu’il n’avait pas à le faire puisqu’il était riche, ne le savait-elle pas?
Quand ils eurent finit de manger, un cerf passa devant leurs yeux. Paolo bondit et dit :
- Wow! Tu as vu ce cerf! Chassons-le!
Devant le manque d’intérêt flagrant de ses deux accompagnateurs, Paolo décida donc de partir seul contre ce cerf.
C’est alors que Béatrice se retrouva seule avec Filibert. Après un long silence, le laid frère lui parla de ses auteurs préférés. C’est ainsi que la conversation commença et s’éternisa jusqu’au retour de Paolo vêtu d’une peau de cerf.
Sur le chemin du retour, ils continuèrent d’échanger et Béatrice se rendit bien compte que Filibert était intéressant, drôle et, étrangement, plus ils échangèrent, moins elle le trouvait laid.
C’est la tête remplie de sourires et de beaux souvenirs que notre belle trouva le sommeil. Au matin, elle alla trouver son père. Père, je suis amoureuse de Filibert. C’est donc lui que j’épouserai. » Le paternel, qui connaissait bien la vie amoureuse lui répondit donc :
- Si tel est ton choix, mais avant que je lui donne ta main, peux-tu me dire sur quel critère tu t’es basé afin de choisir ton futur mari?
- Parce que…
Étrangement, Béatrice ne su quoi répondre.
- Parce que … je l’aime, je n’ai aucune autre réponse père.
L’homme sourit et accepta volontiers que sa fille épouse Filibert. Le mariage fut magnifique et nos amoureux tout autant. Je vous entends maintenant dire que mon histoire est tirée par les cheveux que la vie n’est pas ainsi. Détrompez-vous! Je mets quiconque au défi d’expliquer l’amour et ses raisons! De plus, tout le monde a un beau frère, mais malgré toutes les qualités que ce dernier peut avoir, nous sommes heureuses de ne pas avoir à vivre avec lui. Et le plus important dans cette histoire, c’est de voir que nos parents, même s’ils clament haut et fort qu’ils nous ont laissé faire nos propre choix, nous ont fortement influencé afin qu’on choisisse comme ils le voulaient! :P
English afternoon tea party
Londres, le 15 mars 1912
« Le London Tribute annonce en primeur la venue de l‘éminent Duc de Worcestershire dans le comté de York pour la période estivale. » Il n’en fallait pas plus à Lady Victoria Raspshire, du comté de York, pour convoquer ses plus fidèles amies et nul besoin de le rajouter, par hasard les plus influentes de sa communauté, pour un thé d’après-midi. La situation était urgente. Son beau-frère nouvellement veuf allait certainement se faire harponner par toutes les petites curieuses en quête d’avancement social, prêtes à toutes les fourberies afin d’obtenir une promesse de mariage, et elle tenait à influencer la décision du nouveau coureur de jupons de l’Angleterre. Il se remarierait à nouveau, avec une lady de son cercle fermé d’amies ou elle le jurait devant Dieu et devant sa défunte sœur, il deviendrait pasteur!
Lady Mary Mc Dougall, d’Écosse, arriva la première, fidèle à son habitude. Les routes cahoteuses et ponts en décrépitude de son pays l’avaient habituée à prévoir des voyages plus longs et même si elle résidait maintenant en Angleterre, ses vieilles habitudes ne l’avaient pas quittée. En la voyant entrer dans la demeure bien coiffée, chapeautée comme si elle venait tout juste de quitter sa propre maison, proprement gantée et le teint frais, lady Raspshire envia la nouvelle carriole couverte de son amie. Elle devait s’en procurer une dans le genre sous peu. L’envie n’étant pas un gage d’une bonne amitié, elle repoussa cette pensée et accueillit son amie en respectant l’étiquette. Lady Raspshire voyait en elle une possibilité d’union heureuse : Lady Mc Dougall serait un jour une parfaite épouse : elle était d’une efficacité surprenante, détenait un sens inné de la tenue d’une maisonnée et ne cherchait pas d’histoires intrigantes. Victoria espérait par cette union voir l’honneur de sa défunte soeur rétabli et un mariage heureux et paisible pour son beau-frère. Oui, se disait-elle, elle avait bien fait de convier Mary.
Lady Bettany Spears, du Kent, arriva peu après. Échevelée et inquiète, elle s’enquit immédiatement en guise d’introduction s’il y avait eu un décès dans l’entourage qui nécessitait une rencontre si urgente. Devant la négative, un sourire et le soulagement illuminèrent son visage. Elle prit place confortablement et observa les gâteries. Victoria appréciait le côté pétillant de son amie du Kent et était convaincue que le Duc le remarquerait aussi et qu’il s’épanouirait à évoluer dans son entourage. Du moins, il ne s’ennuierait pas !
Lady Constance de la Durantaye, son amie Française récemment emménagée en Angleterre, arriva tout de suite après et montra une joie non contenue de pouvoir passer l’après-midi avec ses amies. Bouclettes dansantes, mais yeux un peu fatigués accusant un sommeil fragile, Lady Constance préféra garder son chapeau et se rendit jusqu’au jardin tout en faisant quelques pas de danse. Avec une arrivée de la sorte, il ne serait jamais passé par la tête d’un étranger observant la scène que malgré tout, Lady Constance portait bien son prénom. En situation formelle, elle se montrait réfléchie, calme et réservée. Mariée au Duc, elle également saurait le rendre heureux. De plus, et Lady Raspshire se gardait bien de le mentionner à ses amies, elle avait entendu dire par la bouche même de l’ex-fiancé de Constance, alors qu’elle s’était trouvée assise derrière ce dernier à la messe de dimanche, qu’il s’ennuyait de leurs balades dans la contrée, loin des regards, depuis que Constance l’avait quitté. Victoria en avait alors conclu que son amie devait avoir des qualités insoupçonnées qui rendraient certainement le Duc fidèle. Ô, jamais elle ne se permettrait d’avouer à son amie avoir agi en commère pour avoir prêté attention à cette conversation, c’était trop personnel et inapproprié de tenir de tels propos.
