29-jan-2010
Diffamation d'une sénatrice envers les végétariens (D.Ruffieux)

Selon la sénatrice Hervieux-Payette, qui milite en faveur de la chasse au phoque au Canada, depuis de nombreuses années, les végétariens sont des extrémistes subversifs, qui agissent sans respecter la loi. Dans son blog, la sénatrice ne cache pas son hostilité envers une catégorie de citoyens et de citoyennes, qui se voient ainsi stigmatisés et diabolisés au risque d’inciter à la haine.  « Les lobbies végétariens sont devenus des extrémistes qui ne respectent pas nos institutions démocratiques et utilisent des manières sauvages pour arriver à leurs fins. Cela jette un profond discrédit sur la cause qu’ils défendent. » Voici donc, en substance, le message qu’un représentant du sénat adresse aux millions de végétariens non seulement au Canada, mais à travers le monde. 

Ceci est grave, d’abord parce qu’une sénatrice s’exprime de manière indigne envers des Canadiens et des Canadiennes. Ensuite, ces allégations sont diffamatoires et heurtent les sensibilités des nombreux individus, qui pour de multiples raisons ont adoptés un mode de vie non violent, par respect envers le bien-être des animaux, dans un souci de protection de l’environnement, ou pour encourager des pratiques agricoles écologiques; d’autres personnes sont devenues végétariennes pour des raisons médicales, ou par conviction religieuse. C’est l’ensemble des végétariens qui, aujourd’hui, se consternent d’être la cible d’accusations sans fondements, mais délibérées, portées sans retenue par une sénatrice partie en campagne pour redorer le blason d’une industrie de chasse en déclin. Hervieux-Payette n’est pas la seule à salir la réputation des végétariens puisque son conseiller politique au sénat, Maximillien Depontailler, lui fait écho quand il écrit: « les groupes anti-chasse au phoque... présentent un double visage : une face respectable d'un côté et une face beaucoup plus violente de l'autre. Ce second visage est moins connu du grand public et pourtant c'est ce que l'on appelle les éco-terroristes.» La vérité la voici: pour des raisons politiques, il est devenu important pour l’industrie de la chasse et de la pêche, représentés par la sénatrice Hervieux-Payette, mais aussi par la ministre canadienne des pêches—qui vient de subir un entartage, ce lundi 25 janvier, lorsqu'une activiste de PETA s'est approchée et lui a lancé au visage une tarte au tofu—de faire passer les végétariens pour des terroristes dangereux. Il s’agit d’une stratégie qui vise à isoler une classe de citoyens dans l’opinion publique, ce qui est une manoeuvre politicienne exécrable, qui doit être condamnée.  
 
Au contraire, les végétariens doivent être loués pour leurs efforts à vouloir vivre selon des principes de paix, de justice et d’égalité, et non pas insultés. Les groupes de pressions comme PETA, et leurs actions qui peuvent paraître radicales pour certains, ne représentent pas la vaste majorité des végétariens à travers le monde. Ces derniers représentent non pas un groupe de radicaux et d’extrémistes, mais des hommes, des femmes et des enfants adoptant le végétarisme pour de nombreuses raisons, éthiques, religieuses, environnementales, ou médicales. Le comportement de la sénatrice Hervieux-Payette est odieux envers tous ces individus. L’opinion ne doit pas être dupe et la diffamation sera sans effet sur la volonté indéfectible des végétariens du monde d’exprimer et de faire ce qui est juste.    
                                                                                                                                                                                            David Ruffieux - biochimiste, biologiste cellulaire et moléculaire, candidat au parti vert
Sylvie Demers et Chantale Rondeau - pour www.coeurconscience.com
Marjolaine Jolicoeur - auteure, fondatrice d'ahimsa
Sameer Muldeen, président de l'Association végétarienne de Montréal

Blog de la sénatrice Hervieux Payette
http://www.eurekablogue.ca/?p=946

Article de Maximillien Depontailler
http://www.lepost.fr/article/2010/01/26/1908011_la-ministre-canadienne-des-peches-agressee-par-une-activiste-anti-chasse-au-phoque.html

 

