Sois toujours poète, même en prose

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Mon nouveau "mononcle"

18:58, 12-aoû-2008 .. 0 commentaires .. Lien
C'est décidé. Je viens d'adopter un nouveau membre dans ma famille fantasmée.

Je suis en train de lire On writing: a memoir of the craft de Stephen King. Plus j'avance et m'enfonce dans son essai, plus il me semble que c'est le parfait "mononcle" épeurant. Il voit des histoires comme des fossiles à extirper soigneusement de son passé. Il confie que sa muse est un gros bonhomme qui vit dans son sous-sol et qui fume des cigares en astiquant ses trophées de bowling.

Cela fait longtemps que je ne me suis pas amusée autant en lisant.

Il a ses détracteurs; par contre, il a une conception bien terre-à-terre de l'écriture et très honnêtement, c'est réjouissant.

Il y a un bail que je ne le lis plus. Mes styles et intérêts sont ailleurs aujourd'hui, mais je n'oublie pas qu'il est un des cinq auteurs à m'avoir fait ressentir la peur froide, celle qui prend aux tripes parce que l'histoire ou les sentiments me paraissaient trop réels et/ou possibles ou bien la fin m'angoissait. La liste est courte: Huxley et Le meilleur des mondes; Ray Bradbury et Fahrenheit 451; Richard Matheson et le terrifiant Je suis une légende; Dan Simmons et L'Échiquier du Mal; et King avec Misery.

Ça me rappelle les frissons des recueils de nouvelles d'Alfred Hitchcock présente, l'émission de télé du même nom, et pour une raison qui m'échappe, la fugue et toccate en D mineur de Bach.


Ouvrir

16:40, 11-aoû-2008 .. 0 commentaires .. Lien
Je ne pense qu'à cela depuis des jours. L'action me permettra de rejoindre un lieu que j'ai envie de retrouver. C'est un party interne, qui fait que tout est possible parce que tout est là.

Ces jours-ci, je traîne. Je la sens, la peur de ne pas pouvoir revenir à ce fameux état qui me glisse entre les doigts, et que je ne peux pas sentir parce que c'est toujours comme cela quand on regarde de trop près. J'essaie de ne pas trop m'enrager contre moi-même. Je suis en train d'apprendre mais je voudrais y arriver tout de suite et porter en moi mes deux conditions d'écriture - une qui vient de l'esprit, de la réflexion; l'autre qui vient d'un endroit non spécifié dans la région du nombril, un lieu qui ne connaît pas encore les mots et qui les découvre en même temps que mes doigts.

Un fragment de logique me surprend alors que je suis en train de faire une niaserie, n'importe quoi, vraiment. J'enleve les feuilles mortes de mon géranium, je remplace le rouleau de papier hygiénique, je mets du savon à lessive dans la machine à laver... Il me traverse furtivement, c'est une ombre un soir de pluie, un fil ténu qui m'échappe parce que j'ai l'esprit un peu trop épais pour le saisir.

Ouvrir.

Le mot me taraude et me nargue. J'en dors mal; je me réveille la mèche raide et le visage chiffonné à quatre heures du matin. Pour ouvrir, il faut être prêt à faire face à tout se qui se cache derrière la porte. Il faut avoir le pied chatouillé par le besoin d'avancer.

Ça s'en vient. Ça s'en vient.


Conditionnel

06:46, 7-aoû-2008 .. 0 commentaires .. Lien

J'ai les yeux grands ouverts depuis une heure. 

J'ai l'impression que je devrais être sous les couvertures plutôt que de regarder le soleil se lever.  Il y a un cardinal qui chante, perché sur un fil électrique; la brise est fraîche et  j'ai les pieds froids.

Je devrais, je devrais. Je devrais faire ceci, je devrais être comme cela. Le conditionnel gâche ce qui est. Il le rend moins beau, moins inspirant, insatisfaisant.

Le conditionnel dénature la beauté du début du jour. Le conditionnel, c'est une fatigue de fin de nuit.



J'ai mal à l'art

14:17, 5-aoû-2008 .. 0 commentaires .. Lien
Il y a une pile de livres portant sur l'identité professionnelle sur ma table de travail, juste à côté d'un géranium agonisant et d'un petit paquet d'articles sur la carrière de type artistique. Je suis en train de me demander ce qui m'apprendra le plus aujourd'hui.