Lady Raspshire avait également pris soin d’inviter Lady Catherine Ramsay, de Windsor. Bien que cette dernière fut mariée depuis peu à un musicien du comté de Mont-Royal, du moins, c’est ce que la rumeur annonçait dans la région, Lady Raspshire tenait absolument à ce que la « future duchesse de Worcestershire » sache attirer l’attention du Duc, et sa frivole amie serait certainement de bon conseil. L’hôtesse de ce thé d’après-midi se disait en son for intérieur qu’elle aurait le loisir d’écouter d’un air faussement distrait tout en se maintenant occupée avec le service. Elle ferait une pierre deux coups. Ce n’est pas comme si elle avait le privilège de se passer des conseils de son amie : elle-même n’étant pas encore mariée, elle avait repoussé toutes les demandes en mariage de la dernière année et constatait, à son plus grand malheur, que ses critères de sélection étaient probablement trop élevés. Lady Catherine se présenta enfin avec un peu de retard : elle s’intéressait depuis peu aux découvertes scientifiques et avait passé la matinée à lire et n’avait pas vu le temps filer. Lady Raspshire, sans le montrer, était outrée. Il lui apparaissait inconcevable qu’une femme, son amie de surcroît, puisse s’intéresser à ce genre de choses, mais elle reconnaissait que son amie avait une personnalité avant-gardiste.
Les convives étaient installées. Les conversations allaient bon train et le vent doux combiné au soleil déjà chaud annonçait un printemps hâtif et les jeunes filles s’en réjouissaient déjà. Lady Victoria mentionna aux invitées qu’elle espérait encore pouvoir trouver un chaperon qui l’accompagnerait à bord du Titanic, qui ferait son voyage inaugural sous peu. Avoir l’occasion de voyager à bord de ce paquebot pour se rendre à New York, ça se plaçait bien dans une conversation! Elle avait entendu beaucoup de bien des propriétaires terriens aux États-Unis. Elle avait entendu sa tante, Lady Earla Grey dire d’eux, en gloussant, que les Américains étaient concupiscents et riches. Elle doutait encore du sens donné au terme « concupiscent ». À cette pensée, ses joues s’empourprèrent et elle accusa immédiatement la chaleur lorsque Lady Bettany lui en fit mention. Cette dernière ne sembla pas la croire et lui montra un air dubitatif. Lady Victoria se dit en elle-même qu’elle aurait droit à un interrogatoire en règle plus tard. Lady Catherine exposait une découverte lue dans le journal, lady Mary et Lady Constance s’échangeaient des conseils quant au traitement accordé à leur animal domestique respectif. Victoria mit fin aux discussions lorsqu’elle annonça le but de la rencontre : son beau-frère venait par hasard distraire sa belle-sœur et c’était une occasion en or pour ses amies de montrer qu’elles savaient briller en société. Suivirent dans le chaos un enchevêtrement de questions, de commentaires et d’exclamations. Catherine préparait un plan. Mary, Bettany et Constance rêvaient déjà… Victoria soupirait. Le décès de sa sœur lui avait causé une peine incommensurable et le dernier souvenir de sa présence s’effacerait lorsque son beau-frère serait remarié.
Le Duc de Worcestershire causa une surprise aux ladies, en faisant le tour de la maison pour les surprendre en pleine conversation au jardin. Il se présenta lui-même, embrassant chaudement au passage chacune des amies de Lady Victoria et, comme cette dernière pensa le remarquer, sembla faire durer le moment un peu plus longtemps pour lady Bettany… Rendu à elle, un malaise s’installa entre Lady Victoria et son beau-frère. Lady Raspshire prit sur elle et afficha son plus beau sourire. Elle n’allait pas ruiner les chances de mariage de ses amies en ressassant des souvenirs pénibles qui attristeraient une journée si parfaite.
Le Duc de Worcestershire quitta les convives en fin de journée en remerciant chaleureusement Lady Raspshire de son invitation. Lady Victoria était heureuse, elle était certaine d’avoir clairement fait comprendre à son beau-frère le motif de son invitation, avec toute la subtilité dont elle était capable évidemment et ce dernier ne semblait pas dupe. Ce thé d’après-midi n’avait rien d’anodin. Victoria avait bien l’impression qu’il jetterait son dévolu sur l’une des ladies présentes. Avant de quitter, le Duc lui promit de lui écrire plus souvent. De retour au jardin, Lady Bettany et Lady Victoria sautèrent et crièrent de joie. Moment de folie bien inconvenant, mais rendant cette fin de journée encore plus euphorique.
À peine trois semaines passèrent qu’une missive arriva à la maison à l’attention de Lady Victoria Raspshire, qui provenait du Duc de Worcestershire! La tante de Lady Victoria, qui avait toujours été intéressée par les affaires de cœur de sa nièce et de ses amies ne put s’empêcher d’attendre le retour de sa nièce et ouvrit la lettre:
« Ma chère belle-sœur, me voilà las de me conduire en célibataire abruti. Je suis maintenant prêt à considérer un nouveau mariage et grâce à toi, je sais maintenant qui saura me combler. Il me fera plaisir d’en discuter avec toi assis à nouveau ensemble à l’heure du thé. J'attends ujne prochaine invitation. D’ici là, reçois mon affection la plus sincère, Wentworth, Duc de Worcestershire »
Par Plumette coquette
Aryana était assise dans sa chambre, se faisant coiffer. Elle regardait son visage dans le reflet du miroir et n’y voyait que la de tristesse et de la colère. Jusqu’à ce jour, elle n’avait jamais tant souffert. C’était le jour de son mariage, mais rien ne l’enchantait. Bien au contraire.
Son père, Aman, avait choisi son futur époux, Shalin. Son père prétendait que ce dernier était très beau, provenait d’une bonne famille. Son père et son futur beau-père s’étaient entendus sur la dot, mais jamais Aryana ne saurait les détails qui ont été discutés lors du Nichayadartham.
Aryana n’avait jamais vu son futur mari, pas même en photo. Elle ne voulait pas le voir de toute façon. Rien dans cette histoire de mariage ne lui convenait.
