5/04/2009 10:06
Par Laurence Prud'homme

Pour mon anniversaire, on m'a offert le théâtre en cadeau. Une soirée où les couleurs sont plus vives, la lumière plus intense, les parfums plus lourds. Une de ces soirées qu'on oublie toujours de s'offrir à soi-même et qu'il fait bon vivre. Au programme, un texte touchant, une critique sociale acerbe, le grotesque de la condition humaine dévoilé... Des acteurs maîtres de leur art, nombre de fois applaudis par le public. Ça promettait...

Mais voilà que dès le début, un malaise point au fond de l'estomac. Quelque chose d'insidieux, une masse qui grandit au fur et à mesure que les protagonistes apparaissent sur scène, se tortillant comme des pantins, s'agitant dans des danses ridicules.

Tout au long de la soirée, je me suis demandée: "A-t-on besoin de danser la claquette et chanter Le phoque en Alaska pour se faire entendre du public québécois? Pourquoi cette envie de Brigitte Haentjens de tout adapter, de tout ramener à notre époque, à notre langage, à nos chansons? Ne peut-on pas saisir ce qu'il y a d'universel et transcendant dans cette pièce de Büchner sans avoir à écouter Sébastien Ricard brailler Jean Batailleur au beau milieu d'une scène de violence? Et pourquoi un Woyzeck si hébété? L'interprétation de Marc Béland était pâteuse, empêtrée dans l'archétype de l'idiot du village. Dommage. Paul Ahmarani s'en sauve dans le rôle du docteur colérique, un personnage de bande-dessinée, sautillant et loufoque. Paul Savoie et Sébastien Ricard ont de petits moments de grâce. Quant aux personnages féminins, elles sont trop déhanchées; des Lolita niaiseuses, on n'arrive pas à s'y attacher. Trop de crèmage, en somme.

Il faut quand même concéder que les scènes de meurtre et de sexe étaient fascinantes et merveilleusement chorégraphiées, le décors, ingénieux et la musique (sauf les chansons québécoises, vous l'aurez compris), pertinente. Mais cette fichu boule à l'estomac ne m'a pas lâchée. Je suis sortie de l'Usine C écoeurée, avec l'impression qu'on m'avait forcée à avaler un énorme gâteau industriel double-crème à la vanille. Si l'objectif était de créer un malaise, c'est réussi: il était grand.
3/01/2009 12:13

Par Laurence Prud'homme

Notre petite roulotte a passé deux semaines au garage, un gros changement d'huile s'imposait: pharyngite-rhume-sinusite carabinée... la ronde des virus, quoi!! Nous avons donc passé les fêtes les poches pleines de mouchoirs... mais nous sommes toujours là!

Ce qu'on vous souhaite pour la nouvelle année?

SANTÉ, LECTURES, VOYAGES FASCINANTS!!!

Sur ce, je retourne à ma lecture de Molière, question d'oublier mes petits bobos.

"Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies."


Le malade imaginaire, Molière. 1673


30/11/2008 22:18

Par Laurence Prud'homme


J'ai attendu deux jours avant de me décider à me mettre au clavier. Il a fallu laisser glisser la violence et la fièvre le long de mes bras, j'ai dégoutté sur le plancher toute la fin de semaine. Je suis enfin revenue à moi.

Comment vous expliquer Bob, la pièce-fleuve de René-Daniel Dubois, clou de la saison du Théâtre d'Aujourd'hui qui souffle quarante bougies cette année? En un mot: hurlement. Car c'est de ça, dont il s'agit. Un grand et déchirant hurlement face à la déchéance du monde. Et ensuite, une longue inspiration de lumière, de beauté. L'amour et l'art. La magie.

Quel dommage! Quel dommage que le texte de René-Daniel Dubois se soit dilué dans de tels excès! Il y a des passages magnifiques; ils se perdent dans une diarrhée verbale, un torrent de cris de rage répétés qui rendent sourd à la beauté de la pièce. J'ai été violentée, secouée, malmenée du début à la fin mais je n'ai pas SENTI. Seule Michèle Rossignol, avec son jeu plus nuancé et posé, m'a fait frissonner à quelques moments. Les acteurs protagonistes, Étienne Pilon (Bob) et Benoît McGinnis (Andy) ont certes du talent, mais semblent avoir été mal dirigés: le texte est vomi, crié à la figure des spectateurs, le jeu s'en trouve franchement appauvri. Comment se fait-il qu'un directeur laisse ses acteurs gueuler sans arrêt une douleur qu'on n'arrive pas à goûter tant elle est beuglée?

Comment se fait-il qu'un auteur si chevronné n'ait pas su resserrer son texte de manière à en faire ressortir toute la beauté poétique et à conférer un souffle puissant à son message? N'y a-t-il pas des gens qui se sont penchés sur son épaule pour guider sa plume et lui suggérer de tendre davantage les ressorts? Qui a peur des monstres sacrés? Si l'effet de répétition et de torrent verbal peut avoir ses charmes, il est très facile que la rivière déborde et que de sérieuses inondations pourrissent l'oeuvre du dedans.

