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alcove de tenebrum draco

Alchimie de la douleur de Charles Baudelaire

{ 10:48, lundi, mars 15, 2010 } { Publié dans Textes de Charles Baudelaire } { 0 commentaires } { Lien }

Alchimie de la douleur

L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un: Sépulture !
Dit à l'autre: Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal des Midas,
Le plus triste des alchimistes;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

Imbécile! - de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire!»

L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un: Sépulture !
Dit à l'autre: Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal des Midas,
Le plus triste des alchimistes;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

Imbécile! - de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire!»

Page Wikipédia de Charles Baudelaire http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire



A ceux qu'on foule aux pieds Victor Hugo

{ 10:38, lundi, mars 15, 2010 } { Publié dans Textes de Victor Hugo } { 0 commentaires } { Lien }

A ceux qu'on foule aux pieds

« extrait »

...Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
Qui font la haine éteinte et l'ulcère fermé.
Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème,
Je me penche vers lui. Commencement : je l'aime.
Le reste vient après. Oui, je suis avec vous,
J'ai l'obstination farouche d'être doux,
Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles !
Ô mon vieux coeur pensif, jamais tu ne tressailles
Mieux que sur l'homme en pleurs, et toujours tu vibras
Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras.

Quand je pense qu'on a tué des femmes grosses,
Qu'on a vu le matin des mains sortir des fosses,
Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir !
Ne disons pas : Je fus proscrit, je fus martyr.
Ne parlons pas de nous devant ces deuils terribles ;
De toutes les douleurs ils traversent les cribles ;
Ils sont vannés au vent qui les emporte, et vont
Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel profond.
Où ? qui le sait ? leurs bras vers nous en vain se dressent.
Oh ! ces pontons sur qui j'ai pleuré reparaissent,
Avec leurs entreponts où l'on expire, ayant
Sur soi l'énormité du navire fuyant !
On ne peut se lever debout ; le plancher tremble ;
On mange avec les doigts au baquet tous ensemble,
On boit l'un après l'autre au bidon, on a chaud,
On a froid, l'ouragan tourmente le cachot ;
L'eau gronde, et l'on ne voit, parmi ces bruits funèbres,
Qu'un canon allongeant son cou dans les ténèbres.
Je retombe en ce deuil qui jadis m'étouffait.
Personne n'est méchant, et que de mal on fait !

Page Wikipédia de Victor Hugo
http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Hugo



Ce masque ce mur

{ 21:22, dimanche, mars 14, 2010 } { Publié dans Ma poesie et mes essais, Mon Recueil } { 2 commentaires } { Lien }

Ce masque ce mur

Mais qu'est-ce donc que ce mur ?

Ce mur miroitant de mille et une couleurs.

Ce mur composé de milliers d'images .

Ce mur crachant une multitude de pensées contradictoires les unes aux autres.

Ha oui j'ai compris il fallait que je me recule pour comprendre et voir ce mur dans son ensemble.

Et voilà ce que je vois, ce n'est plus un mais, c'est l'intérieur d'un gigantesque masque.

Et oui ce masque que nous portons tous et derrière lequel nous nous cachons, nous nous réfugions.

Mais hélas un masque qui tel une toile d'araignée nous colle au visage en s'y incrustant pour en finir à faire parti de nous.

Une toile d'araignée sournoise qui peu à peu, de seconde en secondes , de minute en minutes , d'heure en heures, de jour en jours, de mois en mois et finalement d'année en année nous illusionne en nous imposant ce masque comme notre vrai moi.

et un jour ou une nuit, lorsque nous atteindrions la fin du sentier de l'existence, que nous fermions les yeux pour la dernière fois en croyant être celui que nous ne sommes ne sommes pas.

Et que nous prenions notre dernière respiration en étant étranger en soi-même.

Qu'en n'ayant été qu'un masque.

Rien qu'un masque !


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La vision de Brahma de Lecomte de Lisle

{ 21:16, dimanche, mars 14, 2010 } { Publié dans Textes de Lecomte de Lisle } { 0 commentaires } { Lien }

La vision de Brahma

Tandis qu'enveloppé des ténèbres premières,
Brahma cherchait en soi l'origine et la fin,
La Mâyâ le couvrit de son réseau divin,
Et son coeur sombre et froid se fondit en lumières.