écrit par marjolainejolicoeur à 14:59 | dans: Chasse
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24-sep-2009
Tuer tous les ours du Québec? (Richard Chartier)

AU MINISTÈRE DE LA FAUNE

: Il n'est pas étonnant de voir la réaction négative de la population face aux ours lorsque la panique, entretenue par les médias, s'empare des gens qui vivent à proximité de la forêt. Surtout lors d'évènements tragiques où il y a mort d'homme. Cependant, les spécialistes s'entendent pour affirmer que ce phénomène est rare et circonstanciel.
Il faut aussi noter que les banlieues s'étendent de plus en plus et que l'humain empiète sur les territoires de nombreuses espèces y compris l'ours. La cohabitation peut devenir difficile et provoquer des affrontements malheureux. Il y a, me semble t-il,une réflexion à entamer d'urgence non seulement pour l'ours mais aussi pour d'autres
espèces animales au Québec afin d'assurer la sauvegarde et la pérennité de ces animaux au nom du respect de la biodiversité...et pour l'avenir, pour nos enfants.
J'ai entendu aujourd'hui la solution d'un porte-parole de la Fédération des trappeurs du Québec qui m'a fait sursauter: augmenter la prise d'ours afin disait-il de diminuer la surpopulation. Pourtant, un représentant de votre ministère a déclaré qu'il n'y avait pas de surpopulation. Ce qui est grave et inquiétant au Québec c'est que les chasseurs et les trappeurs exercent un lobby puissant auprès de votre ministère et vous risquez malheureusement d'écouter ces promoteurs de l'extermination des ours (et d'autres espèces animales aussi ! ).
Pouvez-vous me garantir que vous ne céderez pas à leurs pressions en permettant d'abattre davantage d'ours ? Les écosystèmes ne fonctionnent pas comme des machines bien huilées et ne répondent pas toujours à nos attentes et à nos désirs comme semble le croire les trappeurs et les chasseurs. Éliminer le plus grand nombre d'ours ne réglera pas le problème, il en créera d'autres. Il faut apprendre à vivre avec les animaux de la forêt, il n'est pas nécessaire de les exterminer.
Au moment où nous vivons une crise écologique et environnementale des plus préoccupantes, le rôle des décideurs est de protéger, sauvegarder et promouvoir une approche plus respectueuse de la nature et des animaux.
Je vous prie de ne pas tomber dans l'étroitesse d'esprit des trappeurs et des chasseurs et d'agir en gestionnaire responsable qui se préoccupe de l'avenir de l'humanité avant les intérêts égoistes des groupes de pression dont le seul souci est de pouvoir rapporter à la maison un trophée qui dégage l'odeur nauséabonde d'une gloire éphémère.                (Richard Chartier, M.Sc.)

écrit par marjolainejolicoeur à 10:33 | dans: Chasse
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21-sep-2009
JACQUES GODIN: de chasseur à végétalien

L’auteur est un acteur prolifique et de grand talent  qui a joué dans de nombreux téléromans, films ou pièces de  théatre. Chasseur repenti, il est aussi un ardent défenseur des animaux. 

Je crois que c’est l’écrivain et critique français, Paul Léautaud, qui résume le mieux ma relation avec les animaux. Cet homme né en 1872, disait un jour dans une interview : « Les gens qui ne s’intéressent pas aux bêtes, qui n’en ont jamais eues, ceux qui rient qu’on puisse les aimer, ne savent pas quelle merveille de bonté, de fidélité, d’attachement, d’intelligence curieuse on trouve en elles. C’est la plus charmante compagnie quand on sait s’y prendre et je parle de toutes les bêtes sans exception. Nous ne savons rien d’elles avec notre sotte façon de les regarder de loin. Quand on vit avec elles, que de choses on découvre, que d’autres on éveille quand on sait leur donner confiance ».

C’est ce qui se produit avec la plupart des gens. On regarde les animaux de loin, on ne se rend pas compte de ce qu’ils sont. Ils ne sont pas des automates biologiques comme les considèrent ceux qui les exploitent dans les cirques, les jardins zoologiques, les corridas, les rodéos, en élevage intensif, l’industrie de la fourrure, la recherche médicale, etc. Les animaux sont des êtres sensibles à ce qui se passe autour d’eux. Ils peuvent agir, pas seulement réagir, prendre conscience, non seulement être conscients, ils peuvent se souvenir. Ils ont aussi des sentiments comme les humains : la joie, la jalousie, la peur, la colère, la frustration, etc.

