22/01/2009

Par Laurence Prud'homme

Les mots se dérobent, comme une neige folle se refusant à poser ses plumes au sol. Ils filent et glissent et s'envolent encore, au gré des rafales. Les mots qui tissent ma langue sont ratoureux; ils se cachent, s'enroulent autour des troncs, suintent et perlent à l'écorce des épinettes.

Les mots, j'y cours, les rattrape, les pince et les tire à moi. Je les tire à moi pour les offrir, petits écrins résineux renfermant les insectes les plus fous. Je les offre en cadeau à celui qui ne les connaît pas, pour qu'il les laisse fondre sur sa langue, celui qui a besoin de les apprivoiser pour mieux me connaître, moi.

Mais partout, on nous parle de statut d'immigrant, de programmes de subventions, de normes strictes. Nous courrons, la langue à terre, d'association en association, de bureau en bureau, de ministère en ministère. Puis, résignés, nous regardons par le trou de la serrure des portes fermées, nous voyons ceux qui sont en règle décliner celles de la grammaire.

La neige nous couvre. Nous la trouvons belle et méchante tandis que nous joignons nos mitaines.
publié par caravane à 21:50
dans: Réflexions envoyer par courriel | commentaires(2)
Pas la langue dans ta poche !
Mon doux ! C'est bien beau ce texte !
J'aime beaucoup, Laurence.

Il me semble que c'est toi. Ton style.
Aussitôt que tu touches la poésie, tu nous grandis et on s'étire jusqu'au ciel.
publié par Venise à 22:31, 26/01/2009 | |
Merci!
Que dire d'autre que... merci? :-)
publié par lacaravane à 23:04, 26/01/2009 | |