Le 4 juillet 2005, j’ai arrêté de fumer. Trois semaines plus tard, je prenais ma voiture à 3h du matin pour aller vérifier si mon frère respirait encore. J’ai eu envie d’une clope, évidemment, une heure aller, une heure retour, ça laisse le temps de se dire qu’on en grillerait bien une. Et puis je me suis dit que si je pouvais traverser ça sans clopes, alors je pourrais traverser beaucoup d’autres choses sans clopes. A commencer par la vie quotidienne.
En octobre, j’ai perdu mon arrière grand-mère. Une belle mort, à 98 ans, mais une mort quand même… Une semaine après, mon frère faisait une tentative de suicide. Urgences, coma, puis hospitalisation en hôpital psychiatrique, 3 semaines de visites, puis le retour.
Noël a été difficile, comme tous les Noëls. Ma mère en larmes, mon père pas loin de l’imiter, ma frangine qui en a ras le bol et moi une semaine en arrêt sous lexomil, trop de pression. En janvier, il manque délibérément un virage en scooter, ce n’est physiquement pas grave, mais il est de nouveau hospitalisé trois semaines. Pas facile de rendre visite à son petit frère dans une chambre dont les fenêtres ne s’ouvrent pas, et dont les toilettes ne ferment pas à clé…
Il ne coopère pas, ne veut pas se soigner, et ressort quasiment aussi mal qu’en arrivant, les médicaments en plus. De crises d’angoisses en sms sinistres au milieu de la nuit, nous voguons tant bien que mal jusqu’en mai. Disparition pendant 3 jours, aucune nouvelle. Comme d’habitude quand ça ne va pas, c’est moi qu’il appelle. Il est monté à Paris, ne sait pas s’il veut rentrer. Il revient finalement, repart quelques jours plus tard, une semaine complète sans donner de nouvelles, volant au passage la voiture de mes parents. Depuis, une semaine sur deux, il pète un plomb, m’appelle à l’aide, veut en finir… J’ai passé il y a un mois 4h aux urgences pour essayer de lui expliquer qu’il doit se prendre en main et se soigner s’il ne veut pas que ça finisse mal. En vain. Et on continue...
Je suis devenue en quelques années le réceptacle des angoisses de mon frère, et l’épaule dont ma mère se sert en cas de besoin (ce qui revient à 2 ou 3 coups de fils par semaine, à raison de ¾ d’heure par coup de fil…). Elle est d’ailleurs devenue anorexique dans la foulée, à force de porter son fils à bout de bras depuis 14 ans. Elle ne se l’avoue pas, mais 42 kilos pour une femme de 54 ans, ce n’est pas commun.
Ajoutez à ça du harcèlement moral au boulot, une fatigue nerveuse plus qu’avérée par moments, et quelques ennuis de santé, et vous aurez un tableau assez juste de l’année qui vient de s’écouler. Une année pourrie, la plus pourrie de toutes je crois, mais une année sans tabac.
Alors évidemment, j’en suis particulièrement fière, de cette année. Je ne vous raconte pas tout ça pour que vous pleuriez dans les chaumières, ni pour que jetez des fleurs, mais pour que vous vous rendiez compte d’une chose : Arrêtez de croire que vous n’en êtes pas capables parceque le contexte est difficile. Arrêtez de voir les évènements négatifs comme des obstacles à votre arrêt, mais comme autant de défis à relever. Passez en un, et les autres paraissent moins haut. Croyez en vous, ce ne sont pas les éléments extérieurs dont il faut vous mefier, mais de vous-même. Vous pourrez l’attendre aussi longtemps que vous voulez, le bon moment n’arrivera jamais. Alors préparez-vous, lancez-vous, et surtout, positivez, c’est la clé de tout. Si j’ai réussi, je ne vois pas pourquoi vous ne seriez pas capable d’en faire autant.