Elle avait toujours été une bonne fille, réussissant bien à l’école et aidant la famille pour les tâches quotidiennes. La décision de son père, qu’elle adorait pourtant, l’attristait terriblement. Et rien ne pouvait le faire changer d’avis. Malgré toute sa rage, Aryana lâcha prise et accepta la défaite. Elle se résigna à épouser un homme qu’elle ne connait pas, qu’elle n’aime pas. Celui-ci aura son corps, sa vie, mais jamais son cœur.
Le temps avançait et Aryana redoutait le moment où elle verrait son mari pour la première fois. Une peur paralysante l’enveloppait. La sœur d’Aryana apparût avec le sari rouge que cette dernière porterait pour la cérémonie. Le cœur d’Aryana se serra. Une larme glissa sur sa joue, elle ne pouvait la retenir.
Elle anticipait la scène du mariage. Elle aimerait pouvoir hurler son désespoir aux invités, elle espérait que quelqu’un l’aide à s’enfuir. Elle aurait dû le faire bien avant. Mais elle n’en avait pas eu la force. Son père était beaucoup trop puissant pour qu’elle ne lui obéisse pas. On lui enfila la robe. Aryana était très jolie, mais elle aurait tant aimé être affreuse, afin que son futur mari ne la désire pas.
Aman vint la chercher. La cérémonie allait bientôt commencer. Les invités étaient tous arrivés. Aryana serra les poings. La rage était si forte, mais elle se sentait si faible et impuissante. Elle ne voulait rien savoir de ce « Shalin ». Elle se sentait piégée, mais il était trop tard pour tenter quoi que ce soit auprès de son père. Elle prit une grande respiration, puis suivit son père afin qu’il donne sa main à Shalin.
Aryana descendit et aperçut les invités. Elle reconnu son mari, vêtu d’un vetti et d’un chandail blanc. Son cœur se serra à nouveau. Elle baissa les yeux, soumise.
La cérémonie commença. Elle aperçut parmi les invités son cher ami Lankesh. La honte l’envahit immédiatement. Elle ne voulait pas qu’il assiste à ce mariage. Elle lui avait déjà offert son cœur, elle l’aimait tant. Ils s’étaient promis de s’aimer toute leur vie. Aryana n’avait pas pu avouer à Lankesh que son père avait convenu d’un mariage pour elle, il y a de cela quelques mois. Elle ne l’avait pas vu depuis le Nichayadartham, la honte et la peine étant trop intenses. Elle le trahissait. Et maintenant il le savait.
Le cœur d’Aryana se tordit lorsqu’elle remarqua que Lankesh faisait parti de la famille de Shalin. Elle étouffait. Elle comprit qu’il était le frère de Shalin! Une larme roula sur sa joue, lorsqu’elle réalisa qu’elle verrait l’homme qu’elle aime durant toute sa vie, sans pouvoir lui témoigner de l’amour. Comment oublier tous les moments de tendresse qu’ils ont partagés? Comment se résigner à être une bonne épouse pour Shalin? Aryana baissa les yeux et Landesh en fit autant. Shalin sourit en voyant la beauté se sa future épouse.
L'attente
par Samantha
Le soleil brille. Il éclaire mon visage comme jamais il ne l’a fait auparavant. En fait non, je me rappelle ce voyage que j’ai fait avec ma sœur, son charmant mari et leurs deux filles. Nous étions sur le bord de la mer, le sable était chaud et le soleil resplendissant. L’odeur saline de la côte et le bruit du fracassement des vagues réveillent mes sens. Puis, je revois Aurélie et Charlotte qui rient aux éclats. Elles étaient au paradis. Elles courraient sur la plage et sautaient dans les vagues.
Toutefois, le bip…bip… de mon électrocardiogramme me rappelle où je suis. Mon cœur malade n’en peut plus. Il est encore si jeune, mais déjà si fragile. Les médecins ne comprennent pas, je suis un « cas » rare comme ils disent. Je m’accroche en espérant qu’on me trouve un nouveau cœur. Il me reste encore tellement de rêves à réaliser. Rien d’extraordinaire, des rêves typiques de petites filles : descendre l’allée en robe blanche, avoir des enfants, une maison et un chien. Cependant, j’attends toujours que mon prince charmant vienne me libérer de ma forteresse. Donc, pour l’instant, je patiente sagement et je tente de me divertir sans donner trop de stress à mon cœur.
Nous sommes dimanche, je devrais avoir la visite de la petite famille de ma sœur. Ils viennent toujours me donner une dose d’énergie afin que je passe une autre semaine. Aurélie aime me montrer ses tours de magie. Elle est si petite, mais déjà si bonne. Elle m’épate à tous les coups. Pour sa part, Charlotte adore me dessiner des paysages avec de gros soleils, des jours de fêtes où tout le monde danse. Ses dessins sont si colorées qu’ils sont une réelle source de réconfort. Je les expose fièrement à côté de la fenêtre. Pendant ce temps, François, mon beau-frère, change les fleurs qui se trouvent sur mon bureau. Il prend soin de placer chacune d’elle afin que le bouquette soit parfait. Puis, Rachel, ma douce sœur, prend de mes nouvelles. Elle me montre les trouvailles qu’elle a faites pour moi à la bibliothèque. Elle est tout simplement là avec le sourire. Puis, au bout de quelques heures, ils repartent et moi, je fais une petite sieste pour bien emmagasiner toute la force qu’ils me transmettent.
On cogne, ce doit être eux. Mais non, c’est l’infirmière. Elle semble voler sur un nuage. Je me demande bien ce qui se passe. Elle me parle, mais je m’entends rien. Les idées se bousculent dans ma tête. Est-ce que j’ai bien compris, il y a un cœur qui m’attend? Un beau cœur en santé? Ça ne peut pas être vrai!
Le médecin entre à son tour. Il m’explique comment ça va se passer, me rappelle les risques. Ensuite tout déboule, les préposés viennent me chercher et me transportent jusqu’à la salle d’opération et l’anesthésiste m’endort. Est-ce que je vais me réveiller? Je ne le sais pas, mais je suis heureuse que ce jour soit enfin arrivé.
De longues heures plus tard, je me réveille. J’ai l’impression d’être dans les nuages, mais je sens le « boum, boum » qui résonne dans ma poitrine. Je suis en vie.