Comme le mentionne le philosophe et éthologue Dominique Lestel, dans un article qui a été publié dans le Nouvel Observateur : « Peu de gens réalisent à quel point nos représentations de l’animal ont été bouleversées en trente ans, y compris les éthologues eux-mêmes. Cette transformation est du même ordre que la révolution quantique en physique dans la première moitié du 20ième siècle ou celle de la révolution de la biologie moléculaire dans la seconde moitié de ce même siècle : « l’animal est devenu un sujet non pas parce que nos projections populaires et affections nous les font voir ainsi, mais parce que les travaux scientifiques les plus modernes ne nous laisse pas le choix « (1)

On est loin des opinions de Descartes, Aristote, Claude Bernard et cie sur le sujet. Des chercheurs japonais qui ont fait des études sur les singes de Koshima, Dian Fossey, Jane Goodal, Sherley Strum, Jonatha Balcom (Pleasurable Kingdom, chez MacMillan) nous démontre qu’il existe une culture animale, c’est à dire que les animaux ont une vie sociale, une subjectivité et peuvent prendre conscience de leurs actes.

C’est une lutte parfois déprimante et difficile que celle de la bataille pour la libération des animaux et la fin de leur exploitation. J’ai commencé à m’y intéresser il y a au moins quarante ans. Ayant quelques animaux à la maison, j’ai commencé à héberger des chats et des chiens que des gens inconscients et insouciants abandonnaient près de chez moi. Je me suis finalement retrouvé avec 13 chats et chiens. Me rendant compte comment ces animaux peuvent souffrir laissés à eux-mêmes dans la nature, je décidai de donner un peu de mon temps à un refuge pour animaux abandonnés. C’est alors qu’une personne du milieu me suggéra de lire le livre de Hans Ruesch, « Ces bêtes qu’on torture inutilement » sur les expériences médicales atroces et inutiles faites aux animaux en laboratoire, ça vous donne la nausée. Je continuai à me renseigner, à lire l’opinion de scientifiques honnêtes, rigoureux, réalistes et conséquents, opposés à ce procédé de recherche (non seulement cruel mais inutile) soutenu par l’industrie des médicaments, la médecine officielle, l’appât du gain, le lobbying et l’ignorance des politiciens.

Je crois que ce qui est important pour garder le moral c’est de se renseigner sur les progrès (et il y en a !) qui se font dans la cause animale. Il faut se rendre compte qu’on est pas seul à s’y opposer et à la défendre. Il faut voir les progrès que font des associations sérieuses comme le Comité des médecins pour une médecine responsable (2), l’Association des vétérinaires pour le droit des animaux (3), PETA (4) et la Société américaine contre la vivisection (AAVS) (5). Quand c’est possible, il est important d’être membre de ses organisations pour les soutenir dans leur démarche et lire des publications produites par des organismes locaux comme AHIMSA, la Société québécoise pour la défense des animaux (SQDA), Life Force et beaucoup d’autres groupes de défenses qui sont pour moi un beaume qui démontre que la cause avance. Si on pense à la longue lutte contre l’esclavage et aux droits des femmes, on réalise que ce n’est qu’avec persévérance qu’on peut y arriver.

Avant cette prise de conscience, j’avais comme le mentionne Léautaud, « cette sotte façon de regarder les animaux de loin ». J’ignore encore pourquoi je faisais de la chasse, peut-être était-ce pour éprouver la sensation d’être un vrai mâle, isolé dans la forêt, comme ses ancêtres, sans eau, sans électricité pendant une semaine, avec un groupe d’amis. Je pensais peut-être que la chasse était un sport, mais un sport où tu essaies de tuer l’adversaire n’est pas un sport, sauf pour certains joueurs de hockey peut-être…

Finalement, je me suis demandé si à force de joueur la vie d’un coureur des bois à la télévision, je n’en était pas un, qui sait ?