Mais tout ne sent pas le remugle dans cette pièce, loin de là.  L'humour très urbain et actuel de la première partie m'a franchement fait rigoler à plusieurs reprises et les ingéniosités de la mise en scène de René Richard Cyr sont à saluer. Contrairement à d'autres, les saynètes filmées ne m'ont pas dérangée du tout, j'ai même trouvé qu'elles constituaient une mise en abîme très intéressante et que cinéma et théâtre faisaient ici bon ménage. J'ai également été touchée par l'histoire de Hans et Agnès, deux amants qui ne parlaient jamais mais communiaient dans le hurlement. Bob et Andy, dans leur maladresse et leur détresse de vivre sont aussi attendrissants, bien que les mots qu'ils se disent et la façon dont ils communiquent soient d'une répétitivité qui exaspère.

Oui, c'est une oeuvre coup de poing qui ne laisse pas indifférent. Elle vous secoue de la tête aux pieds, que vous le veuillez ou non! Après cette expérience, j'ai envie de la lire, cette pièce, pour en vivre les mots à mon rythme. Que les berges de la rivière s'assèchent, que les eaux se retirent. Mettre mes mains dans la fange, fouiller la glaise et voir si mes doigts rencontrent des trésors ou s'il n'y a là que de la boue. Remonter aux sources où s'est abreuvé l'auteur, aussi - notamment son Lorenzaccio final. Peut-être que c'est la seule façon de me laisser traverser par le hurlement?

 

19/10/2008 07:53

Par Laurence Prud'homme

Une jeune dramaturge, un premier texte et un restaurant alliant amour de la cuisine et amour de l'art... Les déjeuners-lectures sont nés!

Pourquoi pas Camus, Molière ou Mouawad à l'heure du café? Je trouve la formule extrêmement intéressante, elle nous permet d'approcher des textes de théâtre d'une grande beauté, de côtoyer des personnages vibrants, de vivre l'intensité du moment sans décorum, sans fioritures, de façon spontanée et familière en sirotant son jus d'orange du dimanche.  Une amie blogueuse, Venise, participe aujourd'hui, aux côtés de Normand Chouinard, à la mise en lecture de la pièce Le Trapèze, d'Isabelle Gosselin. Ça se passe à Sherbrooke, au restaurant chez Auguste. Il est probablement trop tard pour y assister, puisque les billets (à un raisonnable coût de 18$ incluant le (gros) petit déjeuner ont tous été vendus) mais il est fort à parier que des évènements du genre se reproduiront dans un avenir proche!

Le théâtre, à ses débuts moyenâgeux, se vivait autrement: il nichait sur la place publique, roulait sous les tables des tavernes, faisait tinter les calices des églises. Il était satyre, brouhaha, mystère... Il appartenait au peuple, faisait partie des fêtes, des rites qui rythmaient les saisons, avant qu'on le hisse sur la scène de théâtres grandiloquents et innaccessibles.

De nos jours, plusieurs théâtres tentent de retrouver cet esprit et déploient bien des efforts pour se débarrasser de leur réputation hautaine et secouer la poussière de leurs loges. Il faut ramener le théâtre à son public, le sortir dans les rues, lui payer un bon repas au resto! En ce sens, les lectures publiques, les festivals et les théâtres d'été en font beaucoup!

Théâtre et croissants... j'aime!

 

30/08/2008 07:51
Par Laurence Prud'homme


Radical, paraît-il. Pourtant, il a une voix douce, un regard presque timide. On le croirait perché sur une branche, là-haut dans l’arbre, avec dans son oeil, toute l’étendue de la forêt qui déroule ses têtes émeraude. 

Les feuilles d'automne, désertant la coiffe des érables, nous dévoileront un nouveau Mouawad mis à nu. Seuls, son premier spectacle solo, prendra la scène du Théâtre d'Aujourd'hui le 9 septembre.

Avec ses mots, Mouawad m’a souffletée depuis le début. Assise dans le noir, ses personnages me sautaient au visage, s’emparant de moi et me secouant sans ménagement! Willy, enfermé dans les toilettes. Edwige, la miraculeuse, réfugiée dans la cave… des familles folles, déracinées, des contes fantastiques. J’en suis restée bouche béante!

Un jour,  alors que j'étais étudiante, il est venu nous faire la lecture en classe. Un texte encore inachevé, dont le titre allait sûrement être, il n’en était pas encore sûr, Rêves. Il a soulevé le rideau et nous a montré son travail, généreusement.

Depuis, il y a cette voix douce qui murmure à mon oreille, des choses radicales, oui, sans doute… mais le rêve, l'incendie, la forêt, ne sont-elles pas toujours des choses radicales?


Seuls, de Wajdi Mouawad, du 9 septembre au 4 octobre au Théâtre d'Aujourd'hui.


Du même auteur, pièces de théâtre publiées:

·  Alphonse, Leméac, 1996.

·  Littoral, Actes Sud-Papiers, 1999.

·  Les mains d’Edwige au moment de la naissance, Leméac, 1999.

·  Pacamambo, Actes Sud-Papiers Junior, 2000.

·  Rêves, Actes Sud-Papiers, 2002.

·  Incendies, Actes Sud-Papiers, 2003.

·  Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, Leméac, 2004.

·  Forêts, Leméac, Actes Sud-Papiers, 2006.

·  Assoiffés, Leméac, Actes Sud-Papiers, 2007.