Créer mon blog gratuitement

blog gratuit
Cacher la publicité
 
Itinéraire d'une errance
<%PostCommentPage%> <%PhotoAlbumPage%> <%ProfilePage%>

3ème séance

Écrit le 6-mars-2009 à 05:01
Cela fait une semaine maintenant que j'ai fait une troisième séance d'EMDR.
J'ai enfin compris le principe de ce système mais j'ai l'impression de ne jamais en finir, je termine la séance avec une phrase qui donne encore place à devoir continuer : "je ne suis pas convaincue".
Sur le coup, j'ai été sonnée, tellement d'émotions, de larmes encore, de choses remuées pour pouvoir avancer... puis le sommeil... les nuits agitées... les angoisses... j'ai pris des comprimés pour dormir et ne plus rien ressentir...
La semaine arrive à son terme, et je ne me sens pas bien.
Je me sens déprimer.
Je me sens comme tirée vers le bas dans un trou noir invisible... je n'arrive plus à avancer, je suis figée.
Dès que j'entrevois l'avenir, mes projets, ça me fait peur, je me paralyse et je n'y arrive pas.
Pourtant, le projet de changer mon séjour était en place depuis plusieurs semaines, je ne me suis pas dégonflée, je suis allée jusqu'au bout, sans trop réfléchir mais c'est ce changement, concret, qui m'a fait prendre conscience d'un grand bouleversement à l'intérieur de moi.
Comme si tout s'effondrait, comme si je commençais à jeter  toutes les vieilles choses à la déchetterie, les renversant dans une benne énorme, la pluie tombant dessus, impossible de revenir en arrière... reprendre mes affaires et les remettre à leur place... comme avant.
Non.
Mon humeur varie dans la journée, mon état général varie dans la journée, et d'un seul coup, je m'effondre en larmes.
Je sentais que ça montait, je ne voulais pas me laisser aller devant mes enfants, je contenais, du coup je ressentais une pression en moi, un bouillonnement, je me taisais, je ne parlais plus... je m'occupais les mains et j'ai appelé leur père pour qu'il vienne les chercher.
Je lui ai dit que je me sentais mal, que je me contenais depuis quelques jours de craquer mais que je ne saurais tenir plus longtemps, qu'il les emmène, pour qu'ils soient mieux qu'auprès de moi.
Il était d'accord, nous convenons donc qu'il vienne les chercher dans l'après-midi.
Et bien je n'ai pas su tenir jusque là... je me suis effondrée en larmes en regardant mon salon, entre deux portes.
Je me sentais minuscule, nulle et pitoyable.
Mes fils m'ont prise dans leur bras, ils m'ont demandée ce que j'avais.
- je ne sais pas... je ne sais pas...
La honte !
La honte de pleurer comme ça sans savoir pourquoi... sans savoir pourquoi.
Je me souviens de toutes ces fois où je pleurais, autrefois, quand j'étais enfant et plus tard, adolescente et même jeune femme et jeune maman... où ma mère se moquait de moi, en lançant des "pfff... n'importe quoi" quand j'exprimais ce qui me rendait triste ou me faisait mal ou au contraire, ce qui me touchait... elle réprimait mes larmes, mes sanglots, les qualifiant de... de... je ne trouve pas le mot, par son attitude, je n'étais pas autorisée, je devais ne pas montrer, ne pas dire, je ne sais pas, ce qui est rare, mettre de mots sur ce que je ressens encore à l'évocation de ses situations où justement, je ne devais pas pleurer.
J'ai en mémoire une fois où je pleurais et où elle me cognait, sur tous les endroits de mon corps... une autre fois, plus tard, j'étais malade, je pleurais car j'avais peur et elle m'a giflée, m'insultant d'avoir attrapé cette MST à 17 ans... une autre fois, en revenant de la maternité avec mon second enfant, mon ex-mari m'avait acheté un magnifique four micro-onde multi-fonctions, emballé dans un joli papier cadeau, pour mon retour à la maison.