De retour dans ma chambre, ma sœur est là. Elle est seule et ses yeux sont gorgés de chagrin. Elle se précipite sur moi. Qu’est-ce qui se passe? Je suis en vie, elle devrait être heureuse. Pourquoi les autres ne sont pas là? Elle me dit que François n’est plus là, mais qu’il sera désormais en moi. Il a eu un grave accident plus tôt dans la journée et il n’a pas pu s’en sortir. Il m’a cependant légué son cœur.
15 mars
Cher journal,
Ça fait longtemps que je ne t’ai pas écrit… J’en suis vraiment désolée. À vrai dire, je ne crois pas que je t’aurais écrit par moi-même. C’est mon psy qui insiste. Je ne sais vraiment pas quoi écrire à part que je me sens vide…
17 mars
Bonjour journal,
Hier, je n’ai pas trouvé la force de t’écrire. À quoi bon? Ce que j’ai fait aujourd’hui? Rien, comme hier et avant-hier et tous les autres jours depuis la mort de Simon.
Je ne crois pas vraiment que ça change quelque chose de t’écrire…
22 mars
Cher journal,
Je reviens de mon rendez-vous chez le psy. Il a dit que je devrais « exprimer ma tristesse par écrit ». Alors voilà :
Je pleure sans arrêt depuis des mois. Je n’arrive pas à vivre sans Simon. C’est simple.
Je ne suis pas une romancière. Je veux bien essayer de mettre des beaux mots, mais c’est impossible de mettre de jolis mots à une si grande peine.
C’est assez pour ce soir.
23 mars
Cher journal,
Ma peine est toujours aussi grande qu’hier et je n’ai le goût de rien. Ma mère a appelé mon psy. Mon psy m’a appelée… j’aurai 2 rendez-vous par semaine à partir de maintenant.
Je vais aller pleurer puisque c’est tout ce que je sais faire.
25 mars
Bonjour journal,
Je reviens de mon rendez-vous de milieu de semaine. Mon psy aimerait que j’écrive un truc joyeux. Je lui ai dit qu’il n’y avait rien de joyeux dans ma vie présentement. Alors, il a dit d’écrire un vieux truc joyeux. J’ai donc décidé de découper la page de ma rencontre avec Simon et de la coller ici. Ça m’a fait remarquer que ça aurait bientôt fait 3 ans que nous nous connaissions… c’est de plus en plus triste ce moment joyeux…
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1er avril
Mon très cher journal!!!!!
Ce n’est pas un poisson d’avril : je crois que j’ai rencontré l’HOMME DE MA VIE!!!! Il est très tard, alors je fais ça vite ©©©
Comme je te l’ai dit hier, aujourd’hui, j’avais un rendez-vous avec SuperMax1979 ( le gars avec qui je conversais sur MSN) On s’était donné rendez-vous au resto bar Les trois Brasseurs à Montréal. J’arrive au resto, il y a un super beau gars au comptoir! J’étais tellement stressée que je me suis assise à côté de lui et j’ai parlé sans arrêt pendant un bon10 minutes!!! Il m’a regardée, bouche bée. Quand, enfin, je me suis tue, il m’a dit son nom : SIMON!!! Tu as tout compris, cher journal! Je me suis trompée de gars, mais ce n’est pas tout! Je me suis même trompé de resto! Je ne savais pas qu’il y avait plusieurs Trois Brasseurs! Peu importe! Ce joyeux quiproquo m’a fait passer la soirée avec le gars le plus intéressant qui m’ait été donné de rencontrer! Au diable SuperMax1979!
Bonne nuit cher journal!
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26 Mars
Cher journal
J’ai très mal dormi. J’ai pensé à ma rencontre avec Simon, j’y ai rêvé même… j’ai relu le passage à plusieurs reprises. Je l’aimais tellement. Je l’aime plutôt, même s’il n’est plus là.
Je dois voir Stéphanie aujourd’hui. Je n’ai pas envie de la voir. C’est elle qui a téléphoné ce matin. « Je t’emmène magasiner et tu n’as rien a dire !» Je n’ai pas vraiment envie, mais après tout…
26 mars (encore!)
Bonne nuit cher journal.
Je n’arrive pas à dormir. J’en profite alors pour te raconter un moment étrange de ma soirée : comme il neigeait et pleuvait intensément et que je n’avais que des souliers, Stéphanie a proposé d’aller chercher l’auto. J’ai attendu vraiment longtemps avant de distinguer sa Toyota. J’enfile mon capuchon et je fonce. J’ouvre la portière, m’assoie et dit quelque chose qui ressemblait à : « quel temps de merde! » Je me tourne et PAF! Ce n’est pas Stéphanie! Non seulement ce n’était pas elle, mais c’était un gars! J’étais assez gênée, tu ne peux pas imaginer. Je m’excuse, échange quelques mots, assez pour savoir qu’il travaille au Café Latté, sors de la voiture et aperçois la « vraie Toyota » de Stéphanie. J’embarque. Avec ce temps, elle ne s’est même pas aperçu que j’étais dans une autre voiture …
C’est tout!
Ps : le garçon était joli.
27 mars
Bonjour Journal
C’est étrange, je n’ai pas pleuré la nuit passée. Mon psy m’emmerde…
Bonne journée
28 mars
Allo
Je suis allée au Café Latté. Le gars à la Toyota était là. J’ai eu le droit à un café gratuit. Je suis incapable de dormir ( le café) J’ai su son nom : Yannick. Il est encore joli même avec sa petite casquette du bistro!
Bonne nuit
29 mars
Cher journal
Je n’ai pas parlé de Yannick, le gars à la Toyota, à mon psy. J’ai peur qu’il trouve que c’est un peu tôt pour rencontrer un autre garçon. Moi, je crois qu’après un an, ça ne peut que me faire du bien. Comme dans Twilingt quand Bella passe du temps avec Jack. Elle n’oublie pas Édouard… J’ai encore de la peine pour Simon, mais je ne pleure plus.
Je vais me coucher, bonne nuit, journal.
1er avril
…
Je hais cette date
J’ai pleuré
…
5 avril
Bonjour Journal
Je suis allée au Café Latté, j’ai revu Yannick. On a jasé un peu ( entre les clients). Il est gentil. On a échangé nos numéros.
