L’auteur est un acteur prolifique et de grand talent qui a joué dans de nombreux téléromans, films ou pièces de théatre. Chasseur repenti, il est aussi un ardent défenseur des animaux.
Je crois que c’est l’écrivain et critique français, Paul Léautaud, qui résume le mieux ma relation avec les animaux. Cet homme né en 1872, disait un jour dans une interview : « Les gens qui ne s’intéressent pas aux bêtes, qui n’en ont jamais eues, ceux qui rient qu’on puisse les aimer, ne savent pas quelle merveille de bonté, de fidélité, d’attachement, d’intelligence curieuse on trouve en elles. C’est la plus charmante compagnie quand on sait s’y prendre et je parle de toutes les bêtes sans exception. Nous ne savons rien d’elles avec notre sotte façon de les regarder de loin. Quand on vit avec elles, que de choses on découvre, que d’autres on éveille quand on sait leur donner confiance ».
C’est ce qui se produit avec la plupart des gens. On regarde les animaux de loin, on ne se rend pas compte de ce qu’ils sont. Ils ne sont pas des automates biologiques comme les considèrent ceux qui les exploitent dans les cirques, les jardins zoologiques, les corridas, les rodéos, en élevage intensif, l’industrie de la fourrure, la recherche médicale, etc. Les animaux sont des êtres sensibles à ce qui se passe autour d’eux. Ils peuvent agir, pas seulement réagir, prendre conscience, non seulement être conscients, ils peuvent se souvenir. Ils ont aussi des sentiments comme les humains : la joie, la jalousie, la peur, la colère, la frustration, etc.
Comme le mentionne le philosophe et éthologue Dominique Lestel, dans un article qui a été publié dans le Nouvel Observateur : « Peu de gens réalisent à quel point nos représentations de l’animal ont été bouleversées en trente ans, y compris les éthologues eux-mêmes. Cette transformation est du même ordre que la révolution quantique en physique dans la première moitié du 20ième siècle ou celle de la révolution de la biologie moléculaire dans la seconde moitié de ce même siècle : « l’animal est devenu un sujet non pas parce que nos projections populaires et affections nous les font voir ainsi, mais parce que les travaux scientifiques les plus modernes ne nous laisse pas le choix « (1)
On est loin des opinions de Descartes, Aristote, Claude Bernard et cie sur le sujet. Des chercheurs japonais qui ont fait des études sur les singes de Koshima, Dian Fossey, Jane Goodal, Sherley Strum, Jonatha Balcom (Pleasurable Kingdom, chez MacMillan) nous démontre qu’il existe une culture animale, c’est à dire que les animaux ont une vie sociale, une subjectivité et peuvent prendre conscience de leurs actes.
C’est une lutte parfois déprimante et difficile que celle de la bataille pour la libération des animaux et la fin de leur exploitation. J’ai commencé à m’y intéresser il y a au moins quarante ans. Ayant quelques animaux à la maison, j’ai commencé à héberger des chats et des chiens que des gens inconscients et insouciants abandonnaient près de chez moi. Je me suis finalement retrouvé avec 13 chats et chiens. Me rendant compte comment ces animaux peuvent souffrir laissés à eux-mêmes dans la nature, je décidai de donner un peu de mon temps à un refuge pour animaux abandonnés. C’est alors qu’une personne du milieu me suggéra de lire le livre de Hans Ruesch, « Ces bêtes qu’on torture inutilement » sur les expériences médicales atroces et inutiles faites aux animaux en laboratoire, ça vous donne la nausée. Je continuai à me renseigner, à lire l’opinion de scientifiques honnêtes, rigoureux, réalistes et conséquents, opposés à ce procédé de recherche (non seulement cruel mais inutile) soutenu par l’industrie des médicaments, la médecine officielle, l’appât du gain, le lobbying et l’ignorance des politiciens.