Toujours est-il, qu’un jour où je tirai un pauvre chevreuil à moitié caché derrière un arbre, lui fracturant la colonne vertébrale, je m’approchai pour achever la pauvre bête. Elle tenta péniblement de se relever à l’aide de ses pattes avant, me regardant d’un air ahuri, un regard sans colère, sans reproche. Elle avait plutôt un regard interrogateur, me demandant sans doute pourquoi je faisais une chose aussi affreuse. Je me souviendrai toute ma vie de ces doux yeux de biche et ce fût ma dernière partie de chasse. C’est alors que je réalisai que j’étais tout à fait inconséquent de défendre les animaux et de manger de la viande. Ce sont des milliards d’animaux qui sont élevés, transportés et tués de façon affreuse dans le monde. Il y a une trentaine d’années, je décidai de devenir végétarien, puis je suis devenu végétalien (sans aucun produit animaux). Je me suis rendu compte avec le temps comment cette consommation de viande est dommageable pour la santé (cancer, maladie cardiaque, diabète) et pour l’environnement (gaz à effets de serre, utilisation excessive d’eau et de céréales pour nourrir les animaux, déjection, pollution, etc).

Lorsque j’étais plus jeune, dans mon milieu, consommer de la viande était une chose normale, que personne ne remettait en question, le végétarisme n’était pas tellement courant. Après avoir travaillé sur un plateau de tournage avec des brebis, je me suis dit qu’il était inconcevable qu’on puisse égorger des créatures aussi douces et gentilles. Je commençai donc par éliminer de mon alimentation l’agneau puis, le veau, le porc, le bœuf, le poulet, les fruits de mer et poissons et aujourd’hui je suis végétalien. Je m’en porte très bien et je mange des repas sains, variés très savoureux et appétissants.

Je suis devenu végétalien pour toutes ces raisons mais, chacun à son cheminement. Si on réalise l’immense souffrance imposée aux animaux de consommation et les bienfaits du végétarisme pour notre santé, le choix n’est pas trop difficile. Aujourd’hui, il est facile de se procurer des aliments végétariens (ou végétaliens). On les trouve même dans tous les supermarchés. Il y a une quantité incroyable de livres de recettes de cuisine végétariennes (ou végétaliennes) et de sites internet. On a l’embarras du choix. A mon avis, il n’y a aucune raison de ne pas adhérer à ce mode de vie, respectueux des êtres vivants et de la nature.                                                                                                                        Jacques Godin, Journal AHIMSA, printemps 2009

(1) Dominique Lestel, auteur de : « Des origines animales de la culture » (Flammarion, 2001) et «L’animal singulier » (Seuil, 2004)                                                                                                                            

(2)PCRM (Physicians Committee for Responsible Medecine

(3) AVAR (Association of Veterinarians for Animal Rights )

(4) PETA (People for the Ethical Treatment of Animals )

(5) AAVS (American Anti-Vivisection Society)

écrit par marjolainejolicoeur à 14:23 | dans: Chasse
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20-mar-2009
Des écolos appuient une chasse au phoque qui est loin d'être écologique-Marjolaine Jolicoeur

Dans un récent communiqué Nature Québec appuie la chasse au phoque et fait du lobbying auprès du Parlement européen afin qu’il n’interdise pas les importations des produits dérivés. Nature Québec agit-il réellement par conviction écologique?

On peut se poser la question quand on voit dans sa liste de « partenaires financiers » Pêches et Océans Canada, le ministère gouvernemental qui subventionne et coordonne la chasse au phoque. Nature Québec reçoit aussi des subventions de la Fondation de la Faune du Québec, un organisme gouvernemental favorisant la chasse et la pêche dites sportives ainsi que du Fond mondial pour la nature Canada (World Wildlife Fund-WWF) dont toute l’histoire est liée à la chasse.(1) Un des présidents du passé de la WWF était non seulement un chasseur célèbre pour ses tueries massives d’animaux mais aussi président de la National Rifle Association, un lobby international contre tout contrôle des armes a feu. Jusqu’en l988 la WWF organisait des enchères de vente de fourrure pour renflouer ses caisses. Elle a toujours soutenu la chasse aux phoques en connivence avec le gouvernement canadien.