Aux pics du Kaîlaça, d'où l'eau vive et le miel
Filtrent des verts figuiers et des rouges érables,
D'où le saint Fleuve verse en courbes immuables
Ses cascades de neige à travers l'arc-en-ciel ;

Parmi les coqs guerriers, les paons aux belles queues,
L'essaim des Apsaras qui bondissaient en choeur,
Et le vol des Esprits bercés dans leur langueur,
Et les riches oiseaux lissant leurs plumes bleues ;

Sur sa couche semblable à l'écume du lait,
Il vit Celui que nul n'a vu, l'Âme des âmes,
Tel qu'un frais nymphéa dans une mer de flammes
D'où l'Être en millions de formes ruisselait :

Hâri, le réservoir des inertes délices,
Dont le beau corps nageait dans un rayonnement,
Qui méditait le monde, et croisait mollement
Comme deux palmiers d'or ses vénérables cuisses.

De son parasol rose, en guirlandes, flottaient
Des perles et des fleurs parmi ses tresses brunes,
Et deux cygnes, brillants comme deux pleines lunes,
Respectueusement de l'aile l'éventaient.

Sur sa lèvre écarlate, ainsi que des abeilles,
Bourdonnaient les Védas, ivres de son amour ;
Sa gloire ornait son col et flamboyait autour ;
Des blocs de diamant pendaient à ses oreilles.

À ses reins verdoyaient des forêts de bambous ;
Des lacs étincelaient dans ses paumes fécondes ;
Son souffle égal et pur faisait rouler les mondes
Qui jaillissaient de lui pour s'y replonger tous.

Un Açvatha touffu l'abritait de ses palmes ;
Et, dans la bienheureuse et sainte Inaction,
Il se réjouissait de sa perfection,
Immobile, les yeux resplendissants, mais calmes.

Oh ! qu'il était aimable à voir, l'Être parfait,
Le Dieu jeune, embelli d'inexprimables charmes,
Celui qui ne connaît les désirs ni les larmes,
Par qui l'Insatiable est enfin satisfait !

Comme deux océans, troubles pour les profanes,
Mais, pour les coeurs pieux, miroirs de pureté,
Abîmes de repos et de sérénité,
Que ses yeux étaient doux, qu'ils étaient diaphanes !

À son ombre, le sein parfumé de çantal,
Mille vierges, au fond de l'étang circulaire,
Semblaient, à travers l'onde inviolée et claire,
Des colombes d'argent dans un nid de cristal.

De bleus rayons baignaient leurs paupières mi-closes ;
Leurs bras polis tintaient sous des clochettes d'or ;
Et leurs cheveux couvraient d'un souple et noir trésor
La neige de leur gorge où rougissaient des roses.

Dans l'onde où le Lotus primitif a fleuri,
Assises sur le sable aux luisantes coquilles,
Telles apparaissaient ces mille belles filles,
Frais et jeunes reflets du suprême Hâri.

À la droite du Dieu, penché sur ses cavales,
L'ardent Archer faisait sonner le plein carquois ;
Et l'Aurore guidait du bout de ses beaux doigts
L'attelage aux grands yeux, aux poils roses et pâles.

À gauche, un Géant pourpre et sinistre, portant
Des crânes chevelus en ceinture à ses hanches,
L'oeil creux, triste, affamé, grinçant de ses dents blanches,
Broyait et dévorait l'Univers palpitant.

Sous les pieds de Hâri, la mer, des vents battue,
Gonflait sa houle immense et secouait les monts,
Remuant à grand bruit ses forêts de limons
Sur le dos âpre et dur de l'antique Tortue.

Et la Terre étalait ses végétations
Où tigres et pythons poursuivaient les gazelles,
Et ses mille cités où les races mortelles
Germaient, mêlant le rire aux lamentations.

Mais Brahma, dès qu'il vit l'Être-principe en face,
Sentit comme une force irrésistible en lui,
Et la concavité de son crâne ébloui
Reculer, se distendre, et contenir l'espace.

