Minuit de Louis-Honoré FRÉCHETTE

Minuit
La pâle nuit d'automne
De ténèbres couronne
Le front gris du manoir ;
Morne et silencieuse,
L'ombre s'assied, rêveuse,
Sous le vieux sapin noir.
Au firmament ses voiles
Sont parsemés d'étoiles
Dont le regard changeant,
Sur la nappe des ondes,
Répand en gerbes blondes
Ses paillettes d'argent.
Dans le ciel en silence
La lune se balance
Ainsi qu'un ballon d'or,
Et sa lumière pâle,
D'une teinte d'opale,
Baigne le flot qui dort.
Au bois rien ne roucoule
Que le ruisseau qui coule
En perles de saphir;
Et nul cygne sauvage
N'ouvre sur le rivage
Sa blanche aile au zéphir.
Une ondoyante voile,
Comme aux cieux une étoile,
Brille au loin sur les eaux,
Et la chouette grise
De son vol pesant frise
La pointe des roseaux.
La bécassine noire
Au col zébré de moire
Dort parmi les ajoncs
Qui fourmillent sans nombre
Sur le rivage sombre,
Au pied des noirs donjons.
Sous la roche pendante,
La grenouille stridente
Dit sa rauque chanson,
Et des algues couverte
Toute la troupe verte
Coasse à l'unisson.
Dans l'onde qui miroite,
L'ondine toute moite
Ecartant les roseaux,
Sèche sa blanche épaule
A l'ombre du vieux saule
Qui pleure au bord des eaux.
Rêveuse elle se mire
Et, coquette, s'admire
Dans le miroir mouvant,
Et de ses tresses blondes,
Sur le cristal des ondes,
Tombent des pleurs d'argent.
La Sylphide amoureuse,
La Péri vaporeuse,
Fée au col de satin,
Dans leur ronde légère,
Effleurent la fougère
D'un petit pied mutin.
Les farfadets, les gnomes,
Les nocturnes fantômes,
Traînant leurs linceuls gris,
Dansent, spectres difformes,
Autour des troncs énormes
Des vieux pins rabougris.
Le serpent rampe et glisse,
Et son écaille lisse
D'un rayon fauve luit ;
Les bêtes carnassières
Sortent de leurs tannières...
Dormons : il est minuit !
Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)
Page Wikipédia sur Louis-Honoré Fréchette
http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Honor%C3%A9_Fr%C3%A9chette

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Les rêves morts de Lecomte de Lisle

Les rêves morts
Vois ! cette mer si calme a comme un lourd bélier
Effondré tout un jour le flanc des promontoires,
Escaladé par bonds leur fumant escalier,
Et versé sur les rocs, qui hurlent sans plier,
Le frisson écumeux des longues houles noires.
Un vent frais, aujourd'hui, palpite sur les eaux,
La beauté du soleil monte et les illumine,
Et vers l'horizon pur où nagent les vaisseaux,
De la côte azurée, un tourbillon d'oiseaux
S'échappe, en arpentant l'immensité divine.
Mais, parmi les varechs, aux pointes des îlots,
Ceux qu'a brisés l'assaut sans frein de la tourmente,
Livides et sanglants sous la lourdeur des flots,
La bouche ouverte et pleine encore de sanglots,
Dardent leurs yeux hagards à travers l'eau dormante.
Ami, ton coeur profond est tel que cette mer
Qui sur le sable fin déroule ses volutes :
Il a pleuré, rugi comme l'abîme amer,
Il s'est rué cent fois contre des rocs de fer,
Tout un long jour d'ivresse et d'effroyables luttes.
Maintenant il reflue, il s'apaise, il s'abat.
Sans peur et sans désir que l'ouragan renaisse,
Sous l'immortel soleil c'est à peine s'il bat ;
Mais génie, espérance, amour, force et jeunesse
Sont là, morts, dans l'écume et le sang du combat.
Page Wikipédia de Lecomte de Lisle

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« Dans notre pays, mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue.»
- Joseph Hanse
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