4-aoû-2010
PAS DE POULES EN VILLE

Les médias ont fait grand bruit ces derniers jours de l’initiative d’un collectif se réclamant de l’écologie pour réintroduire des poules dans la ville de Montréal. CRAPAUD (Collectif de recherche sur l’aménagement paysager et l’agriculture urbaine durable) a lancé une pétition et milite pour une consultation publique sur le sujet. Greenpeace-Québec a donné son appui à cette « initiative citoyenne », son directeur Eric Darier allant même jusqu’à déclarer que « la lutte contre les OGM, Monsento et la souveraineté alimentaire passaient aussi par une poule à Montréal. »

Pour justifier l’exploitation des poules en ville, le co-fondateur du collectif Jean-Philippe Vermette, dans ses nombreuses entrevues, a évoqué la sécurité alimentaire, le développement durable, la gestion des déchets et même le plaisir d’avoir une poule comme animal domestique.  L’agriculture urbaine durable, les jardins communautaires, les espaces verts n’ont pourtant rien à voir avec l’élevage d’animaux en ville.   Une poule n’est pas un légume.  De  beaux discours écolos pour masquer la réalité de l’exploitation animale. Les jardiniers travaillent dans les potagers, pas dans les abattoirs.

 Posséder une poule pour ses œufs c’est joli et romanesque pour le public et les médias, surtout quand on passe hypocritement sous silence que tôt ou tard la pauvre poule finira égorgée pour sa viande. Les images sanglantes d’abattages doivent être cachées aux consommateurs d’œufs, tout comme la souffrance animale et la cruauté de l’exploitation. Monsieur Vermette n’a pas hésité à avouer cependant que la poule n’était qu’un symbole, une façade pour amener d’autres animaux de ferme dans la ville, comme des chèvres. Et qui sait aussi peut-être des cochons pour vider les poubelles de leurs déchets (comme en Asie), des vaches pour brouter les mauvaises herbes et des chameaux pour se promener sur le boulevard St-Joseph afin d’économiser le pétrole.

 On se dit écolo, mais on se lave les mains avec le sang des exploités.

MERCI A JEAN DRAPEAU

C’est le 14 juillet 1966, que le conseil exécutif de la ville de Montréal, présidé par le maire Jean Drapeau, décida d’interdire la tuerie, l’abattage, l’élevage, l’engraissement, la garde ou la vente de volaille et de gibier sur son territoire. Cette loi voulait en quelque sorte « nettoyer la ville » avant l’Exposition universelle. Et Jean Drapeau n’était ni un animaliste intégriste, un disciple de Brigitte Bardot ou un végétalien fanatique.

Dans les années 60, il n’était pas rare de voir des portugais égorger un cochon dans leur baignoire, des italiens saigner des agneaux dans leur arrière-cour et des restaurateurs couper le cou de poulets vivants afin de garnir leur buffet chinois. Verrons-nous réapparaitre au nom de « l’identité culturelle » l’immolation hallal de moutons lors de fêtes religieuses, des combats de coqs clandestins, des égorgements de chiens pour de la soupe asiatique et des poules sacrifiées lors d’un culte vaudou?

Vouloir réintroduire certains animaux en milieux urbains est une porte grande ouverte à des situations d’abus, de négligence, de maltraitance animale et de violence.

ET LA SPCA DANS TOUT CA?

Plus de 500 000 animaux sont abandonnés chaque année au Québec. Il y a un manque flagrant d’inspecteurs et aucune loi ne protège adéquatement les animaux considérés comme des meubles et des objets. Selon la SPCA, 45 % des Montréalais ont un animal dit domestique et ne le gardent qu’en moyenne 2 ans avant de l’abandonner dans la rue, de le donner à un refuge ou de le faire euthanasier. Cette irresponsabilité envers les chiens et les chats est-il un signe avant-coureur de ce qui pourrait arriver aux poules lorsque l’aspect de la nouveauté se sera envolé ou que les humains ne pourront ou ne voudront plus s’en occuper?

