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14/10/2008 13:55

Par Laurence Prud'homme


Oh! Grand Guillaume!

Alors c'est vrai?

On peut mourir de ses poumons?

Être emporté à cette saison?


Oh! Grand Guillaume!

La pluie ruisselle, la viole se plaint.

Je suis cachée sous la cabane, y seras-tu demain matin?

Et tous les autres matins du monde?


14/09/2008 15:18

Par Laurence Prud'homme

153.

Trois petits caractères qui sentent la peau noircie et la chaire. Trois chiffres qui puent la mort et l’avidité des microphones qu’on presse sous le nez morveux de ceux qui sont restés.

153.

La peur imaginée, les pupilles dilatées devant l’horreur. L’estomac qui se vide au milieu des turbulences acides, fascination catodique morbide, le frisson au salon.

153.

Adieu tôle tordue et rentabilité!

Adieu voyages à rabais et crèmes solaires!

Pétrole visqueux et mer amère!

Vierge couronnée de roses plastifiées!

13/09/2008 12:27

Par Anne-Bénédicte Joly



Il y a ceux du dessus dont les meubles sont déplacés bruyamment. Les talons claquent et les portes vagissent. Il y a aussi ceux du dessous dont les enfants courent en se disputant et en criant, les soirées animées qui débordent jusqu'au petit matin et les sourires crispés lors du ramassage du courrier au rez-de-chaussée.

 

Mais il y a surtout ceux d'en face, ceux dont on croise les regards sans s'entendre. On repère les jardinières, la petite bûche achetée au Castorama du croisement, la bonne terre aux oligoéléments - comme les bonnes céréales ultra riches, enrichies aux sept minéraux essentiels qui équilibrent l'organisme et permettent à nos enfants de grandir convenablement - les rideaux qui s'agencent, un tableau sur le mur d'en face que l'on contemplera en faisant cuire les pâtes ou en triant la salade. Inconsciemment, sans bruit, on sait que le dimanche ils se lèvent tard, qu'au moindre rayon de soleil, ils s'attablent sur la terrasse et fument pendant des heures. Des copains peuplent leurs soirées, comme nous, ils sont normaux les gens d'en face. Puis survient un léger changement. On ne sait pas tout de suite de quoi il en retourne. Les jardinières sont vides, on est à l'orée de l'hiver, les rideaux sont toujours là, les copains fument à l'intérieur oui… mais. La démarche féminine n'est plus tout à fait celle d'avant, le pantalon est plus ample, le pull également, elle a abandonné la cigarette. Il n’y a plus de fumée, un bonheur inouï.

 

Un bonheur que notre inconscient formule avec évidence : elle est enceinte.

 

Fatalement, on retourne dans cet état qu'on n'oubliera pas. Quand on devient deux avec le même corps. On se souvient aussi du goût particulier de cette réjouissance-là. Mois après mois, la rondeur s'exprime, les joues grises et les cheveux ternis par le tabac renouent avec la bonhomie de l'enfant. Oui, elle attend un enfant. Du coup, on a oublié les gens du dessous et leurs meubles, leurs talons, leurs portes. Et aussi ceux du dessus avec leurs enfants, leurs soirées et leur politesse contrite.

 

On se focalise sur ceux qui n'habitent pas la contrée de la résonance et du bruit. On se voit dans un silence respectueux et observateur. Dès le septième mois, l'effervescence est dans l'espace. Un petit lit arrive un matin mobilisant la concierge qui a ouvert toutes les portes d'entrée en grand. On reconnaît la table à langer, le matelas du tout petit, un mobile musical qui apaisera les premières nuits qui paraîtront des années… Une nouvelle dimension éclôt chez les gens d'en face. On les trouve sympathiques, on stocke des informations qu'on ne veut pas partager. Il y a le sapin aux décorations toutes blanches qui éclaire la fenêtre et enchante notre regard. Les carreaux sont nettoyés au cours du neuvième mois et on attend le miracle, on guette. La fatigue prend le contrôle de l'épanouissement initial, on se dit, quelque chose va arriver. La bonne terre des jardinières n'a pourtant pas été renouvelée, pas de temps pour ça, le changement s'opère à l'intérieur.

 

Un matin, on ne voit plus la silhouette féminine. Il est là, dans le désordre de l'occurrence d'une situation toute fraîche. Il fume, les copains ne sont pas là, elle non plus. Quelques jours passent et la magie reprend ses droits. On ne voit pas l'enfant, ni la mère tout de suite mais on constate que les grenouillères pendent sur le séchoir et on se dit « ça y est, il est là ! ». Les tenues sont blanches, on ne sait pas tout. Aucun indice apparent, ni bleu, ni rose, ni dentelle… Le bébé tête, fait le tour de la pièce tendrement accompagné, dorloté, bercé pendant des heures. La mère a des gestes sûrs, elle n'est plus pressée, elle entrouvre la fenêtre pour renouveler l'air tiède, privilégie la pénombre pour prolonger la matinée d'une nuit difficile.

– Vous avez vu le bébé d'en face ?

– Non, pourquoi ?

 

On ne veut pas partager, ni dire ce que l'on a repéré, à l'égoïsme de soi-même, on garde, on jubile du détail et des micro changements. On est bien. La vie passe. Les grenouillères grandissent, d'un an à 18 mois car l'enfant pousse, la mère va reprendre son air soucieux et pressé. Un matin, on est attristé : la concierge est au courant et a ouvert les portes en grand. Tout le monde le pressentait.

 

Il s'est passé plus d'une année. Le décor va changer. Une pancarte a pris la place des jardinières, de nouveaux locataires vont arriver. Les gens d'en face ont fait partie de notre vie, ils nous ont donné un bonheur dans l'insouciance de leur quotidien. On a accompagné leurs faits et gestes, non pas par voyeurisme, mais parce que la vie des autres, c'est aussi un peu la nôtre, et qu’en la regardant, on s'y attache. On aime les autres. Dans notre maisonnée, il y a également de l'amour et les gens d'en face évoquent ce délicieux mélange de bonheurs.