6 avril
Aujourd’hui, j’ai ajouté Yannick sur mon Facebook. Si tu voyais ses photos!
8 avril
Bonjour mon journal
J’ai chatté avec lui!
Ça se peut qu’on se voie demain : « on s’appelle » c’est ce qu’il a écrit!
Bonne nuit
9 avril
Cher Journal!
Demain, j’ai un rendez-vous. Je crois que je suis de bonne humeur, ça fait tellement longtemps que ça n’est pas arrivé que je n’en suis même pas certaine de ma joie! J’airais préféré le voir ce soir, mais il devait remplacer un gars à sa job.
Je me sens mal de penser cela, mais j’ai hâte de le voir!
Bonne nuit
10 avril
Mon très cher journal!
Tu ne me croiras pas! J’ai passé une très mauvaise soirée.
Tout a commencé au restaurant. Je soupais avec Yannick et c’était super. Le resto était parfait, l’ambiance était géniale, la bouffe excellente et le vin était exquis. On a jasé des heures et des heures. D’ailleurs, quand nous avons quitté le resto (ou plutôt quand les serveurs nous ont mis dehors) il était très tard. On a marché sur le bord de l’eau, le courant était d’une puissance effrayante, et on a parlé et parlé, c’était magique! Je me suis même surprise à ressentir de petites étincelles de bonheur. Comme il faisait chaud dans la journée, nous n’avions pas de gros manteau et la nuit s’annonçait froide. Yannick m’a donc invitée chez lui. Son appartement était juste en face. J’ai hésité un peu puisque je savais comment ça se terminerait ( au lit!) mais après cette année d’abstinence, je me suis dit que cela ne serait pas si mal après tout.
Jusque là, tout était PARFAIT !!!! C’est chez lui que ça s’est « compliqué ». Son appartement était vide! Il n’y avait qu’un sofa, une télé, son lit une lampe de chevet par terre et une valise ouverte. Il s’est excusé en affirmant qu’il partait vivre à Vancouver et que c’était sa dernière nuit dans son appartement dont il avait transféré le bail pour la mi-avril. Je crois qu’il m’a expliqué ce qu’il comptait faire à Vancouver, mais je ne l’écoutais plus. J’étais bouche bée! Je n’en revenais pas. C’était très clair! Tout ce qu’il voulait de moi, c’était cette nuit! J’étais anéantie. Après un an de peine, j’osais m’ouvrir à quelqu’un d’autre et il osait me faire ça! C’en était trop! J’ai pris la lampe de chevet et je l’ai frappé de toutes mes forces! Il est tombé au sol. J’étais enragée. Ensuite, ce n’est plus très clair dans ma tête. Ce que je me souviens, c’est d’être sortie en le trainant ( il était lourd, ce n’est pas possible!) et je l’ai jeté à l’eau! Je n’ai vu personne… Bien fait pour lui. Le courant était si fort…
Je suis encore sous le choc
11 avril
Bonjour Journal
Je me suis réveillée après une très mauvaise nuit et instantanément la soirée d’hier m’est revenue en tête. Comme un zombie, je me suis fait un café et je me suis branché sur facebook et j’ai remarqué que Yannick avait changé son profil avant d’aller au resto : « Yahoo! Parti pour Vancouver! » L’écœurant!
J’ai attendu toute la journée la visite des policiers, mais personne n’est venu, personne n’a appelé…
26 avril
Cher journal
Désolée, je ne t’ai pas écrit plus tôt.
Deux semaines se sont écoulées et je n’ai reçu aucune visite des policiers. Je suis passé devant son appartement et il était habité par un couple.
Je n’ai pas raconté l’histoire à mon psy, ni à personne d’ailleurs…
Parfois je me demande si je n’ai pas tout imaginé… Aurais-je pu tuer Yannick sans me faire prendre?
Après tout, il ne s’agirait pas de la première fois…
Journal intime
Par Émilie Jolie
Jeudi 2 septembre
Cher journal, aujourd’hui j’ai vu le plus beau garçon de l’école. Je l’ai aperçu au coin du corridor, près des casiers et je crois que j’ai eu le coup de foudre! Mon cœur s’est mis à battre très vite et très fort. Je dois le revoir et savoir qui il est!
Vendredi 3 septembre
Je l’ai revu aujourd’hui dans mon cours de mathématiques! Il est aussi dans mon cours de français! Ça ne se peut pas! Je vais pouvoir le voir à presque tous les jours! J’ai écouté le professeur pendant qu’il prenait les présences et il s’appelle Christophe. Christophe, quel beau nom… Émilie et Christophe, ça sonne bien!

Mardi 7 septembre
Christophe est tellement beau. Il est juste trop beau! ! Il est grand, beaucoup plus grand que les autres garçons. C’est le meilleur en éducation physique, il est même le capitaine de l’équipe de basket. Je l’aime tellement! Il a de beaux yeux, d’un bleu profond. Son regard m’hypnotise. Il a de magnifiques cheveux noirs et le teint foncé, j’en suis folle raide. Il a un sourire craquant et des dents parfaites. Je dois faire une enquête pour savoir s’il a une blonde… à suivre!
Vendredi 24 septembre
Depuis le début de l’année, j’observe Christophe en silence pendant les cours. Je ne veux pas qu’il s’en rende compte, mais en même temps, je ne peux pas m’en empêcher! Il y a juste ma best, Camille, qui sait que je suis en amour avec lui. Je n’ose pas en parler aux autres, cela me gêne trop. Et il y a aussi toi, mon journal, à qui je confie tout. Camille et moi, nous croyons que Christophe est célibataire. On ne l’a jamais vu avec une fille. Il est toujours avec ses amis et joue au basket. Je n’arrive pas à croire qu’un beau gars comme cela soit célibataire.
Mercredi 13 octobre
Je pense encore et toujours à Christophe… J’espère tellement qu’un jour il va me remarquer! À chaque pause, je me promène dans l’école pour le voir. Il est toujours près des casiers et il jase avec ses amis. Je passe devant lui en espérant qu’il me regardera, me sourira.