Malgré les affirmations de monsieur Vermette, la poule n’est pas un animal domestique, c’est une blague de mauvais goût. On ne fait pas entrer ses poules dans sa maison comme on le fait pour les chats et on n’égorge pas les chiens pour s’approprier leur viande  (Pas au Québec du moins).  Si on n’a pas de compassion pour tous ces chats et ces chiens abandonnés et violentés, pourtant si proches de l’humain en tant qu’animaux domestiques, on n’en n’aura guère plus pour les poules.

Pour encadrer le droit de garder des poules en ville, le collectif CRAPAUD veut  une réglementation et des inspecteurs. Est-ce que cette réglementation sera vraiment suivie? Alors qu’on demandait à monsieur Vermette, dans une entrevue radiophonique, si lui-même avait des poules, ce dernier s’est contenté de dire qu’il ne pouvait répondre à cause du présent litige. Si les propriétaires de poules en ville ne se conforment pas au règlement actuel les interdisant, ont-ils vraiment l’intention de se soumettre aux  réglementations futures?

Pour faire face à ces poulaillers clandestins mais aussi pour faire appliquer les règlementations, la ville de Montréal et la SPCA se verront dans l’obligation d’embaucher une brigade d’inspecteurs à poules, alors même qu’il manque des  inspecteurs pour les autres animaux  par manque de moyens financiers. La SPCA aura-t-elle une structure spécifique pour accueillir toutes ces poules que certains propriétaires n’auront aucun scrupule à se débarrasser lors de déménagements, d’un manque d’argent, d’espace ou de ressources? L’argent, déjà rare pour aider les chiens, les chats et les autres animaux abandonnés, sera détourné pour satisfaire cette lubie d’avoir des poules en ville.

Les pro-poules aiment énumérer différentes villes où il est permis de garder des volailles. Mais là encore, ils passent sous silence les nombreux endroits qui ne désirent pas de poules ou qui ont des problèmes avec des poules en liberté dans les rues, abandonnées ou échappées de leur poulailler. A Miami, par exemple, ce problème est réel. La ville doit engager des travailleurs pour s’occuper de poules qui errent dans les rues et dérangent les citoyens. Aux États-Unis, une coalition d’une dizaine de refuges animaliers (Farm Sanctuary, United Poultry Concerns, Woodstock Farm Animal Sanctuary, etc.) s’oppose à la mise en place de loi autorisant les poules en ville. Au cours des dernières années, ces refuges ont dû recueillir un nombre toujours plus grandissant de poules abandonnées ou de coqs, alors qu’ils sont déjà surpeuplés et en manque de financement.

DES ŒUFS ET DES POULETS VRAIMENT ÉCOLOGIQUES?

Toujours aux États-Unis, un commerce de poussins s’est développé pour alimenter l’exploitation des poules en milieu urbain. Des poussins sont envoyés par la poste, sans nourriture et sans eau pendant plusieurs heures ou même des jours. Le sexage des poussins est effectué avant l’envoi puisque seules les femelles sont gardées. Les poussins mâles finissent à la poubelle, broyés, hachés vivants, entassés dans de grands sacs en plastique pour mourir par suffocation ou exposés à des concentrations élevés de gaz carbonique. Même les œufs provenant de l’élevage biologique sont liées au rejet des poussins mâles non désirés.

La mixture obtenue par les cadavres des volailles est ajoutée à la nourriture destinée au bétail, aux animaux domestiques ou sert à nourrir les visons des fermes d’élevage intensif. Chaque jour, plus d’un demi-million de poussins mâles sont ainsi jetés pour alimenter le commerce de l’industrie des œufs.

Déterminer le sexe d’un poussin qui ne possède pas d’organes sexuels externes s’avère difficile. Les caractères sexuels secondaires comme les plumes et la crête n’apparaissent qu’après quatre à six semaines. Des poussins mâles se retrouvent donc expédiés par erreur à des acheteurs qui, au bout de quelques semaines, se retrouvent avec des coqs non désirés qui finissent égorgés, abandonnés dans des refuges ou dans les rues.