Les constellations jaillirent de ses yeux ;
Son souffle condensa le monceau des nuées ;
Il entendit monter les sèves déchaînées
Et croître dans son sein l'Océan furieux.

Sagesse et passions, vertus, vices des hommes,
Désirs, haines, amours, maux et félicité,
Tout rugit et chanta dans son coeur agité :
Il ne dit plus : Je suis ! mais il pensa : Nous sommes !

Ainsi, devant le Roi des monts Kalatçalas,
Qui fait s'épanouir les mondes sur sa tige,
Brahma crut, dilaté par l'immense vertige,
Que son cerveau divin se brisait en éclats.

Puis, abaissant les yeux, il dit : - Maître des maîtres,
Dont la force est interne et sans borne à la fois,
Je ne puis concevoir, en sa cause et ses lois,
Le cours tumultueux des choses et des êtres.

S'il n'est rien, sinon toi, Hâri, suprême Dieu !
Si l'Univers vivant en toi germe et respire ;
Si rien sur ton essence unique n'a d'empire,
L'action, ni l'état, ni le temps, ni le lieu ;

D'où vient qu'aux cieux troublés ta force se déchaîne ?
D'où vient qu'elle bondisse et hurle avec les flots ?
D'où vient que, remplissant la terre de sanglots,
Tu souffres, ô mon Maître, au sein de l'âme humaine ?

Et moi, moi qui, durant mille siècles, plongé
Comme un songe mauvais dans la Nuit primitive,
Porte un doute cuisant que le désir ravive,
Ce mal muet toujours, toujours interrogé ;

Qui suis-je ? Réponds-moi, Raison des Origines !
Suis-je l'âme d'un monde errant par l'infini,
Ou quelque antique Orgueil, de ses actes puni,
Qui ne peut remonter à ses sources divines ?

C'est en vain qu'explorant mon coeur de toutes parts,
J'excite une étincelle en sa cavité sombre...
Mais je pressens la fin des épreuves sans nombre,
Puisque ta Vision éclate à mes regards.

Change en un miel divin mon immense amertume ;
Parle, fixe à jamais mes voeux irrésolus,
Afin que je m'oublie et que je ne sois plus,
Et que la vérité m'absorbe et me consume. -

Il se tut, et l'Esprit suprême, l'Être pur,
Fixa sur lui ses yeux d'où naissent les Aurores ;
Et du rouge contour de ses lèvres sonores
Un rire éblouissant s'envola dans l'azur.

Et les vierges, du lit nacré de l'eau profonde,
D'un mouvement joyeux troublèrent en nageant
Ce bleu rideau marbré d'une écume d'argent,
Et, parmi les lotus, se bercèrent sur l'onde.

L'Açvatha, du pivot au sommet, frissonna,
Agitant sur Hâri ses palmes immortelles ;
Les cygnes, réjouis, battirent des deux ailes,
Et le Parasol rose au-dessus rayonna.

Sûryâ fit cabrer les sept Cavales rousses,
Rétives sous le mors, au zénith enflammé ;
Et l'Aurore arrêta dans le ciel parfumé
Les Vaches du matin, patientes et douces.

Tel que des lueurs d'or dans la vapeur du soir,
Chaque Esprit entr'ouvrit ses ailes indécises ;
La montagne oscillante exhala dans les brises
Ses aromes sacrés, comme d'un encensoir.

Les Apsaras, rompant les choeurs au vol agile,
S'accoudèrent sur l'herbe où fleurit le saphir ;
Le saint Fleuve en suspens cessa de retentir
Et se cristallisa dans sa chute immobile.

Un vaste étonnement surgit ainsi de tout
Quand Brahma se fut tu dans l'espace suprême :
Le Géant affamé, le Destructeur lui-même,
Interrompit son aeuvre et se dressa debout.

Et voici qu'une Voix grave, paisible, immense,
Sans échos, remplissant les sept sphères du ciel,
La voix de l'Incréé parlant à l'Éternel,
S'éleva sans troubler l'ineffable silence.

