19/03/2009 10:28
Par Laurence Prud'homme
La littérature francophone a la cote depuis quelques années. Elle s'est taillée sa place dans les cursus universitaires et a envoyé aux horties le vocable "mineur" dont on l'affublait volontier. Le Québec, le Maghreb, l'Afrique francophone, les Antilles, toutes ses contrées qui ont su faire fleurir le français hors du giron de la douce France voient désormais leur littérature reconnue internationalement. Bravo! Bravo! Applaudissons!
Hmm... pas si vite... qu'en est-il des littératures belge, suisse ou luxembourgeoise? Oui, oui, vous savez, ces plats pays où coule le chocolat en banlieue de Paris? Où tinte la cloche des vaches et où les cîmes étincèlent? Peut-être sont-ils trop proches, justement, de cette France centripète qui tend à assimiler à sa littérature tout ce qu'il y a de "bon" et à bouter hors de ses frontières tout ce qu'il y a de "mauvais"... Tellement près, qu'on en oublie que ce sont des littératures distinctes, qui rendent compte d'un caractère, d'une histoire, de moeurs et d'une sensibilité artistique bien différentes.
La Belgique, ce n'est pas seulement Hergé et Francklin, c'est aussi Maeterlinck, Simenon, Lemonnier, Nothomb, Detrez... Sur les remparts du Grand-Duché, rôdent les personnages d'Edmond Dune et de Jean Portante... Sur les flancs des montagnes helvètes, glissent les mots de Madame de Staël, Roud, Chessex, Saint-Hélier, Rivaz...
Un livre, svp... avec des frites!
1/03/2009 12:41
Par Laurence Prud'homme
Ah la la! Notre pauvre roulotte est restée coincée dans un gros banc de neige pendant plusieurs jours... Mais nous voilà de retour, toutes rutilantes sous le soleil du premier jour de mars, prêtes à ouvrir la porte vermoulue des oubliettes de la littérature et à vous jaser de romans québécois... anglophones!
Bah oui, ça existe! D'ailleurs, plusieurs écrivains anglophones et francophones du Québec ont entamé un dialogue, se sont en quelque sorte répondus, d'une oeuvre à l'autre.
Je pense à Ferron, à Aquin, à MacLennan, à Leonard Cohen (écrivain avant d'être chanteur - chanter ses poèmes, c'est plus payant pour un artiste), à Mordecaï Richler, à Victor Lévy-Beaulieu.
Des auteurs qui se sont penché sur l'identité québécoise, sur la mémoire nationale, sur la possible (ou impossible) réconciliation. Des lectures très intéressantes, touchantes, qui font réfléchir, surtout après tout le brouhaha provoqué par l'affaire de la reconstitution des batailles des plaines d'Abraham!
Je vous propose donc une petite liste:
P. AUBERT DE GASPÉ, Les anciens Canadiens, BQ/Littérature, 1988 (1864)
H. MACLENNAN, Two Solitudes, Stoddart, 1993 (1945)
J. FERRON, Le ciel de Québec, Typo-Roman
L. COHEN, Beautiful Losers, M&S, «New Canadian Library», 1991 (1966)
H. AQUIN, Neige noire, BQ/Littérature, 1997 (1974)
M. RICHLER, The Appprenticeship of Duddy Kravitz, M&S, «NCL», 1989 (1959)
M. RICHLER, Solomon Gursky Was Here, Penguin, 1989
V.-L. BEAULIEU, Steven le Hérault, Stanké(1985)
La plupart sont disponibles dans les librairies universitaires et spécialisées (Olivieri, par exemple).
Bonne lecture! Happy reading! ;-)
29/01/2009 22:00
Par
Laurence Prud'homme
Tiré des oubliettes... Ah! Cher pays de mon enfance...
"... le jeune garçon que j'ai été reste intact; il n'avait pas de boucles dorées à ses souliers: il allait pieds nus. Au fronteau de la terre de ses parents, passait une rivière qui avait autant d'eau que la vôtre,sinon plus, mais on n'y voyait pour toute flotte que les chaloupes des poissonniers. Cette rivière était lente; il fallait ramer pour la descendre. Elle débouchait dans le lac Saint-Pierre qui noie le fleuve par son étendue. (...) L'eau succédait à l'eau parmi les joncs, les sagittaires et les nénuphars. L'étendue de ce lac n'avait d'égale que son manque de profondeur. (...) J'ai l'impression d'avoir succombé à cette paresse feinte de notre fleuve qu'est le lac Saint-Pierre. À Pointe-du-lac, il se reforme et vite reprend son chemin. C'est lui qui est dans la vérité. (...) c'est le fleuve rapide qui passe entre Sainte-Angèle et Trois-Rivières, où se jette la rivière Batiscan, c'est cette voie d'eau, en route vers le golfe et l'océan, qui est la vérité. Je viens d'un pays d'illusion et la grâce de Dieu est grande, qui m'en aura tiré. Votre rivière ne trouve pas sa fin dans les joncs et les nénuphars. Elle est un chemin qui donne sur un plus grand chemin. Elle vous met dans la réalité et la réalité vous confère l'audace. Ce magnifique trois-mâts a certainement plus de tonnage que ma petite chaloupe de la Rivière-du-Loup. C'est de cette chaloupe, pieds nus, que je vous demande: qui êtes-vous donc, gens de Batiscan? "
Voguons donc, chers amis! On dit que la mer est belle...
Ferron, Jacques.
Le Saint-Élias, Éditions Typo.
15/11/2008 10:16
Par Laurence Prud'homme
La Caravane inaugure la section "Oubliettes" avec une suggestion du Biblioblog: un récit de Fantah Touré intitulé Enfance. Une histoire qui vous laisse la bouche sèche et le cœur battant. Une mère répudiée, le désarroi de son fils, un visage du Sénégal esquissé en quelques pages haletantes.
Comment les mots de Touré ont-ils échappé aux oubliettes de la littérature? Grâce à son éditeur, in8, qui a décidé de mettre en ligne les textes magnifiques de certains de ses auteurs, trop vite tombés des tablettes des librairies et ce, de façon tout à fait gratuite!
Après quelques années, la plupart des livres ne se vendent plus. En les diffusant sur Internet, l'éditeur, loin de défavoriser ces écrivains sur le plan économique, célèbre leurs mots et leur donne la chance d'aller à la rencontre de nouveaux lecteurs. Quelle belle initiative!!
Durée de vie moyenne d’un livre en librairie : 3 mois. Si les librairies font plus de 50% de leur chiffre d’affaire sur des livres de fond (parus depuis au moins un an), la production éditoriale française, pléthorique, oblige le libraire à limiter les coups de cœur qu’il soutient indépendamment des « modes » ou de l’actualité. (…) De nombreux libraires nous avouent, avec chagrin, que les livres achetés sont d’abord ceux qui sont visibles. (...) Voilà ce que nous proposons : montrer le texte sur internet, de sorte qu’il puisse vous convaincre par lui-même – il a suffisamment d’atouts – et ressortir au grand jour. La création artistique – dont la création littéraire – devrait rester en dehors de mécanismes économiques fondés sur l’immédiateté et le substituable. Une œuvre littéraire n’est pas un kleenex, ni jetable, ni égale à une autre. Nous ne faisons pas la promotion de la gratuité du livre : nous essayons, comme nous pouvons, de faire en sorte qu’il ne meure pas faute d’yeux pour le lire et de mains pour l’ouvrir.
Intrigués ? Lisez par vous - mêmes :
http://www.atelier-in8.com:16080/editions/images/pdf/enfance.fantah.toure.pdf