 La situation au Canada est-elle différente? Malheureusement non, le même procédé est en place. Du sexage à l’envoi par la poste, les élevages de poussins et les couvoirs font peu de cas de la souffrance animale. Récemment au Québec, des employés de Poste Canada s’objectèrent au transport d’animaux vivants par la société. Les poussins âgés d’à peine un jour sont entassés dans des boîtes, sans eau ni nourriture pendant parfois 72 heures. Une employée a confié qu’à une certaine occasion les poussins étaient si déshydratés qu’on a été obligés de les abreuver d’eau sinon c’était la mort certaine pour plusieurs d’entre eux. D’autres poussins assoiffés tentaient désespérément d’amasser l’eau qui restait sur le dessus de leur boîte. Ces poussins expédiés par la poste subissent bruits, coups lors du déplacement, courants d’air, lumière artificielle et noirceur. Ils courent aussi le risque que leur boîte tombe ou se fasse écraser par d’autres boîtes.

Du début de leur vie de poussins jusqu’à leur mort, pour toutes les poules, il y a des risques élevés de maltraitance, de mauvaises conditions de vie et d’abandons.

 L’hiver les poules cessent de produire des œufs en quantité et pourraient ne plus sembler utiles à leurs propriétaires urbains. Elles sont extrêmement fragiles au froid, mais aussi à la chaleur et aux maladies. A l’approche de l’hiver, vont-elles finir égorger, le cou coupé à la hache par des humains avides de leur chair ou incapables de leur fournir des abris sécuritaires? Faudra-t-il les faire ramasser par la SPCA pour les faire euthanasier? Les propriétaires seront-ils assez conscients de la sensibilité de leurs poules pour ne pas ignorer la souffrance de leur mise à mort? On peut en douter.

 Les cas d’abus envers les animaux sont déjà élevés et toujours en hausse. Le souci de la non-violence semble rare, surtout quand il s’agit d’exploiter des animaux pour leurs œufs ou leur chair. La compassion s’accorde mal avec l’égorgement des animaux. Dans notre société, l’intérêt des humains passe toujours avant celui des animaux.

Outre l’humain, les poules citadines doivent faire face à de multiples prédateurs attirés par la chair fraîche : chats, chiens, ratons-laveurs, rats ou renards. Il n’y a pas que les humains qui aiment le poulet et les œufs. Avec le nombre élevé de chats errants à Montréal, il faudra aussi penser au ramassage des cadavres de poules tuées et laissées sur place par les prédateurs. La nuit, il faudra enfermer les poules pour assurer leur sécurité, mais aussi le jour dans certaines circonstances tout comme l’hiver.

Les écolos qui évoquent la « souveraineté alimentaire » pour manger des œufs ou du poulet en toute bonne conscience devraient s’interroger sur le gaspillage des céréales pour nourrir les poules citadines. (Car non, une poule ne peut se nourrir exclusivement de restes de table, elle a besoin de céréales, en particulier par temps froid et pour ceux voulant un œuf chaque jour) Ces céréales devront impérativement être biologiques, en particulier si Greenpeace veut combattre les OGM ou Monsento. En France, le groupe environnemental n’a pourtant pas hésité à recommander du foie gras dans un communiqué vantant des produits sans OGM, alors qu’en Europe il n’existe aucun foie gras biologique ou respectant le bien-être animal.

Parfois on est écolo quand ça fait notre affaire, surtout lorsqu’il s’agit de quelque chose qui se mange.

Gaspillage aussi d’électricité pour garder les poules en hiver dans un endroit chaud et isolé. Gaspillage d’eau potable autant pour abreuver les poules, que pour nettoyer leurs installations et leurs lieux d’abattage. Les propriétaires sauront-ils vraiment nettoyer adéquatement leurs poulaillers citadins, les déjections de poules étant assez nauséabondes et acides. Ces fientes d’oiseaux ne peuvent se mettre directement dans le jardin, car elles doivent avant tout se décomposer sous forme granulée ou autres. Si on ne sait plus quoi faire des restes de table, un composteur de fruits et de légumes est une option bien plus écologique et éthique que d’exploiter et de tuer des poules.

