Sois toujours poète, même en prose | |
Chut - la lente extinction du silence
10:39, 1-aoû-2008
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J'aime le silence quand je bouquine en bibliothèque.Pas le silence pesant et moite de l'absence, quand la climatisation ne fonctionne pas bien et où les lecteurs préfèrent encore l'ombre d'un arbre à s'enfermer dans le sauna qu'est devenu la bibliothèque. Pas le faux silence engendré par l'ambiance chargée d'électricité qui s'installe cinq minutes avant la fermeture, quand les usagers retardataires arpentent les rayons en vitesse et maltraitent les livres sur les chariots pour ne pas vivre l'affront de ressortir les mains vides. Pas le silence hypocrite, chuchoté de toutes ses forces, plus bruyant qu'une conversation à voix basse. C'est le silence de connivence, le silence respectueux que je préfère, celui qu'on brise quand on s'excuse tout bas de déranger une personne absorbée par un quatrième de couverture. J'aime le silence de tous ces lecteurs qui sont en quête d'une histoire, d'un moment d'évasion, de vérité, de faits, d'expérience. C'est dans ce silence que je sens que je fais partie d'un phénomène plus complexe qu'une communauté de lecteurs alors que nous entreprenons tous notre mouvement vers le texte d'une autre réalité. J'affectionne le silence des enfants, un silence fragile qui contient trop d'enthousiasme pour vivre bien longtemps. J'aime sa rareté et sa signification. J'aime le silence sage d'un garçon, les bras chargés d'albums presqu'aussi hauts que lui, qui fronce les sourcils quand son père remet un livre sur la tablette. Le bris de ce silence est aussi intelligent que le silence qui l'a précédé. "Pourquoi tu ne le prends pas?" C'est une belle leçon tout de même que de constater qu'on a le droit de choisir (Pennac le dit tellement mieux), qu'on a le droit de remettre un livre sur les tablettes, qu'on a le droit de trouver que le dernier roman de tel monstre sacré a l'air drôlement moche. Qu'on a le droit de choisir, de critiquer, de juger, sans dire un mot, sans expliquer et de garder ses raisons pour soi. J'ai un faible pour le silence qui suit la conversation excitée entre deux férues de grands romans d'amour qui ne peuvent attendre d'arriver à la maison avant de se plonger en vitesse dans une nouvelle intrigue. J'aime ce contentement sans paroles qui suit tous les superlatifs. Le silence se meurt entre les sonneries de téléphone cellulaire. Il fait pourtant partie de l'expérience. Laissez un commentaire { Page précédente } { Page 5 de 10 } { Page suivante } |
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