Je crois que ce qui est important pour garder le moral c’est de se renseigner sur les progrès (et il y en a !) qui se font dans la cause animale. Il faut se rendre compte qu’on est pas seul à s’y opposer et à la défendre. Il faut voir les progrès que font des associations sérieuses comme le Comité des médecins pour une médecine responsable (2), l’Association des vétérinaires pour le droit des animaux (3), PETA (4) et la Société américaine contre la vivisection (AAVS) (5). Quand c’est possible, il est important d’être membre de ses organisations pour les soutenir dans leur démarche et lire des publications produites par des organismes locaux comme AHIMSA, la Société québécoise pour la défense des animaux (SQDA), Life Force et beaucoup d’autres groupes de défenses qui sont pour moi un beaume qui démontre que la cause avance. Si on pense à la longue lutte contre l’esclavage et aux droits des femmes, on réalise que ce n’est qu’avec persévérance qu’on peut y arriver.
Avant cette prise de conscience, j’avais comme le mentionne Léautaud, « cette sotte façon de regarder les animaux de loin ». J’ignore encore pourquoi je faisais de la chasse, peut-être était-ce pour éprouver la sensation d’être un vrai mâle, isolé dans la forêt, comme ses ancêtres, sans eau, sans électricité pendant une semaine, avec un groupe d’amis. Je pensais peut-être que la chasse était un sport, mais un sport où tu essaies de tuer l’adversaire n’est pas un sport, sauf pour certains joueurs de hockey peut-être…
Finalement, je me suis demandé si à force de joueur la vie d’un coureur des bois à la télévision, je n’en était pas un, qui sait ?
Toujours est-il, qu’un jour où je tirai un pauvre chevreuil à moitié caché derrière un arbre, lui fracturant la colonne vertébrale, je m’approchai pour achever la pauvre bête. Elle tenta péniblement de se relever à l’aide de ses pattes avant, me regardant d’un air ahuri, un regard sans colère, sans reproche. Elle avait plutôt un regard interrogateur, me demandant sans doute pourquoi je faisais une chose aussi affreuse. Je me souviendrai toute ma vie de ces doux yeux de biche et ce fût ma dernière partie de chasse. C’est alors que je réalisai que j’étais tout à fait inconséquent de défendre les animaux et de manger de la viande. Ce sont des milliards d’animaux qui sont élevés, transportés et tués de façon affreuse dans le monde. Il y a une trentaine d’années, je décidai de devenir végétarien, puis je suis devenu végétalien (sans aucun produit animaux). Je me suis rendu compte avec le temps comment cette consommation de viande est dommageable pour la santé (cancer, maladie cardiaque, diabète) et pour l’environnement (gaz à effets de serre, utilisation excessive d’eau et de céréales pour nourrir les animaux, déjection, pollution, etc).
Lorsque j’étais plus jeune, dans mon milieu, consommer de la viande était une chose normale, que personne ne remettait en question, le végétarisme n’était pas tellement courant. Après avoir travaillé sur un plateau de tournage avec des brebis, je me suis dit qu’il était inconcevable qu’on puisse égorger des créatures aussi douces et gentilles. Je commençai donc par éliminer de mon alimentation l’agneau puis, le veau, le porc, le bœuf, le poulet, les fruits de mer et poissons et aujourd’hui je suis végétalien. Je m’en porte très bien et je mange des repas sains, variés très savoureux et appétissants.
Je suis devenu végétalien pour toutes ces raisons mais, chacun à son cheminement. Si on réalise l’immense souffrance imposée aux animaux de consommation et les bienfaits du végétarisme pour notre santé, le choix n’est pas trop difficile. Aujourd’hui, il est facile de se procurer des aliments végétariens (ou végétaliens). On les trouve même dans tous les supermarchés. Il y a une quantité incroyable de livres de recettes de cuisine végétariennes (ou végétaliennes) et de sites internet. On a l’embarras du choix. A mon avis, il n’y a aucune raison de ne pas adhérer à ce mode de vie, respectueux des êtres vivants et de la nature. Jacques Godin, Journal AHIMSA, printemps 2009
(1) Dominique Lestel, auteur de : « Des origines animales de la culture » (Flammarion, 2001) et «L’animal singulier » (Seuil, 2004)
(2)PCRM (Physicians Committee for Responsible Medecine
(3) AVAR (Association of Veterinarians for Animal Rights )
(4) PETA (People for the Ethical Treatment of Animals )
(5) AAVS (American Anti-Vivisection Society)