Je me souviens avoir été touchée par cette attention... ma mère était là (putain mais qu'est ce que je pouvais être endoctrinée, polluée par elle, elle était partout)... déjà en voyant l'énorme paquet, j'ai eu un mouvement de recul... comme si je ne le méritais pas, cet énorme cadeau, les larmes commençaient à monter... elle... elle était comme en apnée, raide comme un piquet, le visage crispé.... je la vois encore... j'ai enlevé le papier et j'ai découvert sur le carton d'emballage le contenu et je me suis écroulée en larmes... des larmes de bonheur, de plaisir, j'étais très heureuse de ce cadeau, ça me touchait... et j'ai dit "non... non... je ne peux pas... pourquoi un si beau cadeau... je ne peux pas" et elle s'est agitée dans tous les sens, poussant des "pffff n'importe quoi, pourquoi tu pleures... pfff que tu es sotte.... n'importe quoi", j'ai contenu encore une fois ce jour là de lui coller une beigne... à cette femme qui avait déjà reçu tant de coups... cette pauvre femme abrutie par la haine, la rage, la colère, la vengeance, la jalousie même peut-être... de sa propre fille.
Elle a fait naître en moi, petit à petit, une hargne devenue ma prison.
Je dois laisser les derniers liens qui me tiennent à elle se briser... je n'y yarrive pas.
Je ne cesse de dire sans arrêt, pour des tas de choses, dès qu'une émotion monte en moi "je ne peux pas, je n'y arriverai pas".
Mais de quoi je parle ???
Si seulement on savait utiliser la pillule de l'oubli... si seulement... je la dirigerai parfaitement bien dans les profondeurs obscures de mon cerveau... quand je me regarde dans le miroir et que je me plonge au fond de moi... j'ai l'impression que dans le miroir, dans ce diamètre de seulement quelques centimètres, se cachent des milliers de choses que je n'arrive pas à atteindre.
Ca ne me met en colère que peu, mais par contre, ça me conduit à pleurer... pleurer... pleurer.
Je ne vois pas le bout... il ne doit pourtant pas être bien loin... il dit que ce sont les derniers mètres de l'ascension... que je dois grimper encore pour atteindre le but et m'ouvrir... m'ouvrir... grandir...
C'est comme si je ne le voulais pas... comme si en faisant cela, oui... j'allais quitter ma mère pour voler de mes propres ailes.
Quitter le nid pas douillet pour me jeter du haut de l'arbre avec le risque de m'écraser en bas mais aussi, et ça j'ai du mal à y croire, que mes ailes me portent et me conduisent là où mon coeur, mon esprit ont envie d'aller.
Mes enfants m'attendent, ils veulent que l'on regarde un film ensemble... ils ne sont pas fachés de m'avoir vue pleurer... ils ne me rejettent pas... ils ne savent pas pourquoi je pleure mais... ils ne me fuient pas.
J'ai rappelé leur père pour lui dire que j'avais craqué, que j'allais mieux et que j'allais les garder avec moi jusque demain, comme convenu au départ.
Lui non plus n'est pas faché... il a dit "ok, comme tu veux".
Pourquoi tout est simple maintenant... je ne suis pas habituée et puis, je n'ai donc plus d'excuse pour me lancer.
J'ai peur... je suis tétanisée... impuissante... mais je ne suis plus une enfant terrorisée, je n'ai plus de danger autour de moi, pas de violence, de cris, de coups, d'alcool... rien... je ne suis pas dans une cave noire entourée d'araignées et de toiles poussiéreuses pour me mettre à l'abri... non, je suis bien chez moi, dans mon univers doux et lumineux... je ne sais pas où puiser la force, le courage.

Faut pas avoir honte de pleurer...

Écrit le 6-mars-2009 à 10:55 par libereco
En fin de compte, c'était une bonne chose de pleurer devant tes enfants. Tu as fait l'expérience de pleurer devant quelqu'un et de ne pas être rejetée ! Et puis, je suis certain que ce moment (pénible, c'est sûr) vous a rapprochés.
Et pour la déprime, c'est normal lorsqu'on est en période de thérapie.
Bon courage !
PS - Je t'admire toujours autant... :)

Page précédente | Page 3 de 246 | Page suivante