Ce n'était point un bruit humain, un son pareil
Au retentissement de la foudre ou des vagues ;
Mais plutôt ces rumeurs magnifiques et vagues
Qui circulent en vous, mystères du sommeil !

Or Brahma, haletant sous la Voix innommée
Qui pénétrait en lui, mais pour n'en plus sortir,
Sentit de volupté son coeur s'anéantir
Comme au jour la rosée en subtile fumée.

Et cette Voix disait : - Si je gonfle les mers,
Si j'agite les coeurs et les intelligences,
J'ai mis mon Énergie au sein des Apparences,
Et durant mon repos j'ai songé l'Univers.

Dans l'Oeuf irrévélé qui contient tout en germe,
Sous mon souffle idéal je l'ai longtemps couvé ;
Puis, vigoureux, et tel que je l'avais rêvé,
Pour éclore, il brisa du front sa coque ferme.

Dès son premier élan, rude et capricieux,
Je lui donnai pour loi ses forces naturelles ;
Et, vain jouet des combats qui se livraient entre elles,
De sa propre puissance il engendra ses Dieux.

Indra roula sa foudre aux flancs des précipices ;
La mer jusques aux cieux multiplia ses bonds ;
L'homme fit ruisseler le sang des étalons
Sur la pierre cubique, autel des sacrifices.

Et moi, je m'incarnai dans les héros anciens ;
J'allai, purifiant les races ascétiques ;
Et, le coeur transpercé de mes flèches mystiques,
L'homme noir de Lanka rugit dans mes liens.

Toute chose depuis fermente, vit, s'achève ;
Mais rien n'a de substance et de réalité,
Rien n'est vrai que l'unique et morne Éternité
Ô Brahma ! toute chose est le rêve d'un rêve.

La Mâyâ dans mon sein bouillonne en fusion,
Dans son prisme changeant je vois tout apparaître ;
Car ma seule Inertie est la source de l'Être :
La matrice du monde est mon Illusion.

C'est Elle qui s'incarne en ses formes diverses,
Esprits et corps, ciel pur, monts et flots orageux,
Et qui mêle, toujours impassible en ses jeux,
Aux sereines vertus les passions perverses.

Mais par l'inaction, l'austérité, la foi,
Tandis que, sans faiblir durant l'épreuve rude,
Toute vertu se fond dans ma béatitude,
Les noires passions sont distinctes en moi.

Brahma ! tel est le rêve où ton esprit s'abîme.
N'interroge donc plus l'auguste Vérité :
Que serais-tu, sinon ma propre vanité
Et le doute secret de mon néant sublime ? -

Et sur les sommets d'or du divin Kaîlaça,
Où nage dans l'air pur le vol des blancs génies,
L'inexprimable Voix cessant ses harmonies,
La Vision terrible et sainte s'effaça.

Page Wikipédia de Lecomte de Lisle



L’Amérique, empire fragile, par Niall Ferguson

{ 21:09, dimanche, mars 14, 2010 } { Publié dans Quelque part sur cette TERRE } { 0 commentaires } { Lien }

L’Amérique, empire fragile, par Niall Ferguson
10 mars 2010

Comment meurent les empires ? Quelle est la nature de ces bouleversements à l’échelle historique ? Est-ce l’aboutissement d’un long processus de gestation ou bien le résultat d’un incident mineur imprévisible, mais cependant doué d’un potentiel déstabilisateur catastrophique, s’interroge l’historien Niall Ferguson. Comparant les institutions humaines à des systèmes physiques complexes, en perpétuelle recombinaison et dont la stabilité n’est qu’apparente, il souligne combien l’éventualité d’une subite « transition de phase » - à l’image du passage soudain de l’état solide à l’état liquide - leur est consubstantielle. Et d’avertir les dirigeants américains : le risque réel, aujourd’hui, n’est pas celui d’un lent déclin, mais bien d’un évènement d’apparence anodin, et pour autant capable de déclencher une réaction en chaîne incontrôlable dans un système déjà fragilisé.

par Niall Ferguson, Los Angeles Times, 28 février 2010

Depuis des siècles, les historiens, politologues, anthropologues, tout comme l’opinion publique, ont pensé les processus politiques en termes de saisons et de cycles. De Polybe à Paul Kennedy, de la Rome antique à l’Empire britannique, nous discernons un rythme propre à l’histoire. Les grandes puissances, comme les grands hommes, naissent, s’élèvent, règnent, puis disparaissent peu à peu. Que le déclin des civilisations soit culturel, économique ou écologique, il s’agit d’un processus prolongé dans le temps.