Lorsqu’on dîne à la cafétéria, je m’assoie toujours à la table près de lui. Ainsi, je peux l’observer longuement, attentivement. Mais il ne me voit pas, il parle toujours avec ses amis. J’aimerais tant qu’il se lève un jour et qu’il vienne s’asseoir avec moi! Que l’on puisse enfin se connaître… Je suis beaucoup trop gênée pour faire les premiers pas, mais je l’aime tellement! Que puis-je faire pour qu’il me remarque?
Jeudi 28 octobre
I LOVE CHRISTOPHE 
Jeudi 18 novembre
Aujourd’hui, on faisait des présentations orales dans le cours de français. J’ai pu regarder Christophe… Comme il est beau! Il était tellement drôle, il faisait rire toute la classe. Je n’arrête pas de penser à lui!
Mardi 21 décembre
Aujourd’hui c’est la dernière journée avant les vacances de Noël. Je vais tellement m’ennuyer de Christophe, je ne pourrai pas le voir pendant deux semaines! Peut-être que lui aussi va s’ennuyer de moi, et il va enfin se rendre compte qu’il m’aime? J’aimerais tellement ça!
Mardi 8 février

Lundi 14 mars
J’aime Christophe! I love Christophe! Camille me dit que je devrais aller lui parler, ou lui écrire une lettre pour lui déclarer mon amour une fois pour toutes. Il est certain que de lui écrire une lettre serait moins gênant que de lui dire en personne, mais s’il ne veut rien savoir de moi, ça serait quand même beaucoup trop gênant! Il est trop beau pour moi, jamais il ne va accepter de sortir avec moi!
Jeudi 19 mai
Cher journal, il y a longtemps que je n’ai pas écrit, mais il n’y a rien eu de nouveau concernant Christophe. Mais aujourd’hui, il s’est enfin passé quelque chose!
Ce matin, dans le cours de français, il m’a regardée! Pendant que le professeur écrivait au tableau, il s’est retourné et m’a regardée, droit dans les yeux! Je suis devenue rouge, envahie par la gêne. J’ai immédiatement baissé le regard sur mon exercice portant sur les homophones en espérant qu’il n’ait rien vu de ma gêne! Je n’en reviens pas! Il m’a enfin remarquée! Il m’a regardée! Je suis tellement heureuse!

Vendredi 20 mai
Aujourd’hui, à l’heure du dîner, je me suis assise comme à l’habitude à la table près de celle de Christophe. Il était encore entouré de ses copains. Camille essayait d’attirer l’attention de Xavier, le garçon sur qui elle a décidé de jeter son dévolu. Camille est en amour avec tous les garçons, l’un après l’autre. À chaque semaine, elle en choisit un différent, mais n’a jamais eu de copain pour vrai. Moi, mon amour pour Christophe est sérieux. Je lui en parle à tous les jours depuis le début de l’année.
Alors que je réussissais enfin à capter l’attention de Camille, j’ai croisé à nouveau le regard de Christophe! Il regardait encore vers moi! J’étais tellement gênée! J’ai détourné le regard, mais je sentais qu’il me regardait encore. Lorsque j’ai posé mes yeux sur lui à nouveau, il m’a sourit gentiment, puis il a continué à parler avec ses amis. Qu’est-ce que cela veut dire! Ça fait deux fois cette semaine que Christophe me regarde! Et en plus, Camille n’a rien vu! C’est ma meilleure amie, elle aurait dû voir ce qui s’est passé!
Je n’arrive pas à y croire, Christophe m’a remarquée, il m’a sourit! Camille pense que c’est bon signe, que j’ai enfin des chances avec lui (même si elle n’a pas vu ses regards)! J’aimerais tellement cela! J’aimerais tellement qu’il vienne me parler… Qu’il m’avoue son amour… Ah que je l’aime… !

Jeudi 26 mai
Ce soir, Camille et moi irons voir la partie de basket à l’école. Il va voir que je suis intéressée lorsqu’il me verra assise dans les estrades! Il va comprendre que je l’aime, c’est certain! Ensuite, il va faire les premiers pas, car il est beaucoup moins gêné que moi! Il va peut-être même m’inviter à aller au cinéma! Ok, je dois me ressaisir! Je vais le regarder jouer au basket, il n’aura même pas le temps de me voir dans l’estrade…
***
Je suis de retour de la partie de basketball. Finalement, comme je l’avais prédit, mon scénario fabuleux ne s’est pas concrétisé. Ils ont gagné la partie, Christophe a fait un panier, mais c’est tout, il n’est pas venu me parler après la partie. De toute façon, qu’est-ce que j’attendais? Bonne nuit cher journal!
Lundi 30 mai
Ce matin, à la récréation, nous faisions notre promenade comme à l’habitude, Camille et moi. Christophe était toujours près des casiers, entouré de ses amis. Je passais devant lui, et il nous a regardé! Camille n’en reviennait pas, elle a enfin vu que je n’imaginais rien! Christophe m’a encore regardée! Je commence à croire qu’il est intéressé! Les signes ne mentent pas. Cela fait maintenant trois fois que Christophe me regarde, il m’a même sourit! J’ai enfin des chances!
Mardi 14 juin
Deux semaines se sont écoulées. Christophe m’a regardée à quelques reprises, il m’a sourit dans la cafétéria mercredi dernier! Dans le cours de sciences, nous avons eu un travail d’équipe à faire! Le professeur choisissait les équipes et, miracle, j’ai été placée avec Christophe! J’étais tellement gênée mais tellement heureuse en même temps! J’ai passé la période complète à ses côtés, le vrai bonheur.
Fidèle à mon habitude, je suis restée silencieuse durant le travail d’équipe. Les seules phrases que je disais concernaient le travail. Christophe faisait le bouffon, tout le monde rigolais! J’étais figée! Est-ce que cela fait toujours cela l’amour? Christophe essayait de me faire rire. On dirait qu’il voulait se rapprocher de moi, ou à tout le moins me connaître un peu plus. Il m’a même demandé si j’allais voir la partie de basket ce soir! Je lui ai dit que j’irais sûrement, comme à l’habitude! Il a semblé heureux. Mon dieu, est-ce possible? Christophe qui s’intéresse enfin à moi? Christophe qui veut me voir le soir après l’école et qui m’invite au basket?