Surprise, surprise: les artistes ont une conception différente de la carrière, autre que ce que les travailleurs dits "conventionnels" entretiennent. Les chercheurs se désolent sur le peu de recherche fait dans ce domaine. On biffe. Je me désole du peu de recherche fait dans ce domaine. Étrange tout de même que l'écrasante majorité des recherches sur la créativité portent sur les sciences, l'économie, la gestion, la résolution de problèmes...

Et l'art, là-dedans?

J'ai un peu mal à la tête. C'est mon sujet de maîtrise.

Que dire de ces mythes qui enferment l'artiste dans une prison de croyances cloisonnant les arts et leur pratique? Les mythes sont tenaces: pour être un 'vrai' artiste, un pur, un dur, on doit souffrir, on doit avoir faim, on doit être constamment sur la corde raide, on doit être pauvre, l'argent salit le talent. 


"Tu fais de l'argent avec ton art?
Tu en vis?
....

À qui ou à quoi t'es-tu vendu? "



Chut - la lente extinction du silence

10:39, 1-aoû-2008 .. 2 commentaires .. Lien
J'aime le silence quand je bouquine en bibliothèque.

Pas le silence pesant et moite de l'absence, quand la climatisation ne fonctionne pas bien et où les lecteurs préfèrent encore l'ombre d'un arbre à s'enfermer dans le sauna qu'est devenu la bibliothèque. 

Pas le faux silence engendré par l'ambiance chargée d'électricité qui s'installe cinq minutes avant la fermeture, quand les usagers retardataires arpentent les rayons en vitesse et maltraitent les livres sur les chariots pour ne pas vivre l'affront de ressortir les mains vides.

Pas le silence hypocrite, chuchoté de toutes ses forces, plus bruyant qu'une conversation à voix basse.

C'est le silence de connivence, le silence respectueux que je préfère, celui qu'on brise quand on  s'excuse tout bas de déranger une personne absorbée par un quatrième de couverture. J'aime le silence de tous ces lecteurs qui sont en quête d'une histoire, d'un moment d'évasion, de vérité, de faits, d'expérience. C'est dans ce silence que je sens que je fais partie d'un phénomène plus complexe qu'une communauté de lecteurs alors que nous entreprenons tous notre mouvement vers le texte d'une autre réalité.

J'affectionne le silence des enfants, un silence fragile qui contient trop d'enthousiasme pour vivre bien longtemps. J'aime sa rareté et sa signification. J'aime le silence sage d'un garçon, les bras chargés d'albums presqu'aussi hauts que lui, qui fronce les sourcils quand son père remet un livre sur la tablette. Le bris de ce silence est aussi intelligent que le silence qui l'a précédé. "Pourquoi tu ne le prends pas?" 

C'est une belle leçon tout de même que de constater qu'on a le droit de choisir (Pennac le dit tellement mieux),  qu'on a le droit de remettre un livre sur les tablettes, qu'on a le droit de trouver que le dernier roman de tel monstre sacré a l'air drôlement moche.

Qu'on a le droit de choisir, de critiquer, de juger, sans dire un mot, sans expliquer et de garder ses raisons pour soi.

J'ai un faible pour le silence qui suit la conversation excitée entre deux férues de grands romans d'amour  qui ne peuvent attendre d'arriver à la maison avant de se plonger en vitesse dans une nouvelle intrigue. J'aime ce contentement sans paroles qui suit tous les superlatifs.

Le silence se meurt entre les sonneries de téléphone cellulaire. Il fait pourtant partie de l'expérience.


La swamp entre mes deux oreilles

15:01, 29-jui-2008 .. 4 commentaires .. Lien
J'ai le bout des doigts arides et la tête marécageuse. J'ai de la difficulté à écrire à ce temps-ci de l'année, à me tenir en place assez longtemps pour pianoter sur le clavier et à faire des phrases qui se tiennent comme des grandes filles.

J'aime mieux tenir un crayon, même s'il n'est pas mis à grande contribution. Au moins, il pèse quelque chose entre mes doigts. Il est aussi fragile que les mots qui ne sont pas encore mais qui courent dans ma tête, dans mon corps.

Il y a décidement trop d'humidité entre mes deux oreilles. C'est moite et étouffant, ça cascade et ça clapote, ça tombe et ça gicle. Cela me fait penser à cette blague où on explique à l'autre que si ses cheveux poussent vite, c'est qu'ils ont les racines dans l'eau - je trouvais ça hilarant à six ans, cette idée que ma tête était un aquarium chevelu rempli de plantes ondulantes et de poissons exotiques.