LA SUITE ICI



Le joker joue sa carte

{ 10:50, samedi, mars 13, 2010 } { Publié dans Humour } { 0 commentaires } { Lien }

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Autre réflexion de Nietzsche 3

{ 10:37, samedi, mars 13, 2010 } { Publié dans La pensee de Friedrich Nietzsche } { 0 commentaires } { Lien }

  « On applique une chose avec un fer rouge pour qu'elle reste dans la mémoire : seul ce qui ne cesse de faire souffrir reste dans la mémoire» --- c'est là un des principaux axiomes de la plus vieille psychologie qu'il y ait eu sur la terre ( et malheureusement aussi de la psychologie qui a durée le plus longtemps ).

 

Page Wikipédia de Friedrich Nietzsche http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche



LE CONDAMNÉ À MORT de Guy de Maupassant

{ 10:30, samedi, mars 13, 2010 } { Publié dans Contes de Guy de Maupassant } { 0 commentaires } { Lien }

GUY DE MAUPASSANT

(1850 - 1893)

LE CONDAMNÉ À MORT

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.   
    En voici un exemple de plus.
    Tous les Parisiens, ceux qui rentrent à Paris en cette saison, connaissent ce long chapelet de villes charmantes qui va de Marseille à Gênes. On arrive en ces mignonnes cités en quittant les plages du Nord ; on en part dans les premiers jours d'avril, juste en ce moment ; c'est-à-dire quand elles vont devenir de vrais bouquets, quand toute leur campagne n'est plus qu'un jardin, quand les roses et les orangers fleurissent.
    Entre toutes ces résidences, il en est une particulièrement aimée ; mais celle-là est plus qu'une cité, c'est un royaume, un tout petit royaume, il est vrai, un grand-duché de Gérolstein.
    Perché sur un rocher fleuri, qui porte sur son dos un paquet de maisons blanches et son palais princier, le minuscule État de Monaco obéit à un souverain plus indépendant que le roi Makoko, plus autoritaire que S. M. Guillaume de Prusse, plus cérémonieux que feu Louis XIV de France.
    Sans peur des invasions et des révolutions, il règne en paix, avec étiquette, sur son heureux petit peuple, au milieu des cérémonies d'une cour où l'on fait encore la révérence.
    Il a son général et ses quatre-vingts soldats, son évêque, son clergé, son introducteur des ambassadeurs, comme M. Grévy, et toute la série des fonctionnaires à titres magnifiques qu'on doit toujours rencontrer autour des souverains absolus et convaincus de leur majesté.
    Ce monarque pourtant n'est point sanguinaire ni vindicatif ; et quand il bannit, car il bannit, la mesure est appliquée avec des ménagements infinis.
    En faut-il donner des preuves ?
    Un joueur obstiné, dans un jour de déveine, insulta le souverain. Il fut expulsé par décret.
    Pendant un mois il rôda autour du Paradis défendu, craignant le glaive de l'archange, sous la forme du sabre d'un gendarme. Un jour enfin il s'enhardit, franchit la frontière, gagne en trente secondes le coeur du pays, pénètre dans le Casino. Mais soudain un fonctionnaire l'arrête : "N'êtes-vous pas banni, monsieur ? - Oui, monsieur, mais je repars par le premier train. - Oh ! en ce ras, fort bien, monsieur, vous pouvez entrer."
    Et chaque semaine il revient ; et chaque fois le morne fonctionnaire lui pose la même question à laquelle il répond de la même façon. La justice peut-elle être plus douce ?