Mercredi 15 juin
Mon souhait le plus grand serait d’aller au bal des finissants avec Christophe. L’école se termine dans moins de 2 semaines et je n’ai toujours pas de cavalier. J’aimerais tellement cela que Christophe m’invite! Je n’ai pas le courage de lui demander. Il va rire de moi, c’est certain! Camille pense que je devrais lui demander. Elle dit que je n’ai rien à perdre car de toute façon, s’il dit non, je ne le reverrai plus dans 3 semaines, à moins qu’on aille au même Cegep. Si je n’ose pas lui demander, je ne le reverrai peut-être jamais de toute ma vie et je regretterai de ne pas lui avoir avoué mon amour. Quel dilemme! Je veux lui demander, mais je suis tellement gênée!
Jeudi 16 juin
Cher journal, aujourd’hui, c’est décidé, je prends mon courage à deux mains. Je vais demander à Christophe s’il est accompagné pour le bal. S’il ne l’est pas, je vais lui demander s’il veut y aller avec moi. Je te raconte tout en détail ce soir!
Vendredi 17 juin
Cher journal, mes émotions sont trop fortes, indescriptibles! Hier, je suis allée voir Christophe, avec tout le courage que j’avais, afin de lui demander s’il voulait m’accompagner au bal. Je me souviens mot à mot ce qu’on s’est dit :
- - Allo Christophe!
- - Salut!
- - Je… je me demandais si tu étais accompagné pour le bal…
- - Euh… en fait, je voulais justement te parler…
Mon cœur battait la chamade, je ne pouvais plus respirer. Allait-il m’inviter enfin au bal? J’allais m’effondrer, mes genoux étaient trop faibles pour supporter mon poids!
- - Oui?
- - Je me demandais si Camille était accompagnée… Je suis trop gêné pour lui demander directement.
- - Je… Je peux lui demander si elle est intéressée. Je… Ok... bye!
J’étais foudroyée, sur place. Je suis allée me réfugier aux toilettes.
Ça ne se peut pas qu’il m’ait dit cela. Ça ne se peut pas! Non!!!! Les signes étaient pourtant là! Il me regardait et me souriait simplement pour se rapprocher de Camille! Comme c’est injuste! J’ai le cœur brisé en mille morceaux. J’ai de la peine et je n’ai pas envie de parler à Camille.
Bonne nuit journal…

MERCI
Avant tout, nous tenons à vous remercier d'avoir bien voulu jouer le rôle de juges! Grâce à vous, notre petit concours est possible! MERCI!
Gagantes
Bravo à Josée ( Biscuit au chocolat) et Marie-Hélène ( Plume de paon) , les deux gagantes du thème et si on y allait en voiture.
Nouveau thème
Vous avez bien lu, le nouveau thème est bien quiproquo. Les histoires seront disponibles à partir du 1er octobre.Vous aurez jusqu'au 15 octobre pour voter.
Décision difficile
Plusieurs personnes nous ont demandé de pouvoir participer à notre concours. Étant donné que nous avions beaucoup de demandes, nous avons voté un moratoire. J'invite les personnes concernées à s'adresser à nous en personne afin qu'il n'y ait pas de malentendu...
Y aller en auto, ça signifie beaucoup de minutes avec toi. Y aller en auto, ça signifie que j’aurai le pouvoir de dire le mot magique lorsqu’une chanson quétaine jouera et que je voudrai l’écouter jusqu’au bout. En nous y rendant en auto, les conversations découleront d’elles-mêmes, puisque nous n’aurons pas nécessairement à nous regarder dans les yeux pour nous dire ce qui vient du cœur.
Nous finirons par éteindre la musique. C’est que la route ne sera pas assez longue pour tout ce que nous avons à nous dire. Le temps a passé, les sujets se sont accumulés et notre complicité est restée la même.
Arrivés à destination, nous oserons un regard vers ce qui nous aura séparés… Un regard bref, pour ne pas gâcher cette parfaite journée : soleil, humeur joyeuse, retrouvailles inattendues… Puis, nous remonterons en voiture, le laissant derrière nous.
Ensuite, il faudra revenir. La page sera alors définitivement tournée. Seuls les bons souvenirs devront demeurer et l’un comme l’autre devront continuer à avancer, sans l’autre. Il faudra avancer, probablement à une vitesse différente, mais avancer quand même.
Lorsque nous serons revenus, le son du moteur qui s’éteint sera la cloche de la fin: la fin d’une belle balade, la fin d’une belle histoire.
Nous aurions évidemment pu y aller en auto, mais séparément. Alors ce moment n’aurait pas eu lieu. Ce rituel ne se serait pas déroulé. À toi, je te dis merci.
Réveil
J’ouvre les yeux. Des étoiles... mais où suis-je ?
Je me lève tranquillement et étudie ce qui m’entoure : un champ, la nuit, une route…
Pourquoi suis-je ici ?
En me levant, j’en profite pour fouiller dans ma mémoire à la recherche d’indices. Hier, était-ce hier ? Sommes-nous encore hier ? Peu importe. Je fais l’inventaire de mes souvenirs : le souper au resto avec les gars, la bière et ensuite le bar. J’ai bu. J’ai définitivement trop bu. J’ai tout oublié. Le classique : les gars en ont sûrement profité pour me jouer un tour puisque j’étais trop saoul. Je les imagine facilement dire en pouffant de rire : « Pourquoi ne pas abandonner Jacob dans un champ… quel réveil il aura ! »
Bravo.
Quoi qu'il en soit, je suis ici.
Seul.
Fred, Claude et Marc ont sûrement terminé la soirée ailleurs. Je cherche mon téléphone… l’ouvre… Évidemment, ces machins ne fonctionnent jamais quand on en a vraiment besoin !