Mauvaises odeurs, hygiène déficiente, insalubrité, ramassage des déjections et effluves de poulaillers sont à l’horizon avec la réintroduction de poules en ville. Avec peut-être en prime des cas de salmonelle provenant d’œufs contaminés. Ainsi que des épidémies de grippe aviaire favorisées par la promiscuité des poules avec les humains, dans des quartiers à population dense. A la moindre alerte, le gouvernement canadien décidera peut-être – comme il l’a fait dans le passé pour les canards – de garder tous les volatiles à l’intérieur ou pire de les tuer massivement par peur de virus mutants. Pourrons nous voir, comme en Asie récemment, des bûchers mettant le feu à  des millions de poules  encore vivantes ou enterrées à la va vite dans des fosses communes? Il faudra aussi des soins vétérinaires – de plus en plus onéreux – pour soigner les poules malades ou pour les vaccins obligatoires en cas d’épidémies.

DÉJÀ TROP DE SOUFFRANCE ANIMALE

Sur notre planète, il y a presque autant de poules pondeuses que d’êtres humains : 5 milliards de poules pondeuses produisent 1 000 milliards d’œufs et finissent, après leur courte existence, à  l’abattoir. Il y a déjà trop de poules pondeuses dans notre monde, les magasins sont archipleins d’œufs, avec tout ce que cela comporte comme dégâts environnementaux, gaspillage de ressources, douleur animale et taux de cholestérol élevé pour les humains! Pas besoin d’en rajouter en amenant encore plus d’exploitation animale, de maladies humaines et de poules dans les villes.

Marjolaine Jolicoeur                                                                                                                                                   ahimsa@distributel.net

Merci de signer cette pétition contre les poules en ville : www.ipetitions.com/petition/pasdepoulespondeusesdansmaville/

écrit par marjolainejolicoeur à 10:22 | dans: Écologie
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6-déc-2008
Ecologistes hypocrites (Marjolaine Jolicoeur)
Il est intéressant de constater, en particulier dans les médias, comment certains  "écologistes" n’hésitent  pas à vanter les mérites de la viande ou du foie gras. Pourtant, de nombreuses études confirment que la viande est une catastrophe écologique, qu’elle est liée aux gaspillages de l’eau et des céréales, aux changements climatiques, à la pollution, à la famine, etc. On a même inventé une formule particulièrement hypocrite pour se déculpabiliser et continuer à manger de la viande: viande heureuse ou bio.

Si jamais nous les végétarien(nes|végétalien(nes osont souligner le manque de cohérence de certains écologistes - et ils sont malheureusement nombreux! - nous voilà taxés de "fanatiques." Un exemple révélateur provient de Cécile Gladel qui dans son blog "la planète écolo" n’hésite pas à vanter les mérites gastronomiques du foie gras et de la viande. Voilà ce que madame Gladel nous a répondu quand nous lui avons souligné son manque d’éthique écolo lorsqu’il s’agit de son alimentation: « Le problème avec des végétariens extrémistes comme vous est que tout le monde doit rejoindre votre opinion sinon on a tort. Je ne mange pas du foie gras tous les jours mais une fois par année. Chaque personne est écolo à sa manière, personne n'est parfait, surtout pas moi et sûrement pas vous. Je suis désolée mais je ne crois pas que l'écologie commence par le végétarisme. Les animaux se mangent entre eux et les humains mangent des animaux. Que voulez-vous c'est ainsi. Que vous décidiez d'être végétarienne, c'est votre choix et je le respecte mais svp ne jugez pas les gens qui n'adhèrent pas à cette philosophie. Je mange du foie gras, de la viande et du poisson car j’aime ça tout simplement.» 

Pourtant être écologiste, c'est avoir une vision globale. Et on ne peut nier que le foie gras fait souffrir globalement autant les animaux, la planète que les humains.  C'est un produit de luxe pour les plus nantis, au moment où tant de familles, ici même au Québec,  éprouvent de graves problèmes de faim et de pauvreté.  Pire encore, le foie gras ne peut jamais être considéré comme "biologique" puisque des textes en vigueur en Europe par exemple, stipulent sans ambiguïté qu’en production biologique "le gavage est interdit".  Le gavage est ainsi contraire tant aux règles qu'à l'esprit de l'agriculture biologique en matière de bien-être animal.