Nature Québec a de plus des « partenaires en biens et services pour des expertises, conseils et validations scientifiques et techniques » comme la Fédération des trappeurs gestionnaires du Québec,la Fédération québécoise de la Faune (qui malgré son nom regroupe des chasseurs et des pêcheurs) et la Fédération des pourvoiries du Québec. Ces groupes pro-chasse et pro-fourrure peuvent-ils réellement donner une expertise valable et objective à un organisme se voulant écologique?

ECOLOGIQUE OU MERCANTILE?

Justifier écologiquement la chasse aux phoques parce que ces derniers mangent trop de morues est questionnable d’un point de vue crédibilité scientifique mais aussi vision globale. L’effondrement de la population des poissons relève bien plus de la pêche intensive et de l’inertie du gouvernement en matière de gestion que de l’alimentation du phoque. Même si tous les phoques jusqu’au dernier sont tués, la morue ne reviendra pas. Selon une étude faite par 14 chercheurs scientifiques et publiée dans la revue américaine Science la quasi-totalité des espèces de poissons et de crustacés pêchés pour la consommation auront disparu des océans avant 2050.(2) Cette disparition annoncée des poissons s’accompagnera d’un dérèglement de l’ensemble de l’écosystème des océans et ce ne sera pas la faute des phoques mais bien des industries de la pêche.Mais les pêcheurs qualifient ces prédictions de         « pessimistes » et refusent d’y croire.

En février 2009, les pêcheurs de morues du Québec et des Maritimes ont même tenté de convaincre Pêches et Océans Canada de ne pas imposer un moratoire pour stopper la pêche dans le sud du golfe Saint-Laurent. Regroupés dans une coalition, les associations de pêcheurs rejettent les prévisions scientifiques prédisant la disparition des poissons. Plus facile d’accuser les phoques que de faire son mea culpa.

Tout comme pour l’industrie de la fourrure, la pêche commerciale n’a montré que très rarement un souci écologique. Elle a plutôt vider les océans et continue de le faire dans un esprit strictement mercantile. Morue mais aussi requin, thon rouge, flétan, espadon, crevette, plie canadienne et capelan sont des espèces marines menacées par la pêche. On estime que dans le monde 75% des espèces de poissons seraient présentement exploitées à pleine capacité, surexploitées ou épuisées.

Tuer des phoques pour sauver le poisson ne ressemble que trop à de l’histoire ancienne. Le béluga par exemple, a toujours été maudit par les pêcheurs, coupable selon eux de faire fuir le poisson. Au cours des années 30, les pêcheurs chassaient cette petite baleine blanche parce qu’on croyait qu’elle dévorait elle aussi trop de morues et de saumons. Pour chaque queue de béluga tué le gouvernement payait l5$. Plus de 5 000 bélugas vivaient dans le fleuve St-Laurent en 1885 mais cent ans plus tard ils n’étaient plus que 500, considérés comme de véritables déchets toxiques.

Faudra-t-il massacrer la totalité des bélugas, des baleines, des dauphins, des requins et des oiseaux de mer sous prétexte qu’ils mangent du poisson?

FAUX PRINCIPE DE PRÉCAUTION

La chasse au phoque est en complète contradiction avec tous les principes écologiques autant par ses liens avec l’industrie de la fourrure que par sa gestion gouvernementale.

Deux chercheurs scientifiques Russel Leaper et Justin Matthews ont analysé les méthodes utilisées par le gouvernement pour évaluer la taille de la population de phoques du Groenland et son évolution de même que l’approche gouvernementale pour la fixation des quotas de chasse.(3) Selon Russel Leaper « le risque pour la population de phoques est alarmant. L’étude démontre que le gouvernement pourrait ne pas être au courant que le niveau de la population a atteint un seuil critique avant qu’il ne soit trop tard, et que seules des mesures draconiennes devront êtres prises. Cela signifie que le gouvernement continuerait à fixer des quotas de chasse élevés alors que la population serait sérieusement en déclin.» Selon ces chercheurs l’approche actuelle du gouvernement pour gérer la chasse au phoque fera baisser sérieusement leur population, de 50 à 70% au cours des 15 prochaines années.