Il y a sûrement une grosse pointure qui l'a dit, mais si lire nous rend plus humain, écrire nous rend encore plus conscient de notre nature imparfaite. En fait, peut-être qu'on peut plus facilement se le pardonner, quand on se donne le droit d'écrire. À tout le moins, on a la possibilité de (re)lire l'effort qu'on a fait à essayer de comprendre.


(Dans un autre ordre d'idées, je suis peu familière avec l'étiquette du blogue. Est-il courant de répondre aux commentaires? Je lance la question, comme ça. Je suis un peu maladroite et ignorante des usages en vigueur et je m'en voudrais de commettre un impair auprès de quelqu'un qui m'a laissé un gentil message.)



*Soupir*

19:01, 22-jui-2008 .. 1 commentaires .. Lien
Il me semble que je passe plus de temps à penser à la personne que je veux devenir qu'à la personne que je suis.

Soif de lire

10:28, 7-jui-2008 .. 0 commentaires .. Lien
Je suis assoiffée de livres.

Depuis des mois, je navigue entre  publications scientifiques et  écrits d'auteurs qui s'expriment sur leur condition d'écrivain et sur ce que l'acte de d'écrire représente pour eux. Je ne suis donc pas étonnée de ressentir une envie rapace à la suite de toutes ces lectures. Envie d'écrire, de suivre une ligne imaginaire et d'en explorer ses ramifications et bourgeons, mais aussi envie de lire et de me perdre un peu moi-même dans les univers des autres, de vivre encore une fois une autre vie que la mienne et d'en ressortir un peu troublée, un peu plus riche, un peu plus sereine.

Passer deux heures dans une librairie et en sortir est une façon d'expérimenter le deuil, je crois. J'en ressors les bras chargés de livres mais avec un pincement au coeur. Je tourne le dos à tous ces livres que je crains de ne jamais découvrir.


Clichés et autres riens.

12:51, 4-jui-2008 .. 0 commentaires .. Lien
Mes petites cellules grises philosophes sont au lavage. J'ai l'impression que le cycle d'essorage est encore plus long lorsque j'affronte la page blanche.

Je m'en remets donc au cliché. Il sert à cela, j'imagine: à remplir tout cet espace qu'on ne veut pas réfléchir trop longtemps.

Cliché numéro un: la météo. "Ah mon doudoux qu'il fait beau", disait ma grand-mère.

Ça sent les vacances et le vert aujourd'hui. Ça sonne comme une tondeuse. Ça sent la camomille sauvage.  L'été me donne mal au ventre.

J'ai un  souvenir en mémoire. J'ai quinze ans, je suis étendue sur mon lit, et ma peau est moite dans l'air qui ne circule pas. J'entends la télé à travers le mur, et c'est une musique mélancolique qui serre l'intérieur du nombril  qui annonce la fin des émissions. Je me rappelle m'être dit dans le noir: "C'est ça, une musique de fin du monde."

C'est peut-être pour cela les soirées de juillet et d'août me rendent nostalgique. La nuit me paraît plus riche. Le monde me semble encore plus immense. Le temps marche plus lourdement. Je retrouve l'insouciance à l'automne. L'été, malgré ce qu'on essaie de me faire croire avec les festivals du carré aux dattes et les drinks colorés, c'est une saison qui se peint de l'intérieur. J'ai l'intuition qu'elle est plus profonde qu'on veut bien le croire. Tout ce tondage de gazon, ces fleurs qu'on plante, toutes ces lectures frivoles qu'on se permet de faire en buvant du rosé et en mangeant des fraises, tous ces déploiement d'énergie sont des façons de se permettre de vivre comme on le voudrait vraiment avec l'excuse idéale que c'est la nature de l'été et qu'il passe vite.

Mon été à moi, c'est l'automne.



Hum Hum

19:34, 3-jui-2008 .. 3 commentaires .. Lien
Alors quoi?

Qu'est-ce que je dis? Qu'est-ce que je fais? Il faut bien commencer par quelque chose, par une phrase, par un mot. Et pourtant, combien de fois reviendrais-je sur mes pas et bifferais-je ce mot qui ne me convient pas?

Écrire passe par la foi en soi-même d'avoir quelque chose d'intéressant à dire, et il me semble que c'est tout là le problème.


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