Finalement on est vert quand cela fait notre affaire!

La viande est un sujet sensible pour ne pas dire tabou que certaines personnes se croyant écolos préfèrent ignorer. Facile de faire la morale aux autres sur la provenance des aliments, le choix des vêtements ou du transport. Il est pourtant évident que d’un point de vue environnemental la viande est un désastre et que notre responsabilité individuelle face à l’urgence planétaire commence dans notre assiette végétarienne|végétalienne. Ce n’est pas compliqué d'abandonner le foie gras, la viande et le poisson, surtout si on endosse l’étiquette écolo. Et pas besoin d’être parfaite pour abandonner ces mets provenant de l’exploitation, de la cruauté et de l’égoisme des humains. Il est plus que temps que certains écolos regardent autre chose que leur nombril et pensent aussi à la souffrance des animaux rendant leur dernier souffle dans les abattoirs. Des abattoirs qui ne sont jamais bio ou sans douleur.

écrit par marjolainejolicoeur à 10:49 | dans: Écologie
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10-nov-2008
Manger moins de viande pour sauver la planète?

L'IMPACT ENVIRONNEMENTAL DE DIFFÉRENTS TYPES D'ALIMENTATION

En alimentation, qui fait le moins de mal à l’environnement? Une recherche en Italie fait passer les végétariens bio et les végétaliens, mais fait redoubler les autres qui mangent de la viande bio....

Il y a une empreinte sur la Terre, laissée par chacun de nous. Une zone de terrain autrefois fertile qui ne le sera plus jamais. Exploité pour nous permettre de maintenir notre niveau de vie. Notre empreinte est grande: 30 fois plus que celle d’un habitant de l’Inde. Et elle pèse plus que jamais sur l’écosystème. Mais il y a une bonne nouvelle: nous pouvons la réduire en faveur de cet Indien et de nos enfants. L’empreinte écologique, c’est notre impact sur la nature. Selon le Living Planet Report du WWF, nous exploitons aujourd’hui 20 % de ressources en trop par rapport à la capacité biologique de la Terre.

Que faire? Regarder ce que nous mettons dans nos assiettes. C’est le thème d’une étude italienne sur l’impact environnemental des différents types d’alimentation.  Durant les vingt prochaines années à venir la population mondiale dépassera les 7 milliards et les réserves d’eau par personne diminueront d’un tiers. Présentement, 70% de l’eau est utilisée pour abreuver les vaches et arroser les pâturages. (Un bovin boit 200 litres d’eau par jour. Pour produire cinq kilos de viande, il faut autant d’eau qu’en consomme une famille moyenne en un an). Le Programme en faveur de l’environnement et d’un développement soutenable accepté par l’ONU place au premier plan «la modification du comportement individuel».

Manger moins de viande est utile, certes, mais ne suffit pas. Deux chercheurs, le chimiste environnemental Massimo Tettamanti et la biologiste Rafaella Ravasso, ont comparé différents types d’alimentation, en tenant compte du niveau de dommages qu’ils créent à la santé humaine, à la qualité des écosystèmes et aux ressources. Catégories en liste : l’Italien moyen, omnivore et insouciant de l’équilibre alimentaire et qui mange viande, lait et œufs produits en élevage intensif - Celui qui mange la même chose mais choisit le bio. - Les végétariens (bios ou non) et les végétaliens qui ne se nourrissent que de végétaux (bios ou non).

LES BONS ET LES MÉCHANTS

Mais que signifie analyser un régime d’un point de vue environnemental? «Chaque processus, si on l’entend comme produit matériel particulier (100 grammes de blé ou un laitage) provient d’un ensemble de matériaux et d’énergie. Il est, en outre, le résultat d’approvisionnement en matières premières, de production, de distribution, de traitement des déchets et de récupération» C’est ainsi que pour évaluer l’impact sur l’environnement de la production de 100 grammes de blé, il est nécessaire de prendre en considération tous les processus de préparation des fertilisants, d’irrigation, de récolte, de traitement et de transport du produit ainsi que les processus de traitement des déchets. Il faut considérer les matières premières et les ressources énergétiques employées mais aussi l’énergie dépensée, les émissions dans l’air et dans l’eau et les déchets solides. À la fin, chaque impact est synthétisé en un nombre de points, d’autant plus élevé qu’il est plus dommageable pour l’environnement.