La supposée ’approche de précaution" du gouvernement ne résiste pas à une analyse sérieuse. Les phoques peuvent être décimés par des variations au niveau de l’approvisionnement alimentaire, des virus, des contaminations par la pollution ou par des changements climatiques. Dès à présent, le réchauffement climatique est une menace réelle pour le troupeau de phoques puisqu’il nuit à leur milieu de reproduction. Les mauvaises conditions de la glace contribuent de plus en plus au pourcentage anormal du taux de mortalité des phoques. En 2002, 75% des bébés phoques dans le golfe St-Laurent sont morts à cause de l’absence de glace avant même que la chasse ne commence. Cela n’a pas empêché le gouvernement de continuer à fixer des quotas de capture mettant en péril leur population.

CRUAUTÉ SUBVENTIONNÉE

Invoquer la tradition pour maintenir la chasse aux phoques sous prétexte qu’elle est pratiquée depuis 400 ans est une tactique de diversion assez maladroite. Une multitude de traditions - esclavage des enfants, des noirs, violence faite aux femmes ou cannibalisme - étaient aussi des traditions dans certaines contrées mais d’un point de vue éthique elles ne sont plus défendables. Le comportement de l’humain primitif devrait logiquement évoluer vers un mode de vie plus moralement acceptable.

La chasse au phoque n’est plus depuis longtemps une chasse de subsistance à proprement parler mais alimente plutôt le commerce de la fourrure. Cette industrie est devenue multi-millionnaire en détruisant et en exploitant autant les communautés rurales,les autochtones, les animaux que l'environnement. L'industrie de la fourrure est uniquement préoccupée par les profits. Le gouvernement continue malgré tout de la subventionner par fanatisme idéologique. L’industrie de la chasse au phoque ne se perpétue que parce qu’elle est grassement subventionnée. Entre 1995 et 2000, le gouvernement canadien et celui de Terre-Neuve et Labrador ont donné 20 millions $ en subventions directes à la chasse aux phoques. Un article du Post signé par Murray Teitel confirme que présentement les 6 millions que gagnent les chasseurs coûtent aux contribuables canadiens au moins 60 millions.(4)

ECOLO LA FOURRURE?

Cette tuerie de phoques n’est jamais écologique pas plus que ne l’est l’industrie de la fourrure. Pour aller tuer les phoques il faut une grande dépense de pétrole tout comme pour expédier les peaux ou les produits dérivés dans des ports européens ou asiatiques. Préparation, tannage, trempage, séchage, nettoyage, taille et finition des fourrures requièrent des traitements chimiques considérables. Les produits chimiques utilisés pour traiter la fourrure incluent des acides, du peroxyde d’hydrogène, de la formaldéhyde, des agents de blanchiment et divers types de teintures. Potentiellement cancérigènes ces produits peuvent causer divers problèmes de santé, polluant les cours d’eau et les sols. Il faut aussi penser à l’énergie requise pour opérer les voûtes à fourrures réfrigérées (pour l’entreposage pour période de non utilisation) ainsi que l’énergie requise pour nettoyer professionnellement par nettoyage à sec les manteaux. La fourrure est un produit de luxe nécessitant d’énormes quantités de ressources et d’énergie. Elle ne peut en aucun cas être considérée comme un produit écologique.

VIOLENCE ET BRUTALITÉ

Cette chasse industrielle génère une immense souffrance car c’est une exécution massive d’animaux devant se faire le plus rapidement possible. Tuer 300 000 phoques en quelques semaines amène de comportements cruels démontrant bien l’incapacité des autorités à veiller à l’application des lois. De nombreux vidéos et témoignages d’observateurs apportent des preuves indéniables de l’agonie de phoques crochetés vivants puis traînés sur la glace, d’animaux frappés au gourdin ou blessés par balles puis abandonnés de longues minutes à leurs souffrances avant parfois d’êtres dépecés encore conscients. Ces abus loin d’être des cas isolés demeurent rarement sanctionnés.