Quelle heure est-il ? J’ai perdu ma montre. Quelle soirée de merde ! Sophie va me tuer. Je dois rentrer au plus vite… Au moins, il fait encore nuit. Mes chances qu’elle soit au lit et qu’elle ne se soit pas rendu compte que je ne suis pas encore rentré sont bonnes. Je commence à marcher. Une voiture arrive… C’est peut-être les gars qui reviennent me chercher… Elle fonce droit sur moi. Attention ! Quel chauffeur ! Il n’a même pas ralenti, un peu plus et je prenais place sur le pare-brise avec les mouches ! Je sais bien qu’il fait noir, mais il me semble que lorsqu’on croise un homme en pleine nuit, on ralentit, on se demande ce qu’il fait seul sur le bord de la route ! Les gens se foutent des autres de nos jours. Plus personne ne fait attention à personne.
Je continue donc à marcher, un peu plus dans l’accotement, presque dans le fossé.
Je marche, je marche, je marche. On dirait que ça fait une éternité que j’avance. Je commence sérieusement à ne plus trouver cela très drôle. Ils ne perdent rien pour attendre, me faire un coup pareil. Je sais déjà ce qu’ils vont dire : « tu l’as bien mérité avec tous les coups que tu nous as fait subir ! » C’est vrai que je n’y suis jamais allé de main morte lorsqu’ils avaient trop bu. Je pense à tous ces mauvais coups et je rigole un peu : le film de Marc dansant avec un inconnu sur Youtube, la crème fouettée dans la main de Frédéric lorsqu’il dormait au chalet, la fois où j’ai collé le siège de toilette de Claude avant son réveil, disons explosif, après une méchante brosse… mais de là à m’abandonner seul dans un champ. Ils n’ont pas idée de tout ce qui aurait pu m’arriver ! Déjà que Sophie ne les porte pas dans son cœur. Si je ne rentre pas trop tard, où tôt, je pourrai lui cacher ce moment gênant.
J’en ai marre de marcher, je lève le pouce. Quelqu’un m’embarquera peut-être. Bof, quand je pense à tous les pouceux qui n’ont jamais pris place dans ma voiture, je réalise que mes chances sont faibles d’avoir un lift. D’ailleurs, ma voiture, où est-elle ? J’ai mes clés avec moi, donc les gars ont pris un autre véhicule pour me laisser seul au milieu de nulle part. Si seulement je me souvenais de ma soirée. Les voitures passent à côté de moi, mais aucune ne ralentit. Je croise même quelques voitures de police et deux ambulances. C’est une grosse nuit ! Je continue ma marche.
Enfin ! J’arrive dans mon quartier. Aucun conducteur n’a daigné s’arrêter pour moi, mais j’arrive bientôt à la maison. Les rues sont désertes. C’est fou comment le monde est calme la nuit. Pas d’enfants qui crient, pas de chien qui jappe, pas de voisin qui tond son gazon. La paix. Tout de même, j’ai hâte de rentrer chez moi.
Enfin arrivé à destination. Les lumières sont éteintes. Sophie dort paisiblement, les gars ne sont pas chez moi, c’est au moins ça. Je me demande où est-ce qu’ils sont. Je pourrais les appeler avec mon téléphone de maison, mais si je réveille Sophie, je devrai expliquer que je ne sais pas où est la voiture, que mes amis m’ont abandonné dans un champ et elle se rendra bien vite compte que j’ai trop bu ce qui l’a mettra dans une colère. De plus, elle recommencera son discours de ce matin : « tes amis ont une mauvaise influence sur toi blablabla bliblabla… » Demain, je les appellerai demain.
Je me couche donc à côté d’elle sans faire de bruit, sans faire bouger les couvertures. Un œil au cadran : 4h32. Je retiens mon souffle, il ne faut pas qu’elle se réveille. Opération réussie ! J’attends que le sommeil s’empare de moi. Demain, je réglerai tout avec les gars et j’irai chercher la voiture.
4h33 : le téléphone retentit. Non ! J’espère que ce ne sont pas eux qui appellent afin de savoir si je suis rentré ! Je n’ai pas le temps de prendre le téléphone que Sophie s’assoie dans le lit. « Je vais répondre » lui dis-je avec une fausse voix endormie. Cependant, elle fait comme si elle ne m’avait pas entendu se lève et décroche. Je retiens mon souffle : elle va me tuer. Se faire réveiller en pleine nuit par mes amis saouls qui veulent rire de moi parce que j’ai trop bu… Long silence. « Ok, où, comment… » silence « non, non, non, ce n’est pas possible… » Je commence à angoisser : il est arrivé quelque chose aux gars… J’essaie de me souvenir de ma soirée… qu’est-ce qu’on a fait ? Elle raccroche. Pleure. Je lui demande qu’est-ce qu’il se passe. Pas de réponse. Je suis cloué sur place. Je redemande. Elle reste muette malgré ses larmes. Elle semble m’ignorer. Au moment où je me lève pour aller la rejoindre, elle décroche le téléphone, signale. Un sanglot. « Qui appelles-tu ? Qu’est-ce qui se passe ? » Pas de réponse. Son interlocuteur semble avoir répondu et elle murmure la voix nouée par la tristesse : « Maman, c’est Jacob… » et paf ! Tout redevient clair : le resto avec les gars, la bière et ensuite le bar, la bière, la musique, les shooters, la fermeture du bar, les gars qui ont faim, Marc qui veut une pizza de chez Pizza Plus et aucune autre. Claude qui lui dit que ça va nous prendre une bonne heure marcher jusque-là et moi qui lui répond : « et si on y allait en voiture ? » Ensuite, la route, les lumières aveuglantes d’une voiture venant à contresens, le choc, le champ…
J’aime l’été. La chaleur. Les orages. Les fleurs partout, partout. Les roses de grand-maman. J’aime les pivoines. Elles sont énormes. Leurs tiges tombent sur le sol. Maman dit que c’est pour que les fourmis puissent descendre et monter. Parfois, je les aide à monter sur les pivoines en prenant une grosse feuille. Ça va plus vite. Maman dit que les fourmis boivent l’eau qu’il y a sur les pivoines. J’aime regarder les fourmis. Elles marchent vite. Il y a des fourmis partout chez moi. Le terrain est grand. À la grange, les fourmis se promènent sur les planches de bois. Lorsque je vais près du ruisseau, je les observe encore. Leur maison est là. Maman dit que ça s’appelle une fourmilière. C’est un beau mot. Une maison pour les fourmis.