Et voici à présent ce qui ressort de l’analyse de Tettamanti et de Ravasso qui a duré deux ans. Le menu omnivore, avec des produits qui dérivent d’élevages intensifs obtient 2,34 points. Le plus fort impact sur l’environnement est causé par la consommation d’eau suivie par celle des combustibles fossiles utilisés lors des processus d’élaboration, de production et de transport, et encore, par les dommages à la respiration des composés chimiques inorganiques liés à ces mêmes processus, par la consommation du territoire et enfin par les processus d’acidification du aux déjections animales, aux pesticides et aux fertilisants. Quel est l’aliment le plus dommageable? Le bœuf, suivi par la sole, le fromage, le lait, les yogourts, les légumes, le thon et le poulet. Mais si notre omnivore acquiert des produits bio, le compte des points descend à 1,36.

Le végétarien qui consomme des produits qui ne sont pas bios correspond, quand à lui, à un score de 1,56; au premier rang des aliments les plus nocifs (toujours dans le sens où les produire consomme des ressources et pollue), se trouvent maintenant les fromages. On descend à 1,03 points pour le végétarien bio, à 0,854 si le choix est végétalien mais non attentif au biologique et à 0,599 pour le végétalien bio.

 S.O.S. EAU

De quoi dépend l’impact de l’alimentation sur l’environnement? «La consommation d’eau est l’élément le plus important: de 41 à 46 % du total», répond Tettamanti. «N’oublions pas que 70 % de l’eau de la planète est consommée par l'élevage et l’agriculture, 22 % par l’industrie et seulement 8 % pour l’usage domestique». Il y a ensuite 15 à 18 % d’impact dû aux dommages causé par les composants chimiques inorganiques et de 20 à 26 % à la consommation de combustibles fossiles. Dans ces deux derniers cas, cela est dû aux processus d’élaboration, de production et de transport des aliments. Le gaspillage énergétique est éclatant: pour chaque calorie de viande bovine, 78 calories de combustible sont utilisées; pour une de lait, 36 de combustible. Par contre, pour chaque calorie dérivée du soja, on ne consomme que deux calories de combustible.

Environ 5 à 13 % de l’impact de notre alimentation sur l’écosystème est dû à la consommation du territoire. Chaque année, 17 millions d’hectares disparaissent des forêts tropicales. Toute la faute ne revient pas aux élevages intensifs mais ils se taillent la part du lion. Comme en Amazonie, où 88 % des terrains déboisés a été affecté aux pâturages. Ou au Brésil, où l’Institut de recherche spatiale fait état d’une croissance de la déforestation de l’ordre de 41% : en 10 ans seulement, le pays a perdu une zone verte deux fois grande comme le Portugal. Et l’ONU estime que 70 % des terrains affectés à des pâturages sont aujourd’hui en voie de désertification. Enfin, 3 à 4 % de l’impact est dû aux processus d’acidification (de l’eau, du sol et des forêts) et d’eutrophisation (prolifération hors normes d’algues). La faute en revient surtout aux déjections animales.

Il y a donc des types d’alimentation qui aident l’environnement, comme le végétalien et le végétarien bio. Et il y a par contre des régimes alimentaires inacceptables d’un point de vue environnemental (et social): celui de l’Italien moyen qui met à table des produits d’agriculture et d’élevage intensifs qui exploitent les ressources des pays les plus pauvres, consomment, polluent et sont cause de déforestation et de désertification. Conclusion de l’étude - Manger moins de viande ne suffit pas, même si elle est bio. L’alimentation la plus apte à aider la planète est celle du végétalien bio.

Source: "Lo mangio delicato" - Republica, juillet 05- Daniela Condorelli et Paola Segurini   -  Journal AHIMSA, automne  2005

 

écrit par marjolainejolicoeur à 13:20 | dans: Écologie
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