98% des phoques chassés ont entre deux semaines et trois mois. Les chasseurs les nomment des "chiots" mais les défenseurs des phoques n’ont pas le droit eux de dire qu’ils restent en quelque sorte des "bébés". Certains de ces phoques n’ont pas encore pris de repas solides ou même commencé à nager. Les chasseurs fracassent leur crâne parce qu’en tant que juvéniles, les parois de leur tête sont encore minces. Tout ce massacre à lieu sous les yeux horrifiés des autres phoques, des mères, dans un vacarme de cris de peur et dans l’odeur du sang.

Peut-on accepter toutes les violences et les brutalités au nom de l'argent?

Pour continuer ce plus grand massacre de mammifères au monde on tente désespérément de nous vendre leur viande et leur graisse. Mais le phoque est loin d’être assez bio pour nourrir les écolos puisqu’il est contaminé par de multiples substances toxiques et des pesticides. Il est même recommandé aux consommateurs de phoque de n’en manger pas plus qu’une fois par semaine et de s’abstenir d’en consommer le foie. Ces substances toxiques s’accumulent dans l’organisme, provoquant cancers, dérèglements hormonaux et immunitaires. Les femmes inuites, à cause de leur consommation de phoques, détiennent dans leur lait maternel le plus haut pourcentage de BPC au monde, mettant ainsi en danger autant leur santé que celle de leur bébé.

Quand aux oméga-3 de source animale, leurs vertus exagérées relèvent du marketing puisqu’elles peuvent aussi élever le taux de cholesterol et provoquer une baisse des réponses immunitaires. Tous les poissons (et donc leur graisse et leur chair ) sont contaminés à divers degrés, phoque compris. Plusieurs alternatives végétales contiennent des oméga-3 : graines de lin, algues, noix et huile de chanvre. Tous ces produits se retrouvent sous l’appellation bio et sont donc écologiques.

AMES SENSIBLES S’ABSTENIR?

Au Canada il est presque interdit de prendre la parole pour défendre les phoques sans se voir aussitôt taxer de "méchants animalistes", "d’âmes sensibles" ou de souffrir de "sensiblerie". Être écologiste c’est aussi avoir des notions d’éthique, de justice, de non-violence et de solidarité envers les plus vulnérables. Si un peu plus d’humains avait de la sensibilité dans leur âme et leur coeur, l’état de la planète ne s’en porterait que mieux.

Notre relation écologique avec les animaux englobe aussi un débat moral. Une soixante de philosophes et d’éthiciens ont co-signé avec le professeur Andrew Linzey de l’Université d’Oxford un texte dénonçant la chasse aux phoques comme étant cruelle et moralement injustifiable.(5) Pour eux le phoque est un être vivant et sensible, bien plus qu’un simple produit de consommation.

Se dire écologiste c’est aussi comprendre que tout est interdépendant et lié, autant la souffrance des animaux, des humains que celle de la planète. Les biologistes au service des chasseurs, de l’industrie de la fourrure et des politiques gouvernementales doivent montrer leur vrai visage et ne plus se cacher derrière leurs prétentions écologiques. On peut tout fuir, mais notre conscience finit toujours par nous rattraper.

1.http://www.naturequebec.org/pages/noussoutenirpartenaires.asp
2.Impacts of Biodiversity Loss on Ocean Ecosystem Services (novembre 2006)
3.An Investigation of the effects of uncertainty on Canadian harp seal management
4.National Post, article de Murray Teitel: http://network.nationalpost.com/np/blogs/fpcomment/archive/2008/04/18/the-millions-ottawa-spends-subsidizing-the-seal-hunt.asp
5.An Ethical Critique of the Canadian Seal Hunt and an Examination of the Case for Import Controls on Seal Products : http://www.animallaw.info/articles/arus2journalanimallaw87.htm\w

écrit par marjolainejolicoeur à 10:39 | dans: Chasse
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9-déc-2008
Chasse: culture de la mort (Marjolaine Jolicoeur)

Lorsque les chasseurs tentent de s’expliquer sur leur pulsion morbide de tuer des animaux, leurs arguments frôlent l’absurde. Selon leur logique, il faut tuer pour protéger. Et il n’y a que les chasseurs pour comprendre les mécanismes complexes des écosystèmes et de la vie animale. Humblement, nous les ignorants, devons nous incliner devant ces sportifs de la gâchette qui font une guerre impitoyable à tout ce qui bouge, sous prétexte que la chasse "fait partie de notre patrimoine". Quel patrimoine, celui d’une culture de la mort?