    Mais, une des années dernières, un cas fort grave et tout nouveau se produisit dans le royaume.
    Un assassinat eut lieu.
    Un homme, un Monégasque, pas un de ces étrangers errants qu'on rencontre par légions sur ces côtes, un mari, dans un moment de colère, tua sa femme.
    Oh ! il la tua sans raison, sans prétexte acceptable. L'émotion fut unanime dans toute la principauté.
    La Cour suprême se réunit pour juger ce cas exceptionnel (jamais un assassinat n'avait eu lieu), et le misérable fut condamné à mort à l'unanimité.
    Le souverain indigné ratifia l'arrêt.
    Il ne restait plus qu'à exécuter le criminel. Alors une difficulté surgit. Le pays ne possédait ni bourreau ni guillotine.
    Que faire ? Sur l'avis du ministre des Affaires étrangères, le prince entama des négociations avec le gouvernement français pour obtenir le prêt d'un coupeur de têtes avec son appareil.
    De longues délibérations eurent lieu au ministère à Paris. On répondit enfin en envoyant la note des frais pour déplacement des bois et du praticien. Le tout montant à seize mille francs.
    Sa Majesté monégasque songea que l'opération lui coûterait bien cher ; l'assassin ne valait certes pas ce prix. Seize mille francs pour le cou d'un drôle ! Ah ! mais non.
    On adressa alors la même demande au gouvernement italien. Un roi, un frère ne se montrerait pas sans doute si exigeant qu'une République.
    Le Gouvernement italien envoya un mémoire qui montait à douze mille francs.
    Douze mille francs ! Il faudrait prélever un impôt nouveau, un impôt de deux francs par tête d'habitant. Cela suffirait pour amener des troubles inconnus dans l'État.
    On songea à faire décapiter le gueux par un simple soldat. Mais le général, consulté, répondit en hésitant que ses hommes n'avaient peut-être pas une pratique suffisante de l'arme blanche pour s'acquitter d'une tâche demandant une grande expérience dans le maniement du sabre.
    Alors le prince convoqua de nouveau la Cour suprême et lui soumit ce cas embarrassant.
    On délibéra longtemps, sans découvrir aucun moyen pratique. Enfin le premier président proposa de commuer la peine de mort en celle de prison perpétuelle ; et la mesure fut adoptée.
    Mais on ne possédait pas de prison. Il fallut en installer une, et un geôlier fut nommé, qui prit livraison du prisonnier.
    Pendant six mois tout alla bien. Le captif dormait tout le jour sur une paillasse dans son réduit, et le gardien en faisait autant sur une chaise devant la porte en regardant passer les voyageurs.
    Mais le prince est économe, c'est là son moindre défaut, et il se fait rendre compte des plus petites dépenses accomplies dans son État (la liste n'en est pas longue). On lui remit donc la note des frais relatifs à la création de cette fonction nouvelle, à l'entretien de la prison, du prisonnier et du veilleur. Le traitement de ce dernier grevait lourdement le budget du souverain.
    Il fit d'abord la grimace ; mais quand il songea que cela pouvait durer toujours (le condamné était jeune), il prévint son ministre de la Justice d'avoir à prendre des mesures pour supprimer cette dépense.
    Le ministre consulta le président du tribunal, et tous deux convinrent qu'on supprimerait la charge du geôlier. Le prisonnier, invité à se garder tout seul, ne pourrait manquer de s'évader, ce qui résoudrait la question à la satisfaction de tous.
    Le geôlier fut donc rendu à sa famille, et un aide de cuisine du palais resta chargé simplement de porter, matin et soir, la nourriture du coupable. Mais celui-ci ne fit aucune tentative pour reconquérir sa liberté.
    Or, un jour, comme on avait négligé de lui fournir ses aliments, on le vit arriver tranquillement pour les réclamer ; et il prit dès lors l'habitude, afin d'éviter une course au cuisinier, de venir aux heures des repas manger avec les gens de service, dont il devint l'ami.
    Après le déjeuner, il allait faire un tour, jusqu'à Monte-Carlo. Il entrait parfois au Casino risquer cinq francs sur le tapis vert. Quand il avait gagné il s'offrait un bon dîner dans un hôtel en renom, puis il rentrait dans sa prison dont il fermait avec soin la porte au-dedans.
    Il ne découcha pas une seule fois.
    La situation devenait difficile non pour le condamné mais pour les juges.
    La Cour se réunit de nouveau et il fut décidé qu'on inviterait le criminel à sortir des États de Monaco.
    Lorsqu'on lui signifia cet arrêt il répondit simplement :
    "Je vous trouve plaisants. Eh bien, qu'est-ce que je deviendrai, moi ? Je n'ai pas de moyens d'existence. Je n'ai plus de famille. Que voulez-vous que je fasse ? J'étais condamné à mort. Vous ne m'avez pas exécuté. Je n'ai rien dit. Je fus ensuite condamné à la prison perpétuelle et remis aux mains d'un geôlier. Vous m'avez enlevé mon gardien. Je n'ai rien dit encore.
    "Aujourd'hui vous voulez me chasser du pays. Ah mais non. Je suis prisonnier, votre prisonnier jugé et condamné par vous. J'accomplis ma peine fidèlement, je reste ici."
    La Cour suprême fut atterrée. Le prince eut une colère terrible et ordonna de prendre des mesures.
    On se remit à délibérer.
    Alors il fut décidé qu'on offrirait au coupable une pension de six cents francs pour aller vivre à l'étranger.
    Il accepta.

