13-jun-2008
Quand maman est dans les parages.

Jordan à 9 ans.  En fait, il l'a apprit aujourd'hui car avant que je lui mentionne, il ne connaissait ni sa date de fête, ni son année de naissance. Comment peut-on se construire une identité en ne sachant  pas ces informations?   Oui, l'âge est subjective diront les puristes. Néanmoins, dans la tête d'un enfant, c'est une toute autre histoire.

Je le vois demander à sa mère :  «Maman, quand est-ce que je suis né

Et celle-ci lui répond: « Je suis pas trop sûre, je dois avouer que j'étais pas mal stone dans ce temps-là ; avec l'alcool, le freebase et l'épidural, il me manque des bouts!»

Semblable à beaucoup d'autres, Jordan est né d'une mère toxicomane et d'un père perdu dans la brume. Par une nuit où le seuil de tolérance des enfants avait été atteint, la soeur de Jordan le prit par la main et se sauva directement au poste de police afin de dénoncer leur condition.  Aucune nourriture dans la maison, la drogue prennant la totalité de l'argent de la mère.  Aucun encadrement, les enfants étaient laissé à eux-mêmes. Violence conjugale, violence-tout-court. Ces piètres qualités de vie ont fait de Jordan un enfant vivant de graves troubles du comportement.  Tellement qu'à huit ans, il aura un ordonnance de la cours lui interdisant d'approcher à plus de 100m la cours d'école, suite aux nombreux incidents violents dont il aurait été le protagoniste.

À son arrivé ici, on se rend compte que Jordan est un petite garçon très attachant qui n'a pas un once de méchanceté dans le corps, seulement un besoin imminent d'encadrement et d'attention.  La mère semblait se stabiliser et faire les efforts afin de ravoir ses enfants à la maison.  Nous parlions même d'un retour en milieu familiale pour Jordan, avant même la fin de son ordonnance ce qui est très rare et surtout très encourageant. 

Ce qui deva arriver arriva, la mère rechute et part au large là où le mal n'existe plus, où tout devient rêve, oublie que trois enfants la requiert et ne prend surtout pas conscience que ses gestes pertuberont ces enfants jusqu'à un point de non retour. 

Entre deux bonne pofs, elle dira à Jordan:

«N'écoute pas les autres, maman te dit que le mois prochain, tu reviendras à la maison, j'en ai pas de problème»

Et le mois suivant, Jordan attend toujours

« N'écoute pas les autres Jordan, Maman n'a pas de problème et fait beaucoup d'effort pour te ravoir.  Les gens te mentent, tu ne restera pas là-bas parce que ton placement est une erreur, ce sont des voleurs d'enfants.» dit-elle en regardant le fond de sa bouteille de Jack Daniel's

Et Jordan attend toujours, refusant de manger comme s'il cherchait à se punir lui-même, à protester passivement.  Comme si les déboires de maman-chérie étaient de sa faute, comme si le monde entier se porterait mieux sans sa présence.

Maman rajoute après avoir acheter une bonne quantité de coke: «Je te promet, je viens te chercher dimanche et dès que j'ai de l'argent, je viendrai te voir plusieurs fois par semaine, parce que je t'aime, parce que tu es mon fils et c'est ce que fait une mère

Et Jordan attend toujours.  Isolé dans sa chambre, pleurant sur son oreillé, rejettant tout les autres parce que si sa mère ne l'aime pas, personne ne peut l'aimer.

Alors nous coupons les contacts, faute de fausses promesses, de désillusion et Jordan reprend du poil de la bête en s'habituant à une vie sans maman.  Elle surgit parfois de nul part, refait son discours, ses promesses et bascule la vie du petit pour un moment, le moment de lui redonner espoir.

Qu'arrivera-t-il quand l'espoir sera mort? Quand il comprendra enfin que maman-toxicomane à réellement des problèmes, de gros?

Jordan continuera d'aimer sa mère, inconditionnellement, problèmes ou non, simplement parce qu'elle porte le nom : M-a-m-a-n.

écrit par Nancy à 10:21 | dans:
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