Et gare à vous si vous osez remettre en question l’activité de ces disciples de Nemrod, nommés en l'honneur d'un cruel dictateur biblique. Sensationnalisme, confusion des esprits, extrémistes, dénoncer la violence sportive de la chasse peut vous attirer les pires insultes. Le mépris des chasseurs englobe autant les animaux que les humains.

L’argument de la chasse pour se procurer de la chair fraîche ne tient pas face à ses chasseurs hilares photographiés avec leur trophée animal. C’est qui aura le plus gros panache et l’animal sanguinolent est fièrement exhibé sur le capot des voitures. Plutôt rare de voir la photographie d’un humain le pied sur son sac d’épicerie. Ou une tête de chou-fleur empaillée sur le mur d’un salon.

Afin de défendre leur sport archaïque, les chasseurs mettent de l’avant de soi-disants spécialistes qui n’ont pour objectivité que leur désir de continuer à tuer des animaux. Les théories d’un biologiste-chasseur sur le bien-fondé de la chasse ont autant de valeur éthique et scientifique que la position d’un boucher sur le végétarisme.

Les décisions concernant le sort des animaux sauvages passent essentiellement par les chasseurs, autant au niveau municipal que gouvernemental. Le féroce lobby pro-chasse infiltre toutes les sphères décisionnelles dont le Ministère des Ressources Naturelles et de la Faune (MRNF). Selon les chiffres de ce ministère (l999), 1.8 million de personnes exercent des activités de plein-air sans tueries animales comparé à environ 400 000 chasseurs. Les chasseurs québécois forment une minorité, une espèce en voie de disparition, mais eux seuls ont droit de parole face aux choix des gouvernants. Les groupes consultatifs à lesquelles l’MRNF se réfère pour sa "gestion de la faune" sont tous pro-chasse: Fédération québécoise de la faune, Fondation Héritage Faune, Fédération des Pourvoyeurs du Québec, Fédération québécoise des gestionnaires des Zecs, Fédération des trappeurs gestionnaires du Québec, la Fondation de la Faune du Québec, etc. Démocratique comme procédé?

Scientifiques, philosophes et juristes confirment le concept de "sensibilité animale". Les animaux, tout comme les humains, vivent dans un univers d’émotions, possèdent une conscience et tissent des liens affectifs avec leur famille. Ils ne sont pas que de la viande sur pattes. Leur statut doit être repensé de façon radicale au sein de la communauté des vivants. La chasse est révélatrice de cette extraordinaire injustice des humains envers les animaux. Ces chiens et ces chats que nous aimons comme nos propres enfants expérimentent la douleur tout comme l’orignal ou le chevreuil. La vie émotionnelle d’un chien est-elle si différente d’un coyote, celle d’un chat si éloignée de celle d’un lynx? C’est l’anonymat des victimes animales qui engendre notre indifférence.

Avec leur vision dépassée du monde les chasseurs se placent dans une perspective anthropocentriste. Ces "amants de la Nature" la viole afin de mieux la dominer. Dans une relation verticale d’autorité les chasseurs s’inscrivent dans une hiérarchie brutale. A voir l’état de la planète et du non respect de la Vie, l’humain semble présentement surtout supérieur en cruauté. Il est plus que temps que nous renversions ce vieux schéma d’exploitation, que nous fassions la paix avec nos semblables. Une souffrance demeure une souffrance, qu’elle soit animale ou humaine. Tout est lié et interdépendant.

Même déguisé sous des élucubrations scientifiques et écologiques, il n'y a aucune noblesse à poursuivre un être vivant pour en faire un trophée: "Tuer pour le plaisir est un acte inhumain, indigne et dégradant" (Hubert Reeves, astrophysicien contre la chasse). Les animaux, tout comme les humains, n’ont pas besoin de la violence des armes pour survivre.

écrit par marjolainejolicoeur à 09:49 | dans: Chasse
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