    Il a loué un petit enclos à cinq minutes de l'État de son ancien souverain et il vit heureux sur sa terre, cultivant quelques légumes et méprisant les potentats.
    Mais la cour de Monaco, instruite un peu tard par cet exemple, s'est décidée à traiter avec le gouvernement français ; maintenant elle nous livre ses condamnés que nous mettons à l'ombre, moyennant une pension modique.
    On peut voir, aux archives judiciaires de la Principauté, l'arrêt surprenant qui règle la pension du drôle en l'obligeant à sortir du territoire monégasque.
    Certifié vrai, s.g.d.g., pour les menus détails.

10 avril 1883

Cliquez ici pour la page wikipédia sur GUY DE MAUPASSANT



Pensée de Benjamin Franklin

{ 10:23, samedi, mars 13, 2010 } { Publié dans Textes des autres Maitres de la littérature } { 0 commentaires } { Lien }

 

« Ceux qui renoncent à la liberté pour des considérations de sécurité ne méritent ni la liberté ni la sécurité .»

Benjamin Franklin

Page Wikipédia de Benjamin Franklin
http://fr.wikipedia.org/wiki/Benjamin_Franklin



Les damnés de Lecomte de Lisle

{ 11:03, vendredi, mars 12, 2010 } { Publié dans Textes de Lecomte de Lisle } { 0 commentaires } { Lien }

 

Les damnés

La terre était immense, et la nue était morne ;
Et j'étais comme un mort en ma tombe enfermé,
Et j'entendais gémir dans l'espace sans borne
Ceux dont le coeur saigna pour avoir trop aimé :

Femmes, adolescents, hommes, vierges pâlies,
Nés aux siècles anciens, enfants des jours nouveaux,
Qui, rongés de désirs et de mélancolies,
Se dressaient devant moi du fond de leurs tombeaux.

Plus nombreux que les flots amoncelés aux grèves,
Dans un noir tourbillon de haine et de douleurs,
Tous ces suppliciés des impossibles rêves
Roulaient, comme la mer, les yeux brûlés de pleurs.

Et sombre, le front nu, les ailes flamboyantes,
Les flagellant encor de désirs furieux,
Derrière le troupeau des âmes défaillantes
Volait le vieil Amour, le premier né des dieux.

De leur plainte irritant la lugubre harmonie,
Lui-même consumé du mal qu'il fait subir,
Il chassait, à travers l'étendue infinie,
Ceux qui sachant aimer n'en ont point su mourir.

Et moi, je me levais de ma tombe glacée,
Un souffle au milieu d'eux m'emportait sans retour ;
Et j'allais, me mêlant à la course insensée,
Aux lamentations des damnés de l'amour.

Ô morts livrés aux fouets des tardives déesses,
Ô Titans enchaînés dans l'Érèbe éternel,
Heureux ! vous ignoriez ces affreuses détresses,
Et vous n'aviez perdu que la terre et le ciel !

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